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Le « NRM » – on en parle?

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Il y des questions qui reviennent régulièrement sur la table et suscitent une curiosité légitime en apprentissage… le NRM est, décidément, une de ces thématiques qui fait systématiquement l’objet de questions en stage ou pendant mes cours ou sur les pages d’éducation canine  ;-)

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Qu’est-ce donc que le NRM avant tout ?

C’est, en anglais, le « non reward marker » ou, en français, « le marqueur de non renforcement »  : en plus clair, ce petit mot que bon nombre d’éducateurs utilisent et préconisent, du style « oops », « raté » « non » ou autre mot qui informe le chien, de manière présumée pacifique, que ce qu’il vient d’effectuer n’est pas ce que nous attendions.

On parle donc d’un marqueur (un mot spécifique, toujours le même) qui annonce au chien que le renforçateur (la friandise, le jeu ou autre) n’arrivera pas.

Tout comme le clicker annonce l’arrivée de choses plaisantes, le NRM annonce qu’elles n’arriveront pas  ;-)

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Si cette thématique revient sans cesse, c’est généralement pour connaître la « valeur ajoutée » de cette pratique, en clair « mais est-ce que ça marche ? », c’est ce que voudraient savoir mes stagiaires en général  ;-)

Au delà de la valeur ajoutée, la question principale reste pour moi « cette pratique est-elle compatible avec une éducation dite positive » ?

Les éducateurs qui emploient ce fameux NRM, expliquent souvent que tout est information et que l’information est rassurante pour le chien : il reçoit un feedback immédiat sur ce qu’il vient de faire et pourrait, dès lors, éliminer cette action comme inefficace pour en adopter une autre.

Dans ce sens, le feedback serait rassurant et non punitif.

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En effet et dans l’absolu, un « ne va pas par là » devrait être presque aussi utile qu’un « va par là » (presque, parce qu’évidemment, le « ne va pas par là » ne vous informe en rien sur le chemin à prendre). 

Avoir le plan de tous les pièges à ours dans une forêt est tout aussi utile qu’un plan qui vous montre le chemin à suivre… vous traversez la forêt en évitant les pièges (seule votre émotion change quand vous passez votre temps à éviter un aversif plutôt qu’à surfer sur un chemin sécurisé).

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Je donne souvent l’exemple d’un jeu télévisé où, quand vous donnez une bonne réponse, vous obtenez un « jingle » qui vous annonce des gains et, en cas de mauvaise réponse, un «buzz » qui lui vous annonce clairement qu’aucune forme de récompense ne va arriver.

Si vous vous imaginez dans la situation où vous allez entendre le « buzz » encore et encore (et encore)je vous laisse imaginer votre émotionnel au moment où celui-ci se déclenche ?

Resteriez-vous neutre ? Ne modifie-t-il pas votre état émotionnel ?

J’en doute fortement.

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Le « buzz » sera conditionné à un état d’esprit spécifique qui, à mon sens, ne génère ni joie, ni envie d’entreprendre.

Il n’est pas punitif, me dit-on  ;-)

Difficile à croire pour moi… si on s’en tient à la définition même de la punition.

Une punition est quoi que ce soit qui, arrivant immédiatement après un comportement, diminue la fréquence de ce comportement à l’avenir, elle est, par définition aversive.

Un aversif conditionné est un quelconque stimulus qui, au départ est neutre (n’a pas de signification particulière, tout comme le clicker au départ n’en a pas non plus) mais qui, rattaché de manière systématique à quelque chose de déplaisant, devient également déplaisant (si je me réfère encore une fois à mon « buzz », il devient très rapidement aversif vu qu’il me prive de quelque chose que je souhaite ardemment obtenir).

Que la punition « fonctionne » est un fait en science du comportement (en effet, on ne peut parler de « punition » que quand le comportement a diminué – c’est donc le comportement futur qui va nous informer si ce que nous avons entrepris était punitif ou pas, que nous l’ayons fait volontairement ou pas).

En conséquence, si le NRM « fonctionne », il est par définition punitif (puisqu’il diminue la fréquence d’apparition d’un comportement) et s’il n’est pas punitif, il ne sert à rien ☺

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L’idée du NRM véhiculé de manière complètement neutre chez les êtres de langage et d’émotion que nous sommes me laisse plus que perplexe et dubitative : j’entends trop d’éducateurs s’éclater dans des « yeeeesss » ou « ouiiiii » euphoriques pour croire, un seul instant, que le « raté » ou le « oops » ne véhicule aucune émotion ☺

… et, si nous y mettons notre émotion, comment imaginer qu’elle n’influence pas, à son tour, l’émotionnel du chien ?

On pourrait concéder à la réflexion qu’un minimum d’émotion désagréable n’est pas un drame insurmontable s’il sert une stratégie spécifique qui doit emmener le chien vers le succès mais, en clicker training, il n’a jamais été question de laisser l’animal patauger dans l’erreur sans le moindre feedback, bien au contraire.

Refaire, encore et encore, la même chose en s’attendant à un résultat différent est, à mon sens, la plus grossière erreur qu’on peut commettre en clicker training.

Dès la première erreur, une modification de la stratégie (du shaping plan) s’impose immédiatement.

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L’erreur est amplement utilisée par certains éducateurs et pas des moindres : « laissez-le sortir de la cage » (il va prendre la porte dans la poire) « laissez-le essayer de prendre les friandises dans la main »  (votre main se ferme devant le nez du chien)… dans tous ces cas, on voit clairement le chien détourner la tête, cligner des yeux, reculer imperceptiblement ou franchement aboyer sur l’éducateur  :-|  (encore vu dernièrement dans une vidéo d’une très célèbre trainer). 

bref, tous les signes de la frustration imminente ou déjà très présente.

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Personnellement, je ne le préconise absolument pas… dans une séance de clicker training, votre chien n’apprend pas juste le comportement que vous êtes en train de travailler mais il se fait une idée très précise de ce que signifie le fait de travailler avec vous.

L’erreur génère du stress et de la frustration, une diminution de la réponse (moins de comportement), voir, chez certains chiens, l’apathie totale (les pessimistes ou ceux qui ont un peu trop dégusté la punition dans le passé et, pour qui, le NRM est devenu le signal de l’arrivée imminente d’une punition plus musclée).

L’erreur ne génère ni enthousiasme ni envie, ni joie ni confiance.

Pour finir, parfois le NRM se métamorphose dans un espèce d’ultimatum « fais ça ou tu vas voir » – comme le « un-deux-trois » de nos parents qui nous façonnaient à ne répondre qu’au fatidique « deux et demi » ☺

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Je me rappelle d’une personne qui, en agility, répétait « raté » d’un ton de plus en plus excédé à son chien lors de ses erreurs successives (mais ne changeait absolument rien à ce qu’elle était en train de faire) avant de mettre le chien en voiture (ce qu’elle estimait être une punition et que, personnellement, je soupçonnais fortement d’être un magnifique renforcement négatif).

Je n’ai jamais vu son comportement évoluer dans le sens qu’elle souhaitait  :roll:

Ce qui ouvre tout grand la porte à la construction d’un comportement superstitieux : si le chien réussit ensuite (parce qu’elle aurait modifié la position de son corps par exemple, je peux vous en parler moi qui suis une si piètre conductrice), le « raté » prend une valeur qui n’existe pas dans les faits mais il sera considéré comme efficace par l’humain qui l’utilise.

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Il est tout à fait plausible d’imaginer que, pour certains chiens ultra motivés dans une quelconque activité (notamment sportive), l’utilisation d’un NRM ne diminuerait pas la réponse des comportements suivants mais l’erreur, et la répétition et le manque de renforçateur, sont stressants même pour ces chiens et je doute que le travail en soit amélioré, au contraire.

Avec d’autres chiens, l’échec est dévastateur et le NRM suffit amplement à les désengager du travail.

Entre frustration et apprentissage sans erreurs (ce qui est évidemment un but à atteindre) à travers la modification immédiate d’une stratégie après un click manqué, mon choix est rapidement fait… et vous ?

Happy Training (avec ou sans NRM)  :-D

Il n’aime pas les friandises

Il existe des phrases qui sont le pain quotidien de l’éducateur canin et elles sont légion ;-)

Un grand classique de l’éducateur canin qui travaille essentiellement avec des renforçateurs alimentaires (pour faire simple « la friandise ») c’est «mon chien ne s’intéresse pas aux friandises»   :lol:

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… ce à quoi, je réponds le plus souvent « … pas encore »  :-D

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Précisons d’emblée qu’un être vivant qui ne mange pas est en danger : dans les zoos, le fait de ne pas manger correctement est souvent le premier signal d’alerte, qui précède souvent tout autre indice ou symptôme que quelque chose ne va pas (santé, anxiété, peur, méfiance, mauvaises conditions de détention) et il est immédiatement source d’inquiétude pour le soigneur consciencieux (quoi qu’on pense des zoos et autres parcs animaliers, il existe des soigneurs consciencieux). 

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J’héberge actuellement (momentanément) un perroquet sevré façon «McDonald», son assiduité et enthousiasme aux gamelles maison de graines germées, légumes, fruits (etc. etc.) que je lui prépare amoureusement restent pour moi la meilleure information (même si ce n’est pas la seule évidemment) de son bien-être général (en effet, je ne suis pas spécialiste du perroquet même si, en quelques semaines, mes connaissances rudimentaires ont augmenté de manière exponentielle). 

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Ne pas « être motivé » par la nourriture est un concept inexistant : dès que votre chien se lève et marche vers sa gamelle, il est « motivé par la nourriture » (dans le cas contraire, il y a un ou des problèmes à considérer urgemment).  

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Je passerai brièvement sur le fait que cette affirmation arrive souvent alors que je me trouve face à un chien en léger (ou pas si léger que ça parfois) surpoids et, par conséquence, n’a pas une énorme motivation à produire des comportements pour un petit biscuit industriel inodore et insipide et dur comme un caillou (ce que certains propriétaires achètent souvent car « ça ne salit pas les poches »)  ;-)

Un conseil? Salissez vos poches et pochettes  :-D

Un chien en surpoids est, évidemment, un chien qui mange trop en relation à son rythme d’activité – quand la gamelle de croquettes est en « libre service », on a rarement l’impression de le voir manger goulument vu que, tout au long de la journée, il picore (et, à force, finit par trop manger). Par ailleurs, il est perpétuellement en train de digérer une alimentation qui n’est pas forcément la plus digestible possible  :-(

J’entends aussi souvent des clients m’affirmer que  «le véto a dit que son poids était bien comme ça » – n’oubliez pas que, au final, vous êtes les clients de votre vétérinaire et que, à moins d’une obésité morbide, son souci est souvent de ne pas vous vexer ou vous contrarier… il est fort possible que, quand il vous dit que « tout va bien comme ça » il n’ait pas envie de s’engager dans une croisade diététique qui vous mettrait peut-être dans des dispositions peu agréables  ;-)

Je vous suggère, dès lors, quand vous demandez à votre vétérinaire ce qu’il pense du poids de votre chien de l’informer que vous appréciez son avis réel et pas une version «courtoise» ou politiquement correcte de la chose  :-D

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Chez mes clients qui nourrissent BARF (c’est-à-dire frais et cru), le pourcentage quotidien qu’ingurgitent certains chiens menant une vie relativement sédentaire excède parfois celui de chiens qui sont de vrais sportifs : une simple baisse de ce pourcentage et pas mal de difficultés rencontrées par ces propriétaires se résolvent d’elles-mêmes  :-D

Il ne s’agit en aucun cas d’affamer le chien pour qu’il collabore avec nous mais il est évident qu’après un repas festif gargantuesque précédé d’un sérieux apéritif, je serai moins réceptive à des mignardises qu’après un repas normal ou léger (même si satisfaisant d’un point de vue nutritionnel). 

