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Au sujet de la tradition…

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Comme plusieurs d’entre vous j’en suis certaine, j’ai été violemment interpellée par la vidéo d’un taureau dont on a enflammé les cornes qui se jette contre un poteau et meurt apparemment sur le coup (en tous cas, on l’espère pour lui)  :cry:

Quelques secondes de vidéo absolument bouleversantes (et non, je ne partagerai pas la vidéo, vous la trouverez aisément sur le net si vous souhaitez la visionner).

Cette pratique d’une indicible cruauté humaine fait partie, avec la corrida et autres manifestations apparentées, à ce qu’on qualifie souvent de « tradition ».

A travers celle-ci, je me suis mise à réfléchir à ce qu’on appelle, justement, la « tradition ».

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Je suis venue au monde, au début des « sixties » dans une famille italienne, bourgeoise et catholique pratiquante – autant dire que, étant encore là en ce cher 2017 – en passant par le féminisme des années ’70 - les traditions et moi avons eu souvent nous confronter et, de manière assez conflictuelle souvent.

L’attachement à la « famille traditionnelle » est finalement un « spin off » du simple l’attachement à l’autorité : il s’agit de préserver la stabilité des rôles familiaux, de soutenir une nette différenciation entre le rôle masculin et le féminin et donc, pour certains, de préserver la société toute entière d’un modernisme effrayant et uncertain.

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Accepter sans la remettre en question une quelconque croyance, reconnaitre des actes et des pratiques comme étant valides dans le présent tout simplement parce qu’elles l’étaient dans le passé est une forme d’attachement bien compréhensible à ce même passé (et donc à nos parents, nos grands-parents et ainsi de suite, à notre pays, à notre culture en opposition à d’autres cultures, etc.).

Je souriais quand mes enfants, tous petits, allaient pour les toutes premières fois manger ou dormir chez un petit copain ou copine – à chaque fois, j’avais droit à des considérations étonnées sur le fait que « ils ne font pas comme nous » (le repas et ce qui y était servi était différent, le rituel du bain, l’histoire sacrosainte avant le dodo ou absence de ils prenaient conscience que les « autres » ne font pas tout « comme nous », ils sont différents donc nous existons en opposition à l’autre).

Nous prenons conscience de qui nous sommes, nous nous structurons en tant que famille et en tant qu’individus à travers la différence de l’autre.

La symbolique, la pratique aide à construire son identité et les traditions familiales sont les plus fortes (la famille étant le premier groupe identitaire).

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Une de mes filles (adulte) me disait que, quand elle a pris la décision définitive de devenir végétarienne, sa plus grande angoisse, bien au delà du quotidien qui ne lui posait aucun problème, c’était de « rompre » de manière définitive avec notre tradition culinaire de la dinde à Noël, l’agneau à Pâques, etc. etc. – elle m’a dit (textuellement) qu’elle avait l’impression (horrible pour elle) que : « plus jamais je ne pourrais récréer les fêtes de famille de mon enfance » ;-)

Il ne s’agissait pas d’avaler de la dinde ou du gigot mais de l’amour partagé, des souvenirs reliés à ces occasions familiales spécifiques.

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Or, depuis, la majorité des membres de la famille ayant passé au végétarisme, on se rend compte que cette « tradition » supporte parfaitement d’être remplacée par une autre et tout le monde va très bien sans animaux morts dans notre assiette  :-D

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On n’a rien perdu, on a tout simplement construit sur une inspiration commune, on a re-inventé la tradition (la nôtre).

Ce qui prouve que la « tradition » peut allègrement évoluer (et évolue tout le temps) et ses petits-enfants hypothétiques, auront également une tradition mais complètement différente (et qui sera susceptible d’évoluer encore, le passé imagine toujours mal l’avenir).

En francophonie, les éducateurs canins qui usent (et souvent abusent) de la punition, et d’artifices qui infligent la peur et la douleur (collier étrangleur, à piques, électrique, clôture électrique mais également saccades et intimidations diverses – pas non plus très plaisantes quand le chien est en harnais notons au passage même si, évidemment, moins dommageables, bref, tout ce qu’on appelle des « corrections ») – sont appelés «les tradis » (pour traditionnels).

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La « règle » (il faut punir) n’a pas à être considérée ni appréciée selon son contenu elle est légitime uniquement parce que permanente (le célèbre et populaire : « on a toujours fait comme ça »).

L’autonomie de la réflexion fait peur parce qu’impermanente justement et perpétuellement tournée vers le relativisme de toute chose et la remise en question : c’est ce malaise qui a contribué à forger cette appellation (volontairement ridicule) de «bisounours » dont se voient affublés ces éducateurs canins qui ont fait la démarche de rompre avec le passé, de devenir autonomes en pensée et en actes ensuite et de créer d’autres vérités.

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Quand, en plus, l’évolution est proposée et validée par la sciencese met en place la dérision du savoir (« on n’apprend pas à éduquer dans les livres » disent-ils souvent pour justifier que, ces livres, ils n’ont pas le courage – ni les capacités parfois – de les ouvrir justement).

La croyance en les vertus de la science, les lois qui définissent l’abusif (même si encore péniblement en ce qui concerne les animaux), tout processus rationnel (qui englobe notre existence toute entière et, évidemment, notre relation à l’animal aussi) est en violente contradiction avec l’aspect routinier et rassurant de ce qui est qualifié de « traditionnel ».

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Le rejet de l’ultra autoritaire c’est un peu l’agonie du traditionnel

Ce n’est pas très simple de sortir du « traditionnel », on l’aura compris – ni d’admettre que rien n’est, jamais, immuable et que la tradition s’invente continuellement de génération en génération et il y aura toujours ceux qui s’accrochent désespérément à leur cocotier au cri faiblard ou agressif de « mais ça marche »  :roll:

A contrario des dits « tradis » les éducateurs canins qui réfutent la punition sont appelés «les positifs » et présentés comme de doux incompétents inadaptés à « mater » de grosses bêtes dangereuses – l’unique chose qu’on retient au final, c’est cette interdiction de «punir» (voir de dire « non »), une forme de complaisance qui exclut, à leurs yeux, l’exigence.

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Etre un éducateur bienveillant (et non «positif » car nous ne faisons pas que renforcer le positif qu’on l’admette ou pas), ce n’est pas l’auberge espagnole des bons sentiments et encore moins une distribution confuse de nourriture saupoudrée de laxisme.

Notre manière d’éduquer ne peut pas produire de vidéos où de gros malabars « affrontent en combat» des chiens qui apparaissent comme une menace – une vidéo de désensibilisation, de contre conditionnement outre à être longuissime, serait d’un ennui absolument mortel (ça n’a rien de sexy un contre conditionnement, ça demande de sérieuses compétences, un plan très clair, des retours en arrière parfois)

La bienveillance dans l’éducation de nos animaux de compagnie est avant tout l’écoute des besoins de l’animal (et passe donc par un premier processus de les connaître puis de les reconnaître) et de ses émotions – ce qu’on appelle, également, l’empathie.

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C’est se focaliser moins sur le seul résultat et se préoccuper de la qualité du processus – on peut parfaitement obtenir ce qu’on appelle « l’obéissance » par l’intimidation et la peur, ce que ne fera pas un éducateur bienveillant car il sait que le prix à payer est une perte dramatique de confiance en l’éducateur, un stress intense, voir une augmentation de l’agressivité.

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C’est renoncer à la relation de lutte pour le pouvoir (le chien « soumis » à notre volonté humaine versus l’humain soumis au pouvoir du chien) pour arriver à un binôme qui se comprend et se fait, mutuellement, confiance.

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C’est accepter une certaine autonomie de l’animal – la souhaiter, la rendre possible et en tirer parti pour les aider à vivre dans notre société humaine tout en préservant leur bien-être au maximum.

C’est complètement compatible avec la performance, l’exigence, la rigueur si nous savons être des éducateurs qui réfléchissent, qui rendent le succès possible, les erreurs improbables – qui savons mettre sur pied une éducation proactive et non réactive comme celle des dits « tradis »  :-D

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En définitive, c’est inventer le présent et contribuer à l’avenir

« Assis-reste »

Si le « assis » est l’enfance de l’art de l’éducation canine (et fait arriver chez moi des bébés- chiens d’à peine 2 mois qui ont déjà ce comportement « par défaut » tant ils ont immédiatement intégré que poser leur popotin sur le sol fait pleuvoir des bonbons), un autre immense classique des terrains d’éducation (et de sport) est le «assis-reste».

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…. ou, plutôt, le «assis-reste-reste-reeeeeeeeste-NOON-jédiassis-reste-reste-REEEEESTE » accompagné d’une marche arrière de l’humain à la fois hésitante et se voulant intimidante, puis retour au chien qui s’est levé quand même pour le remettre assis et on recommence toute l’opération douteuse  :-D

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Quand on ne change rien à sa manière de faire, il est assez logique que les conséquences et le résultat obtenu ne changent pas non plus.

Généralement, on obtient comme résultat un chien complètement confus, intimidé et qui, globalement, trouve toute la chose considérablement désagréable.

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Le stress s’évacuant de manière très individuelle, la suite peut donner un chien qui affiche toute une panoplie de comportements de stress mais également un chien qui se met à courir partout, vole les départs et soulage la tension qu’on lui inflige à sa manière.

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Si on décortique l’apprentissage du chien, « assis », signifie « pose ton derrière sur le sol » ce que le chien fait assez facilement  ;-)

Souvent, dès le click, le chien est déjà debout et on récompense en position debout voir avec un chien qui saute déjà comme un cabri démoniaque  (« click for behavior, feed for position » nous rappelle Bob Bailey).

A savoir, cliquez le comportement, renforcez en position. Si votre chien a fait 5 comportements depuis votre click au moment où son fessier a touché le sol, c’est passablement inefficace.

Quand le « assis » (ou tout autre comportement d’ailleurs), signifie plus précisément « tu restes assis jusqu’à nouvelle information » – le «reeeeste» devient complètement inutile.

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L’information suivante est le signal du comportement suivant (autre position stationnaire, autre comportement, revenir à vous ou signal de libération : fais désormais ce que bon te semble).

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Un chien qui grandit avec ce concept « tout comportement dure jusqu’à nouvelle information » sait garder la position face aux distractions, quand des personnes l’approchent, au départ d’une activité ou compétition canine et résout automatiquement le problème du chien qui saute sur tout le monde.

Comment s’y prendre donc ?

Avant toute chose, réfléchissez à ce que sera votre signal de libération (comme déjà dit dans un précédent article, le mien est « okay », à peu près le moins opportun entre tous car trop présent dans le langage courant : toutefois, depuis 2 décennies que je l’utilise, je suis trop conditionnée pour en changer, je vous conseille de vous conditionner à un autre mot, moins usité).

On va débuter par évidemment cliquer dès que le chien pose effectivement son fessier sur le sol et en distribuant la friandise rapidement dans la position : sans JAMAIS oublier de prononcer le mot de libération en incitant le mouvement.

Pour un chien qui meurt d’envie de bouger, le simple fait de bouger (et jouer) est un renforçateur, ceux qui sont plus placides et ne verraient aucun inconvénient à rester assis indéfiniment à recevoir des bonbons, seront motivés par un bonbon jeté un peu plus loin.

On change de position (se déplacer de 2 mètres dans une même pièce ou changer de pièce chez soi est déjà un début de généralisation) et on recommence.

N’oubliez pas que votre click doit « jaillir » comme unique information de l’environnement et que votre main doit donc aller chercher la friandise APRES celui-ci, cela évitera qu’il ne soit complètement focalisé sur votre main déjà installée dans la pochette à friandises (ou finissent tous les neurones du chien).

Le comportement fait apparaître le bonbon et NON LE CONTRAIRE. 

Généralisez l’apprentissage : changez d’endroit encore et encore (et encore et encore).

Ne soyez pas pressé d’en voir le bout – plus grande la généralisation, plus solide le comportement c’est un investissement à long terme que vous faites….

L’important est de véhiculer à votre chien l’information que le comportement se termine par le signal de libération et pas autrement.

Ensuite, vous pourrez commencer à retarder votre « click » : ne progressez pas en durée «linéaire » (c’est-à-dire une durée de plus en plus longue), surprenez votre chien par une durée plus courte quand il est capable d’une durée de comportement nettement plus longue : c’est bon pour le moral

Signal « assis » (durée à déterminer) puis click et distribution du bonbon, ensuite mot de libération.

Quand il sera capable de rester un bon 30 secondes assis dans un bon nombre d’endroits différents, on peut passer à l’étape « distance et distractions».

Pas de protocole gravé dans le marbre : pour mon bébé Border de 2 mois, un bras qui bougeait était déjà une distraction majeure – d’autres seront plus résistants et vous pourrez bouger d’un pas en arrière, latéralement, etc. Adaptez-vous au chien qui est en face de vous de manière à progresser de succès en succès. 

