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qu’importe le flacon…

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Il y a quelques jours, au hasard d’un statut Facebook, j’ai lu que demander « assis, couché debout » au chien était une preuve de notre besoin de contrôle et de domination sur celui-ci…

Si je peux parfaitement comprendre le concept que voulait certainement véhiculer ce statut, je l’ai trouvé symptomatique  d’une certaine conception du chien de compagnie (et, là dedans, j’inclus tous nos chiens sportifs et qui se consacrent, avec plus ou moins de plaisir et bonheur, à toutes les activités canines existantes sous le soleil).

Je me suis souvenue de ma présence à la SPA il y a bon nombre d’années, pendant que j’attendais patiemment l’employé qui devait me rendre mon chat égaré et retrouvé (et de fort méchante humeur par ailleurs, pas l’employé… mon chat) et que j’ai donc assisté aux dernières minutes d’une adoption : un Monsieur, trente secondes après avoir pris possession de la laisse à laquelle était attaché un jeune et grand chien fraîchement adopté, lance un très tonitruant « au pied !» :roll:

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Le chien qui avait l’air de comprendre cet « au pied » à peu près comme je comprends l’hébreu, a continué à faire ce que fait un chien de SPA fraîchement sorti de son box… à savoir, bondir dans tous les sens et tirer pour sortir de l’immeuble au plus vite (laisse = bénévoles plus ou moins compétents qui viennent me sortir de mon box, youpiiie).

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Le « au pied » est devenu plus péremptoire avec une 2ème tentative. Au 3ème « ordre » (le ton employé était tout à fait celui d’un chef de régiment), le chien s’est pris une secousse magistrale sur son collier :roll:

Oreilles qui se plaquent contre le crâne, queue qui descend, regard furtif : le chien accuse le coup… mais pas longtemps, il en a vu d’autres, et recommence à faire le fou cinq secondes plus tard  :roll:

Le Monsieur a quitté la SPA laisse très courte, tout en continuant de claironner un « au pied/au pied» non seulement parfaitement inefficace (vu qu’il n’est pas rattaché à un quelconque apprentissage) mais qui n’allait pas tarder à être associé à la crainte et à la douleur.

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Cet « ordre » restera porteur de ces émotions peu agréables, tant il est vrai que Pavlov «est toujours sur notre épaule» et que quelles que soient les couches de conditionnement qu’on va ensuite tenter de mettre par dessus par la suite, cette émotion ne s’en ira pas :-|

Si cet « au pied » est suivi d’une panoplie « d’ordres » tout aussi bien transmis, l’émotion néfaste risque allègrement de s’étendre à l’humain même qui la cause (ce qui ne va pas faciliter la vie du chien mais pas, non plus, celle du « maître »).

Tous les êtres vivants sont programmés pour réagir plus vivement et de manière plus définitive à ce qui est aversif (en clair : tout ce qui fait mal, peur ou met notre bien-être ou notre vie à mal ou carrément en danger) plutôt que à ce qui est agréable et positif.

Les raisons éthologiques sont parfaitement évidentes : si vous « ratez » un danger mortel, il n’y aura pas de 2ème chance de faire mieux, si vous ratez quelque chose de plaisant, c’est certes dommage, mais vous êtes toujours en vie et donc tout à fait susceptible de retrouver une autre gratification ou la même, répétée  ;-)

C’est un mécanisme de survie 8-)

Si ce chien finit par comprendre (malgré l’incohérence de son « maître ») que, pour échapper à cette secousse sur ses cervicales, il peut se tenir tranquille, il est possible que cela fonctionne et que le chien « obéisse » comme unique moyen de contrôle de son environnement (savoir comment échapper à la douleur et pouvoir le faire est un contrôle de son environnement en effet).