Vous aurez tous entendu parler du concept de « contrafreeloading »  (un comportement observé chez plusieurs espèces où le sujet, à qui on donne le choix de se servir librement de nourriture, choisit d’obtenir la même nourriture à travers des comportements).

On peut disserter longuement sur cette constatation qui semble peu intuitive (en effet, tout organisme cherche un effort minimal pour un résultat maximal) et on pourrait l’imputer, spécifiquement chez le chien, au plaisir d’interagir avec son propriétaire qui devient un renforçateur secondaire ou tertiaire (sauf que ce phénomène existe sans l’ombre d’un conditionnement préalable) mais il est intéressant de savoir que ce phénomène diminue avec l’augmentation de la faim il ne s’applique donc pas à des animaux « affamés » au contraire  ;-)

Au delà de la qualité, l’appétibilité d’une friandise et de l’appétit du chien, il y a l’art et la manière de la distribution à considérer. 

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En effet, utilisée comme « appât » (ou leurre) pour attirer le chien vers des activités ou des soins qu’on lui inflige, elle devient le signal de l’arrivée de quelque chose d’aversif (et devient, dès lors, une mauvaise nouvelle).

The Right Way to Do Lure Reward Dog Training

J’ai vu bon nombre de chiens montrer plein de comportements de stress face à la présentation de friandises fort appétissantes pourtant… le chien a intégré que quelque chose de très désagréable est en préparation.

Si vous sortez le « bonbon » du chien AVANT de lui imposer le bain qu’il exècre ou de débuter la pédicure qu’il redoute, vous transformez votre friandise en un signal d’alarme qui informe le chien que le pire va arriver…. d’où une méfiance considérable vis-à-vis de celle-ci.

Une méfiance qui, au fil du temps, peut se généraliser à tout environnement et situation – la peur se généralise très vite. 

Un renforçateur DOIT arriver APRES le comportement: il est une conséquence et pas un antécédent… quand on travaille avec un chien craintif, c’est absolument fondamental de vérifier que le chien (le chien, pas vous !) a vu, perçu ce qui fait peur pour, ensuite, l’associer à quelque chose de plaisant, pas l’inverse. 

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J’ai vu un jeune chien se précipiter dans la voiture dès que sa propriétaire sortait un ex-jouet adoré…

En effet, elle se servait de celui-ci pour attirer son chien sur du matériel d’agility où clairement, le chien n’était pas à l’aise.  Il était devenu l’information première du chien d’un moment anxiogène et contraignant.  A l’identique, ces méthodes anciennes de parsemer la « passerelle » ou la « balançoire » de friandises (le chien avance, capté par l’odeur pour s’apercevoir ensuite qu’on l’a emmené précisément là où il ne voulait pas aller). Sensibilisation, perte de confiance, méfiance envers les renforçateurs, voir envers la personne  :cry: 

Autre piège dans lequel nous tombons parfois, c’est la « surenchère » du renforçateur. Le chien ne produit pas de comportement avec la friandise X, on sort la friandise Y qui, elle, est plus appétente et, finalement, on finit par y aller avec Z, qui est le top absolu pour ce chien spécifique…

Certes,  il est plus que légitime (et même vivement recommandé) de prendre note que votre chien n’apprécie pas énormément X et seulement moyennement Y mais ne passez pas successivement de X à Z dans une même séance et contexte : votre chien aura vite fait de comprendre que, s’il ne participe pas, le salaire augmente (et donc pourquoi participerait-il  dès le départ ?)  ;-)

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Des séances clicker training mal construites, improvisées sans « plan de shaping », un rythme de renforcement inadapté (et donc des critères trop exigeants) peuvent très bien finir par dégoûter votre chien de ces moments spécifiques… tout événement se voit associé à une émotion, attention  à celle que vous construisez, séance après séance. 

Shaping Plan

Dernièrement, je me suis retrouvée devant un chien très craintif au sujet duquel la propriétaire m’a tout de suite informée « oh, les friandises ne l’intéressent pas »… on a fini notre séance d’éducation avec un chien qui boulottait allègrement mes bouts de jambon-fromage et cherchait même à voler le contenu de ma pochette  :-D

Au début de notre rencontre, je me suis assise par terre, sans le regarder et j’ai joué avec mes « bonbons » tout en parlant avec la propriétaire. Après une dizaine de minutes, le chien s’est approché lentement de moi et j’ai lancé nonchalamment un bout de fromage… à partir de là, sur plusieurs séances de 2 minutes par séance,  il s’est mis à bosser avec moi en remuant la queue (à la stupéfaction de la propriétaire qui voulait, à tous prix, avoir la « marque du fromage »). 

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Je n’ai pas de fromage magique… le chien a surtout apprécié que j’enlève toute forme de pression de notre échange et la possibilité qu’il a eue d’avoir « le choix ». Interagir ou partir (il est parti quelques fois au début d’ailleurs, au moindre bruit extérieur… mais il est revenu). 

Le choix de mon critère à cliquer était évidemment plus que modeste et donc à la portée de ce chien très peu opérant. Nous avons ensuite pu continuer à travailler alors que le chien du voisin aboyait, ce qui, en temps normal, est son déclencheur ultime.

Si on vous servait du champagne à chaque fois que votre vie va mal ou que vous recevez une mauvaise nouvelle, il n’aurait pas pour vous cette dimension festive qui fait boire du champagne à tant de gens, sans même vraiment savoir s’ils aiment vraiment ça  ;-)

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Les éducateurs compétents en clicker training sont un peu les « rockstars » de la friandise – ils savent la manier, ils savent quand et comment l’utiliser, quand la donner et ils finissent souvent avec cette réputation du « bonbon magique »  qui fait que le chien travaille avec l’éducateur plus volontiers qu’avec le propriétaire alors que nous avons précisément la même chose dans nos pochettes respectives (mais, ce qui génial c’est que tout s’apprend)  :-D

On peut également se construire un chien qui veut bien manger mais donne l’impression qu’il n’est guère disposé à produire un quelconque comportement pour obtenir son « bonbon »…

Je vois beaucoup de mes clients, munis de pochette, tomber dans une distribution «mécanique »  : le chien les harcèle un peu, la friandise sort de la pochette presque machinalement (et ils écopent de ma candide question : « tu renforces quoi là ? »).

Je n’ai vraiment rien contre la friandise occasionnelle « pour la relation » (comme je l’appelle affectueusement)… bien au contraire, je la préconise et je l’applique à mes chiens assez souvent mais elle arrive malgré tout dans un moment où nous sommes en harmonie.

Par ailleurs, je reste convaincue que l’immense majorité des propriétaires renforcent bien trop peu souvent : nous avons tendance à considérer notre « bonbon » comme une espèce de légion d’honneur majeure qui n’est distribuée qu’en cas de mérite majeur  ;-)

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Quel gaspillage d’occasions de se construire un chien focalisé, attentif, calme, engagé, etc.

Le fait de renforcer souvent et avec générosité ne doit pas occulter le besoin de considérer ce qu’on est en train de renforcer.   

Quand certains de mes clients constatent mon rythme de renforcement, ils prennent peur…. « aaah mais, il faut donner aussi souvent que ça ? ».  

Oui, quand vous êtes en plein apprentissage, oui, pour éviter de voir arriver la frustration, oui pour éviter que votre chien se désengage, oui pour construire des comportements résistants à l’environnement, oui pour construire une émotion agréable, cent fois oui… mais toute friandise est là pour renforcer un comportement spécifique, malgré tout – elle n’est jamais distribuée sans réflexion, bien au contraire. 

En agility, on voit souvent des gens « tugger » avec leur chien de manière complètement irréfléchie, alors que ce jeu a une valeur immense pour leur chien – notamment quand le coach parle ou explique (question d’occuper le chien). Souvent, le jeu n’arrive pas suite à l’exercice pratiqué (on écoute le coach parce qu’on est polis) et arrive bien plus tard, alors que le chien nous a aboyé contre ou nous saute dessus (on sort le tug)  :-|

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La « contingence »  (c’est à dire la « liaison » entre un événement et un autre) est fondamentale quand elle doit faire office de renforçateur. 

Si votre chien n’est pas malade, s’il n’est pas soumis à un stress intense (autre sujet) et s’il «ne s’intéresse pas à la friandise », je vous le re-dis : la réponse est « pas encore »  :-D

Happy Training ☺  

L’apprentissage sans erreurs

ou « errorless learning » :-D

Préambule 

L’apprentissage sans erreurs est une approche qui a été introduite Charles Ferster, psychologue, dans les années ’50 dans le cadre de recherches sur l’apprentissage.

B.F. Skinner a aussi énormément contribué au concept et a écrit : « … les erreurs ne sont pas une fonction de l’apprentissage et vice versa et elles ne doivent pas être imputées à l’apprenant. Les erreurs sont le résultat d’une piètre analyse du comportement, d’un piètre plan de shaping qui évolue trop vite d’une étape à une autre et ne se focalise pas sur les prérequis indispensables à une réussite spécifique ».

Plusieurs étudiants de Skinner ont continué sur cette lancée : en 1963, Herbert Terrace a publié une étude décrivant une expérience de discrimination de formes et couleurs avec des pigeons. Il travaillait à minimiser la réponse émotionnelle en cas d’erreur dans un apprentissage par conditionnement opérant.

… fin du préambule  :-D

Pyramid made of tick marks and yellow lamp.

Il y a très (très) longtemps, dans un cours d’agility, alors que mon jeune chien réussissait fort bien ce qu’on lui demandait, le coach du jour m’a fait monter le critère (le point de succès ou, plus simplement, notre exigence vis-à-vis de la performance du chien), à une allure telle que, rapidement, il ne pouvait que se confronter à l’échec… ce qui est évidemment arrivé et semblait réjouir le coach considérablement (contrairement à moi).

A la vue de ma mine dépitée face à cette approche, il m’a dit « comment veux-tu qu’il fasse la différence entre ce qui est juste et ce qui est faux s’il ne fait jamais faux ? Il ne peut pas faire toujours juste ».

Parce que mon coach était convaincu de travailler en « positif », il m’a suggéré de ne pas dire « non » au chien mais d’employer un autre mot comme « zut » « oups » ou « raté », selon lui moins « aversif » qu’un « non » tonitruant (ou qu’un coup de batte de baseball, on en convient aisément)  :lol:

Si on est tout à fait sincères toutefois, on veut faire tester au chien la différence entre un renforcement positif et une punition : en effet, en quelques répétions seulement, votre «oups» ou «raté» (ce qu’on appelle communément un « non reward marker » – un marqueur d’erreur)devient une information parfaitement aversive.

Imaginez-vous acteur dans un jeu télévisé : quand vous répondez juste, on entend un «jingle » immédiatement suivi d’un billet de mille euros.

Quand, au contraire, vous répondez faux, on entend un « buzzer » et rien n’arrive.

En très peu de répétitions, le « buzzer » causera chez vous une émotion parfaitement désagréable (même si personne ne vous assène un coup de batte de baseball : dans l’absolu, si vous receviez en prime un coup de batte de baseball suite au buzzer, vous finiriez rapidement par ne plus répondre du tout).

