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PORTL games

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 … et, donc, après les deux présentations de la Dr. Susan Friedman (voir Life is for Learning 1 et 2) et un buffet qui avait le mérite d’être végétarien et même vegan (et 24 cafés pour ne pas piquer du nez pour moi), on est revenus terminer la première journée par un atelier PORTL, évidemment animé par Mary Hunter  :-D

Pour ceux qui n’ont jamais suivi mes cours où on y joue régulièrement, une petite introduction au « Portable Operant Research Training (or Teaching) Laboratory » (laboratoire portable de recherche sur le comportement opérant). 

Le « PORTL » nous arrive de son prédécesseur Genabacab (qui était, à l’époque, un affixe d’élevage) et il a été imaginé par la très talentueuse Kay Laurence.

Le jeu se déroule autour d’une table, sur une zone de travail déterminée (feuille A4 par exemple) et par le biais d’une multitude de petits objets : ma propre collection commence à être plutôt conséquente (un tout petit aperçu en dessous)  :-D

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Il est évidemment une version (très) améliorée de ces abominables jeux de « chaud-froid » que les moins jeunes d’entre nous avons vécu dans nos toutes premières formations clicker training  8-)

A l’époque, le déroulement de la séance était de faire quitter la pièce à un apprenant, pendant que le groupe décidait d’un comportement à lui faire exécuter. Ensuite, on le faisait rentrer pour qu’il ou elle atteigne le comportement par le clicker training : « click = chaud / pas de click = froid ».

Les salles où se tenaient ces séances étaient généralement immenses, blindées de monde et d’objets… la chance d’arriver rapidement au comportement décidé par le groupe, était pratiquement inexistante (ou il fallait compter sur la chance, ce que nous faisons pas mal avec nos animaux  d’ailleurs : ce que j’appelle, avec mes élèves « l’éducation de l’espoir » – genre « allons-y et on verra bien »)  ;-) 

Quand les alternatives sont trop nombreuses, voir infinies, elles multiplient de manière exponentielle l’opportunité de nous tromper… exactement ce qui arrive quand, dans une séance de shaping, on met l’animal dans un environnement trop riche, trop distrayant, sans lui apprendre à se « stationner » à un endroit spécifique (les pre-requis au shaping à mon sens).

Ces séances ont donné naissance à l’épouvantable adage  « le clicker training c’est le jeu du chaud-froid » qui nous a ensuite poursuivis très longtemps (on l’entend d’ailleurs encore)

(évidemment, elle me fait personnellement saigner les yeux)  :lol:

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Le clicker training, au contraire, c’est le jeu du chaud-chaud car tout sera mis en place pour arriver au succès vite et bien, en gérant l’environnement et l’apprentissage de manière à diminuer de manière draconienne les possibilités d’erreur et en maintenant son apprenant dans une dynamique de renforcement continuel.

Si tout le processus était souvent émaillé de rires (surtout de l’assistance d’ailleurs), c’était parfois aux dépends de l’apprenant qui pouvait aller de 25 comportements à la minute au «shut down» total, en passant par des petits rires gênés et d’autres comportements de stress divers et variés… j’ai même vu quelques personnes aller jusqu’aux larmes (ceux là étaient qualifiés de « trop sensibles »). 

On se souciait assez peu de l’émotion dans l’apprentissage à cette époque, même quand elle nous crevait les yeux  ;-)

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Je me rappelle avoir souvent entendu « pour elle, il faut trouver quelque chose de difficile »comme si enseigner n’était pas transmettre avec efficacité tout en renforçant la confiance en soi de l’apprenant mais, au contraire, mettre la personne en échec.

Il faut dire que notre propre expérience avec l’enseignement nous a, parfois, fait profondément intégrer un certain concept de souffrance et, surtout, de sélection « les meilleurs y arrivent, les autres pas » (tant mieux pour les uns et tant pis pour les autres).

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Suggérer que tout le monde peut y arriver, à sa manière et à son rythme, est assez révolutionnaire comme concept dans une société où tout est axé sur la sélection (les chefs et les subalternes… les maîtres, les esclaves, toussa toussa).

Ensuite, on s’étonne avec candeur de cet attachement profond pour le concept de la «dominance » dans nos relations avec le chien – et avec tous les animaux domestiques – alors qu’il correspond à notre perception culturelle depuis la maternelle)  ;-)

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Kay Laurence a transformé tout ça en un jeu à la table, entre un coach et un apprenant (avec, parfois, un co-coach qui prend des notes).

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Le but de l’apprenant – et donc la seule instruction qu’on lui donne avant de cesser de parler – est qu’il est là pour récolter autant de renforçateurs que possible. 

Le but du coach est d’y arriver avec la plus grande aisance possible, dans le concept d’un apprentissage où les erreurs sont réduites au minimum, afin d’obtenir un comportement final dont on ne voit pas les « coutures » et un apprenant confiant et sûr de lui pendant toute la durée du jeu  :-D

Si le rythme de renforcement baisse… on voit apparaître des comportements de substitution (bonjour la résurgence)  ;-)

Evidemment, l’idée est toujours celle de « faires ses armes » (et donc ses erreurs d’enseignement) sur un humain volontaire et informé plutôt que sur un animal chez qui on va créer une confusion certaine (et, parfois, un désengagement évident). 

Kay Laurence me disait une fois que personne ne devrait jamais cliquer un animal sans avoir joué, de manière très extensive, à cliquer d’autres humains à une table, dans un milieu limité et contrôlé par le coach :-D  (je le pense aussi d’ailleurs mais compliqué à transmettre parfois). 

En réalité, quand on clique depuis quelques années, on repense parfois avec gêne à nos débuts (et on a parfois envie de demander pardon à quelques animaux et, si ce n’est pas votre cas, c’est que vous  ne cliquez pas depuis assez longtemps)  ;-)

Le jeu a été ensuite repris par le Dr. Jésus Rosalez-Ruiz qui l’utilise à la UTN (University of North Texas) où on enseigne la Science du Comportement et successivement structuré par Mary Hunter, d’abord son élève et désormais également prof dans la même université (notre intervenante dans cet atelier).

Les étudiants en science du comportement y jouent de manière extensive afin d’expérimenter toutes les subtilités du comportement.

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A une époque où les expériences sur les animaux deviennent de moins en moins acceptables, c’est un excellent laboratoire de recherche sur le comportement.  

Bref, une Skinner box pour humains volontaires  ;-)

On voit apparaître dans nos jeux la généralisation (voulue ou non), la répétition qui fait la mémorisation, on se bute à l’extinction frustrante et à la résurgence parfois inattendue.

On prend surtout conscience que, sans un plan de « shaping » bien ficelé et maintes fois revu sans pitié, on ne va nulle part dès lors que le comportement est à peine complexe.  

Je suis certaine que certains d’entre vous se disent « bah, moi j’y arrive quand même » : souvent, c’est, précisément ce « quand même »  qui implique des émotions qu’on ne souhaite pas vraiment associer à nos apprentissages… et pourtant  ;-)

En cas de piètre enseignement, on se confronte rapidement  à la perplexité, l’hésitation, la frustration de notre apprenant.

A ce stade, nous avons la possibilité « d’étiqueter » l’autre (il est stupide, il ne comprend rien) ou de repenser notre manière de transmettre (je peux mieux faire et, surtout, faire autrement). 

On parle beaucoup  de « signaux d’apaisement » chez le chien (on a même développé une véritable adoration pour ce concept)il est parfois absolument stupéfiant de voir à quel point nous ignorons allègrement ceux de notre propre espèce (quand votre apprenant commence à écarquiller les yeux, se gratter la tête, grimace, hésite, se trompe de manière répétée… autant de signaux d’alerte qui devraient nous amener à stopper la séance, revoir notre apprentissage et notre plan de shaping de toute urgence).  

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En général, confrontés à ce scénario, nous développons plutôt une irritation sourde mais bien réelle vis-à-vis de l’autre qui ne « fait pas » ce que nous trouvons absolument évident qu’il fasse (quel est donc SON problème ? difficile d’admettre que « son » problème c’est nous, justement).

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« Le rat a toujours raison » disait Skinner… 

On lit souvent les doléances d’éducateurs au sujet des humains dans leurs cours… et, effectivement, certains comportements nous irritent mais, un humain qui est pendu à son téléphone, qui ne suit pas les consignes cherche-t-il à nous éviter (et, surtout, pourquoi ?), c’est un comportement de substitution, pourquoi ? Complexe, riche et fascinant.

On constate qu’un simple « click du désespoir » (ce click qu’on donne à notre animal après une série de comportements inappropriés  question de le ramener sur un semblant de « droit chemin »)on peut renforcer toute une chaîne de comportements dont on ne voulait absolument pas et dont aura, ensuite, toute la difficulté du monde à se défaire.

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On s’aperçoit qu’on peut fixer solidement un comportement « superstitieux » – celui que l’apprenant aura identifié comme celui qui lui vaut le marqueur et le renforçateur alors qu’il s’est vérifié par hasard… en un mot comme en cent : on apprend à transmettre un comportement de manière propre, précise et adaptée à notre apprenant du moment.

J’ai été l’apprenante d’une personne (qui ne risque pas de me lire, pas de panique) qui, pendant mon apprentissage, m’a littéralement arraché les objets des mains quand je « faisais faux », m’a fusillée du regard à plusieurs reprises et a stoppé physiquement certains de mes comportements qui ne lui convenaient pas  :lol:

En fin de séance, on demande rituellement à son apprenant comment il a vécu l’apprentissage et je lui ai répondu, suavement (même si en vrai j’étais plutôt amusée), que j’avais vécu une expérience très désagréable et que je n’avais plus vraiment envie de jouer encore avec elle (ce qui m’a valu un ultérieur regard noir).

La preuve, s’il en fallait encore une, qu’il ne suffit pas d’être armé d’un clicker et de renforçateurs pour créer une atmosphère propice à l’apprentissage  ;-)

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Pas facile d’accepter de ne pas faire porter à l’autre la responsabilité de notre parfois piètre enseignement (toutefois, j’avoue humblement y arriver mieux avec les animaux – et les enfants – qu’avec les humains adultes) ;-)

 … et, mine de rien, sommes-nous absolument sûrs que nos animaux ne nous en diraient pas autant lors de certaines séances de shaping que nous laissons aller complètement de travers ?  