Dès le début de votre éloignement, cliquez dès le moment ou vous amorcerez votre retour vers le chien (la friandise doit être distribuée en position bis et tris).

Encore une fois, dès la séance terminée (pas plus de 5 minutes par séance), donnez votre mot de libération (et jouez si le chien aime jouer ou faites les fous tout simplement).

Quand l’éloignement deviendra plus conséquent, revenez vers le chien AVANT de cliquer. 

Ajoutez des distractions selon votre chien : pour certains, un autre chien de la famille sera une distraction mineure, pour d’autres une distraction majeure. Idem avec un membre humain de la famille. Le membre humain de la famille peut être silencieux au départ et progressivement, de moins en moins discret  :-D

Rappelez-vous que, si vous augmentez la distraction, il vous faudra diminuer la durée et la distance et inversement : vous devez impérativement rester dans une démarche de succès – si votre chien se lève, diminuez vos exigences immédiatement pour revenir à un succès garanti.

Ne vous montrez pas trop pressé : voyez la construction de ce comportement (et du concept même du comportement qui reste une information valable jusqu’à nouvelle information de votre part), comme poser les fondations d’une maison. Monter des murs, sans fondations, ne sert à rien – tout s’écroulera rapidement. 

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Quand tout sera bien en place et – évidemment – si le comportement « couché » est acquis et déjà sur signal, après le assis, demandez un « couché » ou un « debout » (si celui-ci est acquis également) et, ensuite, libérez le chien (variez vos demandes, sinon vous allez créer une chaîne de comportements).

Si vous faites souvent tomber des friandises, munissez-vous plutôt d’un tube de « pâté » (genre Parfait pour mes lecteurs suisses), cela évitera que le chien ne se lève continuellement pour aller récupérer les friandises au sol.

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Ne « soulez » pas le chien : pour certains, cet exercice demande un énorme contrôle de soi et fatigue, surtout chez le chiot, faites des séances courtes.

Cela implique évidemment, que si vous êtes en plein apprentissage du « assis » comme précédemment expliqué, il sera hors de question de demander à votre jeune chien un «assis » alors que courent autour de lui d’autres chiens, enfants ou autres distractions majeures et que tout ceci n’a pas encore été abordé (à l’identique et à plus forte raison avec le « couché », cette position mettant le chien dans une situation psychologiquement plus vulnérable encore). 

Ces positions « bétonnées » s’obtiennent sans difficulté quand on les propose avec cohérence et avec une certaine rigueur (le mot rigueur est à comprendre dans son sens d’exactitude, logique et précision et non pas dans son acceptation usuelle et plus commune de « sévérité ».

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C’est tout le concept d’une éducation en positif qui est (ou peut être) le contraire du laxisme qu’on lui impute un peu trop souvent.

Un éducateur (et, par « éducateur » j’entends toujours celui qui éduque son chien et pas un « professionnel ») qui travaille en positif peut être d’une rigueur absolue ou d’un laxisme absolu, c’est un choix – y mettre du travail et de la précision est pour moi la concrétisation d’un optimisme exigeant alors que le laxiste est un optimiste permissif…. à chacun de choisir son chemin ☺ 

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Comment choisir son éducateur canin?

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Le métier d’éducateur canin est un des moins « réglementés » qui existent : même dans notre petite Suisse plutôt riche en interdits et obligations pourtant, il existe bien des cantons où on peut tout simplement s’auto-proclamer éducateur canin, sans coup férir (alors qu’il faut une formation diplômante de trois ans pour être vendeuse : sans aucunement vouloir médire d’une formation quelle qu’elle soit, tant je suis convaincue que tout métier nécessite soit une solide formation soit la reconnaissance officielle et vérifiée d’acquis autodidactes).

Sans conteste, dans votre début de quête d’un éducateur canin, l’enfance de l’art est de vous focaliser sur ceux qui annoncent des méthodes sans violence ni contrainte – souvent présentées – en francophonie en tous cas – sous l’appellation « positives ».

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Vaste concept parfois (et non toujours, évidemment) utilisé comme argument marketing (je me rappelle d’une éducatrice dans un funeste reportage à la télévision française, qui, se présentant comme «amicale et positive » justement, mettait de grands coups de genoux à un pauvre chien qui l’accueillait à la porte en lui sautant dessus).

Voulez-vous vrament, pour votre « meilleur-ami-chien » – d’une éducation fondée sur la douleur, l’inconfort, la peur de la punition et la contrainte ? ( si la réponse est « oui », je pense que vous vous êtes égaré sur mon blog et que vous pouvez, d’ores-et-déjà, interrompre cette lecture).

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Ne me répondez pas « mais ça marche »  :roll:

Le résultat ne peut être notre unique considération - quand vos invités mettent les pieds sur votre table basse et que cela vous heurte, je doute que vous adressiez ce souci par un coup immédiat dans leur plexus, question qu’ils comprennent bien que ça ne se fait pas?  ;-)

De manière plus pragmatique, vous pouvez effectuer une simple vérification de l’approche de votre postulant éducateur par quelque simples questions dont: « que faites-vous quand le chien fait juste ? » et, surtout, « que faites-vous quand le chien fait faux ? » (suggestion de réponse rassurante : « je renforce les bons comportements » / « je rends probable et renforce un comportement alternatif et incompatible avec le comportement indésirable »).

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Se contenter d’un laconique « ça fait 20 ans (ou 40) que je suis sur les terrains », ne devrait pas vous suffire : osez donc demander à votre éducteur quelle a été sa formation ou ses formations (qu’il devrait, normalement, se faire un plaisir de vous détailler) et, si sa réponse reste obscure pour vous, n’hésitez pas à aller regarder les sites des organismes qui les dispensent et renseignez-vous autour de vous. Je ne pense pas que vous seriez d’accord de confier vos enfants à une enseignante sans aucun diplôme et aucune éthique connue et sur le simple concept de son « auto-glorification »  :-D 

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Faites la différence entre une certification et une simple « attestation de présence » (qui ne vous garantit en rien que la personne a effectivement intégré des concepts). Dans mes propres cours, je donne des attestations de présence et certainement pas des certifications qui impliqueraient que je vérifie, une personne à la fois, que certaines notions ont été clairement acquises et, seront dès lors appliquées (ce que je ne fais pas).

J’ai vu récemment une annonce sur Facebook d’une éducatrice qui se présentait laconiquement comme « diplômée » (point) : les seules personnes à demander des précisions étaient…. des éducateurs canins  :roll:

Soyez exigeant en tant que propriétaire, c’est votre compagnon de route pour 15 ans que vous allez confier à un quelconque individu et, que, accessoirement, vous allez devoir fréquenter pendant des semaines, des mois voir des années.

Bien-sûr, quand ce n’est pas notre domaine, qu’on vous dise qu’on a le papier X ou Y ne sera pas très parlant mais, déjà, vous saurez que la personne a pris la peine de faire une formation (c’est un début) – et il est parfaitement approprié – et légitime – de demander à la dite personne en quoi consistait sa formation (2 jours ou 3 ans ce n’est pas pareil), si elle a comporté un ou des examens, des heures de pratique, des travaux individuels écrits, etc.

Un éducateur compétent et qualifié sera toujours parfaitement heureux de vous répondre  :-D

Osez donc aller voir comment ça se passe en cours AVANT d’y emmener votre jeune (ou pas) chien et restez attentif aux détails suivants :

  • L’éducateur demande-t-il à voir un chien avant de l’intégrer à un groupe ou, au moins, vous demande-t-il s’il est à l’aise avec ses congénères ? Un chien anxieux ou craintif ou réactif n’a strictement rien à faire dans une éducation « en groupe » qui, en définitive, va causer plus de problèmes qu’elle n’en résoudra. Optez pour des cours privés dans un premier temps, voir même des cours à domicile.
  • Comment sont les chiens à leur arrivée (gérés ou pas du tout ?). Il est bien inutile d’avoir des chiens «obéissants » sur le terrain s’ils n’ont pas des acquis de base indispensables dans la vie courante.
  • Si et quand on vous demande de les « mettre en cage », vous propose-t-on des conseils afin de positiver la dite caisse au préalable ou les balance-t-on dedans sans préparation aucune ? Constatez-vous que les chiens en cage ou attachés vocalisent?
  • Laisse-t-on les chiens qui arrivent sur le terrain renifler l’environnement dans le calme avant toute chose ? S’imprégner de l’environnement en toute quiétude permet au chien de mieux se concentrer ensuite. 
  • Comment s’adresse-t-on aux propriétaires ? relève-t-on ce qu’ils font bien avant tout? Savoir renforcer ce qui « va bien » est un mode de vie et non une technique de «dressage » ☺
  • Les chiens – et les gens – ont-ils l’air détendus et de bonne humeur ou semblent-ils stressés et mal à l’aise ? n’hésitez pas à leur parler à l’issue du cours…. demandez-leur s’ils s’amusent et s’ils se sentent accompagnés
  • L’éducateur sait-il rapidement proposer des cours privés aux propriétaires en difficulté avec leur chien au sein d’un groupe ?
  • Entendez-vous une litanie de « assis-assis-assis », « reste-reste-reste »« couché-couché-couché » et des « non, non non »? Si c’est le cas, c’est que ces apprentissages ne sont pas acquis (et, s’ils ne sont pas acquis dans ce contexte, pourquoi les demander ?)
  • A-t-on recours à la « punition » quand le chien n’exécute pas alors qu’on estime qu’il le devrait ? L’éducateur sait-il prendre en considération l’environnement, un apprentissage peu ou pas généralisé, l’état émotionnel du chien, un signal (ordre) éventuellement « empoisonné » ?
  • Met-on des « étiquettes » sur les chiens (« démotivé, paresseux, têtu » etc. etc.) ou sur vous-même (il ne vous respecte pas, il vous danse sur le ventre, vous êtes trop ci ou pas assez ça). Mettre une étiquette fournit un alibi à une incompétence certaine – en effet, c’est de la faute du chien ou la vôtre, ce qui exonère dès lors l’éducateur.
  • Vous serine-t-on encore des notions de « chef de meute », de « famille meute », vous incite-t-on à « dominer » votre chien? ces considérations fallacieuses ont été démontées depuis des lustres, si votre éducateur en est encore là, il a du rattrapage à faire ☺ (dit en anglais « le leader du pack » comme on me l’a sorti une fois, est assez comique mais tout aussi fallacieux).
  • L’éducateur demande-t-il la permission de prendre le chien d’un participant pour démontrer un exercice ? et explique-t-il clairement ce qu’il projette de faire avant de le faire ? Ne confiez jamais votre chien à un éducateur si vous n’avez pas pleinement confiance en celui-ci.
  • L’éducateur donne-t-il des « garanties » de résultat ? S’il vous en donne, fuyez – cela veut dire qu’il n’appréhende pas toutes les subtilités du comportement (j’ai vu, l’autre jour, une annonce « obéissance 100% garantie » – pour moi, le type de concept marketing qui vous signale un charlatan à plein nez).

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De manière générale, n’hésitez jamais à demander à votre éducateur qu’il vous explique ce qu’il affirme, qu’il mette en paroles le pourquoi du comment (si competent, il n’aura aucune difficulté à le faire) et, s’il ressent cette demande d’explication comme une mise en doute de ses compétences, ne considérez pas ça comme un « bon point »

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Que votre éducateur canin soit d’une école ou d’une autre, il y a des bases qu’il doit savoir parfaitement maîtriser – les lois de l’apprentissage ne sont pas une opinion ou une vue de l’esprit mais des forces inéluctables qui s’appliquent à tous.

Ce sont les outils fondamentaux de tout éducateur canin et il doit les maîtriser complètement, tout comme, si vous êtes coiffeuse ou électricien, vous maîtrisez parfaitement les vôtres (et vous ne songeriez as à vous lancer dans une permanente ou une installation électrique sans avoir obtenu une reconnaissance professionnelle). 

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Toute modification du comportement s’effectue par le biais d’un conditionnement répondant ou opérant : il est absolument impératif que votre éducateur/éducatrice comprenne clairement – et vous explique tout aussi clairement – ces deux concepts.

Tout conditionnement opérant se décompose en trois phases : un antécédent, le comportement et la conséquence (vous demandez un « assis » – le signal « assis » est l’antécédent – le chien s’assied, c’est le comportement – vous lui donnez une friandise, c’est la conséquence).

Tout conditionnement répondant ne comporte que deux phases : « quand X se produit, Y s’en suit » (le chien vous entend préparer la gamelle, il rapplique).