Avoir compris comment échapper à quelque chose de très déplaisant est plutôt une bonne affaire et peut donner des chiens très « obéissants »…

Si je vous donne un mode d’emploi pour échapper à une punition, disons « quand la lumière bleue s’allume, asseyez-vous pour éviter une secousse électrique » – vous m’en serez un peu reconnaissants… c’est déjà ça, personne n’a envie d’être électrocuté :-|

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Par contre, vous allez vivre dans la crainte et l’attente de cette lumière bleue, vous ne serez jamais serein, jamais tranquille, jamais détendu – il vous faudra toujours contrôler l’apparition de la lumière bleue et vous la redouterez (mais vous allez vous asseoir quand elle apparaît).

Pour un peu que vous ne n’ayez pas cru mon « mode d’emploi » sur parole, vous aurez pris la secousse la première fois et la lumière bleue vous fera peur pour le restant de vos jours  :-|

Tout ça pour en arriver au concept que, pour le chien « assis » « couché » « debout » mais également « twist », « roule » ou « donne la patte » sont juste des comportements, tous logés à la même enseigne a priori :lol:

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A savoir, l’humain émet un son que j’ai appris à reconnaître je produis un comportement il y a une conséquence = apprentissage (et une émotion qui s’y attache, inévitablement, toujours).

Ce qui, en apprentissage bienveillant, serait plutôt : je produis un comportement je l’associe à un son de l’humain conséquence plaisante (et ce signal devient un renforçateur secondaire).

Un signal qui aura valu une ou des punitions au chien ne sera jamais un renforçateur secondaire et, si vous l’incluez dans une chaîne de comportements, vous allez vite vous en apercevoir :-|

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Je travaille avec suffisamment de clients pour constater, encore et encore, que nous sommes ceux qui faisons cette distinction très humaine entre « obéissance » et « ludique » et nous ne la faisons pas à moitié  :lol:

Les « assis, couché, debout, reste, pas bouger » sont rarement véhiculés joyeusement et la menace est souvent limpide pour le chien, dès le début.

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Je le constate pratiquement tous les jours : on dit « twist » d’un ton joyeux et amusé et, si le chien fait « rouler-bouler » à la place parce que le signal n’est pas encore tout à fait en place, on en rit volontiers (« c’est pas bien grave »)  :lol:

Par contre, quand on dit « couché » au chien, c’est très souvent (presque toujours) d’un ton de sergent-major en pétard et on est dans une dynamique « d’ordre » et sûrement pas d’information, encore moins d’une opportunité de renforcement :-|

Je travaille souvent avec des chiens très craintifs, avec qui nous mettons tout en œuvre pour minimiser leur anxiété : arrive le mot de « rappel » (par exemple) et il est, dès le départ, tellement péremptoire et stressant, qu’il ressort comme celui à éviter absolument (tu as l’air fâché, je préfère rester éloigné).

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D’où l’utilité, puisque NOUS sommes des êtres verbaux (contrairement au chien) d’utiliser un terme qui nous met dans une émotion différente, comme « bingo » ou « bonbon » (ou ce que vous voudrez qui est, pour vous, rattaché à une émotion agréable)  ;-)

Si je dis « reste » à mon chien parce qu’une voiture va arriver, c’est sérieux : il en va de sa vie (notez qu’on peut le mettre en laisse).

Moins important pour le chien mais souvent très important pour nous, si je te dis « reste» en cours collectif d’éducation, je veux montrer à tout le monde que j’ai bien éduqué mon chien (et, donc, que je suis un humain compétent et capable, ce qui est gratifiant)  :-D

Ce que démontre le chien (ou pas) en faisant ce qu’on lui demande.

Si, justement, il n’exécute pas (parce qu’il a appris dans votre cuisine ou votre jardin et que l’apprentissage est trop léger pour résister à la présence de congénères, d’inconnus, des effluves de taupes que lui signale sa truffe), nous entrons immédiatement dans un mode « désobéissance » assez peu indulgent ;-)

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Pour des raisons morales, philosophiques, logiques, utilitaires la plupart d’entre nous sommes (plus ou moins) convaincus du bien de l’obéissance aux « lois » et du fait qu’elles sont nécessaires à la sécurité et nous protègent contre les risques et le mal – au moins autant que nous avons appris à craindre la sanction (légale ou la simple réprobation sociale).