En gros, le PORTL – même si vous n’avez pas le bonheur (tout comme moi d’ailleurs, quel dommage) d’étudier la science du comportement à NTU, nous apprend que, si nous voulons un comportement propre, nous devons travailler de manière propre, si nous voulons emmener notre apprenant vers la réussite, nous devons gérer l’environnement et rendre le succès plus probable que l’erreur. 

Vous voulez jouer ? 

Munissez-vous d’objets (n’importe lesquels), de « renforçateurs » (nul besoin qu’ils soient comestibles, l’humain bosse volontiers pour un sentiment de compétence et ce dès le plus jeune âge), déterminez un comportement dans votre tête, expliquez uniquement à votre apprenant que son but est de récolter un maximum de renforçateurs. 

… des idées de comportements ? Votre imagination est votre seule limite  :-D

Soyez créatifs mais débutez par des choses simples  (qui sont, au final, moins simples que vous ne le pensez)

  • Prendre un objet en main
  • Prendre un objet en main et le poser à un endroit spécifique
  • Mettre un objet dans un autre objet
  • Toucher un objet d’un seul doigt
  • Faire pivoter un objet
  • Secouer un objet
  • Faire tomber un objet de haut
  • Faire pivoter un objet
  • Secouer un objet
  • Mettre un objet improbable sur un autre objet (puis 3 objets)

On ne parle pas, on n’écrit pas, on ne gesticule pas…  on utilise son clicker et ses renforçateurs.

En Autriche, j’ai pioché le petit papier suivant quand j’ai du être coach :

« si la voiture est sur son toit, la soulever  / si elle couchée sur le côté droit, il faut la faire tourner sur elle-même » 

Ensuite, vous préparez votre plan de shaping  :-D

Première phase

  • Soulever un objet – mémorisation du geste
  • Soulever un 2èmeobjet – généralisation de l’apprentissage
  • Soulever un 3èmeobjet  -  conceptualisation
  • Soulever le même objet renversé

 ==> Introduire la voiture renversée (revenir en arrière si erreur)

(je n’ai pas débuté avec la voiture car, en raison de notre historique d’apprentissage humain, j’ai estimé qu’un apprenant humain l’aurait remise sur ses roues)

Deuxième phase 

  • Proposer la toupie à mon apprenant (probable phénomène de généralisation sur le premier comportement, ce qui n’a pas manqué d’arriver – on change l’objet pour redonner rapidement une chance de succès)
  • 2èmetoupie, 3ème toupie
  • Introduire un autre objet facile à faire tourner (étape sautée finalement)

==> Introduire la voiture  sur le flanc (si erreur, retour en arrière)

Vous verrez dans la vidéo que mon apprenant à montré quelques hésitations au moment préciser où se fait l’apprentissage… c’est, précisément, ce que nous cherchons au clicker: ce moment de réflexion, de compréhension qui n’est PAS le blocage, l’incompréhension, la frustration et l’erreur ;-) (ce que les anglophones appellent le «ah ah moment »)  8-)

Alterner les comportements de « soulever la voiture » et « faire pivoter la voiture ».

En Autriche, je n’avais pas de toupie donc le comportement du « spinning » a du être construit par l’utilisation de cibles (mini « post its » qui traînaient dans ma trousse) et il a comporté plusieurs étapes intermédiaires (touche la cible, suis la cible, effectue un tour complet).

Je n’avais pas de voiture non plus, j’ai donc utilisé un petit pot à glace qui roulait sur la table quand je le positionnais sur le côté, ce qui a considérablement compliqué l’apprentissage, qui a souffert d’une préparation un peu bâclée  ;-)

Au final, mon apprenante est arrivée aux deux comportements mais, quand je lui ai demandé ce qu’elle avait appris, elle n’en avait juste aucune idée (alors qu’elle le faisait parfaitement devant moi)  ;-)

Cela nous rend humbles : ce n’est pas parce que l’apprenant fait qu’il a forcément conceptualisé  :lol:

A la maison, avec des objets adaptés, mon apprenant à su me dire « voiture renversée, je soulève, voiture sur le côté, je tourne »  ;-)

Parce que je suis nulle en traitement de vidéo, j’ai tout balancé en une séance presque continue  -  PAS bonne idée  ;-)

En temps normal, je ferais une pause tous les dix clicks et je reverrais mon shaping plan… mais, mon apprenant suivait parfaitement et avait l’air tout de très bien gérer la succession des apprentissages (ce qui aurait été différent avec un autre apprenant)  :-D

J’ai très envie de mettre sur pied une journée PORTL pour éducateurs canins…  (et, par éducateurs, j’entends des personnes qui éduquent tout simplement)  :-D

si ça vous inspire… dites-le dans les commentaires  :-D :-D :-D

Happy Training  :-D

Life is for learning / 2

« Le contrôle, une nécessité biologique »  par la Dr. Susan Friedman

En éducation canine, il n’est pas rare d’entendre, parfois sur un ton légèrement (ou résolument) moqueur : « ton chien est en train de t’éduquer »  :roll:

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Pourtant, il est à la fois logique et inévitable que cela se produise : tous, et nos chiens aussi, oeuvrons dans le sens d’une conséquence qui nous sera profitable, c’est le contraire qui serait aberrant  :lol:

En clicker training, nous rendons le comportement possible, nous signalons, l’animal produit et c’est un signal clair, pour nous, de cliquer et renforcer… un dialogue constant où, si le travail est bien fait, tout le monde trouve son compte (ajout personnel)  ;-)

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Nous fonctionnons tous sur une séquence « action ==> effet produit » qui va nous amener à répéter cette action… ou pas  :-)

Cela nous donne à la fois un certain contrôle sur notre environnement (nous choisissons) et un retour en terme d’information (« essaie encore » / « fais autre chose » / « abandonne »).

En effet, peu d’entre nous vont retoucher et retoucher encore un même objet qui vient les brûler  :-)

Imaginez un monde qui ne nous offrirait AUCUNE faculté de contrôler les conséquences de nos choix : une perspective véritablement terrifiante.

… et cela existe bel et bien, on le sait tous  :-(

Tous les jours, dans les media,  nous regardons, écoutons et lisons — avec plus ou moins de compassion, d’effroi et révolte — que des individus, des populations entières, des ethnies sont sujettes à ce type de frustration, de douleur et de colère : toutes les injustices de ce monde concernent cette incapacité  totale à contrôler un environnement hostile.  

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Toute forme d’injustice débute en retirant le contrôle à sa victime, en niant sa possibilité de choisir. Qu’il s’agisse d’animaux ou d’humains. 

Nous connaissons tous les renforçateurs primaires (naturellement renforçateurs et, donc, inhérents à la survie) – le contrôle en fait naturellement partie : en effet, que deviendrions-nous sans le contrôle de nous enfuir en cas de danger mortel ?  ;-)

Une étude sur des nourrissons de 4 mois a comparé deux groupes distincts sur l’intérêt qu’ils pouvaient porter à leur « mobile » musical (qui n’est pas un téléphone portable mais cette chose que tous les parents auront accroché, sous différentes formes, au dessus du berceau de notre progéniture).

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Le premier groupe de nourrissons avait un contrôle direct sur le fonctionnement du mobile, le 2èmegroupe n’en avait pas et le mobile se mettait en mouvement de manière aléatoire (Watson, 1967, 1971).

Alors que, au début de l’expérience, le mobile provoquait sourires et mouvements chez tous les nourrissons, rapidement, seul le groupe de nourrissons qui avait un contrôle sur le mouvement de l’objet a continué à s’y intéresser de manière active.

Plus intéressant encore, le groupe de nourrissons qui pouvait contrôler le fonctionnement du mobile a montré une augmentation des comportements joyeux (sourires, vocalises, etc.) par rapport au groupe des nourrissons qui n’avaient aucun contrôle sur le fonctionnement de l’objet.

Si on se réfère, à l’étude britannique sur le contrôle en relation au « burn out » (mentionnée dans « Life is for learning 1″, ne pourrions-nous pas en déduire qu’un nombre grandissant de personnes dans notre monde a l’impression– justement – de ne rien contrôler du tout, de ne plus pouvoir choisir et de subir des circonstances qui les écrasent ?  Il n’y a qu’un pas à franchir entre cette constatation et le taux de « bonheur » dans certains pays.

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Un nombre impressionnant d’études sur les animaux (ouistitis, poules, veaux, cochons, etc.) démontre que, quand ces animaux peuvent contrôler, par un comportement préalablement appris, la chaleur, la lumière qui leur sont dispensées, leur comportement se révélait plus calme et moins agressif. 

Les animaux, comme les humains d’ailleurs, préfèrent qu’on leur donne un choix, même quand celui-ci n’apporte pas de plus value concrète (toutes les mamans savent qu’il vaut mieux dire « tu veux mettre tes chaussettes roses ou tes vertes ? » à son enfant récalcitrant plutôt que « mets tes chaussettes »)  :-)

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En maison de retraite, donner un certain nombre de choix aux résidents a démontré influencer l’humeur, la qualité de vie exprimée et la longévité (Leotti, 2010 – Langer, et al. 1976).

Sans même mentionner le concept du « contrafreeloading » (le fait que les animaux préfèrent obtenir de la nourriture sous forme de renforçateurs suite à des comportements appris, plutôt qu’en self service), maintes fois testé et répliqué sur les souris, les rats, les poules, les pigeons, les corbeaux, les gerbilles et les chats. Un concept qui s’applique à des animaux correctement nourris, en bonne santé et qui ne souffrent pas de la faim (un animal en privation sévère va se jeter sur la nourriture librement accessible). 

Manquer de contrôle sur son environnement est une source reconnue de stress (ce qui explique, par ailleurs, le faible taux de reproduction des animaux sauvages en captivité quand ils sont privés de comportements fondamentaux pour leur espèce).

Contraindre, lors d’une procédure vétérinaire par exemple, provoque une augmentation substantielle du rythme cardiaque et de la production de cortisol (aucun d’entre nous n’a besoin de connaître le taux de cortisol de son chien pour reconnaître ce stress). 

Ayant dit tout cela, la Dr. Susan Friedman nous rappelle que tout ne peut pas être un choix dans la vie de nos animaux et que si une approche la plus respectueuse possible est un but, nos animaux portent en eux la résilience nécessaire à la négation occasionnelle d’un choix.

La résilience fait cet heureux lien entre la contrainte totale et le choix absolu  :-)

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En conclusion, nous sommes sur terre pour agir et donc choisir et non pas pour rester passifs et subir, cela nous concerne nous et cela concerne les animaux qui partagent nos vies.