Actuellement, l’éducation canine est fondée sur des connaissances scientifiques et non sur la brume culturelle transmise par la cousine de la tante de la concierge qui « dit que »

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En définitive, si après 2 ou 3 cours vous avez l’impression que ça ne se passe pas comme vous voudriez, rappelez-vous qu’il existe une quantité affolante d’éducateurs et qu’il vaut mieux faire quelques kilomètres de plus pendant quelques semaines / mois que de vous enfoncer dans une approche contre productive pour vous et pour votre chien  :-D

Happy shopping  :-D

Pédicure canine…

waitJ’ai souvent des clients qui me demandent comment couper les griffes de leur chien ou, pour certains, carrément de le faire à leur place, ce que je fais volontiers si le chien gère la manipulation, qu’il y a été correctement préparé et n’a pas déjà fait d’association fâcheuse, ce qui est – hélas – plus que fréquent.

Impossible par contre d’empoigner mon matériel et y aller gaiement sur un chien qu’il faut contraindre par la force et l’intimidation (ce qui n’est pas trop le genre de la maison).

J’ai vu des chiens paniquer au simple contact d’un doigt humain sur leurs pieds ou à la vue d’un coupe-griffes.

Normalement – ou plutôt « idéalement » – une griffe de chien s’use naturellement par simple contact avec des surfaces de toutes sortes, en creusant, etc.

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Il y a des chiens très actifs et baroudeurs sur lesquels il n’est pratiquement jamais nécessaire de couper les ongles mais, chez certains chiens dont la pousse de l’ongle est très conséquente, qui marchent peu ou sur des surfaces peu abrasives, il est fort possible que la griffe pousse bien au delà du raisonnable (je dois couper les ongles de notre doyenne à la maison toutes les semaines au grand maximum, voir tous les 4-5 jours : dans sa 16ème année et bien qu’elle soit en excellente forme pour son âge, elle ne peut pas cumuler les kilomètres, n’apprécie plus les sorties par temps pluvieux, encore moins les terrains compliqués et ses ongles poussent à la vitesse du son).

Sans évidemment oublier les ergots qui eux, quand ils sont présents, ne s’usent évidemment pas. 

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C’est la peur légitime de faire mal – et de faire saigner la partie vascularisée de l’ongle – qui, souvent, fait que les propriétaires préfèrent déléguer cette tâche au toiletteur – qu’on ne voit généralement pas assez souvent pour que la coupe soit efficace – et l’ongle continue de pousser…

Plus l’ongle pousse, plus la partie vascularisée (« vive ») de l’ongle avance et on se retrouve avec un chien sur lequel on n’ose plus du tout intervenir (et là, votre toiletteur ne pourra pas faire grand chose en une unique séance occasionnelle).

A contrario, plus vous couperez les griffes de votre chien régulièrement, plus cette partie va reculer. 

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Si la la partie vascularisée de la griffe (« quick » en anglais sur la photo) se voit très bien chez les chiens dont les griffes ne sont pas pigmentées, c’est un peu plus laborieux – mais possible – sur les griffes fortement pigmentées (noires).  Voir plus loin…

Ces griffes trop longues ne sont pas sans conséquences : en effet, dès que l’ongle entre en contact avec une surface dure (en extérieur ou tout simplement chez vous, sur un sol carrelé ou béton par exemple) – l’ongle est contrait de « rentrer » imperceptiblement — ce qui implique une pression répétée sur la phalange qui le porte.

Alternativement, l’ongle « tourne » sur le côté et entraîne la phalange dans cette torsion constante. Ces actions mécaniques, sensibilisent les phalanges en un premier temps (elles commencent à faire mal) et, avec le temps, peuvent même causer une arthrose précoce.

Progressivement, le chien commence à ne plus du tout tolérer qu’on lui touche les pieds, voir la patte toute entière et la coupe occasionnelle des ces fameuses griffes devient éminemment problématique voir le drame intégral : donc, le propriétaire laisse tomber et on entre dans un cercle vicieux.

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D’un point de vue « postural », le fait que les ongles des pattes avant touchent constamment le sol provoque un déplacement constant même si imperceptible du poids du corps vers l’arrière, ce qui, à son tour favorise l’apparition de douleurs sur l’arrière-main (ce qui ne se verra pas sur un chien très jeune mais apparaîtra souvent sur des chiens pourtant pas encore « seniors »).

Tout ça pour suggérer que la coupe des ongles de votre chien n’est pas « juste » une option esthétique ni anodine.

Bref, il faut prendre soin des griffes de vos chiens et rester vigilants à ce qu’elles n’entrent pas en contact avec les surfaces dures (un simple « tic tic tic » sur sol carrelé devrait vous interpeller).

Si votre chien est déjà peu enclin à vous laisser manipuler ses pieds, il va falloir entreprendre rapidement une « désensibilisation » à ces manipulations.

Comme toujours, quand il s’agit de « désensibiliser » (c’est-à-dire, pour faire simple, réduire la peur), je vous conseille vivement de vous entourer, au moins au début, par un éducateur qui connaît – et pratique – le « medical training » (qui n’est rien d’autre que la création d’associations positives avec certaines manipulations, ce qui devrait faire partie de tout cours chiot a priori – ce qui éviterait bien des problèmes par la suite si on montre aux propriétaires comment s’y prendre pour la durée de la vie du chien).

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En effet, si on avance trop vite, si on brûle les étapes, le résultat pourrait être une aggravation des réticences du chien plutôt qu’une amélioration (je vois souvent des propriétaires débuter une désensibilisation directement par le pied — que le chien n’apprécie pas du tout que l’on touche — alors que, justement, il faudrait savoir commencer par une partie de son anatomie que le chien tolère parfaitement de voir toucher et avancer, sans jamais provoquer de réaction de retrait, vers la zone problématique).

Mes propres chiens se vautrent les 4 « fers » en l’air si je dois soit couper leurs griffes, soit couper les poils autour du pied ou ceux qui poussent entre les coussinets (ces poils, en dessous du pied, s’usent évidemment aussi à la marche mais ils peuvent causer des « mini nœuds » douloureux entre les coussinets). Les poils qui recouvrent largement les coussinets, eux, causent des micro-glissements sur les sols lisses, à éviter. 

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Ce n’est pas par hasard : ces manipulations ont toutes été travaillées au clicker training dès leur plus jeune âge, question de construire un bon « historique ».

Par ailleurs, elles sont toujours une excellente occasion pour une séance de « papouilles » avec caresses et échanges affectueux, si votre chien apprécie ce genre de choses (les miens apprécient très fortement). Toute leur vie, les soins de leurs pieds (coupe, lime ou simple inspection) seront associés à des friandises de haute valeur et un échange amical…. ce qui fait que, quand j’empoigne ma petite caisse à « pédicure », ils arrivent tous gaiement

Si, pour votre chien, c’est déjà ou encore problématique, il est parfaitement envisageable de ne couper qu’une seule griffe par jour : si fait avec régularité, tous les jours, ça peut être suffisant.

Il vaut souvent mieux débuter par les pattes arrière, souvent moins « sensibles ».

Personnellement, j’utilise un coupe-ongles de type « ciseaux » - les engins dits à «guillotine» peuvent causer un écrasement de l’ongle et c’est souvent douloureux.

Je n’ai pas de chiens géants, mes ciseaux sont plutôt petits, je les trouve plus faciles à manier avec précision.

ciseaux

On est souvent plus à l’aise avec des griffes non pigmentées qui laissent clairement apparaître la partie vascularisée de la griffe – si votre chien a des griffes très pigmentées, pas de panique : coupez jusqu’à l’apparition d’un « rond crayeux » – généralement bien visible (comme sur photo).

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Pour ceux d’entre nous (genre moi) qui dépendent de lunettes de lecture et/ou ont besoin d’une bonne lumière pour lire, il vaut mieux se mettre au travail dans une pièce très bien éclairée – voir (si et quand possible) carrément en extérieur, quand la lumière est abondante. 

Il existe également des « limes à ongles » rotatives – comme celle que je vous mets en photo (il en existe plein d’autres modèles, plus ou moins onéreux). J’ai acheté celui-ci pour accompagner des clients dans son utilisation et habituer leurs chiens, je n’en fais pas usage moi-même sur les miens. 

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Il faut insérer la griffe du chien dans l’ouverture du bouchon de sécurité adapté (selon la taille de la griffe) et débuter avec la vitesse la plus lente – on ne lime que quelques secondes à la fois, pas en continu (ça chauffe). On attaque les côtés de l’ongle et le dessus, façon « taille de crayon ».

Là aussi, il ne s’agit pas d’y aller « franco » sans préparation – votre chien pourrait avoir peur et une seule expérience négative pourrait le rendre réticent à l’engin…. il est recommandé d’associer l’engin, le bruit, l’approche, la première seconde d’utilisation à force « bonbons », en tenant rigoureusement compte des réactions individuelles du chien 

Attention si votre chien a des poils longs que nous ne coupez pas – ils pourraient se prendre dans la rotation et attention à vos propres cheveux s’ils sont longs : internet pullule de photos de chevelures empêtrées dans la lime rotative

Certains utilisent également des planches de bois recouvertes de papier à poncer sur lesquelles on incite le chien à gratter (c’est plus laborieux pour les pattes arrière): c’est ingénieux mais je n’ai jamais eu besoin d’en faire usage – je vous laisse me donner vos retours si vous utilisez cet artifice

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…. et, pour finir, ai-je jamais fait saigner l’ongle d’un chien? ….et oui, mea maxima culpa, ça m’est arrivé parfois – nul n’est infaillible : si cela devait vous arriver, pas de panique incontrôlable – prévoyez d’avoir toujours chez vous et sous la main de la poudre styptique (hémostatique) ou, même de la fécule de maïs que vous mettrez dans un petit bol et « trempez » l’ongle atteint dans votre poudre, un petit saignement sera vite jugulé et tâchez de faire oublier cette mauvaise expérience à votre chien par votre calme, ton enjoué et force friandises. 

Happy grooming ☺

Le jeu du « chaud-chaud »

« Le clicker training c’est le jeu du chaud-froid »

Bullshit

Une des grandes affirmations du clicker training que tout le monde répète et, on le sait, si tout le monde le dit c’est que c’est vrai (sauf que non, justement).

Parce que, si le clicker training est simple, il n’a rien de simpliste (ni facile dirait Bob Bailey).

Quand j’entends – ou lis – ce lieu commun, je visualise immédiatement ces « jeux » de auxquels j’ai participé dans mes tous premiers cours clicker training « débutants » : une salle immense ou un terrain d’entraînement blindé de matériel + un groupe d’humains en pleine initiation clicker training.

Un participant sort ou s’éloigne, le groupe se consulte – et détermine un comportement plus ou moins très improbable, genre « prendre la boîte bleue au dessus de l’armoire et la poser sur la petite table ».

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Sauf que, dans la salle, il y vingt-cinq boîtes, plusieurs tables mais également des interrupteurs, des fenêtres, des crayons sur les tables, des lustres auxquels se pendre, des objets à profusion et la potentialité d’effectuer quelques milliards de comportements divers et variés (tous aussi éloignés du comportement final que possible). 

Selon l’humain concerné, on plusieurs options (ou mélange d’options selon comment se déroule la séance bien évidemment) :

• celui qui se met à toucher à tout, tout manipuler, essaie toutes les directions, toutes les options… tellement opérant qu’il n’entend même plus le clicker, il se gratifie (ou s’apaise, c’est selon) par sa propre hyperactivité ⇒ frénésie

frantic

• celui qui s’avance avec précaution dans une direction, c’est pas la bonne, dans une autre, c’est pas la bonne, dans une 3ème (toujours pas), les secondes voir les minutes s’écoulent, il est (et reste) dans le « froid » (d’autant plus que le comportement peut être, justement, de se tenir immobile à cloche-pied) ⇒ frustration

frustration

• celui qui cherche le regard de l’autre avec insistance…. la seule chose qu’on constate c’est cette demande pressante d’une communication bien humaine (verbale) ⇒ anxiété (help me)

help

• celui qui ne fait pas grand chose car il redoute la punition (l’erreur est souvent associée à la punition dans notre culture humaine) – moins il en fait, moins il est cliqué, moins il est cliqué plus il redoute la suite ⇒ sujet rapidement inopérant

timid

• celui qui, aux premiers rires (et, comme c’est réputé être un jeu très amusant, généralement les gens rient) – se bloque et va rapidement déclarer que « je donne ma langue au chat » (sortez moi de ce jeu débile) ⇒ évitement

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• celui qui a une chance de fou et part dans la bonne direction, touche rapidement le bon objet et, porté par son succès, arrive à son comportement ⇒ satisfaction (mais ce ne sera pas forcément comme ça la prochaine fois) 

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Le cri usuel du groupe occupé à sélectionner un comportement était souvent « mais ça c’est trop facile » : comme s’il y avait une dimension de gloire supplémentaire à se lancer dans un apprentissage qui serait difficile pour l’apprenant (le parfait contraire d’une bonne séance de shaping).