…pour le coup, les quelques humains entre nous qui sont moins régis par ce besoin d’approbation sociale et le revendiquent vont souvent s’enorgueillir d’avoir un chien « mal élevé », « créatif » ou « rebelle » (nos définitions).

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C’est la preuve (par notre chien, ce qui assez amusant) que nous ne sommes pas des abrutis de l’obéissance, des fondus de la discipline, des obsédés de l’ordre convenu et du contrôle de l’autre et que nous reconnaissons la « liberté » du chien d’être lui-même.

Notons que cette interprétation du monde a ses limites à moins de vivre dans un désert… en effet, il y aura toujours un moment où nous serons obligés de limiter la liberté du chien (tout comme la nôtre d’ailleurs ou celle de nos enfants), ne serait-ce que pour sa sécurité et celle des autres (ou pour nous éviter des ennuis, aussi).

Tout le monde reste parfaitement libre d’enseigner 150 comportements à son chien ou d’en enseigner deux ou trois parce qu’ils sont nécessaires.

Il n’en reste pas moins vrai que travailler sur un comportement, est travailler sur un comportement et une même identique démarche quel que soit ce comportement :-D

Un « twist » peut être aussi solide, bien appris, renforcé, qu’un « reste » (ou autre « ordre ») et inversement.

Un « reste » peut être aussi fun, solidement attaché à du renforcement et donc à une belle émotion qu’un « rouler-bouler » et inversement.

Nous seuls faisons la distinction entre « important » ou « accessoire », entre « chien obéissant » et « chien rigolo » (ou « de cirque » pour les détracteurs), entre chien qui sauve des vies et chien qui fait du dog dancing… pour le chien, tout ça n’est QUE comportement (et émotion rattachée à celui-ci) :-D

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Si votre chien apprend « assis » « couché » « debout » de la même identique manière (haut taux de renforcement, renforcer la durée, un signal de libération clair, pas de menace ressentie) qu’il apprend des comportements ludiques – ces mots seront à tout jamais rattachés à une émotion agréable, plaisante — et donc souhaitable — et leur apparition dans votre langage sera tout à fait la bienvenue, un « feu vert » vers un renforçateur et quand, plus de renforçateur systématique, le comportement lui-même sera devenu un renforçateur secondaire, fort de sa portée émotionnelle positive (ou le contraire, évidemment).

Si tous les comportements de votre chien sont appris de cette manière, les produire sur signal est une excellente affaire pour le chien et, s’il ne les fait pas, à vous de vous demander si l’apprentissage est vraiment terminé, s’il est généralisé, conceptualisé, flexible ou encore uniquement inhérent à un contexte précis.

Bref, il faut encore travailler plutôt que « mon chien désobéit » ;-)

Il est évident que la manière de donner ces signaux est fondamentale : si le « couché » est utilisé pour interrompre quelque chose que le chien souhaite faire, il devient punitif, si le «assis » est donné après que le chien ait sauté sur vos invités et qu’il est, ensuite, renforcé, vous créez ainsi une jolie chaîne de comportements qui renforce le fait de sauter sur les invités.

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Si vous demandez quelque chose et que, face à l’inertie du chien, vous continuez de demander sans strictement rien changer dans l’environnement, vous construisez un signal qui devient « assis, assis, assis, assis » plutôt que, simplement « assis » (dans le premier cas, le chien finit par s’asseoir pour se débarrasser de la pression que vous êtes en train de créer)  :-|

En définitive, très peu importe ce que vous apprenez à votre chien, s’il doit faire donne la patte, cibler votre main ou faire couché quand les invités arrivent… ce qui importe c’est comment vous aurez appris un quelconque comportement.

Si vous vous dites que vos « assis » « couché » « débout » (ou tout autre comportement) pourraient être une meilleure nouvelle pour votre chien, considérez de changer vos signaux en reprenant l’apprentissage (pour ce que le chien en a à faire, ça pourrait être « fraise » «pistache » et «concombre » d’ailleurs).