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Le besoin de contrôler notre environnement est un concept inné, il fait partie de notre bagage biologique et il est le produit de notre évolution à travers les âges, quelle que soit notre espèce.

Avoir des choix, contrôler ce qui nous entoure nous est aussi nécessaire que boire et manger. 

A nous de savoir reconnaître quand l’animal dit non, l’écouter, à nous de faire des efforts pour mieux reconnaître ces refus et à nous de trouver une harmonie entre donner le choix et le « vivre ensemble »  :-)

« Life is for learning » / 1

… bref, je suis partie en Autriche suivre une conférence très joliment  intitulée « Life is for Learning » (la vie est faite pour apprendre… ou la vie est faite d’apprentissages ?).

Le savoir est le pouvoir  :-)

Happy-Fellow-KEY

C’est suite à un échange de messages avec Mary Hunter (dont je vous conseille sans réserve aucune le blog si vous ne le connaissez pas déjà, ce qui me surprendrait si vous lisez celui-ci) que j’ai découvert l’événement : passionnée de PORTL games, que j’ai introduit dans tous mes cours clicker depuis quelques années, je venais aux nouvelles au sujet de la sortie du manuel PORTL qu’elle nous promet depuis un temps certain (il n’est pas encore sorti, patience patience).

Si vous vous demandez ce qu’est le PORTL, rendez-vous sur l’article à venir à ce sujet, stay tuned ;-)

C’est donc Mary qui m’a informée de l’événement qui m’a donné l’opportunité bénie de la rencontrer pour la première fois  :lol:

Mary a un Master en Science du Comportement complété à l’UNT (University of North Texas, là où enseigne le Dr. Jésus Rosalez-Ruiz et  là où j’irai faire mes études dans ma prochaine vie ou dès que je gagne à la loterie dans celle-ci : en effet, la vie n’est-elle pas faite pour apprendre ?).

Elle y enseigne désormais en sus de ses nombreuses activités avec les animaux. Elle est de cette nouvelle génération de béhavioristes issue de la biologie qui contribuera, avec le temps, à faire de la science du comportement un acteur incontournable dans la compréhension du vivant. 

A la conférence,  présents également la Dr. Susan Friedman et le Dr. Jésus Rosalez-Ruiz…

Hélas (pour moi), j’avais déjà écouté l’intégralité de leurs interventions en d’autres occasions et lieux (y compris en ligne)  et, s’il est tout à fait vrai que, à chaque fois, on découvre une dimension supplémentaire aux notions présentées, j’ai été un peu déçue de découvrir que pas grand chose n’était nouveau.

… hey, ne vous méprenez pas : si je n’avais que ça à faire et (surtout, surtout) un budget illimité, je sautillerais avec délectation d’une conférence à une autre sans la moindre arrière pensée mais, comme le budget formations n’est pas extensible, pas plus que le temps que j’ai à y consacrer, je suis toujours avide de connaissances nouvelles.  

Fin du préambule  :-)

Cette conférence de quatre jours a donc été ouverte par la Dr. Susan Friedman (qu’on ne présente même plus), toujours avec son humour « coquin-mais-pas-trop » et sa voix si particulière (que je trouve incroyablement apaisante). 

Je vous conseille, encore une fois, si vous êtes comme moi un(e) geek du comportement, sa formation « Living & Learning with Animals for professionals » (uniquement si vous parlez bien l’anglais, car elle est exigeante et très dense).

J’ai le bonheur de l’avoir suivie et complétée il y a quelques années et c’est une des meilleures formations que j’ai à mon actif, un vrai petit bijou  :lol:

Susan a été clairement très marquée (comme beaucoup d’entre nous) par le livre de la Dr. Susan Schneider « The Science of Consequences » dont je vous ai déjà parlé dans ce blog et que je vous recommande encore une fois.  En effet, sa présentation « The Learning Planet » (la planète apprentissage) était largement inspirée de ses travaux.

Le message fondamental de cette présentation est que le comportement n’est JAMAIS indépendant des conditions environnementales – il n’est pas à « l’intérieur » d’un quelconque organisme mais toujours conditionnel et donc conditionné par l’environnement.

Pour nous éducateurs : votre animal n’est jamais « quelque chose » (buté, démotivé, motivé, gentil, méchant, etc.) mais agit par des comportements pour obtenir des conséquences et contrôler son environnement.

Quand on veut faire disparaître un comportement, on s’attaque à un renforçateur – plus l’animal est déterminé dans son comportement, plus le renforçateur est important pour lui. 

Ce qui est vrai pour la forme la plus simple de vie à la plus complexe : de la bactérie, les invertébrés à la plus complexe, c’est une organisation planétaire : agir pour un résultat. 

Plus l’organisme est complexe, plus sophistiquée sera sa capacité d’apprentissage et plus vaste son panel de renforçateurs. 

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Une étude du gouvernement britannique qui n’étonnera personne je pense, a démontré une corrélation évidente entre notre capacité à contrôler notre environnement dans un contexte professionnel et notre santé physique et psychique (Mermot et al., 1978, 1991).

En effet, qu’est donc un « burn out » sinon une graduelle perte de contrôle (perçue ou réelle) sur notre environnement ? Quand nous avons l’impression de ne plus rien contrôler, de ne rien pouvoir changer, de devoir endurer et subir quoi qu’il nous en coûte, sans échappatoire possible, nous tombons malades (et nous allons mieux quand on reprend un certain contrôle). 

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Une étude portant sur le « pacing » (comportement d’allées et venues des animaux captifs) chez les ours polaires a démontré qu’une distribution de nourriture « gratuite » et aléatoire ne réduisait en rien cette stéréotypie alors que la recherche volontaire de cette nourriture a apporté des effets positifs (Carlestead et al., 1996).

Cette recherche proactive,  leur a donné une forme de contrôle sur leur environnement avec un effet bénéfique considérable. A retenir quand nous parlons d’enrichissement de l’environnement : il est tel quand l’animal s’engage.

oui, je sais, ils seraient mieux dans leur environnement naturel… 

Contrôler son environnement, c’est-à-dire, décider et entreprendre dans le sens de conséquences désirables, est un renforçateur primaire.  

Comment ne pas en déduire qu’il est légitime de donner des compétences à nos animaux domestiques afin de leur permettre d’agir sur leur environnement par la pratique et mise en œuvre de ces apprentissages afin d’obtenir des conséquences opportunes à leurs yeux? 

Nos chiens vivent dans un contexte humain, plus ils auront d’apprentissages, plus ils obtiendront de liberté, plus ils obtiendront de la liberté et plus ils auront de contrôle sur leur vie.

Ce sont les conséquences qui créent la dite « motivation » et nous apprenons continuellement l’application de nouveaux comportements qui nous amènent à un choix   de renforçateurs de plus en plus vaste et riche. Plus nous acquérons de compétences, plus nous trouvons de renforçateurs dans notre environnement. 

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Dans le contexte de cet article, être « vieux » à n’importe quel âge, n’est-ce pas tout simplement d’avoir abandonné la recherche de nouveaux renforçateurs?  8-)

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Ce qu’on appelle l’instinct est continuellement affecté par les conséquences produites et les apprentissages : des canetons qui n’auraient pas entendu  les sons habituels de  leur espèce dans l’œuf et à qui on a passé des enregistrements d’une autre espèce, démontraient une préférence pour l’autre espèce.  La génétique est sensible à l’environnement et sujette à l’apprentissage. 

L’évolution et l’apprentissage marchent main dans la main et enfantent la « sélection» qui n’est rien d’autre qu’une conséquence. La nature sélectionne ce qui « fonctionne » au détriment de ce qui ne fonctionne pas. 

Dans la nature, un changement d’environnement va causer une sélection des réponses comportementales qui, à son tour, va influencer le bagage génétique…

Les parasites des plants du tabac ont appris à éviter certains insecticides quand ils ont été associés à un autre stimulus et 77% de leur progéniture savait, dès la naissance, éviter le même aversif.

On a mis des moustiques dans une machine qui reproduit l’agitation de nos mains (quand on essaie de chasser ces charmantes bestioles) et on a associé ces vibrations avec une odeur spécifique : les moustiques ont appris à éviter cette odeur (et on retenu l’information pendant plus de  24 heures).

J’ai moi-même toujours observé que, dès que j’empoigne la tapette à mouches, plus de mouches pendant plusieurs minutes.

La fascinante flexibilité de tout ce qui est vivant…

On ne peut pas changer un ADN : par contre, si l’environnement est modifié, le comportement l’est également et le comportement peut modifier le cerveau. 

En gros, et c’est passionnant, nous (comme tout ce qui est vivant) ne sommes pas les victimes inertes et sans contrôle de l’évolution : nous expérimentons continuellement des conséquences qui vont, à terme, influencer notre évolution future. 

Nous humains, nous émerveillons constamment de la capacité d’une quelconque espèce à apprendre alors que c’est un mécanisme fondamental à toute survie.

J’avais déjà lu un article absolument passionnant au sujet des apprentissages chez les plantes mené par Monica Gagliano (cliquer ici, en anglais) – des plantes qui ont appris à suivre une émission d’air indiquant la direction vers un renforçateur primaire (la lumière, indispensable pour elles).

Par la suite, ces mêmes plantes suivaient l’émission d’air même quand celle-ci ne les emmenait plus vers la lumière (parlons donc d’écologie cognitive – qu’est-ce donc d’autre que de l’apprentissage ?).

Les apprentissages deviennent des compétences, les compétences nous permettent d’agir sur notre environnement et donc de le contrôler dans notre intérêt et pour notre bien-être.

« Une fois que le vivant, tout le vivant, a pu apprendre des conséquences, la vie ne fut plus jamais la même »

(Dr. Susan Schneider).

earth

Nous vivons tous sur la « planète apprentissage » 

Il ne le fait pas « pour toi »…

SkinnerLove

« Il ne le fait pas pour toi, il le fait pour la friandise » : voilà comment certains asphyxient de leur jugement sans nuance les tentatives encore incertaines de ceux qui débutent dans une approche des apprentissages renforcés positivement.