Sauf que le clicker training ce n’est pas – DU TOUT – ça 

Le but d’une séance de shaping c’est le SUCCES et il nous incombe donc d’organiser l’environnement de manière à ce qu’un premier click soit non seulement hautement probable mais limite inévitable et que notre rythme de renforcement reste toujours élevé et constant.

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Donc, si on voulait définir le clicker training, ce serait plutôt le jeu « du chaud-chaud », parce que, si vous tombez dans le « froid » (et ça arrive, surtout quand on débute), on sait qu’on doit immédiatement revoir

• le critère (et donc le plan de shaping)

• l’environnement

• et/ou notre technique

Avec nos chiens, comme avec les humains dont je parle plus haut – les envoyer au « casse pipe », les laisser s’enfoncer dans des montagnes de comportements très éloignés du but final implique forcément devoir travailler ensuite sur l’extinction. 

scream

L’anxiété, la frustration, l’évitement, l’extinction, la frénésie (manque de contrôle de l’impulsion) n’aident pas à apprendre et, encore plus, n’aident pas à apprendre dans cette émotion positive que DOIT procurer le clicker training. 

Happy training ☺

WOOF2017 – 3ème épisode

Layout 1

Début du 2ème jour de WOOF2017 (j’ai un peu zappé le reste du 1er jour dans ma détermination à me focaliser sur ce qui m’intéresse plutôt que d’activer un quelconque « cadre » de ce que je déplore fortement).

J’avale donc en presque solitaire mon (quadruple) espresso du matin dans la salle de conférence, en attendant les copines (qui s’empiffrent de saucisses et « beans on toast » britanniques en salle de petit déjeuner : mon incapacité naturelle à avaler quoi que ce soit avant midi aura servi à quelque chose pour une fois) quand, sur une page « Kong » projetée sur l’écran, je vois apparaître une graaande photo de ZoukBébéChien (oui, « the one and only ») : ça m’a fait tout drôle de voir apparaître mon chien (bon, en photo) dans ce contexte :-D  (activation immédiate de ma fierté maternelle forcenée).

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du coup, la chance, vous y avez droit aussi   ;-)

Nous avions la possibilité, en effet, d’envoyer des photos de nos chiens sur un Dropbox, la beauté de mon Kornichon d’Amour a du frapper les publicistes de Kong, (c’était pas possible autrement d’ailleurs quand on y pense)  :-D 

(Fierté maternelle difficilement jugulée, après l’avoir raconté à qui voulait l’entendre et, très probablement, à qui ne voulait pas spécialement l’entendre aussi)  :lol:

C’est donc le tour de Kay Laurence – une des mes « trainers » favorites depuis toujours (ou, en tous cas, depuis très longtemps)  :-D

kay

« Microshaping » par Kay Laurence

Le sujet de microshaping est un sujet qui me tient particulièrement à cœur, tant je déplore qu’on mette encore en avant des séances de « free shaping » qui balancent l’animal dans un doute perpétuel, avec tellement de possibilités d’erreurs que ça en fait frémir mon cœur de « clicker trainer ».

Cela me rappelle, d’ailleurs, ces séances de « clicker entre humains » d’il y a dix ou quinze ans, où une personne quittait la pièce pendant que le reste du groupe décidait d’un comportement (généralement farfelu et improbable) à lui faire faire.

A son retour, « l’apprenant » était confronté à un potentiel de 3 milliards de comportements possibles et finissait systématiquement soit dans la frustration, la gêne (pour certains), l’irritation (qui découle de la frustration) ou devenait complètement inopérant sous les rires du groupe (ce qui peut se révéler très aversif pour certains d’ailleurs). Les plus « costauds » émotionnellement adoptaient systématiquement le costume de « clown » du moment, cumulant les erreurs et oubliant carrément d’écouter le marqueur. 

Ce qui a ensuite permis aux gens d’affirmer que le « clicker training, c’est comme le jeu du chaud-froid » (une des affirmations en clicker training qui me fait plus saigner les yeux d’ailleurs – le clicker training c’est tout SAUF le jeu du chaud-froid).

PATRONATO DE TURISMO DE GRAN CANARIA

« Avoir trop de choix est presque aussi punitif que pas de choix du tout » (Kay Laurence)  ;-)

Plus tard, Susan Friedman dira que

« il n’y a pas de médaille de mérite à gagner par l’enseignement d’un comportement de la manière la plus complexe possible »

excellente formule (que je retiens). 

best

Le microshaping c’est offrir un choix et limiter les choix en même temps – c’est rendre le succès plus que probable, c’est considérer que l’extinction n’est pas le chemin le plus confortable pour arriver à un résultat (qui dit extinction dit forcément frustration). 

Petit parallèle que nous propose Kay : nos propres apprentissages.

Bon nombre d’entre nous avons été complètement traumatisés par la manière qu’on aura eu de nous transmettre une quelconque compétence : si son exemple s’est focalisé sur la littérature et les maths, je sais que, pour ma part, si je refuse de prendre une aiguille, des aiguilles à tricoter ou un crochet en main (malgré un penchant pas mal artistique), c’est clairement à attribuer à une série de « maîtresses de couture » les unes les plus sadiques que les autres qui transmettaient par la punition, les remarques acides et destructrices et n’avaient jamais un seul mot positif à offrir devant mes vaillants efforts.

A mon grand âge, je me rappelle encore d’un effroyable pull vert fluo que je devais tricoter, enfant, et qui était rageusement et systématiquement défait par la dame en question avec un regard fou :roll:  Ma grand-mère, ayant pris pitié de moi, l’avait finalement terminé à ma place et je n’ai plus jamais voulu tricoter de toute ma vie.

A contrario, j’adorais le dessin était constamment renforcée par mes professeurs successifs qui m’avaient étiquetée comme « douée »  ;-) (à ce jour, j’adore encore dessiner)

Bref, l’émotion qui accompagne un quelconque apprentissage reste souvent avec nous pour le restant de nos jours.

emotion

Toute approche qui exclut l’empathie avec l’apprenant, qu’il soit animal humain ou non humain, même quand on arrive « malgré tout » à obtenir un comportement, donnera une exécution au mieux frénétique et anxieuse et, fatalement, au rendu moins performant qu’un apprentissage obtenu par un voyage qui se construit d’un succès à un autre succès.

En microshaping, le but est un chemin construit sur une base de 95-100% de réussites et en se demandant, avant de débuter, quelles pourraient être les possibles interactions de l’animal avec un quelconque objet, dans un environnement spécifique.

Exemple pratique : si le chien doit tourner autour du cône et que, une fois aperçu le cône, il vous « propose » d’ores-et-déjà un « touche » avec son nez ou avec sa patte, vous voilà embarqués dans un processus d’extinction du comportement avant même d’avoir fait quoi que ce soit (ou comment se construire un problème avant même votre premier click).

Kay introduit le cône comme élément extérieur — et peu significatif au départ — à intégrer à un comportement de base, connu, maîtrisé et hautement renforcé (monter sur la plateforme au petit trot).

En clair, on débute par un comportement de base et on construit A PARTIR de cette base, en adaptant au fur et à mesure. En cas d’échec — de critère trop haut — ou de fatigue chez l’apprenant, il est dès lors très facile de pouvoir revenir au comportement de base pour renforcer (et éviter que votre apprenant se décompose devant vos yeux). 

Elle nous a également incités à ne pas nous mettre en position de « réparer » un comportement flingué mais à le remplacer par autre chose (un autre objet, un autre plan, un autre signal) – encore cette vilaine extinction  ;-) 

change

J’ai aussi aimé sa figuration du « shaping » comme une activité créative : mettez une personne qui n’a aucune technique de dessin ni de peinture devant une toile vierge et des couleurs de toutes sortes : au mieux, il ne fera rien, au pire, il fera n’importe quoi (un exemple que je donne également dans mes cours de shaping et, comme Sean – voir premier article – moi aussi j’étais fière d’avoir trouvé ça « toute seule » ah ah ah)  :-D 

painting

Il est plus constructif de s’exercer avec une technique (le fusain, par exemple) et d’ajouter la complexité d’autres techniques ensuite, un élément à la fois.

Kay nous a incités à considérer que si apprendre un comportement au chien n’a souvent rien de « vital » – lui apprendre à « aimer apprendre » est, par contre, une compétence indispensable à la qualité de notre future relation (n’en déplaise aux adorateurs des « chiens libres » – l’apprentissage, la découverte sont des générateurs de dopamine). 

« Ne nous demandons pas comment transmettre la passion d’apprendre, demandons-nous — plutôt — comment avons-nous pu perdre – ou ne pas avoir su transmettre – la passion d’apprendre ? »

(Kay Laurence) 

« Quand on construit un comportement, on construit la relation » (en bien si possible mais assurément en mal – un apprentissage qui suscite le doute, la peur, la douleur ou l’anxiété restera rattaché à cette émotion spécifique ad vitam aeternam).

Les erreurs ne sont rien d’autre qu’une information pour l’enseignant – il va falloir revoir rapidement le « shaping plan ».

Construire le succès implique la maîtrise de techniques telles que le leurre (si si), les cibles, le micro-shaping et des acquisitions « de base »qui font défaut à bien des chiens (et font parfois le désespoir des débutants qui voudraient obtenir des « tricks » coûte que coûte et bien avant que leur chien n’ait maîtrisé ses « gammes »).

Rappelez-vous que votre apprenant ne désire qu’un chose : y arriver  :-D    (ce qui vaut également pour les humains, on l’oublie un peu trop souvent).

Bref, le clicker trainer ne chercher pas à changer les chiens mais à changer le monde dans lequel ils évoluent….

Merci Kay  :-D

Schneider

Je choisis de ne pas résumer les deux interventions successives de la Dr. Susan Schneider (mode « groupie » activé, j’ai fait dédicacer mon livre – « to happy consequences », j’ai adoré) – non pas que celles-cis ne m’aient pas passionné, tout le contraire – c’était une de mes favorites mais la thématique est si vaste que je me sens incapable de la résumer sans écrire dix pages (voir plus)  ;-) 

Du simple renforçateur jusqu’à des relations ultra complexes, la science des conséquences  est désormais intégrée à la psychologie, la biologie, la médecine, l’éducation  évidemment mais également… l’économie.

On savait déjà que les conséquences de nos actes façonnent nos choix futurs (et que nos choix déterminent ce que nous devenons et, à leur tour, transforment la société) – on découvre une autre dimension en passant par l’éthologie et le « behaviorisme », les connexions entre la génétique (et épigénétique), les neurosciences, la biologie, la psychologie cognitive, la psychiatrie et la gestion des émotions.

Je me limiterai donc à vous conseiller son fabuleux livre « The Science of Consequences »  :lol:  (complètement accessible à tous, si on parle anglais évidemment)

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En tous cas, une révélation que cette intervenante que je croisais pour la première fois : être humain accessible et cordial, avec une petite dimension de « savant fou » tout à fait attachante (je prends l’entière responsabilité de cette étiquette), elle était excitée comme une petite fille quand nous avons discuté de son livre – alors que, n’étant pas une «sciencey person», j’ai très probablement du lui dire quelques sottises (avec un peu de chance).

Bref, lisez son livre, c’est un must absolu (ne me remerciez pas)  ;-)

patel

Chirag Patel – « La gestion du client difficile »

Chirag nous a incités à considérer l’humain comme nous considérons l’animal – en évitant de l’affliger de notre propre perception personnelle.

Peu d’entre nous qualifieraient un chien de « méchant », « difficile », « agressif » et nous serions clairement plus focalisés sur les circonstances, l’environnement – bref, une approche systémique (en tous cas, quand on fonctionne sur un modèle de « parent nourricier » – voir épisode 2 de ma prose WOOF2017). 

Nous serions immédiatement enclins à envisager une modification de l’environnement plutôt qu’à une condamnation pure et simple de l’animal en question. Pourtant, ce que nous reconnaissons aux animaux, nous le reconnaissons assez mal aux humains et avec difficulté souvent.

Je suis moi-même étonnée, quand je prends la défense de certains de mes clients en rupture avec leur chien, de voir la réaction de (certains de) mes collègues qui sont très vite dans le jugement absolu et la critique lapidaire.

Quand on recourt au concept du « c’est du simple bon sens », en réalité, on veut dire «c’est que MOI j’aurais fait » (et que toi, tu n’as pas fait, donc tu as tort). Or, si on accepte le concept que tout organisme fait ce qu’il croit devoir faire dans un contexte spécifique, on devrait avoir pour ces personnes la même empathie.

Pour les humains aussi – il est utile de considérer notre très célèbre « WTF » (what is the function – quelle est la fonction du comportement ? quand cette personne acquiesce à mes paroles, est-elle d’accord ou essaie-t-elle, tout simplement, de se débarrasser de mon raisonnement et donc de moi ?).