Qu’un chien ait 150 comportements à son actif ou seulement trois, il peut être dans une émotion positive ou très désagréable quand ils ont donnés, selon quand, comment, ils sont donnés et comment ils ont été appris  :-D

Bref, le voyage est plus important que la destination :-D

Avoir une pochette pleine de « récompenses » n’est certainement pas suffisant ;-)

Happy training :-D

L’apprentissage sans erreurs

ou « errorless learning » :-D

Préambule 

L’apprentissage sans erreurs est une approche qui a été introduite Charles Ferster, psychologue, dans les années ’50 dans le cadre de recherches sur l’apprentissage.

B.F. Skinner a aussi énormément contribué au concept et a écrit : « … les erreurs ne sont pas une fonction de l’apprentissage et vice versa et elles ne doivent pas être imputées à l’apprenant. Les erreurs sont le résultat d’une piètre analyse du comportement, d’un piètre plan de shaping qui évolue trop vite d’une étape à une autre et ne se focalise pas sur les prérequis indispensables à une réussite spécifique ».

Plusieurs étudiants de Skinner ont continué sur cette lancée : en 1963, Herbert Terrace a publié une étude décrivant une expérience de discrimination de formes et couleurs avec des pigeons. Il travaillait à minimiser la réponse émotionnelle en cas d’erreur dans un apprentissage par conditionnement opérant.

… fin du préambule  :-D

Pyramid made of tick marks and yellow lamp.

Il y a très (très) longtemps, dans un cours d’agility, alors que mon jeune chien réussissait fort bien ce qu’on lui demandait, le coach du jour m’a fait monter le critère (le point de succès ou, plus simplement, notre exigence vis-à-vis de la performance du chien), à une allure telle que, rapidement, il ne pouvait que se confronter à l’échec… ce qui est évidemment arrivé et semblait réjouir le coach considérablement (contrairement à moi).

A la vue de ma mine dépitée face à cette approche, il m’a dit « comment veux-tu qu’il fasse la différence entre ce qui est juste et ce qui est faux s’il ne fait jamais faux ? Il ne peut pas faire toujours juste ».

Parce que mon coach était convaincu de travailler en « positif », il m’a suggéré de ne pas dire « non » au chien mais d’employer un autre mot comme « zut » « oups » ou « raté », selon lui moins « aversif » qu’un « non » tonitruant (ou qu’un coup de batte de baseball, on en convient aisément)  :lol:

Si on est tout à fait sincères toutefois, on veut faire tester au chien la différence entre un renforcement positif et une punition : en effet, en quelques répétions seulement, votre «oups» ou «raté» (ce qu’on appelle communément un « non reward marker » – un marqueur d’erreur)devient une information parfaitement aversive.

Imaginez-vous acteur dans un jeu télévisé : quand vous répondez juste, on entend un «jingle » immédiatement suivi d’un billet de mille euros.

Quand, au contraire, vous répondez faux, on entend un « buzzer » et rien n’arrive.

En très peu de répétitions, le « buzzer » causera chez vous une émotion parfaitement désagréable (même si personne ne vous assène un coup de batte de baseball : dans l’absolu, si vous receviez en prime un coup de batte de baseball suite au buzzer, vous finiriez rapidement par ne plus répondre du tout).

Cette émotion précisément (frustration, irritation, dépit, tristesse, etc.) sera très vite associée au buzzer et, si elle se répète trop souvent, versus le jingle qui annonce la réussite (et le renforçateur), elle s’étendra à l’activité entière («ce jeu n’est pas drôle» ou «je suis nul»:-(

… et donc, mon chien, mis en situation de « essaie toujours » a, évidemment, fini par faire faux, puis encore faux et faux encore – suscitant en moi (puisque je ne vais pas parler des émotions de mon chien que je ne peux prétendre connaître), une certaine irritation envers l’activité elle-même, le coach et, admettons-le, vis-à-vis de mon chien également  :-|

Au niveau du comportement de mon chien (qui lui est observable et quantifiable) –il s’est mis à renifler le sol avec une grande attention, comme si une odeur sublime avait soudainement fait son apparition (un clair « je n’ai plus envie de jouer avec toi »).