Cette émotion précisément (frustration, irritation, dépit, tristesse, etc.) sera très vite associée au buzzer et, si elle se répète trop souvent, versus le jingle qui annonce la réussite (et le renforçateur), elle s’étendra à l’activité entière («ce jeu n’est pas drôle» ou «je suis nul»:-(

… et donc, mon chien, mis en situation de « essaie toujours » a, évidemment, fini par faire faux, puis encore faux et faux encore – suscitant en moi (puisque je ne vais pas parler des émotions de mon chien que je ne peux prétendre connaître), une certaine irritation envers l’activité elle-même, le coach et, admettons-le, vis-à-vis de mon chien également  :-|

Au niveau du comportement de mon chien (qui lui est observable et quantifiable) –il s’est mis à renifler le sol avec une grande attention, comme si une odeur sublime avait soudainement fait son apparition (un clair « je n’ai plus envie de jouer avec toi »).

A force « d’erreurs » induites, suivies de divers « ratés », on crée avec une touchante application une réponse conditionnée à un signal, à une activité précise (dans ce cas, l’agility), à un environnement, voir même à une personne (moi en l’occurrence).

Et, comme si ça ne suffisait pas, on crée la mémoire du comportement inapproprié.

En dessous, une intéressante vidéo du Dr. Tedd Judd, professeur de psychologie. Elle est en anglais et, si vous êtes anglophones, je vous conseille de la visionner en entier.

Je la résume pour ceux qui ne sont pas copains avec la langue de Shakespeare

Il mentionne un de ses patients qui souffre d’une perte de mémoire suite à un accident.

Lors d’une séance, il demande au patient « vous souvenez-vous de mon nom ? » et le patient répond par la négative, il ne s’en souvient pas.

Le professeur incite donc le patient à se lancer « essayez quand même » et le patient lui répond « euh, Dr. Smith ? ».

Le praticien lui répond « non, je suis le Dr. Judd ». La séance suivante, il répète sa question «vous souvenez-vous de mon nom ? » et, encore une fois, le patient répond « non ».

Le praticien l’incite encore à « se lancer » et le patient répond « c’était pas Dr. Smith ? » et la réponse arrive « non, je suis le Dr. Judd ».

A leur troisième rencontre, le patient aperçoit le Dr. Judd et l’apostrophe allègrement «hey, bonjour Dr. Smith ».

Son cerveau a « appris » ce qu’il a le plus souvent répété, encore et encore, plutôt que la «bonne réponse ».

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Je le dis souvent à mes clients : plus votre chien met en pratique un comportement et plus celui-ci devient son comportement « par défaut », celui qu’il retient (à considérer chez le chien qui déclenche et déclenche encore sur un quelconque élément de son environnement).

Quand on me répond « mais je ne peux pas l’empêcher de déclencher au jardin » (par exemple), je n’ai pas de baguette magique à vous fournir (il vous faudra limiter la visibilité du chien ou opter de ne plus le laisser seul au jardin en train d’aboyer cent millions de fois sur les passants car ce comportement spécifique, utilisé encore et encore, devient comme un muscle sur entraîné et surpassera tous les autres, moins fréquents).

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Prenons l’exemple de l’apprentissage d’une marche en laisse sans tirer, une des principales préoccupations de nombreux propriétaires : la plupart des procédures, méthodes et techniques (considérées comme « positives ») impliquent que le chien tire malgré tout d’abord : un comportement qu’on s’évertue ensuite à mettre sur extinction (c’est-à-dire qu’on veut faire disparaître le comportement de « tirer »), avec des résultats souvent peu probants.

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La voie royale reste encore de rendre un comportement probable et de le renforcer (marcher à la hauteur de la cuisse de l’humain).

Dans une séance de shaping, une approche « sans erreurs » ne peut être construite sans un plan de shaping réfléchi, écrit, pensé et maintes et maintes fois revu (parfois).

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Les gens travaillent souvent au clicker de cette manière « essayons toujours, on verra bien ce que ça donne » - ce qui est la porte (grande) ouverte à l’erreur, à la répétition de l’erreur (parfois encore et encore) et, au final, à l’irritation de l’humain qui conduit la séance…

… avec, en prime, un double effet Kiss-Cool : mémorisation de l’erreur ET réponse conditionnée frustrante à un exercice, un signal voir au travail de manière générale  :roll:

Un apprentissage sans erreurs est un but vers lequel on doit  travailler en réfléchissant à l’environnement, aux erreurs possibles (afin de les rendre improbables), pour – en définitive – réduire la difficulté et le temps d’apprentissage et, donc, construire un comportement qui, une fois rattaché à un signal, se comportera comme un renforçateur secondaire, fort de son historique de réussite et de confiance.

Happy Training

Les « hoopers » – pourquoi j’aime bien…

Après quelques articles un peu focalisés professionnels du chien, puisque j’aime surtout et avant tout parler aux propriétaires de chiens – un petit article voué à présenter – et à vous faire partager mon enthousiasme croissant pour les « hoopers » – j’ai, en effet, eu la chance et le privilège de faire une formation complète pour éducateurs canins, courtesy of Hoopers Schweiz, (lien) quatre fabuleux jours (qui ont été suivis par d’autres jours hoopers et je pense que ce n’est pas fini)  :lol:

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Façon Premack, on va débuter par le moins intéressant : leur mini historique  :-D

Les « hoopers » nous arrivent des USA où la fédération NADAC (North American Dog Agility Council) a proposé cette activité canine comme une alternative à l’agility (ou un travail pre-agility pour les jeunes chiens notamment ou un post-agility pour les chiens devant préserver leurs articulations). lls ont gagné l’Europe, via les Pays-Bas et la Belgique et font de régulières apparitions un peu partout depuis quelques années.

Normal, parce que les hoopers, c’est génial :-D 

… alors, késako donc?  8-)

Il s’agit essentiellement de se focaliser sur la capacité du conducteur à « naviguer » (diriger) son chien à travers un parcours de demi-cercles au sol (pensez au jeu du « croquet » sans la batte), sur de (longues) distances, plus un certain nombre d’autres « obstacles » comme les « gates », les « barils » et les tunnels (qui sont courts et donc, évidemment, jamais coudés)

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Adapté aux chiots, aux chiens adultes en pleine forme, adapté aux chiens adultes qui ne peuvent non seulement plus sauter des obstacles mais doivent également éviter des ces « tourner-court » désormais omniprésents en agility, adapté aux conducteurs qui ne sont pas, ne sont plus, n’ont pas l’ambition d’être Usain Bolt également  ;-)

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Le propriétaire est assigné à un endroit spécifique par le juge (il ne bouge donc pas) et il doit avoir mis en place un nombre considérable d’apprentissages.

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Certains y voient une « version facile » de l’agility mais, clairement, ils n’ont pas (encore) plongé dans l’univers des apprentissages des « hoopers » et, quand ils le font, ils sont étonnés par la foultitude d’apprentissages à mettre en place.

En effet, les signaux (ou « ordres » si vous voulez) verbaux sont tout simplement incontournables : quand votre chien est à 30 (ou plus) mètres devant vous et qu’il ne vous fait donc pas face, il doit connaître et reconnaître clairement ces signaux verbaux  car vous ne serez pas là pour l’aider d’un geste ou l’informer de la direction à prendre par la position de votre corps, de vos pieds, de vos épaules qu’il ne voit évidemment pas.

Le « en avant » pour commencer. Si vous n’avez pas un « en avant » clair, net et résolu, il n’est pas franchement utile d’aller plus loin, c’est vraiment votre premier but à atteindre.

Par ailleurs, un « en avant » en agility (où vous courez quand même, même si à la ramasse derrière le chien, vous êtes en mouvement quand même et le chien le sait), n’est PAS un en avant quand vous êtes complètement statique, que le chien doit vous dépasser ou s’éloigner de vous… moins évident qu’on ne le croit.  C’est un véritable exercice d’autonomie. 

On voit pas mal de vidéos circuler où les propriétaires « accompagnent » le chien à travers les « hoops » et si tout le monde a le droit de faire précisément ce qu’il a envie de faire dans son coin (indiscutablement), ce n’est à mon sens pas la bonne manière d’introduire les « hoopers » chez un chien débutant.

En effet, en accompagnant le chien, on devient « partie » intégrante du comportement et, se soustraire ensuite de celui-ci, non seulement peut se révéler problématique mais rend l’apprentissage confus. Autant débuter juste dès le départ même si cela implique de prendre un peu son mal en patience, comme pour tout apprentissage solide  :-D

A l’identique avec la gestuelle : si les gestes aident au début et sont adaptés aux débutants (dans l’optique de « l’apprentissage sans erreurs » qui est toujours la mienne), ils doivent finir par disparaître – quand le chien ne nous voit plus, ils sont parfaitement inutiles  :-D

Les hoopers ne sont pas la « danse artistique du conducteur » à moins de se limiter à de très petites distances évidemment et à des parcours où le chien vous voit continuellement (ce qui n’est pas l’idée de ce sport canin, justement)  ;-)

De bonnes « fondations », dans toute activité sont la base de la base – qui monterait les murs d’une maison sans avoir terminé ses fondations? 

Les signaux de direction : en avant certes mais reviens contre moi, éloignes-toi de moi, tourne autour, ralentis, diriges-toi à l’opposé de moi… le chien, seul sur le parcours, fait des choix et – surtout et avant tout – « écoute » son propriétaire qui n’a rien d’un spectateur puisqu’il doit donner les informations à son chien de manière opportune et sans équivoque.

Plus le chien va vite, évidemment, et plus ces signaux doivent tomber avec précision (autant vous dire qu’avec mon Zouk, j’ai intérêt à savoir quoi dire et quand le dire et mon cerveau va est parfois battu à plate couture par sa vitesse dans des parcours plus complexes – celui en dessous est plutôt facile).

Comme tout apprentissage d’une activité canine, cela ne s’improvise pas et un cours d’initiation est fondamental pour bien commencer et pour progresser de manière cohérente, ce ne sera donc pas un article « how-to », suis pas une grande fan des apprentissages « youtube » personnellement  :-D

J’ai également poursuivi une formation à distance mais, vraiment, rien ne vaut un vrai stage et une interactivité réelle  :-D

L’idée est, surtout de donner envie de découvrir cette discipline encore jeune et relativement peu connue (même si elle fait des adeptes à très grands pas)  ;-)

Ce que j’aime très particulièrement dans cette discipline :

a) Le chien ne doit pas aboyer... (certains sont déjà en train de se dire « aïe ») : pourquoi ça me plaît? Parce qu’on confond souvent excitation et motivation, joie et stress et que les chiens survoltés non seulement ne sont pas forcément dans le bien-être mais ils ne sont pas, non plus, les plus efficaces. Intégrer cette idée d’un travail dans le calme dès le « jour 1″ me parle considérablement (je suis une grande fondue du calme chez le chien). Par ailleurs, si votre chien aboie à pleins poumons, il sera problématique de lui faire entendre vos signaux à 30 ou plus mètres de vous  :-D

b) On est en « compétition » avec soi-même : un nombre de points vous est attribué au départ et des pénalités tombent en cas d’erreur (et d’aboiements justement). Au final, en fin de compétition, vous avez progressé en tant que binôme (ou pas) mais c’est sur cette progression qu’on se focalise et pas sur ce qu’ont fait les autres. En effet, on peut très bien être ex aequo avec un autre (ou plein d’autres) concurrents, le seul critère pris en compte c’est votre résultat personnel, vous avez fait mieux que la dernière fois (ou pas, encore une fois).

Pas uniquement parce que je suis venue au monde SANS le gène de la compétition mais parce que je trouve que celle-ci pervertit souvent les choses chez l’humain (pas toujours, certes, car tout le monde connaît d’immenses compétiteurs qui travaillent dans le respect du chien mais souvent quand même).

c) Les parcours sont sur de grandes distances certes mais les tournants sont larges, fluides, donc avec peu ou pas d’impact sur les articulations des chiens, tout en répondant au besoin d’activité, d’apprentissage, de jeu et de mouvement du chien. Pas de sauts, pas d’arrêts brusques et parfois violents (comme les « zones » en agility).