Pour tempérer, certains arrivent en expliquant qu’un renforçateur (qui, dans ces groupes de discussion s’appelle toujours « récompense ») ce n’est pas « que la friandise mais aussi la caresse ou le jeu » (ouf, on est sauvés) afin de rassurer la personne en proie à ce doute atroce : « mon chien, bosse-t-il POUR MOI ou pour le petit morceau de fromage ? »

Passons aussi sur le fait que, nous humains, mangeons et ripaillons sans complexe aux naissances, aux fêtes religieuses (même quand on est un mécréant de première d’ailleurs), aux anniversaires de naissance, de mariage et même aux enterrements.   A peu près tous les moments importants – ou tout simplement plaisants, même les plus anodins –  de nos vies comportent une relation à la nourriture  d’une manière ou d’une autre ☺ 

Car le problème véritable et profond est de savoir si le chien se montre à ce point désintéressé pour « travailler » avec nous (ou pour nous) avec une abnégation absolue ou si, finalement, il n’est qu’un affreux petit opportuniste qui se mobilise uniquement si et quand une friandise est attendue?

En clair : nous aime-t-il « inconditionnellement » ?

Au delà de la technicité et la mécanique du clicker training (où la friandise est la conséquence d’un comportement et jamais son antécédent : en clair, c’est le comportement qui fait arriver la friandise et pas le contraire), au delà d’une approche au leurre, souvent conspuée et pourtant parfois tout à fait apte à diminuer le stress de manière générale, la question est bel et bien philosophique chez certains.

Elle s’inscrit dans cette vision parfois très poétique que nous avons du chien.  

« Fidèle » quoi qu’il en soit et qui qu’on soit et qui nous aime plus qu’il ne s’aime soi-même — ce qui lui confère une dimension sanctifiée tout à fait particulière à laquelle certains tiennent dur comme fer  :lol: 

En effet, on ne peut pas dire que l’amour inconditionnel coure les rues dans notre espèce  :-)

unconditional

L’amour « inconditionnel » est présumé ne rien demander en retour, absolument rien : ce qui m’apparaît comme une option peu raisonnable personnellement et qui implique potentiellement un léger souci d’estime de soi et de ses besoins personnels, je suis plutôt du genre pragmatique… un peu comme les chiens  ;-) 

Je ne pense pas que le chien n’attende rien en retour dans sa relation à l’humain… il demande qu’on comble ses besoins fondamentaux et moins fondamentaux et, parfois, spécifiques à sa race et, quand on ne le fait pas, les problèmes de comportement arrivent presque inévitablement (certes, il ne s’en va pas mais en a-t-il vraiment le choix au final?)

Je ne pense pas qu’un chien soit « fidèle » quoi qu’il arrive : j’ai récupéré un chien perdu dans la nature qui, en apercevant ses propriétaires chez qui je l’ai évidemment ramené, a ressauté dans mon coffre avec conviction et a pris son air le plus dépité possible quand on a du le rendre, contre son gré, à sa « vraie famille » (il n’a pas eu un très improbable coup de foudre pour ma personnalité charismatique mais, ayant peur de le perdre pendant notre balade, je l’ai gavé de dés de jambon pendant 4 heures créant probablement chez lui le premier historique de renforcement de sa vie).

Les besoins physiologiques et de sécurité comblés, arrivent les autres besoins (cognitifs notamment). 

Le clicker training active des circuits émotionnels fondamentaux au bien-être : celui de la compréhension de l’environnement (indispensable à tous les animaux, domestiques ou sauvages d’ailleurs) et celui du jeu… ce sont bel et bien ces émotions (qui favorisent la production d’hormones à l’effet euphorisant) qui rendent les chiens « accros » à un apprentissage bien présenté et maîtrisé, via cette minuscule friandise qui les réjouit et engage dans un premier temps. Il ne s’agit pas d’une distribution désordonnée de friandises mais planifiée et réfléchie. Il y a des conditions assez strictes au renforcement positif – que ses détracteurs ignorent complètement le plus souvent  8-) 

En répondant à toute cette panoplie des besoins de nos chiens, se construit ce qu’on appelle la « relation » – une myriade de renforçateurs qui, les uns après les autres, la rendent solide et empreinte de confiance mutuelle (« you are good news »). 

Ils ne sont guère différents de nous car, avec nos meilleurs amis, nos compagnons et compagnes, tous ceux que nous apprécions nous partageons également un historique de renforcements parfois kilométrique et qui, en raison de sa solidité, de ses répétitions innombrables, supporte parfois quelques coups de canifs occasionnels s’ils ne sont pas trop méchants (quand les coups de canifs deviennent répétés ou trop violents, étrangement, même les grandes amitiés s’arrêtent). A moins de confondre amour et dépendance, nous fonctionnons considérablement de la même manière  ;-)

Même notre action la plus désintéressée en apparence, est gratifiante, parce qu’elle nous apporte cette émotion confortable qui nourrit l’estime que nous avons de nous-mêmes…

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Nous passons l’intégralité de nos vies à essayer d’échapper à des conséquences néfastes ou désagréables et à rechercher celles qui seront agréables, gratifiantes et plaisantes. Tout ce qui est gratifiant produit de la dopamine et votre cerveau va chercher à reproduire le comportement en question. 

C’est ce qu’on appelle communément le conditionnement par apprentissage opérant et qui nous motive même quand on croit que le conditionnement est un gros vilain mot

Quand vous bossez/jouez avec votre chien, au delà de l’apprentissage d’un quelconque comportement, vous lui apprenez, surtout et avant tout, si faire des choses avec nous est quelque chose de gratifiant, qui est générateur de bonheur, de confiance en soi, de confiance en nous ou, au contraire, source de stress, de frustration, d’ennui ou de mal être : à partir de ces conclusions, notre chien « aimera » travailler avec nous ou nettement moins.

On en fera un partenaire enthousiaste ou ce qu’on appelle un chien « distrait » « démotivé » « têtu » « borné » et mille autres étiquettes rassurantes (pour notre estime de nous-mêmes avant tout).

Ne vous culpabilisez pas, ne laissez pas les autres vous culpabiliser si vous souhaitez construire  la relation à coups de renforcement – c’est l’unique voie qui existe finalement et, peut-être, est-ce précisément ça « l’amour » ? ☺

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« Qu’est donc l’amour sinon une autre définition du renforcement positif ou vice versa? » (B.F. Skinner) 

Travailler du chapeau…

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Dans une autre vie, je travaillais dans une multinationale et si j’ai souvent eu envie d’ouvrir un blog sur les tribulations d’une anarchiste dans l’âme dans cet étrange milieu (que j’ai cordialement détesté) – rendons à César ce qui lui revient, elle m’a mis en contact avec des gens intéressants, très souvent.

Parce que ma hiérarchie s’est soudainement éprise de la méthode et de son auteur, nous avons vu débarquer, à Lausanne, un certain Edward de Bono (passons sur ma première question à mon patron qui me parle de «Bono » et à qui j’ai demandé s’il voulait vraiment faire venir le chanteur de U2….c’était pas lui, dommage) – auteur de la célèbre méthode des six chapeaux (« The 6 Hats Method »).

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L’idée était de favoriser l’énergie créatrice et la résolution des problèmes lors des interminables réunions dont était fait notre quotidien – laisser une chance aux idées nouvelles sans les voir enterrées d’office parce que nouvelles. 

Bref, ce célèbre monsieur a débarqué des USA avec sa joyeuse équipe au grand complet et je n’oublierai jamais la vision de son bras droit, une femme d’une quarantaine d’années, qui dansait et virevoltait seule sur une gigantesque scène sur des musiques des « sixties » devant un parterre de cadres supérieurs médusés et complètement immobiles (elle leur avait d’ailleurs lancé un « ohhhh, you Europeans are soooo stiff » qui avait suscité chez moi une grande hilarité à cette époque).

Rigides ou pas, nous avons ensuite tous été sommés d’utiliser la méthode des chapeaux, dont le mode d’emploi était donné en réunion, sous forme de petites cartes élégantes imprimées à grands frais et mises en évidence dans tous les bureaux et salles de réunion (pour la petite histoire, peu de temps après l’hypothétique révolution des « 6 hats », les petites cartes sont restées dans un coin pendant que tout le monde reprenait ses vieilles habitudes tranquillement – la pensée latérale était clairement au dessus des forces de nos cadres supérieurs).

 Pour vous donner une idée (merci Wiki)les codes des chapeaux de couleur :

Le Chapeau blanc : la neutralité. Lorsqu’il porte le chapeau blanc, le penseur énonce des faits purement et simplement. C’est l’image de la froideur et la simplicité : le minimalisme.

 Le Chapeau rouge : la critique émotionnelle. Lorsqu’il porte le chapeau rouge, le penseur rapporte les faits teintés d’émotion, d’intuitions et de pressentiments. Il n’a as à se justifier auprès des autres chapeaux, le rouge c’est le feu, la passion, l’émotionnel et l’intuitif.

Le Chapeau noir : la critique négative. Lorsqu’il porte le chapeau noir, le penseur émet des objections qui soulignent les dangers, les risques en relation à l’idée. C’est l’avocat du diable, la prudence, le négatif.

Le Chapeau jaune : la critique positive. Lorsqu’il porte le chapeau jaune, le penseur admet ses rêves et ses idées les plus folles. Ses commentaires sont toujours constructifs et visent l’action. C’est le soleil, l’optimisme.

Le Chapeau vert : lorsqu’il porte le chapeau vert, le penseur provoque, cherche des solutions alternatives. Il s’inspire de la pensée latérale, il imagine une autre manière d’envisager le problème. Il sort des sentiers battus et propose des idées nouvelles. C’est la fertilité des plantes, la semence des idées, le renouveau.

Le Chapeau bleu : le meneur de jeu, l’animateur du groupe qui canalise les idées et les échanges entre tous les autres chapeaux. C’est le bleu du ciel qui englobe tout.

Cette approche « managériale » peut tout aussi bien s’appliquer en éducation canine et il est assez passionnant de déterminer sous quel chapeau votre client est installé et quel est le nôtre (et, en ce qui nous concerne, il est surtout intéressant de s’évertuer tous les chapeaux, un à un, tour à tour).

fluffy

En effet, prenons une propriétaire qui s’adresse à l’éducateur canin… elle vous appelle parce que Fluffy son caniche de 5 ans, récupéré d’une première famille, « aboie toute la journée, ne reste pas seul et veut mordre le voisin » : « il a certainement été frappé par un homme » – ajoute-t-elle  ;-)

« J’ai déjà tout essayé  et rien ne marche » vous dit-elle pour finir, « de toute façon, il est dominant ».

 Pour mieux comprendre, on peut, tour à tour, endosser tous les chapeaux  :lol:

 Le chapeau blanc (je ne peux pas écrire en blanc sur fond blanc) 

whitehat

L’absence de couleur, la neutralité s’attache uniquement aux faits. On reste donc neutre et objectif, en évitant l’interprétation.