A force « d’erreurs » induites, suivies de divers « ratés », on crée avec une touchante application une réponse conditionnée à un signal, à une activité précise (dans ce cas, l’agility), à un environnement, voir même à une personne (moi en l’occurrence).

Et, comme si ça ne suffisait pas, on crée la mémoire du comportement inapproprié.

En dessous, une intéressante vidéo du Dr. Tedd Judd, professeur de psychologie. Elle est en anglais et, si vous êtes anglophones, je vous conseille de la visionner en entier.

Je la résume pour ceux qui ne sont pas copains avec la langue de Shakespeare

Il mentionne un de ses patients qui souffre d’une perte de mémoire suite à un accident.

Lors d’une séance, il demande au patient « vous souvenez-vous de mon nom ? » et le patient répond par la négative, il ne s’en souvient pas.

Le professeur incite donc le patient à se lancer « essayez quand même » et le patient lui répond « euh, Dr. Smith ? ».

Le praticien lui répond « non, je suis le Dr. Judd ». La séance suivante, il répète sa question «vous souvenez-vous de mon nom ? » et, encore une fois, le patient répond « non ».

Le praticien l’incite encore à « se lancer » et le patient répond « c’était pas Dr. Smith ? » et la réponse arrive « non, je suis le Dr. Judd ».

A leur troisième rencontre, le patient aperçoit le Dr. Judd et l’apostrophe allègrement «hey, bonjour Dr. Smith ».

Son cerveau a « appris » ce qu’il a le plus souvent répété, encore et encore, plutôt que la «bonne réponse ».

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Je le dis souvent à mes clients : plus votre chien met en pratique un comportement et plus celui-ci devient son comportement « par défaut », celui qu’il retient (à considérer chez le chien qui déclenche et déclenche encore sur un quelconque élément de son environnement).

Quand on me répond « mais je ne peux pas l’empêcher de déclencher au jardin » (par exemple), je n’ai pas de baguette magique à vous fournir (il vous faudra limiter la visibilité du chien ou opter de ne plus le laisser seul au jardin en train d’aboyer cent millions de fois sur les passants car ce comportement spécifique, utilisé encore et encore, devient comme un muscle sur entraîné et surpassera tous les autres, moins fréquents).

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Prenons l’exemple de l’apprentissage d’une marche en laisse sans tirer, une des principales préoccupations de nombreux propriétaires : la plupart des procédures, méthodes et techniques (considérées comme « positives ») impliquent que le chien tire malgré tout d’abord : un comportement qu’on s’évertue ensuite à mettre sur extinction (c’est-à-dire qu’on veut faire disparaître le comportement de « tirer »), avec des résultats souvent peu probants.

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La voie royale reste encore de rendre un comportement probable et de le renforcer (marcher à la hauteur de la cuisse de l’humain).

Dans une séance de shaping, une approche « sans erreurs » ne peut être construite sans un plan de shaping réfléchi, écrit, pensé et maintes et maintes fois revu (parfois).

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Les gens travaillent souvent au clicker de cette manière « essayons toujours, on verra bien ce que ça donne » - ce qui est la porte (grande) ouverte à l’erreur, à la répétition de l’erreur (parfois encore et encore) et, au final, à l’irritation de l’humain qui conduit la séance…

… avec, en prime, un double effet Kiss-Cool : mémorisation de l’erreur ET réponse conditionnée frustrante à un exercice, un signal voir au travail de manière générale  :roll:

Un apprentissage sans erreurs est un but vers lequel on doit  travailler en réfléchissant à l’environnement, aux erreurs possibles (afin de les rendre improbables), pour – en définitive – réduire la difficulté et le temps d’apprentissage et, donc, construire un comportement qui, une fois rattaché à un signal, se comportera comme un renforçateur secondaire, fort de son historique de réussite et de confiance.