On présente souvent les « hoopers » comme une activité adaptée aux trop jeunes / trop vieux pour l’agility (chiens et humains d’ailleurs, surtout pour les « trop vieux humains » ah ah ah) et si c’est effectivement une super alternative pour les moins sportifs d’entre nous, cela permet également de préserver certains chiens adultes, parfaits sportifs accomplis mais qui montrent en agility une « intensité » telle qui rend le chien incapable de se « préserver » de manière proactive (ce qui rend la blessure probable, à terme).

d) Les apprentissages du chien sont très nombreux, on n’a jamais fini de progresser et impossible de faire l’impasse d’un bon « shaping plan » pour à peu près tout ce qu’on introduit (tous ceux qui ont suivi des cours avec moi connaissent mon penchant obsessionnel pour les « shaping plans » – plans d’apprentissage).

Pas question de se lancer à l’arrache (ce que j’appelle aussi l’éducation « de l’espoir » – lançons-nous à l’arrache et espérons que ça roule, je déconseille) et j’ai entendu avec délectation notre première formatrice demander à plusieurs reprises aux participants « quel est ton plan? » (je bois du petit lait)  :-D

Bref, le chien marche, trotte ou court (selon ses capacités physiques personnelle, la vitesse n’a aucune importance en hoopers) mais il écoute, réfléchit et discrimine entre les différents signaux et ça, c’est précieux.

Un chien qui « écoute » c’est, tout simplement, un chien qui possède ce fameux « contrôle de l’impulsion » dont on parle partout (c’est pas plus compliqué que ça au final)  ;-)

Bref, c’est fun, c’est ludique, ça fait réfléchir les gens et les chiens, ça travaille considérablement l’écoute (et donc exerce le contrôle de l’impulsion), les obstacles peuvent se bricoler aisément (ou s’achètent si vous êtes, comme moi, fâchée avec le bricolage sous toutes ses formes) – l’intégralité du parcours est légère à (trans)porter (pas besoin de vous fracasser le dos à traîner des obstacles à « zones » qui pèsent des tonnes et coûtent un rein), l’intégrité physique du chien est préservée, son mental stimulé (le nôtre aussi, croyez-moi) et, globalement, on fait équipe avec son chien, obligatoirement, sinon on oublie :-D  

Que demander de plus? 

Happy Hoopers…

(une petite introduction aux Hoopers sera présentée au Dog’n’cat Swiss Festival (palais de Beaulieu, Lausanne) – les 27, 28 et 29 octobre prochainsjuste un petit « apéro » pour se faire envie j’espère – sinon des cours d’initiation par demi-journée – pour les plus courageux – et peuvent être organisés dans vos clubs également sur demande) 

« Assis-reste »

Si le « assis » est l’enfance de l’art de l’éducation canine (et fait arriver chez moi des bébés- chiens d’à peine 2 mois qui ont déjà ce comportement « par défaut » tant ils ont immédiatement intégré que poser leur popotin sur le sol fait pleuvoir des bonbons), un autre immense classique des terrains d’éducation (et de sport) est le «assis-reste».

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…. ou, plutôt, le «assis-reste-reste-reeeeeeeeste-NOON-jédiassis-reste-reste-REEEEESTE » accompagné d’une marche arrière de l’humain à la fois hésitante et se voulant intimidante, puis retour au chien qui s’est levé quand même pour le remettre assis et on recommence toute l’opération douteuse  :-D

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Quand on ne change rien à sa manière de faire, il est assez logique que les conséquences et le résultat obtenu ne changent pas non plus.

Généralement, on obtient comme résultat un chien complètement confus, intimidé et qui, globalement, trouve toute la chose considérablement désagréable.

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Le stress s’évacuant de manière très individuelle, la suite peut donner un chien qui affiche toute une panoplie de comportements de stress mais également un chien qui se met à courir partout, vole les départs et soulage la tension qu’on lui inflige à sa manière.

Labrodor Dog Run

Si on décortique l’apprentissage du chien, « assis », signifie « pose ton derrière sur le sol » ce que le chien fait assez facilement  ;-)

Souvent, dès le click, le chien est déjà debout et on récompense en position debout voir avec un chien qui saute déjà comme un cabri démoniaque  (« click for behavior, feed for position » nous rappelle Bob Bailey).

A savoir, cliquez le comportement, renforcez en position. Si votre chien a fait 5 comportements depuis votre click au moment où son fessier a touché le sol, c’est passablement inefficace.

Quand le « assis » (ou tout autre comportement d’ailleurs), signifie plus précisément « tu restes assis jusqu’à nouvelle information » – le «reeeeste» devient complètement inutile.

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L’information suivante est le signal du comportement suivant (autre position stationnaire, autre comportement, revenir à vous ou signal de libération : fais désormais ce que bon te semble).

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Un chien qui grandit avec ce concept « tout comportement dure jusqu’à nouvelle information » sait garder la position face aux distractions, quand des personnes l’approchent, au départ d’une activité ou compétition canine et résout automatiquement le problème du chien qui saute sur tout le monde.

Comment s’y prendre donc ?

Avant toute chose, réfléchissez à ce que sera votre signal de libération (comme déjà dit dans un précédent article, le mien est « okay », à peu près le moins opportun entre tous car trop présent dans le langage courant : toutefois, depuis 2 décennies que je l’utilise, je suis trop conditionnée pour en changer, je vous conseille de vous conditionner à un autre mot, moins usité).

On va débuter par évidemment cliquer dès que le chien pose effectivement son fessier sur le sol et en distribuant la friandise rapidement dans la position : sans JAMAIS oublier de prononcer le mot de libération en incitant le mouvement.

Pour un chien qui meurt d’envie de bouger, le simple fait de bouger (et jouer) est un renforçateur, ceux qui sont plus placides et ne verraient aucun inconvénient à rester assis indéfiniment à recevoir des bonbons, seront motivés par un bonbon jeté un peu plus loin.

On change de position (se déplacer de 2 mètres dans une même pièce ou changer de pièce chez soi est déjà un début de généralisation) et on recommence.

N’oubliez pas que votre click doit « jaillir » comme unique information de l’environnement et que votre main doit donc aller chercher la friandise APRES celui-ci, cela évitera qu’il ne soit complètement focalisé sur votre main déjà installée dans la pochette à friandises (ou finissent tous les neurones du chien).

Le comportement fait apparaître le bonbon et NON LE CONTRAIRE. 

Généralisez l’apprentissage : changez d’endroit encore et encore (et encore et encore).

Ne soyez pas pressé d’en voir le bout – plus grande la généralisation, plus solide le comportement c’est un investissement à long terme que vous faites….

L’important est de véhiculer à votre chien l’information que le comportement se termine par le signal de libération et pas autrement.

Ensuite, vous pourrez commencer à retarder votre « click » : ne progressez pas en durée «linéaire » (c’est-à-dire une durée de plus en plus longue), surprenez votre chien par une durée plus courte quand il est capable d’une durée de comportement nettement plus longue : c’est bon pour le moral

Signal « assis » (durée à déterminer) puis click et distribution du bonbon, ensuite mot de libération.

Quand il sera capable de rester un bon 30 secondes assis dans un bon nombre d’endroits différents, on peut passer à l’étape « distance et distractions».

Pas de protocole gravé dans le marbre : pour mon bébé Border de 2 mois, un bras qui bougeait était déjà une distraction majeure – d’autres seront plus résistants et vous pourrez bouger d’un pas en arrière, latéralement, etc. Adaptez-vous au chien qui est en face de vous de manière à progresser de succès en succès. 

Dès le début de votre éloignement, cliquez dès le moment ou vous amorcerez votre retour vers le chien (la friandise doit être distribuée en position bis et tris).

Encore une fois, dès la séance terminée (pas plus de 5 minutes par séance), donnez votre mot de libération (et jouez si le chien aime jouer ou faites les fous tout simplement).

Quand l’éloignement deviendra plus conséquent, revenez vers le chien AVANT de cliquer. 

Ajoutez des distractions selon votre chien : pour certains, un autre chien de la famille sera une distraction mineure, pour d’autres une distraction majeure. Idem avec un membre humain de la famille. Le membre humain de la famille peut être silencieux au départ et progressivement, de moins en moins discret  :-D

Rappelez-vous que, si vous augmentez la distraction, il vous faudra diminuer la durée et la distance et inversement : vous devez impérativement rester dans une démarche de succès – si votre chien se lève, diminuez vos exigences immédiatement pour revenir à un succès garanti.

Ne vous montrez pas trop pressé : voyez la construction de ce comportement (et du concept même du comportement qui reste une information valable jusqu’à nouvelle information de votre part), comme poser les fondations d’une maison. Monter des murs, sans fondations, ne sert à rien – tout s’écroulera rapidement. 

fondations

Quand tout sera bien en place et – évidemment – si le comportement « couché » est acquis et déjà sur signal, après le assis, demandez un « couché » ou un « debout » (si celui-ci est acquis également) et, ensuite, libérez le chien (variez vos demandes, sinon vous allez créer une chaîne de comportements).

Si vous faites souvent tomber des friandises, munissez-vous plutôt d’un tube de « pâté » (genre Parfait pour mes lecteurs suisses), cela évitera que le chien ne se lève continuellement pour aller récupérer les friandises au sol.

trixie

Ne « soulez » pas le chien : pour certains, cet exercice demande un énorme contrôle de soi et fatigue, surtout chez le chiot, faites des séances courtes.

Cela implique évidemment, que si vous êtes en plein apprentissage du « assis » comme précédemment expliqué, il sera hors de question de demander à votre jeune chien un «assis » alors que courent autour de lui d’autres chiens, enfants ou autres distractions majeures et que tout ceci n’a pas encore été abordé (à l’identique et à plus forte raison avec le « couché », cette position mettant le chien dans une situation psychologiquement plus vulnérable encore). 

Ces positions « bétonnées » s’obtiennent sans difficulté quand on les propose avec cohérence et avec une certaine rigueur (le mot rigueur est à comprendre dans son sens d’exactitude, logique et précision et non pas dans son acceptation usuelle et plus commune de « sévérité ».

rigueur

C’est tout le concept d’une éducation en positif qui est (ou peut être) le contraire du laxisme qu’on lui impute un peu trop souvent.

Un éducateur (et, par « éducateur » j’entends toujours celui qui éduque son chien et pas un « professionnel ») qui travaille en positif peut être d’une rigueur absolue ou d’un laxisme absolu, c’est un choix – y mettre du travail et de la précision est pour moi la concrétisation d’un optimisme exigeant alors que le laxiste est un optimiste permissif…. à chacun de choisir son chemin ☺ 

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« Youki, reviens »…. le rappel

A la demande de quelques uns de mes stagiaires de parler du rappel, je me suis dit qu’on allait en faire un article, question d’en faire profiter les stagiaires eux-mêmes et mes gentils lecteurs et clients qui n’ont pas fait de stage…

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Un petit préambule qui s’expliquera au fil de la lecture : on va se pencher sur ce qui, en théorie de l’apprentissage, s’appelle en anglais la « learned irrelevance ».

Le mot « irrelevance » en anglais signifie « non pertinence » (j’ai pas mieux en français) et «learned » signifie en français « apprise» ou acquise.

On va donc opter pour « non pertinence acquise ».