Quand nous étiquetons une personne – que ce soit en positif ou en négatif – notre comportement change (quand il change irrémédiablement, ça peut arriver, il vaut peut-être mieux changer d’intervenant, ndlr).

Chez l’humain aussi, on peut appliquer des techniques d’approche scientifique : le client qui est pendu à son smartphone, manifeste peut-être un comportement d’évitement (pourquoi, que puis-je / dois-je changer dans l’environnement?), la personne qui finit vos phrases à votre place cherche à obtenir de l’attention (dès lors que nous en prenons conscience, pourquoi ne pas lui fournir de l’attention avant la manifestation de ce comportement inapproprié ?).

Pas des révélations cosmiques mais une excellente piqûre de rappel, jamais inutile  ;-)

Comme je vais passer sur quelques interventions qui ne m’ont pas passionnée, mon prochain article devrait être le dernier – stay tuned  :-D

Happy reading  :-D

WOOF2017 – 2ème épisode….

WARNING – long article (allez vous faire un café / thé / chocolat)  ;-)

Alexandra

 … et c’est enfin le tour de Alexandra Kurland – une intervenante que j’ai déjà entendu un certain nombre de fois et que j’apprécie infiniment – je m’installe donc et j’avale 2 cafés l’un sur l’autre question de ne pas piquer du nez (les végés étaient abonnés aux pois chiches et aux gnocchis, ce qui provoque chez moi une certaine léthargie digestive)  ;-)

« Creating excellence » – Alexandra Kurland

Je précise que la présentation d’Alexandra (90 minutes) a été faite à une allure de fou et que ses multiples et indéniables talents ne comprennent (hélas) pas l’art de la présentation Powerpoint, que nous n’avions ni en imprimé ni sur support électronique et qui était parfaitement illisible à l’écran de la place où je me trouvais  ;-)

J’ai quand même pris un maximum de notes et j’écris cet article rapidement, tant que ma mémoire arrive encore à combler les « trous » dans mes notes manuscrites.

Alexandra a débuté en faisant une allusion à la politique étasunienne (petite digression : si le fait politique a toujours fait partie de mes partages personnels sur Facebook, jamais je n’avais vu autant de posts politiques sur les murs de collègues étasuniens comme depuis l’élection de novembre 2016). 

(Photos: Courtesy GOP.org, Democrats.org)

Alexandra a donc parlé (sans se mouiller outre mesure m’enfin, on a quand même compris qu’elle n’a pas voté Trump ah ah ah) du clivage inhabituel et très violent de cette dernière élection présidentielle aux US.

Un clivage qui l’a d’abord surprise par sa virulence mais qu’elle a réussi à mieux appréhender par la lecture d’un livre de George Lakoff (linguiste) : « Your Brain’s politics » et « Don’t Think of an Elephant » (même auteur).

elephant    lakoff

Dans ces livres, Lakoff parle abondamment de notre amour pour les métaphores.

Pourquoi aimons-nous tant l’art de la métaphore ? Selon Lakoff (et d’autres scientifiques dans le domaine du cognitif) – l’enfant que nous avons été s’est forgé un nombre impressionnant et personnel d’images mentales et donc de métaphores dites « primaires ».

Alexandra nous a demandé : « qu’est-ce qui monte et descend ? » (vous avez le droit de répondre aussi).

…..

……

……

Notre poids, les prix et les températures.

Une association faite dans notre enfance et qui nous apparaît comme une évidence – ces choses montent et descendent indiscutablement, elles ne vont pas à droite ou à gauche ou en dedans et en dehors.

omg

Nous avons une forte représentation du lien entre la quantité et la verticalité (à chaque fois que notre mère a rempli notre verre d’eau, de lait ou de Coca-Cola, nous avons intégré cette relation entre la verticalité et la quantité).

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Selon Lakoff, la notion de quantité est traitée dans la partie de notre cerveau qui gère les nombres et la notion de masse. La verticalité, elle, est gérée par une autre partie du cerveau qui traite de l’orientation dans l’espace.

A force de constater la relation entre les deux notions, celles-ci s’associent inévitablement et jamais nous ne questionnerions que la Bourse monte et descend ou le coût de notre hypothèque (oui, on est encore loin de l’apprentissage mais patience).

Bref, nos expériences dans notre prime enfance créent les détails structuraux de notre cerveau.

On est ensuite passés à Daniel Coyle et son livre « The Talent Code » (celui là, je l’ai lu et je vous le recommande).

talentcode

Coyle y explique entre autre la myélinisation des chemins neuronaux et comment la répétition construit l’habitude. A chaque fois qu’un chemin neuronal est activé, une couche de myéline est ajoutée à la fibre nerveuse correspondante, la rendant de plus en plus performante (ceux qui sont venus à mon cours clicker training avancés en ont entendu parler). 

 Donc, la métaphore qui associe « verticalité et quantité » s’est renforcée à chaque fois que nous avons construit une tour, toujours plus haute, avec nos Légo. Ce serait une «métaphore primaire ».

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Une autre métaphore primaire serait celle qui associe l’affection à la notion de chaleur.

Dans les bras de notre maman (si on a eu cette chance), nous avons expérimenté cette chaleur rassurante de la proximité physique associée à l’amour maternel. A l’âge adulte, nous utilisons largement ces métaphores primaires : ne dit-on pas, en effet, qu’une personne est « chaleureuse » ou, au contraire,  « froide ou glaciale » ?

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Nous « sautons » d’une idée à l’autre, nous « arrivons » à une conclusion, nous trouvons certains concepts « difficiles à avaler », nous « digérons » une vexation – les métaphores sot omniprésentes dans notre langage courant.

Quand une métaphore primaire est utilisée encore et encore, elle devient notre mode de pensée – cela devient NOTRE forme de « bon sens », nos valeurs qui ne sauraient être remises en question.

D’autres exemples multiples qui devraient mieux situer le raisonnement :

  • la moralité et la force (on dit d’une personne qu’elle a un fort caractère – ou le contraire, avec dédain) 
  • la moralité et la verticalité (on dit « droit dans ses bottes », un « pilier de la société »)
  • la moralité et la bonne santé (une vie « saine », une attitude « saine » à l’opposé un comportement « malsain » ou « toxique »)
  • la moralité et la propreté (la conscience et les mains « propres »)
  • la moralité et la comptabilité (on « doit » une faveur, « on est quitte » quand on l’a rendue)
  • En politique, les conservateurs ont plutôt une attitude qui demande que les gens «paient » pour leurs crimes et les plus progressistes sont en faveur d’une réhabilitation qui leur permettrait de « rendre » à la société ce qu’elle leur aura donné.

Nos familles d’origine auraient façonné la création de ces associations « métaphoriques ».

Bien avant de nous pencher sur la chose politique, nous appréhendons l’autorité parentale. Les parents « gouvernent », donnent les règles et définissent ce qui est juste ou faux, bien ou mal.

C’est la famille qui, en tout premier, construit nos structures hiérarchiques de référence.

La nation comme « famille métaphorique », nous aide à comprendre le clivage entre une politique conservatrice ou progressiste (et si vous pensez qu’on est encore très loin de l’apprentissage et des animaux, patience encore)  ;-) 

Lakoff s’est questionné sur le fait que les progressistes (on va dire « la gauche » pour nous européens), se situent systématiquement dans un certain cadre de valeurs et les conservateurs (on va dire « la droite ») dans un autre, généralement opposé.

Il est rare que les gens dits « de gauche » se positionnent comme « anti-avortement » (alors que, finalement, ils pourraient) et les gens de droite sont rarement compatissants vis-à-vis des plus vulnérables : par contre, ils s’opposent à l’IVG.

Pour lui, la politique s’apparente à deux modèles de base « le patriarcal strict » et « le parent nourricier ».

Ce serait la « métaphore centrale », celle qui détermine nos choix politiques et qui va aussi déterminer nos choix en éducation. 

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Dans le modèle « patriarcal strict », le père représente l’autorité légitime et il est impensable de remettre celle-ci en question. La famille s’appuie sur ce modèle autoritaire pour se préserver d’un monde extérieur perçu comme dangereux. Le monde se divise en bien et en mal.

Le père défend les enfants du « mal » et la mère est perçue comme plus faible, son rôle est de supporter son autorité, elle aussi. 

Le monde, pour ceux qui adhèrent au modèle du « patriarcal strict » est avant tout compétitif. Le père est compétitif, d’ailleurs il gagne l’argent et prend soin des siens. Il enseigne à ses enfants à assumer ces rôles à leur tour. Le monde est fait de torts absolus et de raisons absolues également.

Le modèle est strictement hiérarchique et les enfants sont tenus à une obéissance absolue. 

Tout est maintenu ensemble par un système moral de récompenses et punitions. Les mauvais comportements seront toujours punis, les bons parfois récompensés.

 Le concept de la punition est fondamental – c’est le devoir moral des parents de punir pour développer le sens de la discipline chez leurs enfants et, ne pas le faire, c’est faillir à un rôle crucial. Les enfants naissent « mauvais » et il faut les rendre « bons » à travers un nombre conséquent de punitions.

Les enfants sont considérés « indisciplinés » et de nature fondamentalement opportuniste. La discipline les sauvera, la punition les rendra forts et leur confèrera une autorité morale.

…. on commence à s’approcher de l’éducation des animaux  ;-)

Si on remplace « père » par « éducateur canin » - tout y est : l’obéissance est fondamentale chez l’animal. Elle est transmise à travers la distribution de punitions et récompenses méritées. Les mauvais comportements sont punis, les bons (parfois) récompensés.

La punition a une importance fondamentale – il en va de la responsabilité de l’éducateur de punir l’animal car c’est l’unique moyen de développer le contrôle sur celui-ci. Les animaux sont nés indisciplinés et ils apprennent à devenir de bons animaux à travers des punitions «justes ».

Ce que Lakoff avance est l’explication de l’éternel « sans punition, point d’éducation » (que ce soit chez l’enfant ou chez l’animal d’ailleurs).

En clicker training également, combien de formateurs utilisent un clicker pour un ou des apprentissages mais se tournent vers la punition quand l’exécution n’est pas au rendez-vous ? Ou combien d’éducateurs et de formateurs, s’en tiennent à un modèle pour l’animal et punissent l’humain? (ndlr).

Voilà pour le modèle « patriarcal strict ».

Le modèle du parent « nourricier » au contraire, est tout autre :

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« Il est moral de faire preuve d’empathie, de nourrir l’âme et l’esprit et de prendre ses responsabilités individuelles et sociales. Dans un modèle familial « nourricier » les parents travaillent à rendre leurs enfants nourriciers également en les éduquant par l’exemple, à travers leur propre comportement. On reconnaît à l’enfant le droit de suivre son inspiration, quelle qu’elle soit. La coopération avec l’autre est mise en valeur, elle est considérée préférable à la compétition. Les parents enseignent l’empathie et encouragent les enfants à regarder le monde à travers les yeux des autres également.

Pas de communication hiérarchique : le parent nourricier croit en une éducation égalitaire et une communication ouverte. Les enfants sont encouragés à s’exprimer et à développer leurs pensées, le respect mutuel est mis en avant et souhaité.

Les parents sont ceux qui prennent les décisions, certes, mais celles-ci sont discutées avec les enfants, leur avis est pris en compte.

Le succès ne saurait signifier l’échec de l’autre : il est la réalisation d’un parcours personnel. Le succès peut se concrétiser dans l’aide apportée à autrui, par l’acceptation d’une responsabilité commune et sans récompense matérielle ultime »

(George Lakoff in « Your brain’s politics »).

La compétition (de manière générale) est plutôt du ressort du modèle « patriarcal ».

Alexandra a ensuite parlé de la notion de « respect » - même mot, deux métaphores bien différentes, deux définitions.

respect

Le respect, dans le modèle « patriarcal strict » est maintenu par la peur de la punition.

Le respect implique que les enfants doivent suivre des règles sévères et très claires et que, dans le cas contraire, les conséquences seront légitimement douloureuses. Ce qui n’est pas un fonctionnement cruel mais qui vise à construire des adultes forts et capables de faire leur place dans le monde.

En contraste total, les enfants issus du modèle « parent nourricier » conçoivent le respect comme la définition que nous donne le dictionnaire « un sentiment d’admiration pour quelqu’un ou quelque chose, en raison de leurs compétences, qualités ou succès ». Les enfants souhaitent bien faire pour plaire aux parents. Le respect qu’ils portent aux parents est le résultat d’interactions aimantes et gratifiantes où le parent est perçu comme concerné par leur bien-être physique et émotionnel.

Si on adhère au modèle « patriarcal strict », on considère aisément que le modèle «nourricier » s’apparent à un simple laisser-faire  ;-)

Voilà la perception du « clicker trainer » (qui ne dit jamais « non »), comme ultra permissif. Il est perçu comme exerçant un chantage à la récompense au mieux et, au pire, comme un humain indulgent qui « passe tout à son animal »  :roll: 

Selon Lakoff, ces représentations mentales expliqueraient pourquoi certains s’opposent à donner des droits à d’autres humains alors que cela n’enlève rien à leurs propres droits (voir le mariage gay notamment).