A nous éducateurs canins de faire la part de ce qui est un fait (avéré), versus une opinion personnelle ou une anecdote peu significative.

  • Fluffy aboie (la propriétaire l’a entendu)
  • Fluffy aboie toute la journée (a-t-il été enregistré sur plusieurs heures ? comment le sait-on?)
  • Fluffy est un caniche (il a des papiers)
  • Fluffy est peut-être un caniche croisé (il n’a pas de papiers)

 Le chapeau rouge

redhatL’émotion se passe de justifications – la chapeau rouge nous informe sur comment la personne « se sent », ou ce qu’elle « ressent » rien de plus mais rien de moins et on doit en tenir compte absolument.

Si la propriétaire pense que Fluffy est « dominant », rien ne sert de balayer cette croyance d’une référence scientifique – si la propriétaire y croit, cela va influencer tout votre travail.

Le chapeau noir

blackhat

On reste dans la logique (qui n’est pas forcément objective d’ailleurs). Le chapeau noir est négatif mais sans émotions, c’est un pessimisme qui se veut réaliste.

Nos clients portent souvent le chapeau noir : « j’ai déjà tout essayé » (et rien n’a fonctionné), « j’ai déjà vu 3 éducateurs avant vous, vous savez », « j’ai déjà dépensé une fortune pour Fluffy», « tous les caniches sont collants, y’a rien à faire », « il est trop vieux pour changer » (etc.).

Le chapeau jaune

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Le chapeau jaune respire l’optimisme : il pousse à l’espoir. Il n’est pas forcément créatif d’ailleurs (l’optimisme n’inclut pas, automatiquement, la créativité).

Quand votre propriétaire porte le chapeau jaune, il vous dira « Fluffy n’a jamais mordu le voisin quand même », « il suffit que je le garde en laisse après tout » mais également « je vais le faire castrer, ça va arranger les choses, ça a marché pour le chien de ma voisine », « il est gentil, je sais qu’il ne mordra jamais».

Le chapeau vert

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Avec le printemps, arrive le vert : le chapeau vert trouve des idées, des concepts, il est créatif et novateur. Il est à l’aise avec ce qui n’a jamais été essayé.

Les sessions « portons notre chapeau vert » sont utiles quand toutes les parties le portent en même temps – éducateur et propriétaire, à deux, on peut inventer des solutions, en écarter certaines, en retenir d’autres.

Lors d’une formation aux USA (Legacy Canine), nous avions fait une séance « chapeau vert» sur un mot tiré au hasard du dictionnaire… si certains concepts ou idées sont éminemment farfelues, d’autres avaient créé des associations d’idées intéressantes. 

Le chapeau bleu

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L’éducateur canin dans toute sa splendeur : il englobe tout (le bilan de santé donné par le vétérinaire, le bilan comportemental d’un éventuel vétérinaire comportementaliste et une possible médication, les objections et les limites de l’entourage, celles de l’environnement, les besoins du propriétaire, ses attentes, la connaissance des lois locales, etc.), il est comme un chef d’orchestre.

En outre, il fait le tri des informations données par les autres chapeaux et, à partir de là, dessine le chemin à suivre.

Prenez en considération ce que vous auront dit les chapeaux – apprenez à les reconnaître, à les porter, un après l’autre, écrivez vos conclusions  et mettez votre chapeau bleu  :-D 

Happy Thinking  :-D

Médicaments, le dernier recours?

 

La médication en thérapie comportementale, le dernier recours ?

Sujet évidemment sensible tant il suscite, chez pas mal de monde, une réponse ultime, absolue et peu nuancée… alors que, en comportement, TOUT est nuance justement  ;-)

relatif

Toutefois, je comprends ces réactions épidermiques de refus sans difficulté, tant l’idée semble, au premier abord, rebutante (j’avoue que, au fil des années, j’ai révisé mon approche et opinion). 

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On parle, clairement, de médicaments psychotropes, délivrés exclusivement sur ordonnance par un vétérinaire (et pas de moyens dits « naturels » tels que la caséine, la L-théanine, les phéromones, l’homéopathie, les fleurs de Bach et autres précurseurs naturels de la sérotonine plus ou moins efficaces).

Evidemment, la médicalisation au sein d’une thérapie de modification du comportement est du seul ressort du vétérinaire comportementaliste, pas celui de l’éducateur donc, a priori, pas le mien  :lol:

Sauf que – dans la réalité du quotidien – c’est à nous que s’adresse, souvent en premier lieu, le propriétaire aux prises avec ce chien qu’on ne peut même plus sortir pour aller faire pipi alors qu’on habite en appartement, ce chien qui aboie pour tout et rien mille fois par jour, qui a des phobies handicapantes, qu’on ne peut plus sortir en voiture, qui agresse les autres chiens ou les humains… bref, qui constitue un danger pour les autres et pour lui-même.

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Nous sommes ceux qui reçoivent et écoutent longuement, ce propriétaire à bouts de nerfs, de motivation, pris entre l’affection bien réelle qu’il porte à son chien (sinon, il ne serait pas là) et son exaspération parfois extrême car complètement désemparé par ce qu’il vit depuis des semaines, voir des mois ou même, parfois, des années. Ces personnes ont, souvent, à leur actif, un long parcours de promesses de « méthodes » et protocoles prometteurs qui n’ont rien changé et le scepticisme qui en découle  :roll:

Nous sommes ceux qui aident le propriétaire à jongler entre l’inévitable deuil à faire du chien « sympa et facile » et la motivation indispensable pour aider leur sujet réactif, voir hyper réactif ou tellement craintif que passer le seuil de l’habitation requiert une stratégie hautement élaborée, sans compter les inévitables échecs qui dépriment et démotivent (le «on ne va pas y arriver » fataliste et défaitiste).

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Nous sommes là pour mettre en évidence le plus petit embryon de progrès, le célébrer, ne pas laisser ce début de succès se diluer dans la marée du chemin encore à parcourir.

Ce sont d’ailleurs des cas extrêmement lourds en termes d’énergie mentale et affective pour l’éducateur également et c’est toujours du « sans garantie » (petite mention ironique, je l’admets sans complexe, à ces « collègues » qui promettent des résultats « rapides et définitifs » à prix d’or d’ailleurs, confirmant à tout professionnel digne de ce nom leur ignorance absolue en comportement). 

S’il existait une approche ultime et garantie de modification du comportement, on se demande pourquoi les prisons sont pleines, les psychiatres se trompent régulièrement dans leur évaluation de la dangerosité de certains individus, etc.  

Le comportement, reste l’étude unique d’un cas dans un environnement et aucune réponse ne saurait être universelle et infaillible  ;-)

Moi aussi j’aimerais bien une méthode magique pour perdre dix kilos en avalant force chocolat et fromage mais, quoi que l’idée me semble tout à fait attrayante et même au-delà, mon réalisme foncier me sauve d’acheter le « thé magique » vendu à prix d’or sur internet  8-)

Modifier une émotion et, donc par voie de conséquence, modifier le comportement est un chemin qui ne connaît aucun raccourci, jamais (à moins, évidemment, de ne viser QUE la disparition temporaire du comportement gênant et de se contenter d’un chien inhibé et contraint et encore, le plus souvent ça tient le temps de tourner leurs vidéos promotionnelles).

 … et c’est là que, parfois, se pose la question d’une médication  :-)

La peur est une très vilaine émotion, n’importe quelle personne anxieuse comprendra cette phrase sans que je développe ultérieurement et longuement.

SHUTDOWN

Observer un chien couché au sol dans une mare de bave et qui n’ose plus bouger me remue au moins autant que de voir un chien physiquement blessé : les deux souffrent de la même manière, les deux ont besoin d’une aide urgente et efficace.

Quand on parle de psychotropes, il faut faire la distinction entre les médicaments à prendre au quotidien (comme la fluoxétine par exemple) – la molécule doit être constamment dans le système du chien pour faire son effet : ses effets s’observent, le plus souvent, après 3 ou 4 semaines après le début du traitement.

Ensuite, il y a les médicaments que l’on donne de manière ponctuelle (comme le Xanax par exemple) qui sont donnés chez les chiens qui souffrent de phobies au sujet de certains bruits par exemple (comme l’orage).

Ils font effet rapidement mais on un effet « sédatif » clairement plus important que les premiers. Ils créent une accoutumance et il faudra souvent augmenter les doses avec le temps. Avant de grimacer, je me dois de mentionner cette chienne qui lors d’un orage, à traversé une fenêtre fermée en panique (se blessant évidemment au passage), une autre qui s’est démontée la mâchoire pour sortir de la cage où elle était enfermée  :-|

La chimie du cerveau d’un chien qui considère certains déclencheurs comme une menace mortelle est telle qu’aucun apprentissage constructif et profitable n’est possible en l’état.

Dans un monde parfait et idéal, le chien ne serait jamais exposé à ce qui le terrorise et donc pourrait se passer de médication et apprendre dans un milieu « sécurisé », en augmentant l’exposition de manière rigoureusement contrôlée.

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Sauf que, dans la vie réelle, c’est rarement possible, voir jamais (car il faut sortir le chien ne serait-ce que pour ses besoins physiologiques, il faut aller chez le vétérinaire, on ne peut pas vivre en reclus sans jamais recevoir d’inconnu, on ne peut pas contrôler les tirs, les feux d’artifice et la météo, on doit prendre la voiture, etc. etc.)

Les médicaments ne résolvent strictement rien, seuls.

Ils diffèrent (plus ou moins longtemps) la réponse comportementale du chien (qui réagit donc moins vite) et son intensité (il réagit moins intensément). Ce qui aide considérablement la mise en place d’une stratégie comportementale qui reste absolument indispensable et incontournable.

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Comme ces ordonnances viennent obligatoirement d’un vétérinaire (choisissez-le avec la spécialisation en comportement de préférence), il saura prendre en considération une éventuelle pathologie, notamment au niveau du foie et discuter avec vous des possibles effets secondaires et de la posologie. 

Pour conclure, je précise que cette décision n’est jamais prise par pure « convenance » ou à légère et que, chez mes clients, elle a toujours fait l’objet d’une véritable réflexion dans l’intérêt premier de leur animal, avant même le leur (il est par ailleurs difficile de dissocier les deux). 