Happy Training

Travailler du chapeau…

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Dans une autre vie, je travaillais dans une multinationale et si j’ai souvent eu envie d’ouvrir un blog sur les tribulations d’une anarchiste dans l’âme dans cet étrange milieu (que j’ai cordialement détesté) – rendons à César ce qui lui revient, elle m’a mis en contact avec des gens intéressants, très souvent.

Parce que ma hiérarchie s’est soudainement éprise de la méthode et de son auteur, nous avons vu débarquer, à Lausanne, un certain Edward de Bono (passons sur ma première question à mon patron qui me parle de «Bono » et à qui j’ai demandé s’il voulait vraiment faire venir le chanteur de U2….c’était pas lui, dommage) – auteur de la célèbre méthode des six chapeaux (« The 6 Hats Method »).

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L’idée était de favoriser l’énergie créatrice et la résolution des problèmes lors des interminables réunions dont était fait notre quotidien – laisser une chance aux idées nouvelles sans les voir enterrées d’office parce que nouvelles. 

Bref, ce célèbre monsieur a débarqué des USA avec sa joyeuse équipe au grand complet et je n’oublierai jamais la vision de son bras droit, une femme d’une quarantaine d’années, qui dansait et virevoltait seule sur une gigantesque scène sur des musiques des « sixties » devant un parterre de cadres supérieurs médusés et complètement immobiles (elle leur avait d’ailleurs lancé un « ohhhh, you Europeans are soooo stiff » qui avait suscité chez moi une grande hilarité à cette époque).

Rigides ou pas, nous avons ensuite tous été sommés d’utiliser la méthode des chapeaux, dont le mode d’emploi était donné en réunion, sous forme de petites cartes élégantes imprimées à grands frais et mises en évidence dans tous les bureaux et salles de réunion (pour la petite histoire, peu de temps après l’hypothétique révolution des « 6 hats », les petites cartes sont restées dans un coin pendant que tout le monde reprenait ses vieilles habitudes tranquillement – la pensée latérale était clairement au dessus des forces de nos cadres supérieurs).

 Pour vous donner une idée (merci Wiki)les codes des chapeaux de couleur :

Le Chapeau blanc : la neutralité. Lorsqu’il porte le chapeau blanc, le penseur énonce des faits purement et simplement. C’est l’image de la froideur et la simplicité : le minimalisme.

 Le Chapeau rouge : la critique émotionnelle. Lorsqu’il porte le chapeau rouge, le penseur rapporte les faits teintés d’émotion, d’intuitions et de pressentiments. Il n’a as à se justifier auprès des autres chapeaux, le rouge c’est le feu, la passion, l’émotionnel et l’intuitif.

Le Chapeau noir : la critique négative. Lorsqu’il porte le chapeau noir, le penseur émet des objections qui soulignent les dangers, les risques en relation à l’idée. C’est l’avocat du diable, la prudence, le négatif.

Le Chapeau jaune : la critique positive. Lorsqu’il porte le chapeau jaune, le penseur admet ses rêves et ses idées les plus folles. Ses commentaires sont toujours constructifs et visent l’action. C’est le soleil, l’optimisme.

Le Chapeau vert : lorsqu’il porte le chapeau vert, le penseur provoque, cherche des solutions alternatives. Il s’inspire de la pensée latérale, il imagine une autre manière d’envisager le problème. Il sort des sentiers battus et propose des idées nouvelles. C’est la fertilité des plantes, la semence des idées, le renouveau.

Le Chapeau bleu : le meneur de jeu, l’animateur du groupe qui canalise les idées et les échanges entre tous les autres chapeaux. C’est le bleu du ciel qui englobe tout.

Cette approche « managériale » peut tout aussi bien s’appliquer en éducation canine et il est assez passionnant de déterminer sous quel chapeau votre client est installé et quel est le nôtre (et, en ce qui nous concerne, il est surtout intéressant de s’évertuer tous les chapeaux, un à un, tour à tour).