C’est parce qu’ils fonctionnent sur ce modèle « patriarcal strict » et que l’idée de voir promouvoir des idées qui sont opposées à la « moralité du patriarche » est perçue comme une faiblesse morale. Pour le parent nourricier, la tolérance est perçue comme une force au contraire.

A l’identique, nous suggère Alexandra, l’éducateur « traditionnel » (qui fonctionne sur un modèle « patriarcal strict ») considère le « clicker trainer » sans indulgence car il est moralement outragé par ce qu’il considère du « laxisme » coupable.

Quand l’animal se révèle « agressif » – pour ceux qui fonctionnent en modèle « patriarcal strict » - il faut agir contre le « fautif », le punir (tout comme on met les gens en prison), on ne punit pas le comportement mais bel et bien l’individu « qui le mérite ».

Alors que le modèle « nourricier » considère que tout comportement inadapté a une cause systémique - que le crime est rendu possible par toute une série de paramètres distincts et que, en conséquence, l’unique approche productive est la prévention et l’éducation (en politique : contre le racisme, la pauvreté, le manque d’éducation, etc.).

Le modèle «nourricier » cherche à prévenir plutôt que de devoir « punir ».

Si un chien mord, le modèle « nourricier » va, avant tout, considérer les causes et les besoins de l’individu. Il résout le problème par la gestion de l’environnement.

Alexandra intègre également le concept du partage (de la connaissance notamment) dans le modèle « nourricier » (je partage donc avec vous, merci d’en prendre note)  :-D

Le concept de la « dominance » appartient évidemment au modèle « patriarcal strict » et celui de la coopération et de l’empathie à celui du modèle « nourricier ». 

A ce stade, je suis sûre que certains d’entre vous sont en train de se dire « mais j’ai grandi dans une famille d’un tel modèle et je me sens appartenir à un autre ».

C’est mon cas également (je suis une enfant des sixties, première des filles dans une famille catholique pratiquante, italienne, patriarcale et bourgeoise, je vous laisse imaginer)  :roll: 

Toutefois, nous sommes tous exposés aux deux modèles dans notre vie à travers des professeurs, les parents de nos amis, certains membres de notre famille élargie mais également les livres, la culture, le cinéma, le théâtre, la télévision.

Même en ayant été exposés aux deux modèles, il semble clairement établi que nous choisissions un des deux comme notre référence de base, sinon de manière définitive, en tous cas dans chaque acte et pensée individuelles.  

Toutefois, si nous sommes tous « bi-conceptuels » (et pouvons donc sauter d’un modèle à un autre selon le contexte)nous ne pouvons pas être l’un et l’autre à la fois.

Selon Lakoff, nos choix politiques ne se font pas via un programme mais selon notre appartenance à un modèle spécifique. Les faits importent peu (ce qui expliquerait, évidemment ça n’a pas été mentionné par Alexandra, la défense d’un abominable fraudeur tel que François Fillon par ses irréductibles supporters).

Voilà pourquoi nous pouvons – certes – expliquer de long en large que le clicker training est fondé sur des données scientifiques, qu’il est efficace, empreint de considération, etc. etc. RIEN de tout cela n’aura le moindre impact sur votre interlocuteur si celui-ci n’adhère pas à certaines valeurs.

Impossible de communiquer efficacement avec l’autre s’il n’a pas activé un modèle de référence (ce qu’Alexandra – via Lakoff – appelle des « cadres »).

Ces « cadres » structurent nos pensées. Le cadre de l’autre nous est souvent inaccessible.

Or, plus nous activons ces « cadres », plus ils deviennent notre réalité – notre cerveau développe un circuit neuronal qui renforce le cadre choisi de manière répétée. Tous les faits qui n’entrent pas dans ce « cadre » sont automatiquement rejetés comme insensés (Lakoff).

Dès lors, convaincre l’autre à adhérer à un modèle éducatif implique de lui faire abandonner son autre « cadre » de prédilection car on ne peut pas, à la fois, activer un cadre et l’autre.

Alexandra nous a montré cette image (voyez-vous un vase ou deux visages ?) 

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Nous voyons soit l’un, soit l’autre.

Même si, à force de regarder, nous avons l’impression de voir les deux simultanément, il n’en est rien – c’est toujours soit l’un, soit l’autre mais à une vitesse telle que nous avons l’impression d’avoir la capacité de voir les deux en simultané.

Selon Kurland, cela explique le nombre affolant de personnes qui, après avoir visionné quelques vidéos de clicker training sur Youtube, se lancent sans réflexion ni connaissances…. comme elle travaille essentiellement avec des chevaux, elle donne l’exemple du cheval qui, très rapidement, vous sachant « armé » d’une pochette pleine de bonnes choses, vous « agresse » pour s’en emparer (on se défend moins bien d’un cheval que d’un chihuahua). Le débutant, outré de cette « impolitesse » de son cheval, va trouver complètement légitime de balancer une « claque » au cheval (il l’a bien méritée après tout, mince, il m’a mordu, je ne peux pas laisser passer / tolérer ça).

Le clicker training ne « fonctionne pas » (en tous cas pas avec les chevaux) vous diront-ils. Ils sont emprisonnés dans leur cadre de « patriarche strict ».

On passe au concept de se focaliser sur ce qu’on veut voir apparaître. 

Lakoff donne cet exemple : il demande le calme à son audience puis leur demande, expressément, de ne PAS penser à un éléphant. C’est qu’Alexandra nous a également demandé de faire « ne pensez PAS à un éléphant ».

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A quoi avons-nous pensé ? A un éléphant évidemment  8-)

Quand bien de jeunes éducateurs s’acharnent à réfuter la théorie de la dominance, par de nombreux (et parfois très répétitifs) écrits, ils activent ce cadre de la dominance chez leurs lecteurs (ndlr)  ;-) 

« Nier une idée signifie que vous activez cette idée ».

Pour ne pas penser à l’éléphant, vous devez visualiser l’éléphant.

Activer une idée, la renforce, toujours.

Dire à votre apprenant humain de ne « pas faire » – l’oblige à visualiser et cette visualisation consolide la répétition. 

Voilà pourquoi le clicker training (et le TAG Teach) se focalise(nt) exclusivement sur ce qu’on veut voir arriver et font ce qui est nécessaire pour rendre les choses possibles.

Résumé des concepts proposés par Lakoff :

  • chaque mot employé active un cadre
  • chaque négation d’un cadre active ce même cadre
  • activer un cadre c’est le renforcer
  • les cadres qui sont activés via une répétition linguistique récurrente deviennent une idée reçue
  • ce qui fait que nous ne remettons plus ces cadres en question
  • tout ce processus n’est pas un processus conscient
  • nous ne pouvons pas activer en simultané deux cadres opposés
  • les faits qui n’entrent pas dans notre cadre de prédilection sont systématiquement rejetés

En clicker training (comme en politique), nous devons avant tout affirmer nos valeurs, ce en quoi nous croyons vraiment. Il ne suffit pas d’expliquer aux gens ce que nous faisons mais pourquoi nous le faisons, pourquoi nous croyons que c’est une nécessité morale.

La vision consacrée du concours d’obéissance tombe clairement dans un modèle «patriarcal strict », rien que l’appellation (obéissance) nous le rappelle : le chien doit s’asseoir, se coucher, revenir avec une précision toute militaire, une obéissance absolue est la mesure du succès (et là, j’ai été obligée de sourire tant le mot « obéissance » suscite, chez moi, un rejet presque physique). 

Cela étant, même sans concours – quand vous demandez (sèchement) à votre chien de «s’asseoir » à l’arrivée d’un invité (et vous le récompensez quand il exécute le comportement), êtes-vous vraiment dans un modèle empathique et « nourricier » ? Avez-vous reconnu – et accepté – le besoin social de votre chien qui souhaite aller voir cet humain? Vous avez obtenu l’obéissance mais avez-vous satisfait le besoin du chien ?

Alexandra nous invite à prendre conscience que, même en travaillant à la friandise, nous sommes souvent « coincés » dans un modèle « patriarcal strict » malgré nos bonbons et nos clickers.

Sommes-nous juste en train d’enrober de sucre rose notre éducation très conservatrice ?

Le choix de la méthode adoptée en éducation ne suffit pas – il s’agit également de s’interroger sur nos valeurs et pourquoi nous demandons ce que nous demandons.

Lakoff suggère une question: « quand votre bébé pleure la nuit, que faites-vous, vous le prenez dans vos bras ou vous le laissez pleurer ? ».

Quand votre chiot / chien est dans la peur, l’anxiété ou le mal être, que faites-vous, vous lui apportez ce dont il a besoin pour se sentir mieux ou pas ?

Peu importe quelle « méthode » d’éducation vous choisirez au fond, peu importe que vous votiez à gauche ou à droite, ce qui est important, c’est notre système de valeurs, nous choisirons le « comment éduquer » sur la base de ce système et de ces valeurs.

Alexandra a ensuite mentionné le « soulagement » de certains quand ils ont découvert le clicker training (moi moi moi !!!), parce qu’il fournissait, enfin, une approche qui respectait leur système de valeurs. D’autres sont plus ambivalents et continuent de valser entre un système et un autre.

Leur éducation reste une illusion optique – tantôt ils voient une image et tantôt une autre, quelle confusion – pour eux-mêmes et pour l’animal  :roll:

…. et vous, quel est votre cadre quand vous empoignez votre pochette et votre clicker?

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Nous sommes tous bi-conceptuels, attention à ne pas vivre dans une illusion optique dans l’éducation de vos animaux (ou dans l’éducation tout court).

Quand nous nous serons confortablement installés dans un cadre « empathique et nourricier », nos animaux pourront nous y rejoindre sans problème.

Personnellement, j’ai choisi  :-D

Merci à Alexandra Kurland pour cette présentation qui a été ma préférée, allez, une de mes préférées,  à WOOF 2017  :-D :-D :-D

(je ne vous garantis pas le mot pour mot tant cette conception me correspond profondément, il se peut que j’y ai mis du mien par inadvertance mais l’idée de base y est)  :-D

et la suite au prochain numéro encore  :-D

Happy Thinking  :-D

WOOF2017 – premier épisode….

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WOOF2017– c’était la conférence européenne sur le comportement et l’apprentissage qui s’est tenue du 10 au 12 février 2017 à l’Université de Nottingham, en Angleterre  :-D

Le genre de truc qu’une « geek du comportement » comme moi ne pouvait, évidemment pas, manquer – donc départ pour une Birmingham glaciale où j’ai quand même pu admirer, comme souvent en Angleterre, des imperturbables Britons pieds nus dans leurs sandales et en manches courtes comme si nous étions en plein été  :lol: :lol: :lol:

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image Google parce que j’ai pas osé dégainer mon i-phone pour prendre les pieds des gens en photo  :lol:

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Saluons d’emblée l’excellente organisation de l’événement – un accueil tout à fait chaleureux dans un lieu magnifique (aussi bien l’hôtel que le centre de conférence), des repas appétissants – qu’il fallait néanmoins mériter post queues interminables dont seuls les anglais ont le secret – une excellente ambiance entre les participants de tous pays, des intervenants d’un calibre indéniable et un « team WOOF » qui s’est donné sans relâche pour le bien-être de tous, à tous les niveaux (merci à eux au passage ains qu’à tous les participants qui ont égayé mon séjour sur place, ils se reconnaîtront sans peine).

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On débute en force avec l’intervention de Sean Pogson, (« The science of fairytale » – la science d’un conte de fées). 

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Ne cherchez pas son nom dans votre liste des éducateurs ou dresseurs d’animaux célèbres, vous ne le trouverez pas  :-D

Sean, au delà d’être propriétaire d’un chien, était là en qualité de papa d’une petite fille née avec une maladie génétique rare et autiste non verbale de surcroît, presque perpétuellement aux prises avec des manifestations de profonde anxiété (balancement perpétuel), de frustration intense (se tapait violemment la tête contre les murs entre autres comportements dangereux).

On (tout le corps médical au grand complet) lui a donc conseillé de la « restreindre » et de la «contraindre à l’immobilité » afin de préserver sa propre intégrité physique et, pour l’inciter à toucher un objet, à se saisir de sa main et à forcer le contact.

Rapidement, le peu d’apprentissages d’Eryn, dite Tink, se sont complètement perdus. Zéro contact visuel, zéro interaction, même un simple échange visuel fugitif est rapidement devenu impensable :cry: 

Sean travaillait son chien (un imposant molosse issu d’un refuge et avec un passé à son actif) en clicker training (notamment pour les manipulations) et savait donc déjà que tout est possible sans jamais contraindre, même quand la situation est réputée « difficile » : il n’a pas tardé à en conclure que, ce qu’il était possible de faire avec un autre être vivant, devait être possible avec sa petite fille.