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En gros, on apprend qu’un quelconque événement dans l’environnement (stimulus pour les geeks du comportement) n’a pas de signification particulière pour le sujet (le « coui-coui-coui » des oiseaux, vous l’entendez clairement mais vous ne l’écoutez pas, ça fait partie de l’environnement mais n’a aucun impact spécifique pour vous… à moins d’être un chat affamé évidemment). Comme il ne comporte pas de conséquence particulière (ni fâcheuse ni agréable), on apprend à l’ignorer, tout simplement.

Quand les signaux tombent, un à un, dans cette « non pertinence acquise » – le chien apprend surtout et avant tout à ne pas vous écouter  :-?

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C’est un phénomène qui guette TOUS nos signaux (ou « ordres » si vous préférez, moi pas vraiment) quand on ne les « chouchoute » pas

  • Quand le signal est introduit trop tôt (le chien ne peut pas apprendre en même temps le comportement et le signal verbal rattaché à celui-ci, enseignez le comportement et, ensuite, introduisez le signal). Si je vous hurle une information en japonais (à moins d’être japonais évidemment), vous ne la comprendrez pas mieux que si je vous la susurre, par contre, je vous stresserai sans aucun doute par mes hurlements incompréhensibles  :-(
  • Quand le signal est donné n’importe comment sans la moindre cohérence (on demande « assis », le chien se couche, on renforce parce que « ça va aussi » ou on rappelle le chien parce qu’on croit que c’est nécessaire, il ne revient pas, on s’aperçoit que, finalement, c’était pas nécessaire et on laisse courir). Quand vous prononcez un quelconque signal celui-ci doit être compris et avoir été travaillé solidement, sinon, renoncez à le prononcer (pourquoi demander quelque chose qui ne signifie rien pour votre chien franchement?).
  • Quand on donne un signal qui n’a pas passé par les cases renforcement+++, généralisation, flexibilité — c’est à dire qu’on inonde le chien de mots qui n’ont aucun sens pour lui – c’est à peu près le meilleur moyen de lui apprendre à ne plus vous écouter du tout (si rien de ce que vous dites n’est pertinent, votre chien apprend à ignorer votre « verbiage »).
  • Quand on donne un signal alors qu’on a à peu près 0 chances de succès (rappeler un jeune chien dont l’apprentissage est encore en cours alors qu’il est complètement pris par son environnement riche en distractions).
  • Quand on répète un signal encore et encore (le célèbre « assis-assis-assis-assis-assis» des terrains d’entraînement qui, quand il est suivi d’un coup de laisse sur le collier, finit par devenir un signal empoisonné car potentiellement porteur de punition)

Quand un chien ne répond pas à un signal par le comportement attendu, les premières questions à se poser sont :

  • Est-ce que ce signal est rattaché à un apprentissage abouti, terminé, flexible, généralisé ? En clair, est-ce que le fruit de mon travail est assez solide pour que je l’utilise en ce moment (dans ce contexte, cet environnement) ? Pour moi, rappeler un chien à la cuisine est un apprentissage niveau « maternelle », le rappeler en extérieur, c’est un apprentissage niveau « master » Puniriez-vous votre enfant de 8 ans s’il ne comprend pas un exercice de maths niveau Baccalauréat ? j’espère que non, pauvre petit 
  •  Est-ce que cet environnement est propice à la continuité de mon apprentissage et prend en considération l’émotionnel de mon chien ? (demander un « couché » à un chien craintif alors que plein de congénères autour peut mettre le chien dans l’impossibilité d’effectuer le dit comportement… en effet, si j’ai peur de quelque chose, je préfère rester alerte et prêt à m’enfuir plutôt que de me vautrer par terre).

Avant même de débuter à parler de rappel, considérons le premier signal que nous apprenons à nos chiens : leur nom.

puppies german shepherds

Si, dès le premier jour de vie commune, Youki entend 3 millions de « Youki-youki-youki-youki-youki » à tort et à travers, alors que, finalement, soit il n’est point nécessaire d’obtenir son attention (et que, d’ailleurs, on ne l’obtient pas, à force), cette « non pertinence » est mise en place très tôt.

Parfois déjà en « cours chiot » (voir carrément chez l’éleveur si le chiot a été nommé). Si votre chiot joue comme un déjanté ou, au contraire, est préoccupé par l’environnement (ça ne devrait pas arriver mais ça arrive) il ne vous écoutera pas (et son nom devient, rapidement, un truc sans aucune pertinence, intérêt, conséquence intéressante).

dogsniffing

Je ne compte plus le nombre de clients qui « appellent » (et appellent encore) leur chien par son prénom et que celui-ci continue, imperturbable, à renifler le sol ou à faire ce qu’il est en train de faire comme si celui-ci n’avait pas la moindre signification ni intérêt. on le croirait sourd (sauf qu’il ne l’est pas du tout).

On débute donc par donner à ce nom une importance toute particulière : chez votre chiot, en début d’apprentissage, chaque fois que son prénom est prononcé (une seule fois!) dans un contexte propice (préférablement ennuyeux) et que le chiot vous regarde, il sera suivi d’un renforçateur (qui peut-être une friandise, un gros câlin s’il apprécie, un moment de jeu, une petite « fiesta »)  :-D

puppywatching

A contrario, on ne dira pas le nom du chiot s’il s’agit de lui infliger toute forme d’interaction désagréable (mais parfois incontournable, genre lui donner un bain parce qu’il pue la mort suite à roulade dans la nature odorante).

Bref, on « chouchoute » ce premier signal avec soin…

Il est parfaitement possible d’associer une quelconque onomatopée à une friandise (ce qu’on appelle un « interrupteur positif »), voir utiliser un petit nom affectueux qu’on abandonnera par la suite, du style « bébé chien » pour une utilisation provisoire et qui souffrira de quelques ratés pendant qu’on travaille à construire un nom définitif qui, lui, sera porteur d’un historique d’interactions si positives qu’il jaillira comme une information très importante dans l’environnement du chien.

La finalité ultime étant d’avoir un chien qui relève la tête, clairement et avec grand intérêt quand il entend « Youki » dans notre verbiage si largement « non pertinent ». Quand on n’a pas ces fondations, travailler sur le rappel est légèrement illusoire.

Le nom du chien DOIT devenir ce qu’on appelle parfois un « signal précieux »à savoir un signal ultra renforcé.

Ensuite, il faut prendre conscience que tout signal précieux devient un renforçateur secondaire… à méditer quand on entend très souvent les propriétaires lancer le nom du chien quand il démarre un comportement peu souhaitable (vous renforcez la « bêtise »)  :-|

Le rappel est la suite logique de ce premier travail : trop souvent, quand je demande à mes clients comment le rappel a été introduit, il s’avère que le chiot revenait à 2-3 mois, il a été renforcé (au début, puis très rapidement moins « puisque ça roule ») et, au fur et à mesure que le chiot grandit et qu’il devient plus hardi dans un environnement bien sympa et attirant, on se retrouve à répéter ce mot de manière de plus en plus impérieuse sans grand succès (voir plus de succès du tout)  :-? 

On parle, un peu vite à mon sens, de « crise d’adolescence » alors que, au fond, on n’a juste pas mis en place le moindre apprentissage crédible.

Ronja von hinten

En effet, le concept de « l’obéissance » est pour moi une immense illusion humaine : le chien va toujours choisir la conséquence la plus agréable pour lui – entre continuer à renifler cette chose qui « pue très bon » et revenir vers vous pour se voir mettre la laisse et rentrer, son cœur ne balance pas un seul instant  ;-)

Considérez la situation avant de décider comment agir  :-D

C’est l’historique de renforcement de votre signal qui le rendra « pertinent » et intéressant (les chiens d’accompagnement pour mal voyants ont un « signal précieux » qui est le bord du trottoir – qui est le plus renforcé entre tous. On ne laissera jamais le chien aller au bord du trottoir s’il a commis un quelconque impair dans la chaîne de comportements de son apprentissage, parce que cet historique de renforcement renforcera tous les comportements précédents… le trottoir, vous imaginez bien, ne donne pas « d’ordre » au chien – par contre, sa signification est limpide et son historique de renforcement énorme).

Dès lors que vous aurez lancé votre mot de rappel et que Youki aura continué à renifler son trésor odorant, l’apprentissage se fait : ne pas réagir est une excellente affaire – en effet, la conséquence est de pouvoir continuer à faire ce qu’il apprécie de faire.

Si vous vous fâchez tout vert ensuite, toujours avec votre mot de rappel rageusement, il deviendra un signal empoisonné puisque rattaché à l’intimidation et à la peur… ce qui ne va guère lui donner envie de vous rejoindre à l’avenir (tout le contraire). On le voit souvent chez certains chiens qui reviennent très lentement, comme hésitants, ne sachant plus très bien si ce mot spécifique est une bonne nouvelle ou, au contraire, l’arrivée d’une catastrophe imminente.

intimidated

Pensez également à votre « timing » - si, quand vous rappelez votre chien, il arrive gaiement et, ensuite, vous lui demandez « assis » en face de vous et vous renforcez, c’est le « assis » qui est renforcé et pas le rappel (ce n’est pas ce que vous voulez)  :-D 

sittingdog

Même problème si, quand vous rappelez votre chiot à la maison vous devez ensuite aller à la cuisine et chercher laborieusement un « bonbon » – le chien aura effectué un certain nombre de comportements suite au rappel, il ne fera plus la relation directe avec le fait de revenir (soyez « armés » de renforçateurs quand vous êtes en plein apprentissage, ayez un ou des bols de « bonbons » à portée de main).

bolfriandises

On l’aura compris, si votre mot de rappel est flingué par de très nombreux échecs (et qu’il est donc sujet à notre fameuse « learned irrelevance ») ou qu’il a donné lieu à des énervements de votre part, voir des punitions (signal empoisonné) il va falloir impérativement en changer et tout recommencer

NB : personne au monde ne vous oblige à dire « retour » « viens » ou « au pied » – le mot peut-être « bonbon », « youpidou » ou « bingo »  :-D

bingo

Gardez en tête qu’il est infiniment plus facile de conditionner un nouveau mot que de travailler à modifier la perception d’un ancien…

J’ai un peu horreur des protocoles et les approches « how-to » (parce que chaque chien est un individu unique par définition)… mais, de manière générale, un rappel se construit chez vous, dans le calme, voir l’ennui, quand votre chiot (ou chien) n’a strictement rien de mieux à faire que de vous écouter et que vous représentez une source bienvenue d’intérêt.

Mot de rappel = toujours giga friandise (pas la croquette ennuyeuse de sa gamelle mais morceau de saucisse, jambon, fromage, foie séché, friandise maison bien alléchante… et variez ces friandises : s’il vous reste un morceau du rôti de dimanche et que vous n’allez rien en faire, faites-en des munitions d’entraînement).

A répéter à la cuisine, dans la chambre, la salle de bain, le salon, la salle à manger (bref, on aura compris le principe) avant de l’exporter dans votre jardin clôturé (qui est déjà un très grand saut en termes de distractions). A répéter en famille : chaque membre de la famille appelle le chien (une fois!) et il renforce s’il revient – aucun autre membre de la famille n’octroie la moindre attention au chien s’il ne va pas vers la personne qui l’appelle (on peut s’assoir en cercle avec le chiot au milieu).