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En effet, prenons une propriétaire qui s’adresse à l’éducateur canin… elle vous appelle parce que Fluffy son caniche de 5 ans, récupéré d’une première famille, « aboie toute la journée, ne reste pas seul et veut mordre le voisin » : « il a certainement été frappé par un homme » – ajoute-t-elle  ;-)

« J’ai déjà tout essayé  et rien ne marche » vous dit-elle pour finir, « de toute façon, il est dominant ».

 Pour mieux comprendre, on peut, tour à tour, endosser tous les chapeaux  :lol:

 Le chapeau blanc (je ne peux pas écrire en blanc sur fond blanc) 

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L’absence de couleur, la neutralité s’attache uniquement aux faits. On reste donc neutre et objectif, en évitant l’interprétation.

A nous éducateurs canins de faire la part de ce qui est un fait (avéré), versus une opinion personnelle ou une anecdote peu significative.

  • Fluffy aboie (la propriétaire l’a entendu)
  • Fluffy aboie toute la journée (a-t-il été enregistré sur plusieurs heures ? comment le sait-on?)
  • Fluffy est un caniche (il a des papiers)
  • Fluffy est peut-être un caniche croisé (il n’a pas de papiers)

 Le chapeau rouge

redhatL’émotion se passe de justifications – la chapeau rouge nous informe sur comment la personne « se sent », ou ce qu’elle « ressent » rien de plus mais rien de moins et on doit en tenir compte absolument.

Si la propriétaire pense que Fluffy est « dominant », rien ne sert de balayer cette croyance d’une référence scientifique – si la propriétaire y croit, cela va influencer tout votre travail.

Le chapeau noir

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On reste dans la logique (qui n’est pas forcément objective d’ailleurs). Le chapeau noir est négatif mais sans émotions, c’est un pessimisme qui se veut réaliste.

Nos clients portent souvent le chapeau noir : « j’ai déjà tout essayé » (et rien n’a fonctionné), « j’ai déjà vu 3 éducateurs avant vous, vous savez », « j’ai déjà dépensé une fortune pour Fluffy», « tous les caniches sont collants, y’a rien à faire », « il est trop vieux pour changer » (etc.).

Le chapeau jaune

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Le chapeau jaune respire l’optimisme : il pousse à l’espoir. Il n’est pas forcément créatif d’ailleurs (l’optimisme n’inclut pas, automatiquement, la créativité).

Quand votre propriétaire porte le chapeau jaune, il vous dira « Fluffy n’a jamais mordu le voisin quand même », « il suffit que je le garde en laisse après tout » mais également « je vais le faire castrer, ça va arranger les choses, ça a marché pour le chien de ma voisine », « il est gentil, je sais qu’il ne mordra jamais».

Le chapeau vert

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Avec le printemps, arrive le vert : le chapeau vert trouve des idées, des concepts, il est créatif et novateur. Il est à l’aise avec ce qui n’a jamais été essayé.

Les sessions « portons notre chapeau vert » sont utiles quand toutes les parties le portent en même temps – éducateur et propriétaire, à deux, on peut inventer des solutions, en écarter certaines, en retenir d’autres.

Lors d’une formation aux USA (Legacy Canine), nous avions fait une séance « chapeau vert» sur un mot tiré au hasard du dictionnaire… si certains concepts ou idées sont éminemment farfelues, d’autres avaient créé des associations d’idées intéressantes. 

Le chapeau bleu

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L’éducateur canin dans toute sa splendeur : il englobe tout (le bilan de santé donné par le vétérinaire, le bilan comportemental d’un éventuel vétérinaire comportementaliste et une possible médication, les objections et les limites de l’entourage, celles de l’environnement, les besoins du propriétaire, ses attentes, la connaissance des lois locales, etc.), il est comme un chef d’orchestre.

En outre, il fait le tri des informations données par les autres chapeaux et, à partir de là, dessine le chemin à suivre.