Le son du clicker a fait le reste – Eryn, profondément non verbale, réagissait très mal aux flots de paroles dont on la submergeait. Abandonner cette communication verbale (même extrêmement bienveillante) pour la remplacer par un marqueur, a été un pas significatif dans l’évolution d’une communication enfin efficace (ou d’une communication tout court).

A travers la compréhension de l’apprentissage opérant — et donc du clicker training — il est allé chercher sa petite fille (« qui ne ferait jamais rien » lui asséné la faculté au grand complet), dans sa réalité d’anxiété, d’angoisse, de frustration et de solitude émotionnelle pour la faire entrer en contact avec lui et avec la vie, à travers un parcours d’observation minutieuse de ses besoins et expressions non verbales, de ses rares renforçateurs identifiés à force de tâtonnements (le plaisir qu’elle avait à toucher les sourcils de son père et toute surface « poilue », la couleur jaune qui l’attirait, les bulles de savon, etc.). 

Emouvant d’apprendre que Sean a inventé son chemin tout seul, en glanant des informations sur internet et les réseaux sociaux – le ABA (Applied Behavior Analysis / analyse appliquée du comportement, cliquer sur le lien pour en savoir plus) n’est pas reconnu ni accessible en Angleterre et il suivi son premier séminaire TAG Teach seulement très récemment.

Avec une candeur complètement déconcertante et un grand sourire, Sean nous dit – « qu’il n’en revient pas d’avoir été aussi intelligent d’avoir trouvé ça tout seul » (nous aussi n’en revenons pas et nous sommes tous éperdus d’admiration)  :lol:

Cet exceptionnel papa a fait preuve d’une créativité sans limites dans sa quête de moyens divers et variés pour offrir à Tink les moyens d’en faire toujours plus : on parle là d’une enfant dont on avait scellé le destin « sanglée à sa chaise » et que l’on voit, en fin de présentation faire des pas en intérieur, en extérieur et même danser avec son incroyable papa (à ce stade, on est un peu submergé par l’émotion, indéniablement – les héros du quotidien sont rarement célèbres mais devraient l’être).

Si vous voulez en apprendre plus sur le TAG Teach – cliquez sur le lien.

Il existe un cours spécifique pour les enfants autistes (en anglais toutefois), pensé par Martha Gabler, elle-même maman d’un enfant autiste non verbal et auteure du livre « from Chaos to Calm » que je vous recommande vivement si vous êtes concernés par l’autisme (ou pas d’ailleurs).

Une fois Sean remis du tonnerre d’applaudissements suscité et nous mêmes remis de notre émotion suite à cette première intervention (qui aura profondément marqué le reste de la conférence), on a accueilli l’intervenant suivant : Mike Simmons – un homme et son aigle (« One man and his eagle ») de « A world of wings ». 

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Je fais malgré tout déjà la moue, en apercevant un magnifique volatile exotique arpenter la salle (peut-être un Calao d’Abyssinie ?), accompagné de très jeunes chouettes (diurnes semble-t-il, ma culture ornithologique étant assez faiblarde, je passe sur l’espèce) qui, après avoir voleté dans l’immensité de la salle, semblaient peu enclines à revenir dans leur cage de transport à la demande de leur « trainer » (son de clochette).

Curieux de constater que le public a poliment réfréné ses applaudissements – pour ne pas effrayer les volatiles – pendant que ceux-ci étaient en liberté, pour se lâcher dans un immense plébiscite bien bruyant aussitôt qu’ils ont été en cage…. me suis quand même fait la réflexion que si le bruit était effrayant en liberté, il ne l’était pas moins (voir plus), une fois détenus en cage  :roll:

La présentation de Mike Simmons (A World of Wings, lien plus haut, en vert) était à la fois pernicieusement émouvante et attachante et son amour infini, voir complètement fou, pour « Georgia », son «aigle à tête blanche » (« bald eagle » en anglais) – plus précisément Pygargue à tête blanche (l’aigle qui représente l’emblème des USA pour situer)très clairement perceptible (et même carrément contagieux, dans une certaine mesure).

Additionné à la sympathie naturelle dégagée par cet intervenant à l’exquis humour britannique, cela m’aurait (presque) fait oublier à quel point je trouve dérangeant – encore et toujours – de voir des animaux sauvages réduits à des animaux de compagnie et des objets de divertissement et/ou de gratification personnelle.

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Indéniablement, tout est mis en œuvre pour que cette captivité se passe le moins mal possible mais parler de « donner le pouvoir » à l’animal quand on lui nie la première des libertés fondamentales – vivre libre et mener la vie qui correspond à cette espèce – je n’adhère toujours pas et n’adhérerai jamais. Aussi attrayant et sympathique le contenant, il ne peut pas occulter le contenu – qui est la captivité chez une espèce sauvage – je n’ai pas été « contagiée » par l’admiration et l’enthousiasme ambiants.

Je n’ai pas, non plus, raté la phrase de Simmons, qui nous dit que « voir voler ses oiseaux est profondément gratifiant » (pour lui évidemment).

Il également parlé de « partenariat » entre lui et ses oiseaux ce qui, quand on considère que ceux-ci sont essentiellement des EAM (élevés à la main par l’humain), rend le concept passablement douteux. Georgia, est apostrophée de « amazing creature » (créature extraordinaire) alors que cette intervention humaine – qui tend à s’approprier de cette dimension d’extraordinaire, l’annule largement.

Est-ce que « l’amour » d’une espèce doit (peut ?) obligatoirement passer par le concept de possession, de détention, d’asservissement ?

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La captivité reste la captivité

Est-ce que d’excellentes conditions de captivité et l’éternelle ritournelle de «l’enrichment» (enrichissement) du milieu de captivité justifient celle-ci ? Je ne le pense vraiment pas et je continue de penser que ce ne sont que de jolis pansements colorés que nous appliquons sur une blessure profonde (mais je me savais passablement solitaire dans mon point de vue, je ne l’ai donc pas forcément partagé très largement sur place).

“Le jour où l’on comprendra qu’une pensée sans langage existe chez les animaux, nous mourrons de honte de les avoir enfermés dans des zoos et de les avoir humiliés par nos rires”

Boris Cyrulnik

(cette phrase n’aura pas fini de me revenir en tête pendant toute la durée de la conférence)

 whitehead

On revient à l’animal de compagnie (ouf), avec l’intervention de Sarah Whitehead, fort connue en Angleterre («Barking up at the wrong tree ? ») qui s’attaque aux « idées reçues» en éducation canine.

Amusant de constater qu’un des signes qu’elle indique d’emblée comme un indicateur de bien-être chez le chien (queue qui tourne en mode « hélicoptère ») est, précisément, celui que manifeste ma chienne qui, au retour d’une chasse, se réjouit de me revoir (car ma chienne ne fugue pas, elle chasse et, une fois sa besogne terminée, me cherche immédiatement) mais doit gérer l’ambivalence stratosphérique que lui cause ma communication non verbale (vu que je deviens un énorme signal d’une contrariété géante, fut-elle silencieuse) qu’elle perçoit très clairement même quand je ne prononce pas un seul mot. Pas, du tout, un signe de bien-être chez mon chien  ;-)

Comme quoi, débutant une conférence sur la mise en question de certaines interprétations « acquises », elle m’a immédiatement donné du « grain à moudre » sur la spécificité de certains signaux qui, considérés, comme signaux isolés et sortis d’un contexte, ne sont pas aussi indéniables que nous aimerions le croire.

Sarah Whitehead nous a invités à considérer ces expressions canines dans leur contexte – tout comme un sourire humain (dont on dit qu’il n’est sincère qu’à environ 7%) peut véhiculer une myriade d’émotions, pas forcément toujours amicales d’ailleurs  ;-)

La queue qui bouge pourrait être un moyen de disséminer des odeurs notamment, les queues rabattues sous le ventre, éviter de disséminer son odeur ou l’impossibilité – pour un autre chien – d’accéder à une identité olfactive.

Elle nous a invités à considérer la FONCTION d’un quelconque comportement et non pas la « raison » par l’exemple du bâillement : pourquoi le chien baille-t-il ? L’assistance fournit un certain nombre de raisons – alors que la fonction première d’un bâillement est d’accéder à un surcroît d’oxygène (quelle que soit la raison de ce bâillement, fatigue réelle ou émotion).

La FONCTION de la dite « position de jeu » (appellation que j’ai souvent considérée comme très simpliste)créer une distance ou du mouvement (parfois, effectivement pour initier le jeu, parfois pas du tout). Ne faudrait-il pas, en conséquence, l’appeler autrement?

La FONCTION des petites dents pointues des chiots : le sevrage – dès que ça commence à faire mal, la maman chien commence à sevrer ses petits et, sur cette ligne de réflexion, l’inhibition à la morsure – comment cela se fait-il que personne n’apprend celle-ci aux chatons alors qu’ils y arrivent également à l’âge adulte ?

Je note que je n’ai JAMAIS travaillé l’inhibition à la morsure de mes chiots et que tous ont une prise en gueule très délicate à terme (je travaille, par contre, le contrôle de l’impulsion).

L’intervention suivante, celle d’Alexandra Kurland, ayant été probablement ma préférée entre toutes, je la garde pour le prochain numéro – à la fois pour vous tenir en haleine (ah ah ah) et parce que, sinon, mon article deviendrait kilométrique (plusieurs numéros à suivre, parce que, avec tout ça, on n’a même pas couvert le premier jour encore, même si certaines présentations seront moins largement relatées).

Happy reading  :-D

Le TAG Teach c’est quoi?

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Une précision d’emblée : le TAG Teach (« Teaching by Acoustical Guidance » ou, en français, enseignement par guide acoustique) est une manière d’aborder l’apprentissage pour les humains.

Logique qu’elle interpelle en priorité ceux qui travaillent à éduquer des animaux car, la première chose que tu intègres – une fois que tu as métabolisé les principes du clicker training et donc les lois de l’apprentissage (et non pas quand on active de temps en temps un clicker, ce qui est très différent), c’est que rien de constructif ne se concrétise sans

  • un plan d’apprentissage individualisé
  • souvent reconsidéré dans sa progression
  • inscrit dans la créativité 
  • et qui capitalise, forcément toujours, sur un premier succès qui amène le suivant. 

creativity

L’acquisition d’une quelconque compétence, sous forme de voyage rassurant d’un succès à un autre succès, est également celui d’une émotion incroyablement rassurante – celui du sentiment de sa compétence personnelle (sans plus avoir à redouter l’échec). 

Je crois fermement que tout individu ne demande qu’à se sentir compétent – non pas « pour faire plaisir » (même si c’est parfois le cas) mais parce qu’il n’existe pas de renforçateur plus puissant que le sentiment de sa compétence personnelle (qui a envie d’être l’incompétent de service?)

Ce que bon nombre d’employeurs semblent totalement ignorer…. 

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Petit exercice de visualisation personnelle à insérer ici :

Vous débutez un quelconque apprentissage (tricot, danse, instrument de musique, nouveau sport… la liste est infinie) et, tout au long de l’acquisition de ces nouvelles compétences, vous voyez votre progression « validée ». En clair, vous avancez, à votre rythme, mais vous avancez toujours, votre compétence se construit.

La même visualisation et on vous informe de manière répétée que vous faites « faux » et encore faux (normal, vous débutez) et encore faux…. et, quand vous faites quelque chose de juste, c’est « oui mais…. » c’est bien, certes, mais pas encore assez bien (normal, vous débutez bis). 

Vous choisissez quelle option?  ;-)

goodenough

 

La principale révolution de l’enseignement de toute compétence que nous propose le TAG Teach c’est qu’il nous incite à

  • à formuler nos attentes par l’affirmation claire (et concise) de ce que nous aimerions voir se concrétiser plutôt que de nous déprimer (et déprimer notre apprenant) par la répétition constate et improductive de ce que nous aimerions voir cesser (exemple : le point TAG serait « lumière éteinte » plutôt que « j’en ai marre que tu laisses tout le temps la lumière allumée, c’est moi qui paie les factures, tu n’as aucune considération pour moi, ça m’énerveeeeuh ») => renforçateur à déterminer.
  • provoquer / rendre possible un premier succès (par une gestion de l’environnement en adéquation à notre apprenant : on travaille avec cet individu dans cet environnement et c’est une configuration par définition unique )
  • à identifier le renforçateur pour notre apprenant (si on se réfère à l’exemple ci-dessus, le renforçateur peut-être tangible et extrinsèque : une récompense pour un certain nombre de répétitions appropriées mais également le bonheur d’échapper à ces confrontations verbales épuisantes et irritantes aussi bien pour celui qui exprime sa frustration que pour la « victime » de notre irritation). 