Rappelez-vous que, pour votre chien, un signal appris avec la pendule de la cuisine face à lui et le frigo derrière lui n’est pas la même chose que s’il a la pendule derrière lui et le frigo face à lui, il s’agit donc de varier à l’infini l’environnement :lol:

Notre monde d’humains est fait d’une masse affolante d’informations pour nos chiens et ils en font ce qu’ils peuvent… ils cherchent constamment à anticiper les conséquences de leurs décisions (et décident en leur faveur évidemment, non, les chiens ne viennent pas au monde pour nous rendre heureux)  :lol:

Chacun d’entre vous aura noté chez son chien quelques « signaux » qui sont d’une parfaite clarté et n’ont pas besoin d’être répétés – genre « on va balader » (ou le simple fait de prendre la laisse en main), manier les gamelles en métal (ils sont tous très intéressés dès le premier cliquetis) ou, dans l’autre sens, la bouteille de shampooing qu’on empoigne et le chien se fait immédiatement la malle (etc. etc. etc.).

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Là, on ne parle plus « d’obéissance » et, pourtant, les chiens réagissent tous à ces informations ultra pertinentes dans leur monde, pour obtenir, ou éviter, une conséquence. Nos « signaux » peuvent avoir la même clarté et cohérence. 

Question d’éviter les échecs, on aura compris qu’il est parfaitement contre-productif, en plein apprentissage, de lâcher votre jeune chien si vous craignez ne pas pouvoir obtenir son attention et que vous savez que vous devrez le récupérer dans un temps défini ou parce que l’environnement l’exige (dangers).

Si nécessaire, allez le chercher calmement ou, si problématique, ne le lâchez tout simplement pas (la longe est votre amie)  ;-)

longe

Vous ne lâchez votre chien que si et quand votre apprentissage est déjà solide ou, alternativement, l’environnement sécurisé permet d’attendre sereinement que votre chien revienne vers vous de manière spontanée (vous pouvez lancer votre mot de rappel dès que vous voyez votre chien revenir et vous renforcez).

Réfléchir avant de lancer son mot de rappel : demander à Youki de revenir (du jardin) et partir travailler est une véritable catastrophe – la conséquence d’avoir répondu à ce fameux rappel est désastreuse (pour Youki).

A l’identique si votre chien déteste la voiture : utilisez votre mot de rappel pour l’enfourner dans le coffre où il est malade, est un contre-sens  :roll:

En résumé :

  • Obtenez l’attention de votre chien quand vous prononcez son nom et ne le prononcez pas si pas de conséquence gratifiante
  • Faites-en un « signal précieux » (hautement renforcé)
  • Considérez que tout signal « précieux » devient un renforçateur secondaire, ne l’utilisez pas pour stopper un comportement qui vous déplaît
  • Mettez en place le conditionnement au rappel en milieu très peu distrayant au début
  • Augmentez la difficulté par paliers très modestes, rappelez-vous que rappeler votre chien en extérieur est un apprentissage niveau « master » (si les circonstances ne s’y prêtent pas, ne détachez pas)
  • Réservez vos friandises de très haute valeur pour le rappel et variez-les régulièrement, identifiez ce que votre chien estime être une « giga friandise »
  • Pensez à votre timing – c’est le rappel que vous renforcez, pas autre chose
  • Ne rappelez pas si moins de 99% de succès en cours d’apprentissage
  • Rappelez votre chien souvent pour le renvoyer ensuite à ses occupations de chien
  • Rappelez votre chien pour débuter une partie de jeu, lancer la balle, toute interaction qu’il apprécie…

… et bossez, bossez, bossez – on n’a jamais rien sans rien :-D 

process

Attachez-vous au processus : les résultats suivront  :-D

Quelques minutes par jour suffisent et seront bien plus productives qu’une heure de cours sur le terrain…

Si beaucoup (infiniment) de chiens n’ont aucun rappel (le chien qui « revient des fois » n’a pas de rappel), c’est tout simplement parce que celui-ci n’a pas été travaillé ou a été travaillé de manière peu pertinente.

A la question : « peut-on avoir un rappel à 100%? » ma réponse sera toujours et inévitablement « non » mais, identifier l’ennemi aidant à le vaincre, crééz un plan d’apprentissage spécifique, suivez-le, renforcez toute la vie du chien  ;-)

Chez les miens, par exemple, un rappel lambda ne sera plus renforcé autrement que par une intonation particulièrement gentille et/ou un mot conditionné, comme « good boy », « good girl », un rappel à fond les ballons en circonstances distrayantes sera payé grassement toute leur vie, à savoir par une friandise (pour certains qui vivent pour manger) ou une partie de jeu (pour ceux qui vivent pour jouer)  :-D

Happy training ☺ 

Les bienfaits de la gélatine

Depuis très longtemps, j’ajoute une préparation de gélatine aux gamelles de mes chiens…. et vous devriez le faire aussi

Parce que je n’ai pas toujours le temps / courage/ les os adéquats pour faire du « bouillon d’os » et parce que la gélatine est un vrai trésor de bienfaits, aisément disponible, pour nos carnivores domestiques  :-D

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La gélatine a toujours fait partie de l’alimentation des humains et le bouillon gélatineux, vieux remède de grand-mère, était généralement inclus dans les plats longuement mijotés qui se sont un peu (énormément) perdus dans notre vie moderne.

gelatineux

Comme ce blog se concentre sur les chiens essentiellement, le concept du végétarisme n’entre tout simplement pas en ligne de compte (les chiens sont des carnivores et le resteront quoi qu’en disent certains), toutefois, si vous n’êtes pas végétarien, ces concepts s’appliquent également à l’humain.

Si vous faites régulièrement du bouillon d’os – et que celui-ci gélifie aisément – vous pouvez vous en tenir à ça bien évidemment – mais c’est souvent long à réaliser, certains n’ont même pas de casserole adéquate et ne sont pas assez longtemps à domicile pour surveiller la cuisson et, parfois, celui-ci ne gélifie pas.

Quelques conseils à ce sujet, avant de revenir à notre gélatine  :-D

Pourquoi mon bouillon ne gélifie pas, malgré mon vinaigre ?

  • Parce qu’il cuit à trop haute température. Si la température est trop haute, la chaleur va détruire le collagène et le bouillon ne gélifiera pas ou très peu.
  • Parce qu’il n’a pas cuit assez longtemps (un bouillon d’os de poulet devrait cuire entre 6 et 24 heures et un bouillon d’os de bœuf entre 12 et 50 heures) d’où l’utilité de la gélatine pour ceux qui sont terrassés par la perspective et ne possèdent pas de « slow cooker ».
  • Parce que les os utilisés ne sont pas appropriés : ils contiennent trop peu de cartilage. Ne pas hésiter à ajouter des morceaux « cartilagineux ». 
  • Parce qu’on a utilisé trop d’eau pour la quantité d’os disponibles : il faut environ 2 kilos d’os pour 4 litres d’eau pas trop calcaire, les os doivent être recouverts.
  • Parce qu’on utilise les os de poulets élevés en batterie ☹ On sait que les carcasses de ces poulets contiennent très peu de gélatine.

Si la perspective du bouillon d’os gélatineux vous sidère par avance, il vous reste la gélatine  :-D

(et, si vous avez cuit un bouillon d’os qui n’a pas gélifié correctement, n’hésitez pas, justement à lui ajouter de la gélatine, tout simplement :-D

Les acides aminés présents dans la gélatine (glycine, proline, hydroxy proline, acide glutamique, alanine, arginine, acide glutamique, acide aspartique, lysine, sérine, leucine, méthionine, histidine et tyrosine en des proportions variables selon la gélatine utilisée) apportent un nombre incroyable de «mesures préventives et curatives »

La gélatine peut :

  • aider à la cicatrisation
  • aider à la digestion
  • réduire les effets cataboliques des tissus musculaires en période de stress ou de maladie
  • aider à la sécrétion gastrique 
  • réduire l’inflammation des muqueuses (une alliée en présence de ce qu’on appelle le « leaky gut » ou « intestins poreux » également chez le chien)
  • favoriser la production d’hormone thyroïdienne
  • régulariser le diabète
  • protéger contre le stress (cortisol)
  • améliorer la qualité du poil, des griffes, des os et tous les tissus conjonctifs
  • aider en cas de douleurs articulaires (dysplasie et donc arthrose et arthrite)
  • aider les chiens souffrant d’épilepsie (études effectuées chez le rat)
  • soutenir les tissus conjonctifs (penser au chien sportif)

Que peut-on faire de la gélatine pour nos chiens ?

Une friandise appétissante (plus intéressante pour utilisation à la maison car ne supportera pas bien la chaleur et se garde au frigo)un délicieux complément pour sa gamelle – hyper bas en calories (zéro calories dans la gélatine – peut-être réalisée avec un bouillon maigre très appétissant pour le chien, pour un résultat final à la fois hyper digeste et hyper appétissant : que demander de plus?). Evitez toutefois les cubes de bouillon, beaucoup trop riches en sel (ou choisissez un produit sans sel, si la perspective d’un bouillon maison vous décourage, celui-ci contiendra toutefois de l’amidon de maïs, du sucre mais, enfin, on fait ce qu’on peut). 

Dosage, approximatif, journalier d’une préparation de gélatine pour un chien de :

  • 5 à 10 kilos : une cuillère à café
  • de 10 à 20 kilos : 2 à 3 cuillères à café
  • de 20 à 30 kilos : 3 à 4 cuillères à café
  • plus : une ou deux cuillères à soupe

(Je précise que la gélatine est un supplément et non un médicament, ces quantités sont donc purement indicatives)

Pour ma part, je la garde en pots et j’ajoute leur dose quotidienne à tous mes chiens : importante pour les chiots en croissance, déterminante pour les petits vieux, essentielle pour mes chiens sportifs ☺

Considérez que, si les soucis de votre chien sont digestifs, il est préférable de lui en donner souvent pendant la journée, plutôt qu’une seule fois au moment de la gamelle (d’où l’utilité des « friandises »).

Je mets ces friandises dans « mon » désormais célèbre « moule magique » (et je le garde ensuite au frigo les friandises démoulées – pas plus que 3-4 jours). 

friandisesgelatine

Ces friandises ont la consistance des « oursons » en gélatine de notre enfance (pas le même goût ni la même couleur par contre), elles sont « caoutchouteuses » et « rebondissantes ».

oursons

Vous pouvez y ajouter plein de choses comme des légumes, des herbes aromatiques, du gingembre, de la cannelle, des myrtilles,  etc. etc. etc.

Si votre chien est difficile ou si votre gélatine est uniquement à base d’eau, n’hésitez pas à mixer quelque chose qu’il apprécie et à l’ajouter à la masse (j’y ajoute, pour mes lecteurs suisses, une tombée de notre très célèbre « Parfait »)  ;-)

parfait

Attention à ne pas utiliser de préparation de gélatine sucrée : outre au sucre tout à fait dommageable à nos chiens, ces préparations contiennent souvent du xylitol (sucre issu de l’écorce de bouleau) qui est MORTEL pour les chiens à certaines doses.

bouillon2

Vous aurez donc besoin de :

  • une tasse de gélatine neutre (pas de sucres, pas d’édulcorants)
  • une tasse d’un liquide froid (eau, bouillon de viande, eau ou lait de coco)
  • 3 tasses d’un liquide chaud (bouillon de viande maison – comme ci-dessus – ou industriel sans sel ou eau)
  • autres ingrédients de votre choix (ATTENTION : certains fruits ne sont pas appropriés à la préparation de gélatine car leur enzymes empêchent la « prise », ceux qui contiennent de broméline comme le kiwi, l’ananas, la papaye, la goyave)
  • un contenant de votre choix (un simple plat « pyrex » ou un moule à tarte fait l’affaire, vous pourrez ensuite couper votre gélatine à votre guise ou encore des Tupperware si vous souhaitez congeler votre production). 