Comme toujours, une collaboration et communication franche et efficace entre propriétaire, éducateur et vétérinaire comportementaliste, chaque acteur respectant l’autre pour ses compétences, représente la meilleure option à prendre parfois sans tarder et non pas comme celle du « dernier recours » pour, parfois (mais pas toujours hélas) pouvoir, ensuite, s’en défaire  ;-)

 

Les « hoopers » – pourquoi j’aime bien…

Après quelques articles un peu focalisés professionnels du chien, puisque j’aime surtout et avant tout parler aux propriétaires de chiens – un petit article voué à présenter – et à vous faire partager mon enthousiasme croissant pour les « hoopers » – j’ai, en effet, eu la chance et le privilège de faire une formation complète pour éducateurs canins, courtesy of Hoopers Schweiz, (lien) quatre fabuleux jours (qui ont été suivis par d’autres jours hoopers et je pense que ce n’est pas fini)  :lol:

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Façon Premack, on va débuter par le moins intéressant : leur mini historique  :-D

Les « hoopers » nous arrivent des USA où la fédération NADAC (North American Dog Agility Council) a proposé cette activité canine comme une alternative à l’agility (ou un travail pre-agility pour les jeunes chiens notamment ou un post-agility pour les chiens devant préserver leurs articulations). lls ont gagné l’Europe, via les Pays-Bas et la Belgique et font de régulières apparitions un peu partout depuis quelques années.

Normal, parce que les hoopers, c’est génial :-D 

… alors, késako donc?  8-)

Il s’agit essentiellement de se focaliser sur la capacité du conducteur à « naviguer » (diriger) son chien à travers un parcours de demi-cercles au sol (pensez au jeu du « croquet » sans la batte), sur de (longues) distances, plus un certain nombre d’autres « obstacles » comme les « gates », les « barils » et les tunnels (qui sont courts et donc, évidemment, jamais coudés)

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Adapté aux chiots, aux chiens adultes en pleine forme, adapté aux chiens adultes qui ne peuvent non seulement plus sauter des obstacles mais doivent également éviter des ces « tourner-court » désormais omniprésents en agility, adapté aux conducteurs qui ne sont pas, ne sont plus, n’ont pas l’ambition d’être Usain Bolt également  ;-)

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Le propriétaire est assigné à un endroit spécifique par le juge (il ne bouge donc pas) et il doit avoir mis en place un nombre considérable d’apprentissages.

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Certains y voient une « version facile » de l’agility mais, clairement, ils n’ont pas (encore) plongé dans l’univers des apprentissages des « hoopers » et, quand ils le font, ils sont étonnés par la foultitude d’apprentissages à mettre en place.

En effet, les signaux (ou « ordres » si vous voulez) verbaux sont tout simplement incontournables : quand votre chien est à 30 (ou plus) mètres devant vous et qu’il ne vous fait donc pas face, il doit connaître et reconnaître clairement ces signaux verbaux  car vous ne serez pas là pour l’aider d’un geste ou l’informer de la direction à prendre par la position de votre corps, de vos pieds, de vos épaules qu’il ne voit évidemment pas.

Le « en avant » pour commencer. Si vous n’avez pas un « en avant » clair, net et résolu, il n’est pas franchement utile d’aller plus loin, c’est vraiment votre premier but à atteindre.

Par ailleurs, un « en avant » en agility (où vous courez quand même, même si à la ramasse derrière le chien, vous êtes en mouvement quand même et le chien le sait), n’est PAS un en avant quand vous êtes complètement statique, que le chien doit vous dépasser ou s’éloigner de vous… moins évident qu’on ne le croit.  C’est un véritable exercice d’autonomie. 

On voit pas mal de vidéos circuler où les propriétaires « accompagnent » le chien à travers les « hoops » et si tout le monde a le droit de faire précisément ce qu’il a envie de faire dans son coin (indiscutablement), ce n’est à mon sens pas la bonne manière d’introduire les « hoopers » chez un chien débutant.

En effet, en accompagnant le chien, on devient « partie » intégrante du comportement et, se soustraire ensuite de celui-ci, non seulement peut se révéler problématique mais rend l’apprentissage confus. Autant débuter juste dès le départ même si cela implique de prendre un peu son mal en patience, comme pour tout apprentissage solide  :-D

A l’identique avec la gestuelle : si les gestes aident au début et sont adaptés aux débutants (dans l’optique de « l’apprentissage sans erreurs » qui est toujours la mienne), ils doivent finir par disparaître – quand le chien ne nous voit plus, ils sont parfaitement inutiles  :-D

Les hoopers ne sont pas la « danse artistique du conducteur » à moins de se limiter à de très petites distances évidemment et à des parcours où le chien vous voit continuellement (ce qui n’est pas l’idée de ce sport canin, justement)  ;-)

De bonnes « fondations », dans toute activité sont la base de la base – qui monterait les murs d’une maison sans avoir terminé ses fondations? 

Les signaux de direction : en avant certes mais reviens contre moi, éloignes-toi de moi, tourne autour, ralentis, diriges-toi à l’opposé de moi… le chien, seul sur le parcours, fait des choix et – surtout et avant tout – « écoute » son propriétaire qui n’a rien d’un spectateur puisqu’il doit donner les informations à son chien de manière opportune et sans équivoque.

Plus le chien va vite, évidemment, et plus ces signaux doivent tomber avec précision (autant vous dire qu’avec mon Zouk, j’ai intérêt à savoir quoi dire et quand le dire et mon cerveau va est parfois battu à plate couture par sa vitesse dans des parcours plus complexes – celui en dessous est plutôt facile).

Comme tout apprentissage d’une activité canine, cela ne s’improvise pas et un cours d’initiation est fondamental pour bien commencer et pour progresser de manière cohérente, ce ne sera donc pas un article « how-to », suis pas une grande fan des apprentissages « youtube » personnellement  :-D

J’ai également poursuivi une formation à distance mais, vraiment, rien ne vaut un vrai stage et une interactivité réelle  :-D

L’idée est, surtout de donner envie de découvrir cette discipline encore jeune et relativement peu connue (même si elle fait des adeptes à très grands pas)  ;-)

Ce que j’aime très particulièrement dans cette discipline :

a) Le chien ne doit pas aboyer... (certains sont déjà en train de se dire « aïe ») : pourquoi ça me plaît? Parce qu’on confond souvent excitation et motivation, joie et stress et que les chiens survoltés non seulement ne sont pas forcément dans le bien-être mais ils ne sont pas, non plus, les plus efficaces. Intégrer cette idée d’un travail dans le calme dès le « jour 1″ me parle considérablement (je suis une grande fondue du calme chez le chien). Par ailleurs, si votre chien aboie à pleins poumons, il sera problématique de lui faire entendre vos signaux à 30 ou plus mètres de vous  :-D

b) On est en « compétition » avec soi-même : un nombre de points vous est attribué au départ et des pénalités tombent en cas d’erreur (et d’aboiements justement). Au final, en fin de compétition, vous avez progressé en tant que binôme (ou pas) mais c’est sur cette progression qu’on se focalise et pas sur ce qu’ont fait les autres. En effet, on peut très bien être ex aequo avec un autre (ou plein d’autres) concurrents, le seul critère pris en compte c’est votre résultat personnel, vous avez fait mieux que la dernière fois (ou pas, encore une fois).

Pas uniquement parce que je suis venue au monde SANS le gène de la compétition mais parce que je trouve que celle-ci pervertit souvent les choses chez l’humain (pas toujours, certes, car tout le monde connaît d’immenses compétiteurs qui travaillent dans le respect du chien mais souvent quand même).

c) Les parcours sont sur de grandes distances certes mais les tournants sont larges, fluides, donc avec peu ou pas d’impact sur les articulations des chiens, tout en répondant au besoin d’activité, d’apprentissage, de jeu et de mouvement du chien. Pas de sauts, pas d’arrêts brusques et parfois violents (comme les « zones » en agility).

On présente souvent les « hoopers » comme une activité adaptée aux trop jeunes / trop vieux pour l’agility (chiens et humains d’ailleurs, surtout pour les « trop vieux humains » ah ah ah) et si c’est effectivement une super alternative pour les moins sportifs d’entre nous, cela permet également de préserver certains chiens adultes, parfaits sportifs accomplis mais qui montrent en agility une « intensité » telle qui rend le chien incapable de se « préserver » de manière proactive (ce qui rend la blessure probable, à terme).

d) Les apprentissages du chien sont très nombreux, on n’a jamais fini de progresser et impossible de faire l’impasse d’un bon « shaping plan » pour à peu près tout ce qu’on introduit (tous ceux qui ont suivi des cours avec moi connaissent mon penchant obsessionnel pour les « shaping plans » – plans d’apprentissage).

Pas question de se lancer à l’arrache (ce que j’appelle aussi l’éducation « de l’espoir » – lançons-nous à l’arrache et espérons que ça roule, je déconseille) et j’ai entendu avec délectation notre première formatrice demander à plusieurs reprises aux participants « quel est ton plan? » (je bois du petit lait)  :-D

Bref, le chien marche, trotte ou court (selon ses capacités physiques personnelle, la vitesse n’a aucune importance en hoopers) mais il écoute, réfléchit et discrimine entre les différents signaux et ça, c’est précieux.

Un chien qui « écoute » c’est, tout simplement, un chien qui possède ce fameux « contrôle de l’impulsion » dont on parle partout (c’est pas plus compliqué que ça au final)  ;-)

Bref, c’est fun, c’est ludique, ça fait réfléchir les gens et les chiens, ça travaille considérablement l’écoute (et donc exerce le contrôle de l’impulsion), les obstacles peuvent se bricoler aisément (ou s’achètent si vous êtes, comme moi, fâchée avec le bricolage sous toutes ses formes) – l’intégralité du parcours est légère à (trans)porter (pas besoin de vous fracasser le dos à traîner des obstacles à « zones » qui pèsent des tonnes et coûtent un rein), l’intégrité physique du chien est préservée, son mental stimulé (le nôtre aussi, croyez-moi) et, globalement, on fait équipe avec son chien, obligatoirement, sinon on oublie :-D  

Que demander de plus? 