Tout coach, enseignant, parent, formateur, éducateur – toute personne qui essaie de transmettre une compétence à une autre personne souhaite voir cette autre personne y arriver – sa réussite valide notre propre compétence (si j’enseigne bien, la compétence est transmise, si elle n’est pas transmise, c’est que j’enseigne mal).

Accepter de remettre en question notre capacité à transmettre n’est pas chose facile (ni confortable) : pour nous défendre, nous avons, à disposition, des « étiquettes » qu’on n’hésite pas à coller sur celui qui nous « agresse » de ne pas « vouloir » (pouvoir?) comprendre : « stupide », « démotivé », « fainéant », « pas sérieux », « pas fait pour ça « ,  « nul » (ici aussi, la liste est infinie).

A l’identique, sur les terrains d’entraînement des chiens, on voit des propriétaires dire de leur chien qu’il est « têtu », « démotivé », « il s’en fout », « il se moque de moi », etc. etc. Ces étiquettes, qu’elles soient utilisées chez l’apprenant animal non-humain ou humain nous « protègent », elles nous évitent de devoir nous remettre en question, elles mettent une distance émotionnelle entre celui qui enseigne et celui qui devrait apprendre : « s’il est stupide, c’est sa faute et, si c’est sa faute, ce n’est pas de la mienne«  (c’est confortable, avouons-le). 

J’ai eu le plaisir et le privilège d’assister Patrice Robert (membre de la faculté TAG Teach, venu pour nous de son froid Québec et qu’on aura veillé à ne pas trop dépayser vu que la salle de cours était glaciale une bonne partie de la journée :lol: ) ce dernier week end – c’était ma première formation francophone vu que j’ai obtenu ma certification Niveau 2 avec Theresa McKeon (une des fondatrices du TAG Teach et autre formidable formatrice, tout comme Patrice) lors de plusieurs cours anglophones : une merveilleuse opportunité d’uniformiser ce langage TAG Teach en français et de voir des participants débutants à l’oeuvre.

Patrice a mentionné un dicton fort célèbre (que voici) :

responsable

Au delà de la mauvaise foi (qui n’est pas le propos du jour), en enseignement ou formation, ce dicton est une manière assez malhonnête de se défaire de notre responsabilité, très précise, à identifier d’abord et mettre en oeuvre, ensuite, les moyens qui permettront une adéquation de ces deux faits  ;-)

folie

Nous avons eu des démos aussi diverses que variées (liste non exhaustive, vu que j’étais dans l’instant et ne prenais pas de notes), telles que :

  • une manoeuvre de défense au krav maga (intéressant car défensif)
  • le « widget » au frisbee (je vais me pencher là dessus avec un espoir soudain renouvelé)
  • une prise de judo (enfin, les prémisses de on va dire…)
  • un point de tricot complexe (pour moi, il l’était, ne riez pas)
  • un autre au crochet (comme ci-dessus pour moi)
  • la confection d’un bracelet brésilien (ma position m’a empêché de voir les étapes hélas)
  • la prise sécuritaire d’un chat nécessitant des soins vétérinaires urgents (compétence indispensable pour les soignants)
  • l’art de faire des pompes correctement (euh, j’avoue que j’ai lâchement décidé de me passer de cette compétence spécifique)
  • l’art de ne pas avoir une main « parasite » au clicker training (une compétence qui fait grandement défaut à bon nombre de « clicker trainers » souvent)
  • une magnifique décomposition du « kechke » par le biais de cibles de couleurs différentes (non agilitistes, laissez tomber, coaches d’agility : vous devriez y penser sérieusement)
  • l’art d’éplucher des poivrons (ça, je maîtrise)
  • la respiration profonde (j’ai bien écouté, j’en ai grandement besoin)
  • l’art de désinfecter ses mains de manière professionnelle (ce que je faisais moi de manière complètement farfelue, j’ai retenu)

AudreyL’apprentissage passe par la « décomposition » d’une compétence : sur un comportement ultra rapide tel que le « widget » au frisbee, Audrey, de formation scientifique et donc de nature rigoureuse,  a trouvé presque une dizaine de « points TAG » :) 

alineAline, amie (et prof) venue de Belgique pour le cours, qui enseigne les débuts du « kechke » en agility, à Flo (également prof) qui n’en perd pas une miette :) (ah, si on m’avait décomposé ça comme ça)

Michel Michel (éducateur canins), qui apprend à Ouarda (également éducatrice canins) comment se libérer de la prise d’un potentiel agresseur physiquement plus fort que nous (krav maga) :)

laetitiaLaetitia (soigneur animalier et éducatrice canins) et Déborah (éducatrice canins en formation) sur l’apprentissage de la contention d’un chat nécessitant des soins vétérinaires urgents (bon, le chat était un coussin poilu, rassurez-vous) :)

MagalieMagalie, tricoteuse plus qu’expérimentée et prof de français à Lyon, qui transmet à Caroline (éducatrice spécialisée en formation) un « point TAG » :)

(vous pardonnerez la piètre qualité – habituelle – de mes photos, je prends des photos souvenir avec mon téléphone et n’ai aucune ambition dans ce domaine)

Comme chacun d’entre nous, je maîtrisais la compétence proposée par certaines démos, d’autres pas du tout et certaines m’intéressaient clairement moins que d’autres : toutefois, même celles qui me rebutaient d’emblée (probablement parce que mon apprentissage spécifique a été complètement traumatisant : voir les travaux d’aiguilles « courtesy of » des maîtresses de couture parfaitement sadiques ah ah ah), se présentaient sur un jour nouveau : suffisamment « décomposées », tout premier objectif apparaît comme atteignable (et, si je devais m’adresser à un de ces « formateurs » du jour, il décomposerait selon mes acquis, mes compétences et mes limitations personnelles et non pas en me forçant à « gober » la version consacrée et universelle qui peut parfaitement ne pas me convenir : à lui ou elle de se montrer créatif). 

La mort des « protocoles » consacrés ;-)    

Ne me dites pas : « quoi, vous voulez enseigner aux gens comme aux animaux? » – il s’agit d’enseigner en considérant – et en respectant – les lois immuables de l’apprentissage qui nous régissent TOUS : le comportement est toujours légitime et donc (ma citation favorite entre toutes), « le rat a toujours raison » (B.F. Skinner).

Tout organisme vivant a ses raisons de faire ce qu’il fait quand il le fait : nous pouvons influencer les antécédents (ce qui vient avant le comportement)  et les conséquences (ce qui vient après le comportement). 

skinner

Citation que je trimballe désormais toujours avec moi   ;-) 

Certaines compétences peuvent apparaître comme excessivement simples (fermer une porte, tenir un animal d’une certaine manière, etc.) mais quand l’environnement s’en mêle (contexte d’urgence, de stress qu’il soit joyeux ou aversif), seule une mémorisation profonde nous fera retenir ces compétences comme comportement « par défaut ».

La mémorisation vient par la répétition et le marqueur acoustique nous aide à intérioriser un comportement, nous donne une mémoire musculaire et une précision dans le mouvement comme aucune autre approche. Sans oublier ce que je transmets à mes « clicker trainers » : à savoir que l’apprentissage se fait toujours dans une émotion spécifique (Pavlov est toujours sur notre épaule) : ce qui est appris dans le bien-être restera relié à cette sensation de bien-être et le contraire est, hélas, encore plus vrai.

Bref, pour bien « apprendre », il faut avant tout REUSSIR…. sinon sur quoi fonder la suite? sur quelles bases construirions-nous?

La salle était remplie d’éducateurs canins (dont on oublie souvent qu’ils doivent surtout transmettre des compétences aux humains, un grand oublié de l’éducation canine l’humain), de parents, professeurs, éducateurs spécialisés expérimentés ou en formation et je regardais tous ces gens qui allaient repartir avec une autre vision du monde, plus créative, plus bienveillante, plus scientifique : leurs futurs patients, élèves, enfants, conjoints, etc. sont de grands chanceux :)

(N.B : cet article, comme tous mes articles n’a pas d’autre vocation que de vous faire envie d’en savoir plus, n’est pas un article « how to » car je crois fermement à la nécessité absolue d’une vraie formation : si le TAG Teach vous intéresse, il est indispensable de suivre un cours avant de vous lancer). 

http://www.tagteach.com

(si vous ne parlez pas anglais, ne désespérez pas : beaucoup de matériel est en cours de traduction en français) 

Happy teaching  :-D

Une éducation proactive?

proactive

Je parle souvent, dans mes cours, d’une éducation proactive et non réactive, surtout en ce qui concerne les chiots ou quand un nouveau chien arrive chez vous.

Le fameux chiot « très bien socialisé » parce qu’on l’aura emmené partout avec soi notamment et dont on aura négligé, souvent parce qu’on ne sait tout simplement pas les détecter, ces informations parfois très discrètes – mais bien réelles – d’une hésitation face à un autre chien, un enfant bruyant, un bruit inhabituel.

Elles passent souvent inaperçues – ou sont considérées trop minimes pour être estimées inquiétantes par le propriétaire.

scaredpup

Pourtant, elles peuvent finir par déboucher, quelques semaines ou mois plus tard, par ce qu’on appelle une « réactivité » – qui, souvent, aurait pu être évitée.

On appelle souvent ces comportements, des « signaux d’apaisement » (à mon avis de manière totalement erronée vu que le chiot ne cherche pas à communiquer avec qui que ce soit, n’apaise personne pas plus qu’il ne s’apaise d’ailleurs – j’appellerai ces comportements des manifestations de stress, c’est bien suffisant).

Je me rappelle d’un chiot dont j’ai clairement vu les oreilles se plaquer sur sa tête quand il entendait taper le couvercle de la poubelle métallique dans le restaurant où il passait partie de sa journée et où j’ai fait sa connaissance – six mois plus tard, on m’appelait parce qu’il ne s’en approchait plus et s’était mis à réagir à toutes sortes de bruits plus ou moins similaires (le chien étant fou de son jouet, son propriétaire s’est mis à sortir le jouet ET ENSUITE à manipuler ses poubelles – avec le résultat dépitant de voir son chien se réfugier sous un meuble à la simple apparition du jouet : Pavlov est toujours sur notre épaule et pas toujours dans le sens que nous imaginions au départ).

Je suis fondamentalement très protectrice des chiots et on me dit souvent d’un petit air moqueur qu’il est impossible de les garder à l’abri de tout stress : cela ne fait l’ombre d’un doute.

pupvet

Rester seul, monter en voiture, aller voir le vétérinaire, rencontrer des inconnus (chiens ou humains), apprendre à affronter le quotidien dans un environnement nouveau (et parfois très différent de ce qu’il a connu dans son lieu de naissance), apporte largement à tout chiot une dimension de stress inévitable et acceptable, même quand tout se passe au mieux : je ne vois vraiment pas l’utilité d’en rajouter encore en acceptant que ces expériences se transforment en de mauvaises expériences (voir carrément des traumatismes).

Souvent le propriétaire peu averti va réagir « parce que Youki a peur des vaches » (des voitures, des enfants, des joggers, des poubelles…. à vous de définir le ou les déclencheur/s) alors que, dans une éducation proactive, toutes ces rencontres qui plongement très momentanément le chiot dans un début de perplexité peuvent aisément se transformer en d’excellentes choses (via, notamment, des renforcements sous forme de friandises).

Créer des bonnes associations, bien avant que votre chiot ne se crée son propre curriculum : on ne peut jamais créer trop de bonnes associations, ne soyons donc pas radins et anticipons – c’est ça une éducation proactive et non réactive.

reinforce

Quand B.F. Skinner a parlé d’apprentissage « sans erreurs » en éducation (des humains), il a soulevé pas mal d’objections auprès des ses pairs convaincus qu’il est impossible d’apprendre sans jamais se tromper et donc sans faire l’expérience, plus ou moins traumatisante, de l’échec, de la frustration, voir de la colère qui s’en suit.

Sans doute aucun, l’environnement va nous procurer ces émotions quel que soit l’engagement (et le talent) de l’éducateur.

L’environnement existe et on ne peut pas le nier ni, encore moins, totalement le contrôler – mais l’éducation n’est pas un jeu sauvage de « chaud froid» (le clicker training non plus, contrairement à ce que j’entends régulièrement dire à droite et à gauche).

L’éducation (que ce soit celle des enfants ou celle des animaux) n’est pas laisser l’apprenant aller au « casse-pipe » et en assumer les conséquences comme il peut mais faire en sorte que tout chemin vers l’apprentissage se fasse de manière la plus aisée possible et dans la meilleure émotion possible.

Ce qui, à son tour, génère confiance en soi, confiance en l’environnement et donc favorise des comportements de calme et d’assurance.

happydog

Aidez donc vos chiots à faire des associations heureuses au sujet de ce qu’ils découvrent…

Happy Training