Attention : toutes les gélatines n’ont pas le même pouvoir gélifiant, toutes les gélatines n’ont pas le même mode d’emploi – certaines se liquéfient dans le liquide chaud sans trempage, regardez votre paquet et adaptez en conséquence. Si votre gélatine est trop « molle » à votre premier essai, augmentez les doses pour obtenir une consistance de « gomme ». Les produits du commerce destinés à fabriquer de la gelée indiquent un indice bloom » qui est compris entre 50 et 300. Plus le degré Bloom est élevé, plus le pouvoir gélifiant de la gélatine est important.

ingredientsgélatine

  • Mettez votre tasse de gélatine dans un bol et ajoutez une tasse d’un liquide froid et laissez reposer 2 minutes (ou suivez les indications de votre paquet)
  • Ajoutez votre liquide chaud sur la gélatine ramollie et mélangez afin de dissoudre la gélatine complètement
  • Transvasez dans le « contenant » de votre choix

gelatinepattes

Ma production « lambda » : bouillon maison de viandes et légumes + gingembre + cannelle + gélatine + myrtilles mixées + persil / le tout issu de la production biologique  ;-)

productionlambda

Elle se congèle sans problème dans des contenants appropriées : la mettre à décongeler au réfrigérateur pour la garder bien ferme.

Au frigo, elle se conserve une petite semaine sans problèmes.

Happy cooking  :-D

Obéir ou ne pas obéir…

Quand des amis constatent que mes mini-pigs font « assis » et « couché » (et autres comportements) sur demande, ils sont généralement au bord de l’extase – « oh wow, mais c’est génial, comment tu leur apprends ça ? ».

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Le sentiment de « mignonnitude » est presque à coup sûr à son comble

Si, parfois, elle n’exécutent pas (ça arrive), parce que trop d’inconnus dans leur enclos ou parce qu’un inconnu spécifique les laisse un peu perplexes (elles ne sont pas ultra sociables mais c’est une autre compétence que personne ne demande aux cochons), personne ne s’en offusque moindrement et accepte, sans rechigner, qu’elles puissent avoir peur, être intimidées ou mal à l’aise « ah ben oui, elle ne me connaît pas après tout » me disent-ils avec beaucoup d’empathie pour l’état émotionnel de mes deux animaux.

empathy

Personne ne s’attend à ce que je sorte un index menaçant ou que je répète ma demande sur un ton dont l’exaspération augmenterait de manière exponentielle « assis-assis-assis » ou que j’entreprenne une quelconque action coercitive à leur encontre. Et, surtout, personne ne soupçonne une quelconque « mutinerie » par rapport à mon autorité sur elles, en fait, personne ne s’attend que j’aie la moindre autorité sur elles.

boss

Pourtant, quand il s’agit d’un chien, c’est précisément ce qui arrive.

Je me souviens d’un monsieur ayant réceptionné un chien qu’il venait de décider d’adopter qui, 10 secondes après avoir pris le chien en laisse, lui claironnait un « au pied » très décidé. Le chien, soit complètement vierge de tout apprentissage (probablement), soit complètement déboussolé par des circonstances émotionnellement pas faciles n’a pas donné le moindre signe de savoir faire quoi que ce soit qui ressemble, même vaguement, à un «au pied». Immédiatement, le monsieur a élevé la voix et produit un «AU PIED» tonitruant (tout aussi inefficace que le premier).

A ce moment là, il se tourne vers l’employé du refuge et décrète, un peu dépité «dommage, il n’est pas très obéissant »…..  8-O 8-O 8-O

scratch

Cette étrange conviction que nos chiens comprennent notre langage humain est probablement le résultat d’une connivence très spéciale avec cet animal qui est si incroyablement proche de nous.

darkness

Elle est à la fois fascinante (d’un point de vue sociologique) et légèrement inquiétante (pour le chien).

Car, si personne ne s’attend à voir un chat « obéir » ni un cochon, c’est souvent précisément ce qu’on attend du chien, comme s’il venait au monde avec cet unique désir de combler toutes nos attentes et exigences (aussi peu adaptées qu’elles soient à un individu spécifique d’ailleurs : difficile parfois de faire le deuil du chien d’assistance, sportif ou – tout simplement – ultra sociable). 

grumpycat

J’ai des propriétaires qui, parfois, me disent « je lui dis de ne pas toucher mais il ne m’écoute pas » (quand je leur demande comment ils ont enseigné le « ne pas toucher » au chien, ils sont un peu perplexes, en réalité, ce mot spécifique n’a fait l’objet d’aucun apprentissage particulier).

Et, dès lors qu’on est complètement dans l’idée que le « chien comprend », s’il comprend et ne fait pas, c’est donc qu’il désobéit (il fait passer sa volonté propre de « ne pas faire » au dessus de la notre qui lui demande, justement, de « faire »).

Pour en revenir à mes petites cochonnes, personne ne s’attend, non plus, qu’elles soient cordiales avec le monde entier et 100% des personnes qui les rencontrent me demandent, prudemment, si « on peut les toucher ? »

(d’ailleurs oui, on « peut » et elles ne mordent personne, ensuite, elles n’y tiennent pas outre mesure comme mon Border qui ne grognera et encore moins mordra personne mais, si vous lui fichez la paix il préfère, alors que mon Australienne apprécierait très certainement les câlins d’un cambrioleur qui m’aurait, au préalable, égorgée).

cochonnes

Avoir été élevé au rang de « meilleur ami de l’homme » semble avoir généré par rapport au chien des attentes qui dépassent celles que nous avons pour tout autre animal…. l’obéissance de nos chiens étant pour certains la mesure de la dévotion qu’ils devraient ressentir à notre égard (l’éternel « il le fait pour moi » ou « pour me faire plaisir »).

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En gros, il m’aime s’il m’obéit et s’il m’obéit, il m’aime (ce qui est très loin d’être sûr).

Je surprends souvent mes clients quand je leur dis que, pour moi, « l’obéissance » n’existe pas : il y a des apprentissages, compris ou non, complets ou incomplets, généralisés ou non, flexibles ou non, des contextes propices ou pas du tout…. et le chien nous le confirme continuellement en n’exécutant pas ce malheureux « assis-assis-assis-assis » que vous répétez avec une exaspération grandissante alors qu’il est à 2 mètres d’un chien qui le préoccupe, alors que d’autres chiens font les fous devant lui ou parce que, tout simplement, vous lui avez appris ce comportement en lui faisant face et en utilisant un geste de la main alors que là, vous êtes à côté de lui et vous utilisez uniquement le mot qui n’a strictement aucun sens pour lui (quoi que vous en pensiez).

Sans oublier évidemment que notre brave Pavlov étant toujours sur notre épaule (même et surtout quand on n’y pense pas), votre petit coup sur la laisse (pas trop « méchant ») ou votre voix sévère (pas trop effrayante) deviennent précisément ce qui annonce l’opportunité d’un renforçateur si, après avoir exécuté, vous récompensez le chien : dans ce cas précis, le coup sur la laisse devient le signal conditionné et le chien l’accepte plutôt vaillamment puisqu’il annonce l’arrivée d’une friandise – en fait, il n’exécutera son comportement qu’en présence de ce signal spécifique.

peanuts-pavlov

Si, quand le chien « n’obéit pas » nous nous posions la question de son apprentissage (ce qui devrait plutôt vous inciter à NOUS remettre en question plutôt que de remettre le chien en question), de son état émotionnel dans l’instant, de l’environnement immédiat – nous nous éviterions de plonger dans cette vision douloureuse pour lui et pour nous de l’obéissance absolue en toutes circonstances qui complique et dégrade la relation.

Nous avons, en grand nombre, réfuté la théorie de la dominance mais nous parlons, encore (presque) tous, d’obéissance et d’ordres qui nous ramènent pourtant tout droit à un concept de domination  :lol: :lol: :lol:

Happy training ☺☺☺

Comment choisir son éducateur canin?

rottweiler and leash

Le métier d’éducateur canin est un des moins « réglementés » qui existent : même dans notre petite Suisse plutôt riche en interdits et obligations pourtant, il existe bien des cantons où on peut tout simplement s’auto-proclamer éducateur canin, sans coup férir (alors qu’il faut une formation diplômante de trois ans pour être vendeuse : sans aucunement vouloir médire d’une formation quelle qu’elle soit, tant je suis convaincue que tout métier nécessite soit une solide formation soit la reconnaissance officielle et vérifiée d’acquis autodidactes).

Sans conteste, dans votre début de quête d’un éducateur canin, l’enfance de l’art est de vous focaliser sur ceux qui annoncent des méthodes sans violence ni contrainte – souvent présentées – en francophonie en tous cas – sous l’appellation « positives ».

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Vaste concept parfois (et non toujours, évidemment) utilisé comme argument marketing (je me rappelle d’une éducatrice dans un funeste reportage à la télévision française, qui, se présentant comme «amicale et positive » justement, mettait de grands coups de genoux à un pauvre chien qui l’accueillait à la porte en lui sautant dessus).

Voulez-vous vrament, pour votre « meilleur-ami-chien » – d’une éducation fondée sur la douleur, l’inconfort, la peur de la punition et la contrainte ? ( si la réponse est « oui », je pense que vous vous êtes égaré sur mon blog et que vous pouvez, d’ores-et-déjà, interrompre cette lecture).

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Ne me répondez pas « mais ça marche »  :roll:

Le résultat ne peut être notre unique considération - quand vos invités mettent les pieds sur votre table basse et que cela vous heurte, je doute que vous adressiez ce souci par un coup immédiat dans leur plexus, question qu’ils comprennent bien que ça ne se fait pas?  ;-)

De manière plus pragmatique, vous pouvez effectuer une simple vérification de l’approche de votre postulant éducateur par quelque simples questions dont: « que faites-vous quand le chien fait juste ? » et, surtout, « que faites-vous quand le chien fait faux ? » (suggestion de réponse rassurante : « je renforce les bons comportements » / « je rends probable et renforce un comportement alternatif et incompatible avec le comportement indésirable »).

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Se contenter d’un laconique « ça fait 20 ans (ou 40) que je suis sur les terrains », ne devrait pas vous suffire : osez donc demander à votre éducteur quelle a été sa formation ou ses formations (qu’il devrait, normalement, se faire un plaisir de vous détailler) et, si sa réponse reste obscure pour vous, n’hésitez pas à aller regarder les sites des organismes qui les dispensent et renseignez-vous autour de vous. Je ne pense pas que vous seriez d’accord de confier vos enfants à une enseignante sans aucun diplôme et aucune éthique connue et sur le simple concept de son « auto-glorification »  :-D 

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Faites la différence entre une certification et une simple « attestation de présence » (qui ne vous garantit en rien que la personne a effectivement intégré des concepts). Dans mes propres cours, je donne des attestations de présence et certainement pas des certifications qui impliqueraient que je vérifie, une personne à la fois, que certaines notions ont été clairement acquises et, seront dès lors appliquées (ce que je ne fais pas).

J’ai vu récemment une annonce sur Facebook d’une éducatrice qui se présentait laconiquement comme « diplômée » (point) : les seules personnes à demander des précisions étaient…. des éducateurs canins  :roll:

Soyez exigeant en tant que propriétaire, c’est votre compagnon de route pour 15 ans que vous allez confier à un quelconque individu et, que, accessoirement, vous allez devoir fréquenter pendant des semaines, des mois voir des années.

Bien-sûr, quand ce n’est pas notre domaine, qu’on vous dise qu’on a le papier X ou Y ne sera pas très parlant mais, déjà, vous saurez que la personne a pris la peine de faire une formation (c’est un début) – et il est parfaitement approprié – et légitime – de demander à la dite personne en quoi consistait sa formation (2 jours ou 3 ans ce n’est pas pareil), si elle a comporté un ou des examens, des heures de pratique, des travaux individuels écrits, etc.