Happy Hoopers…

(une petite introduction aux Hoopers sera présentée au Dog’n’cat Swiss Festival (palais de Beaulieu, Lausanne) – les 27, 28 et 29 octobre prochainsjuste un petit « apéro » pour se faire envie j’espère – sinon des cours d’initiation par demi-journée – pour les plus courageux – et peuvent être organisés dans vos clubs également sur demande) 

K Overall – fin

… pour clore la rétrospective de ces deux jours de conférence, nous avons abordé la thématique de la modification du comportement – une approche annoncée comme «cognitive» (versus une approche en apprentissage opérant, dit-elle) que le Dr. Overall nous suggère par le biais de « Chaser », l’ultra célèbre Border Collie qui connaît précisément 1022 noms d’objets et peut associer un comportement spécifique en relation à un objet.

chaser2

Au milieu de tous ces objets connus par le chien, on lui demande d’aller chercher un objet qui n’a jamais été nommé et, après avoir examiné tous les objets connus, Chaser prend l’unique objet à sa portée dont elle ignore l’appellation : typique exemple de raisonnement déductif

Passons sur le fait que ces exploits sont précisément le résultat d’apprentissages opérants et que mon brave Zouk, s’il n’en connaît sûrement pas 1022 (j’admire la pugnacité du propriétaire, je m’ennuierais certainement plus vite que mon chien), est parfaitement capable de m’apporter son frisbee violet versus sa balle verte, tout comme de faire « jaune cible assis» ou « bleue cible couché » (c’est du clicker training avancé, ni plus ni moins)

… ou encore le chien du roi de Thaïlande, issu de la rue où elle a appris à ouvrir des noix de coco pour en manger la pulpe et dont les chiots ensuite ont fait preuve des mêmes inhabituelles capacités, par observation de la mère (ma plus jeune chienne Biba, assez réactive quand elle est arrivée chez moi, regardait Eelou à chaque rencontre inhabituelle et, comme Eelou restait zen, elle restait zen aussi : Eelou me l’a éduquée, je n’ai pas eu grand chose à faire sur le plan de la réactivité).

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Overall nous a également rendus attentifs au fait que les chiens approchent plus facilement un humain qu’ils ont observé jouer en harmonie avec un congénère heureux et détendu : bref, les chiens font preuve de processus mentaux qui mettent en jeu, comme chez l’humain, l’apprentissage, l’intelligence, la résolution de problèmes, la prise de décision, la perception.

cognition

En gros, elle nous démontrait l’intelligence du chien – probablement dans le but de promouvoir une rééducation comportementale intelligente, respectueuse et non coercitive (mais je pense – ou du moins j’espère – qu’elle prêchait à un public de convaincus).

Overall nous propose un petit test (que je vous « re-propose » à mon tour) où le chien suit un objet des yeux – s’il en est incapable, selon elle, le chien aura des difficultés d’apprentissage (immédiatement testé sur les miens dès mon retour, évidemment)  :lol:

Zouk a suivi 2 fois des yeux, très poliment… en cherchant très fort la solution au problème : à la 3ème tentative, il s’est mis à ignorer ostensiblement l’objet pour fixer un point dans le vide (d’un air futé), comme il a appris à le faire avec ses frisbees ou à rester focalisé sur l’obstacle pendant que je fais une danse de Sioux à ses côtés : mon chien est un poème de déduction logique (dans tous les cas de figure, il est assez évident qu’il n’a franchement aucun problème d’apprentissage, me faisais pas trop de mouron à ce sujet).

Eelou a suivi bien poliment l’objet des yeux à plusieurs reprises avec une grande intensité — pour ne plus me lâcher ensuite (genre « j’ai fait ta chose sans intérêt aucun, donne moi un truc maintenant ») – ma chienne a un sens très aigu de ses conditions de travail et fait preuve d’une bonne volonté à toute épreuve : toutefois, son salaire minimum n’est tout simplement pas négociable (rassurez-vous, je paie toujours)

Logiquement, nous avons procédé sur le protocole de relation du Dr. K. Overall – que tout le monde connaît (et, si vous ne le connaissez pas, il est à peu près partout sur le net aussi bien détaillé par écrit qu’en un nombre affolant de vidéos) – je m’en sers sur les chiens réactifs, en parallèle à d’autres exercices, depuis des années.

Ce n’est pas un exercice d’éducation ni de contrôle mais de détente et de relaxation – son utilité ne se perçoit probablement pas de manière intuitive et, pourtant, il aide puissamment (à sa charge, il est répétitif et ennuyeux à en mourir)  :lol:

A ce protocole, on peut ajouter l’apprentissage de « l’inspiration » : Overall suggère d’apprendre aux chiens réactifs à prendre une grande « inspiration » qui leur permettrait de reprendre le contrôle sur leur système nerveux autonome afin d’éviter un rythme cardiaque qui s’accélère, l’hyper vigilance anxieuse et un halètement de stress.

Parce que le chien associe des mauvaises émotions à la perception d’une menace, ce comportement, mis sur signal, peut les aider à une meilleure autonomie et le chien peut y avoir recours, ensuite, de manière spontanée et sans signal dans des moments difficiles (j’ai donc essayé sur Zouk et, dans les 2 ou 3 dernières secondes de cette courte vidéo, vous pouvez voir ses narines s’ouvrir assez clairement – c’est la fameuse inspiration profonde – tout à fait fugitive et soulignée par mon « tu vois que ses narines s’ouvrent » triomphant – oui, vous avez le droit de rigoler).

C’est aussi l’objet de la vidéo ci-dessous, la respiration est bossée au clicker – je ne le ferais pas car le clicker met, automatiquement, mes chiens en mode « travail » et ce n’est pas un mode de détente et de « lâcher prise », plutôt de focalisation intense  ;-)

Quand le chien regarde le chat (en fin de vidéo), ça évoque plutôt chez moi un simple conditionnement répondant qu’une inspiration quelconque mais il est vrai qu’il est très difficile d’observer la respiration d’un chien qu’on n’a pas sous les yeux  ;-)

Par ailleurs, toujours selon Overall, focaliser un chien réactif sur cette inspiration profonde, les rendrait plus aptes à écouter nos signaux (« ordres » si vous préférez).

Comme je suis une grande fanatique du signal dit « précieux » (hautement renforcé) et limpide comme l’eau claire, j’adhère volontiers, pour autant que toute notre attitude soit globalement congruente (et que donc, nos signaux, soient tous signifiants, donnés avec cohérence, dans des conditions où l’échec est improbable, etc.).

En définitive, la protagoniste de cette conférence si dense, était bel et bien la pharmacologie mais, même si ce n’est pas notre rôle (et que cela reste celui du vétérinaire évidemment), nous sommes souvent ceux qui voient plus le client, nous avons sa confiance souvent et sommes en mesure de faire accepter l’idée d’une médication non systématique, non de « confort » ni de « convenance » mais, parfois, une aide indispensable aux apprentissages que nous prévoyons de mettre en place.

L’utilisation de certaines molécules représente également parfois un « répit » pour le propriétaire, parfois à bout de souffle, de patience, d’empathie et de moyens.

Merci à tous ceux qui ont suivi ☺

K Overall / 3

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En réalité, avec le recul de quelques jours, je me rends compte que certaines phrases prononcées par la Dr. Karen Overall étaient, à elles seules, des sources d’inspiration, de multiples questions et que j’aurais aimé (adoré) la voir s’asseoir autour d’une table et bâtir la conférence sur un dialogue « socratique » plutôt que sur des thèmes déterminés par avance et une foultitude d’informations à ingurgiter (aisément ou pas, nous n’avons pas tous le même background scientifique)  8-)

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Il est toutefois absolument passionnant d’en arriver à la conclusion que l’immense majorité des gens ne savent pas reconnaître, chez le chien – cet animal si familier, si présent dans nos vies (comme aucun autre animal domestique)les signaux de peur, d’incertitude et d’anxiété (et donc de besoin d’information) et ratent ainsi complètement l’occasion de mettre fin à une interaction inopportune(et, avec le temps, potentiellement dramatique). 

Le célèbre « il a mordu sans raison » qui, soumis à un œil plus averti, plus éduqué sur la communication non verbale des chiens est si rarement vrai : ce que certains appellent «l’agression idiopathique », un véritable trouble de la chimie du cerveau ou l’aboutissement d’une communication souvent incomprise, souvent sous estimée ?

La question reste largement ouverte  8-)

Les chiens manquent cruellement d’information au sujet de leur environnement et nous manquons cruellement d’intérêt sur ce qu’ils ont à nous dire (ou de moyens, voir de volonté réelle, pour les comprendre).

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Même quand nous imaginons comprendre nos chiens, il reste un chemin considérable à parcourir pour accepter ce que l’individu chien nous dit : nous renonçons souvent très difficilement à la vision de « notre » chien idéal, de ce que notre chien devrait être ou comment il devrait se comporter.

L’idée assez répandue de la pertinence d’un « chef »  ou d’un « dominant » (intra spécifique, à savoir entre les chiens d’un même foyer ou partageant des balades ou des activités) pousse bon nombre de propriétaires à « laisser faire » lors d’escarmouches répétées, d’un harcèlement subtil d’un chien par un autre, de déplacements, d’interdiction d’accéder à certains lieux, choses, accès.

On laisse faire en pensant favoriser la mise en place d’un système acceptable, que tout le monde « trouve sa place » – sauf que, la place de victime n’est pas franchement enviable et, au final, ne devrait revenir à personne. 

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Le célèbre « il/elle l’a remis à sa place » (une expression qui me donne de l’urticaire personnellement, elle est pourtant chère à pas mal de propriétaires voir d’éducateurs).

Dans l’agression (même sans morsure), d’un chien anxieux, il faut avant tout déceler une forme de « provocation », celle d’un individu qui cherche à obtenir de l’information en relation à un autre : « es-tu une menace pour moi ? » (en effet, la provocation sert parfois à définir les limites).

Parfois, la réponse est rassurante (et donc renforce le comportement de provocation) et, d’autres fois, le chien se retrouve conforté dans son idée première de danger en relation à un congénère.

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Probablement pas inutile de préciser que cette réponse peut se modifier dans le temps et selon le contexte social, ce qui me rend personnellement si peu encline à demander à mon propre chien, pourtant un monstre de tolérance, d’apporter une réponse rassurante à des congénères anxieux (pas, du tout, envie de le voir atteindre les limites de sa propre stabilité et les signifier à un autre).

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C’est assez fascinant d’observer comment les chiens qui vivent ensemble – et s’entendent bien – se comprennent par le biais d’une communication excessivement subtile, presque invisible pour nos yeux d’humains.

Alors que deux chiens inconnus vont s’exprimer avec des signaux très visibles, amplifiés, exagérés… et je m’amuse à penser que nous ne sommes guère différents quand nous rencontrons une personne pour la première fois et que nous souhaitons faire cette fameuse « bonne impression »  :-D

Notre courtoisie (déférence, en français cette fois) est aussi légèrement exagérée, comiquement évidente  :lol:

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Apprenons à reconnaître ces signaux : à reconnaître ces provocations lancées à un congénère « es-tu une menace pour moi ? »

Les composantes de cette communication sont parfois plus dans les comportements «passifs » qu’actifs : un chien qui contrôle un autre chien, certains regards très appuyés ou un regard qui se détourne chez le chien « victime ».

Nous avons souvent besoin de bien plus spectaculaire pour prendre conscience d’un vrai malaise entre deux chiens.

Souvent les propriétaires nous demandent comment « favoriser une bonne entente » et, si pas mal de choses peuvent être mises en place, cette entente profonde, absolue entre deux (ou plusieurs) chiens est à peu près un cadeau du ciel : « il n’y a pas de stratégie de l’amour » dit Overall (je l’ai noté)  ;-)

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A travers une série de vidéos, Overall nous a vivement incités à ne pas prendre à la légère ces comportements peu appropriés au contexte social et à reconnaître rapidement le malaise d’un individu et même à accepter que, parfois, la « victime » systématique MERITE un nouvel endroit de vie : le monde des chiens ne peut pas être cette parenthèse idyllique que nous avons souvent en tête.

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Je saute les quelques présentations (comme celle sur les troubles obsessionnels compulsifs) qui impliquaient principalement des solutions médicamenteuses.

En effet, pour nous éducateurs spécialisés en comportement, il s’agit avant tout de mettre en place un dialogue constructif et mutuellement respectueux avec un vétérinaire comportementaliste,  dans le meilleur intérêt du client.

On a ensuite passé à la réactivité aux bruits qui va d’une simple réaction sensible à la phobie pure et simple.

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Intéressant de voir confirmé que toute phobie du bruit est toujours associée à une ou plusieurs autres formes d’anxiété.

Un problème très présent dans les races bergères (notamment chez le Border Collie) qui peut sérieusement gâcher la qualité de vie du chien (intéressant de savoir que certaines lignées galloises de Border Collies, particulièrement favorisées en reproduction en raison de leurs exceptionnelles aptitudes au troupeau, sont très particulièrement concernées par cette réponse pathologique aux bruits).

Les études des pathologies dans une race spécifique sont ardues à réaliser, les éleveurs n’étant pas souvent très désireux de venir annoncer avec clarté et transparence ce qui ne « va pas » dans leur race et leurs lignées plus spécifiquement  :roll:

En définitive, Overall souligne l’importance d’intervenir dès les premiers signes de sensibilisation aux bruits (en évitant ce que j’appelle la politique de l’espoir) par une désensibilisation précoce (à mettre en place, obligatoirement, avec un éducateur chevronné), sans oublier les moyens auxiliaires comme les « mutt muffs », les masques de nuit, etc.

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En définitive, les pathologies vraiment sérieuses relèvent inévitablement de la médecine vétérinaire (pharmacologie) et la réponse aux véritables phobies a été présentée sous forme d’une synergie de benzodiazépines, anti dépresseurs, anti névralgiques et un sédatif spécifique sous forme de gel gingival (une énumération si impressionnante que tu te surprends à frissonner en te réjouissant que ton propre Border soit allègrement non concerné)  8-O

Toutes ces molécules étant moins qu’inoffensives sur le foie, il est impératif de choisir un vétérinaire qui maîtrise ces molécules et leur synergie, effets secondaires, etc. pour une approche systémique.

Encore un épisode à venir pour ceux qui suivent (et, maintenant que la frustration de ne pas avoir pu aller plus loin sur certains sujets, s’est un  peu dissipée, j’ai une perception nettement plus constructive de ces deux jours)  :-D

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Je vais passer rapidement sur la présentation de ce que le Dr. Overall considère et présente comme des mythes ou des controverses en médecine vétérinaire.

Certaines thématiques (comme celle de l’homéopathie et celle de l’utilisation des phéromones dites « apaisantes ») impliquent plus fortement que d’autres l’effet placebo qui, pour les détracteurs, ne se limite pas au simple cachet ou granule mais à toute la dynamique reliée à toute forme de croyance (il est fréquent de voir le comportement et/ou l’état de santé d’un chien se modifier de manière significative tout simplement parce qu’il participe à une étude… ce qui laisse songeur).

Toutefois, sans vouloir entrer dans ce débat spécifique, il était intéressant de constater que, dans une étude portant sur les effets d’une préparation homéopathique, l’état des chiens impliqués (peu atteints, gravement atteints, début de pathologie, aigüe, chronique ?) n’est même pas spécifié au départ, ce qui laisse le béotien quelque peu perplexe (manque de précision).

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Evidemment inutile s’attarder sur le fait qu’il n’existe pas la moindre étude qui parle d’une quelconque efficacité en ce qui concerne l’homéopathie mais ça, je pense que tout le monde le savait déjà, ces études à charge ayant déjà été largement reprises par la presse généraliste (et qui ont été réfutés immédiatement par le public).

Même combat pour certains acides aminés présumés utiles dans la modification de l’humeur comme le tryptophane et/ou la tyrosine… et dont il serait parfaitement inutile et illusoire de supplémenter son chien (hors effet placebo).

Je ne peux que vous proposer la conclusion car l’explication, donnée à une allure de folie (comme l’intégralité de la conférence d’ailleurs) aurait nécessité bon nombre de questions de ma part et une explication largement plus détaillée (ma formation scientifique n’était, tout simplement, pas à la hauteur). 

(tout cela, vous le trouvez noir sur blanc dans le livre « Manual of Clinical Behavioral Medecine for Dogs and Cats » si vous voulez aller plus loin)  ;-)

A travers ce premier sujet, on en arrive à mon principal (voir unique) vrai reproche au sujet de ces deux jours : une frustration intense sur certains sujets survolés comme si nous étions attablés entre pharmacologistes chevronnéssans que soit proposée la moindre tentative de vulgarisation et, de surcroît, à une cadence que je qualifierais volontiers d’infernale  (grands échanges de regards ahuris avec mes voisines de rangées, ce qui m’a fait rire car nous aussi nous donnons une montagne de ce que les gens aiment appeler « des signaux d’apaisement »)  :-D 

Autre controverse qui en aura laissé plus d’un perplexe, les études sur les méfaits présumés de la castration / stérilisation qui, sous nos latitudes, ont dernièrement été mises considérablement en avant pourtant (notamment l’augmentation des ostéosarcomes, des rupture des ligaments croisés, des lymphosarcomes)complètement réfutées par la Dr. Karen Overall qui met en avant l’âge des chiens participants à ces études (insuffisamment avancé) et le très petit nombre de chiens utilisés (ce qui casse les règles de la statistique) : selon elle, aucun effet néfaste ne peut être imputé aux gonadectomies (quel que soit l’âge de l’animal au moment de l’intervention).

Pour aller plus loin : http://www.joeldehasse.com/books/castration.06.html

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Quoi qu’il en soit, les études étant effectivement insuffisantes, incomplètes, peu significatives (c’est elle qui nous le dit), son opinion (au demeurant assez tranchée en l’absence de vraies données) est à considérer comme lourdement teintée de culturel, social et anthropologique (n’oublions pas qu’elle nous arrive des USA où la production incontrôlée de chiens et l’abandon endémique ont des conséquences catastrophiques avec des «refuges» qui se voient obligés de tuer les chiens par dizaines, ce qui est considérablement choquant et traumatisant).

Un mini café et on repart dans une présentation surtout utile aux vétérinaires présents – sur l’évaluation du stress des chiens en cabinet vétérinaire (procédure standardisée) : en ce qui nous concerne, éducateurs et propriétaires, une vraie préparation des nos clients en «medical training » reste précieuse quelle que soit l’attitude de notre vétérinaire traitant (notons que si nous restons libre de choisir notre vétérinaire généraliste, le chirurgien spécialiste dont tout le monde parle « car il fait des miracles », on le prendra qu’il soit aimable avec notre chien ou pas : autant préparer nos chiens)  ;-)

On espère donc que les vétérinaires présents auront, tous, pris bonne note car on peut toujours « mieux faire » (même si je salue mon gentil véto qui me voit si rarement au passage, en espérant continuer à le voir rarement).

Idem pour tous les toiletteurs, ostéopathes, masseurs, magnétiseurs, reiki et autres manipulateurs « new age » que je pourrais oublier  :-D

Si la Dr. Karen Overall a clairement dit que la plupart des vaccins faits aux chiens sont valables « à vie » dès la première injection (si, si) – elle préconise d’emmener le chiot chez le vétérinaire hors nécessité de vaccins, tous les 3 mois la première année et 2 fois par an les années suivantes même quand le chien va bien (et là, tu regardes tes pieds mais, à ma décharge, je n’emmenais même pas mes enfants chez le pédiatre à cette fréquence et je me traîne à la permanence médicale qu’aux débuts des hallucinations ou quand je suis en fin de vie)  :roll:

Amusant de constater que nos assurances maladie nous incitent à aller consulter le moins possible alors qu’il faudrait emmener le chien qui se porte comme un charme chez le vétérinaire tous les trois ou six mois (oui, oui, je vois clairement la différence)  ;-)

Dans la foulée, une autre étude démontre ce que tout éducateur expérimenté sait déjà : le propriétaire lambda et même le praticien de santé, s’ils sont à 90% aptes à reconnaître les signes de joie et de bien-être, détectent par contre très mal les signaux de stress, de malaise, d’hésitation et d’anxiété chez les chiens (surtout les plus subtils).

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Ensuite, quelques études sur les comportements pathologiques des chiots issus d’animaleries versus issus d’élevages (que j’ai considéré peu signifiantes personnellement vu qu’un chiot d’animalerie est, lui aussi, né chez un naisseur plus ou moins acceptable et, sans ces précisions circonstancielles, sans contexte précis, les appellations « chiot d’animalerie » versus « chiot d’éleveur » me semblent passablement vides de sens).

Les élevages ne sont pas tous irréprochables (très loin s’en faut), les chiots d’animalerie ont pu grandir dans un salon et être socialisés (ils ne sont pas tous issus de sombres trafics) <== ici aussi, intense frustration car impossible de casser le rythme infernal de la présentation pour demander plus de précisions (c’est froid une étude). Les animaleries sont interdites en Suisse mais, en France, il existe des élevages qui vendent directement ET fournissent les animaleries notamment.

Bref, des pistes de réflexion et un début d’approche moins émotionnelle de l’étude scientifique que j’ai (comme à peu près tout le monde) tendance à croire volontiers quand elle m’arrange et à oublier rapidement quand ce n’est pas le cas  :lol:

… et, toujours, suite à venir  :-D