Un éducateur compétent et qualifié sera toujours parfaitement heureux de vous répondre  :-D

Osez donc aller voir comment ça se passe en cours AVANT d’y emmener votre jeune (ou pas) chien et restez attentif aux détails suivants :

  • L’éducateur demande-t-il à voir un chien avant de l’intégrer à un groupe ou, au moins, vous demande-t-il s’il est à l’aise avec ses congénères ? Un chien anxieux ou craintif ou réactif n’a strictement rien à faire dans une éducation « en groupe » qui, en définitive, va causer plus de problèmes qu’elle n’en résoudra. Optez pour des cours privés dans un premier temps, voir même des cours à domicile.
  • Comment sont les chiens à leur arrivée (gérés ou pas du tout ?). Il est bien inutile d’avoir des chiens «obéissants » sur le terrain s’ils n’ont pas des acquis de base indispensables dans la vie courante.
  • Si et quand on vous demande de les « mettre en cage », vous propose-t-on des conseils afin de positiver la dite caisse au préalable ou les balance-t-on dedans sans préparation aucune ? Constatez-vous que les chiens en cage ou attachés vocalisent?
  • Laisse-t-on les chiens qui arrivent sur le terrain renifler l’environnement dans le calme avant toute chose ? S’imprégner de l’environnement en toute quiétude permet au chien de mieux se concentrer ensuite. 
  • Comment s’adresse-t-on aux propriétaires ? relève-t-on ce qu’ils font bien avant tout? Savoir renforcer ce qui « va bien » est un mode de vie et non une technique de «dressage » ☺
  • Les chiens – et les gens – ont-ils l’air détendus et de bonne humeur ou semblent-ils stressés et mal à l’aise ? n’hésitez pas à leur parler à l’issue du cours…. demandez-leur s’ils s’amusent et s’ils se sentent accompagnés
  • L’éducateur sait-il rapidement proposer des cours privés aux propriétaires en difficulté avec leur chien au sein d’un groupe ?
  • Entendez-vous une litanie de « assis-assis-assis », « reste-reste-reste »« couché-couché-couché » et des « non, non non »? Si c’est le cas, c’est que ces apprentissages ne sont pas acquis (et, s’ils ne sont pas acquis dans ce contexte, pourquoi les demander ?)
  • A-t-on recours à la « punition » quand le chien n’exécute pas alors qu’on estime qu’il le devrait ? L’éducateur sait-il prendre en considération l’environnement, un apprentissage peu ou pas généralisé, l’état émotionnel du chien, un signal (ordre) éventuellement « empoisonné » ?
  • Met-on des « étiquettes » sur les chiens (« démotivé, paresseux, têtu » etc. etc.) ou sur vous-même (il ne vous respecte pas, il vous danse sur le ventre, vous êtes trop ci ou pas assez ça). Mettre une étiquette fournit un alibi à une incompétence certaine – en effet, c’est de la faute du chien ou la vôtre, ce qui exonère dès lors l’éducateur.
  • Vous serine-t-on encore des notions de « chef de meute », de « famille meute », vous incite-t-on à « dominer » votre chien? ces considérations fallacieuses ont été démontées depuis des lustres, si votre éducateur en est encore là, il a du rattrapage à faire ☺ (dit en anglais « le leader du pack » comme on me l’a sorti une fois, est assez comique mais tout aussi fallacieux).
  • L’éducateur demande-t-il la permission de prendre le chien d’un participant pour démontrer un exercice ? et explique-t-il clairement ce qu’il projette de faire avant de le faire ? Ne confiez jamais votre chien à un éducateur si vous n’avez pas pleinement confiance en celui-ci.
  • L’éducateur donne-t-il des « garanties » de résultat ? S’il vous en donne, fuyez – cela veut dire qu’il n’appréhende pas toutes les subtilités du comportement (j’ai vu, l’autre jour, une annonce « obéissance 100% garantie » – pour moi, le type de concept marketing qui vous signale un charlatan à plein nez).

garantie

De manière générale, n’hésitez jamais à demander à votre éducateur qu’il vous explique ce qu’il affirme, qu’il mette en paroles le pourquoi du comment (si competent, il n’aura aucune difficulté à le faire) et, s’il ressent cette demande d’explication comme une mise en doute de ses compétences, ne considérez pas ça comme un « bon point »

sexplique

Que votre éducateur canin soit d’une école ou d’une autre, il y a des bases qu’il doit savoir parfaitement maîtriser – les lois de l’apprentissage ne sont pas une opinion ou une vue de l’esprit mais des forces inéluctables qui s’appliquent à tous.

Ce sont les outils fondamentaux de tout éducateur canin et il doit les maîtriser complètement, tout comme, si vous êtes coiffeuse ou électricien, vous maîtrisez parfaitement les vôtres (et vous ne songeriez as à vous lancer dans une permanente ou une installation électrique sans avoir obtenu une reconnaissance professionnelle). 

outils

Toute modification du comportement s’effectue par le biais d’un conditionnement répondant ou opérant : il est absolument impératif que votre éducateur/éducatrice comprenne clairement – et vous explique tout aussi clairement – ces deux concepts.

Tout conditionnement opérant se décompose en trois phases : un antécédent, le comportement et la conséquence (vous demandez un « assis » – le signal « assis » est l’antécédent – le chien s’assied, c’est le comportement – vous lui donnez une friandise, c’est la conséquence).

Tout conditionnement répondant ne comporte que deux phases : « quand X se produit, Y s’en suit » (le chien vous entend préparer la gamelle, il rapplique).

Actuellement, l’éducation canine est fondée sur des connaissances scientifiques et non sur la brume culturelle transmise par la cousine de la tante de la concierge qui « dit que »

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En définitive, si après 2 ou 3 cours vous avez l’impression que ça ne se passe pas comme vous voudriez, rappelez-vous qu’il existe une quantité affolante d’éducateurs et qu’il vaut mieux faire quelques kilomètres de plus pendant quelques semaines / mois que de vous enfoncer dans une approche contre productive pour vous et pour votre chien  :-D

Happy shopping  :-D

Le chien introverti, ça existe?

Dans mon « ping pong » perpétuel dans mes considérations sur l’apprentissage chez l’humain et chez l’animal non humain – hier, j’ai lu un article qui m’a profondément interpellée.

L’auteure était une personne étiquetée comme « introvertie » et elle racontait ses années d’école où, bonne élève, avec d’excellents résultats, sans (à l’origine) de souffrance particulière, on n’a pas cessé d’exiger d’elle «qu’elle participe plus en classe ».

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Dès le cycle primaire, cette personne a interiorisé un étrange message : elle était « trop » réservée (par rapport à quoi ?).

S’en suit une longue description du calvaire absolu de ses années d’études où, de la maternelle à la fin de l’école supérieure, on n’a pas cessé de lui reprocher son manque d’interaction avec les autres et avec les professeurs.

Son apothéose était atteinte lors de « séminaires socratiques » où les participants – assis en cercle – participaient à des joutes verbales et dont le temps de parole individuel était soigneusement « monitoré » par les enseignants et déterminait, entre autre, la note finale.

Avec, évidemment, des résultats médiocres dans cet exercice très précis et une hantise de plus en plus affirmée vis-à-vis de l’expression orale en public.

Une petite souffrance construite de manière très artificielle, à mon sens, car il me semble tout à fait possible de réussir sans vie sans devenir un orateur pétillant  ;-)

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Ce que dénonçait cette personne c’est l’idée hasardeuse – et pourtant bien généralisée – qu’être « extraverti » c’est paraître plus intelligent et plus engagé dans une quelconque activité, plus présent.

Pire encore, que le fait d’être extraverti, volubile et très interactif avec les autres est mis en avant comme concept « normatif » : ceux qui correspondent à cette description sont ceux qui « vont bien », les autres doivent changer ou, en tous cas, travailler à devenir « moins introvertis ».

J’ai immédiatement fait le parallèle avec une balade faite avec une connaissance il y a quelques temps qui m’a dit, avec un peu de commisération que c’était « dommage » (?) que mon chien n’interagisse pas avec les autres chiens (bref, il ne joue pas avec les autres chiens).

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Si, en réalité, aucun de mes chiens ne joue beaucoup avec les chiens inconnus : mes deux Bergers Australiens jouent entre elles (elles sont sœurs et très proches) Zouk, s’il supporte avec patience leurs jeux, ne joue avec absolument personne (pas même avec elles).

Totalement non conflictuel, les autres chiens ne l’intéressent absolument pas.

Les autres gens non plus d’ailleurs  ;-)

Il est habitué à ses « frangines » et il aime, encore mieux, moi ou plutôt l’accès que je lui donne à ce qui a de la valeur pour lui.

Bref, ce qui lui procure du bien-être et donc une émotion agréable pour lui et selon ses critères personnels – je n’ai pas appris à Zouk cette intensité qu’il met dans toute chose, elle fait partie de lui (au mieux, je l’ai encadrée).

Il est très avare en « manifestations festives » même avec les personnes qu’il connaît bien (mes proches) et se contente d’un petit remuage de queue très minimaliste – genre « ouais, je te connais, c’est bon »  :lol:

Les personnes inconnues n’existent même pas et il très parcimonieux dans toute forme d’interaction, un petit salut, ça va… plus, c’est l’envahir  :lol:

Bref, on pourrait dire qu’il est introverti

Il ne correspond absolument pas au chien ultra-jovial, pote universel, et adorateur de tous les humains, curieux des congénères et joueur impénitent…. il a ses centres d’intérêt, ses (rares) humains rangés dans une catégorie « amis » et il s’y tient avec un certain acharnement.

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Impossible toutefois de le ranger dans le chien « à problèmes de comportement » vu qu’il a l’air parfaitement satisfait, parfaitement posé et que tout son physique et ses comportements affichent que sa vie lui convient parfaitement bien telle qu’elle est.

Il n’a pas « peur » des gens, il n’est pas intéressé, c’est très différent. Il n’a pas peur des chiens non plus, après une vague reconnaissance par l’arrière, il n’a juste plus rien à leur dire  :lol:

Quand quelqu’un insiste pour le papouiller, il prend une attitude légèrement agacée – gentiment agacée, il remue la queue et se détourne clairement – bref, on l’ennuie (ce qui vexe considérablement certains humains).

Presque pareil avec ses congénères, on voit qu’il y met des trésors de patience mais que, en gros, tout ça ne l’amuse aucunement  :lol:

Mon accompagnatrice de l’autre jour trouvait ça « dommage » et je me suis demandée pourquoi – avons-nous à ce point intégré la norme de l’extraverti comme étant la voie royale, demandons-nous à nos chiens d’être les enfants « participatifs » dont parlait la personne mentionnée au-dessus ?

Une cliente me disait, au sujet de son chiot qui préfère observer les autres chiens que d’aller jouer avec eux, que ça lui faisait de la peine… mais pourquoi, vu que son chiot semble tout à fait à l’aise entre ses jambes et préfère, clairement, ce poste d’observateur que celui de participant ?

Peut-être que l’animal observateur, qui sait se rendre invisible et éviter les conflits est le plus susceptible d’adaptation dans une logique de survie ?

…et que cela confirme que, chez l’animal humain ou non humain, les différentes personnalités constituent des variations tout aussi valables les unes que les autres au sein d’une espèce ?

En définitive, la véritable souffrance, n’est-elle pas d’avoir un idéal en tête, une description rigide de ce qu’un être vivant devrait être ou ne pas être (hors pathologie) alors que, au fond, accueillir un être dans sa vie (quel qu’il soit) c’est s’ouvrir à la surprise d’une personnalité spécifique.

Nous avons, parfois, du mal