Prenez en considération ce que vous auront dit les chapeaux – apprenez à les reconnaître, à les porter, un après l’autre, écrivez vos conclusions  et mettez votre chapeau bleu  :-D 

Happy Thinking  :-D

Les « hoopers » – pourquoi j’aime bien…

Après quelques articles un peu focalisés professionnels du chien, puisque j’aime surtout et avant tout parler aux propriétaires de chiens – un petit article voué à présenter – et à vous faire partager mon enthousiasme croissant pour les « hoopers » – j’ai, en effet, eu la chance et le privilège de faire une formation complète pour éducateurs canins, courtesy of Hoopers Schweiz, (lien) quatre fabuleux jours (qui ont été suivis par d’autres jours hoopers et je pense que ce n’est pas fini)  :lol:

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Façon Premack, on va débuter par le moins intéressant : leur mini historique  :-D

Les « hoopers » nous arrivent des USA où la fédération NADAC (North American Dog Agility Council) a proposé cette activité canine comme une alternative à l’agility (ou un travail pre-agility pour les jeunes chiens notamment ou un post-agility pour les chiens devant préserver leurs articulations). lls ont gagné l’Europe, via les Pays-Bas et la Belgique et font de régulières apparitions un peu partout depuis quelques années.

Normal, parce que les hoopers, c’est génial :-D 

… alors, késako donc?  8-)

Il s’agit essentiellement de se focaliser sur la capacité du conducteur à « naviguer » (diriger) son chien à travers un parcours de demi-cercles au sol (pensez au jeu du « croquet » sans la batte), sur de (longues) distances, plus un certain nombre d’autres « obstacles » comme les « gates », les « barils » et les tunnels (qui sont courts et donc, évidemment, jamais coudés)

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Adapté aux chiots, aux chiens adultes en pleine forme, adapté aux chiens adultes qui ne peuvent non seulement plus sauter des obstacles mais doivent également éviter des ces « tourner-court » désormais omniprésents en agility, adapté aux conducteurs qui ne sont pas, ne sont plus, n’ont pas l’ambition d’être Usain Bolt également  ;-)

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Le propriétaire est assigné à un endroit spécifique par le juge (il ne bouge donc pas) et il doit avoir mis en place un nombre considérable d’apprentissages.

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Certains y voient une « version facile » de l’agility mais, clairement, ils n’ont pas (encore) plongé dans l’univers des apprentissages des « hoopers » et, quand ils le font, ils sont étonnés par la foultitude d’apprentissages à mettre en place.

En effet, les signaux (ou « ordres » si vous voulez) verbaux sont tout simplement incontournables : quand votre chien est à 30 (ou plus) mètres devant vous et qu’il ne vous fait donc pas face, il doit connaître et reconnaître clairement ces signaux verbaux  car vous ne serez pas là pour l’aider d’un geste ou l’informer de la direction à prendre par la position de votre corps, de vos pieds, de vos épaules qu’il ne voit évidemment pas.

Le « en avant » pour commencer. Si vous n’avez pas un « en avant » clair, net et résolu, il n’est pas franchement utile d’aller plus loin, c’est vraiment votre premier but à atteindre.

Par ailleurs, un « en avant » en agility (où vous courez quand même, même si à la ramasse derrière le chien, vous êtes en mouvement quand même et le chien le sait), n’est PAS un en avant quand vous êtes complètement statique, que le chien doit vous dépasser ou s’éloigner de vous… moins évident qu’on ne le croit.  C’est un véritable exercice d’autonomie. 

On voit pas mal de vidéos circuler où les propriétaires « accompagnent » le chien à travers les « hoops » et si tout le monde a le droit de faire précisément ce qu’il a envie de faire dans son coin (indiscutablement), ce n’est à mon sens pas la bonne manière d’introduire les « hoopers » chez un chien débutant.

En effet, en accompagnant le chien, on devient « partie » intégrante du comportement et, se soustraire ensuite de celui-ci, non seulement peut se révéler problématique mais rend l’apprentissage confus. Autant débuter juste dès le départ même si cela implique de prendre un peu son mal en patience, comme pour tout apprentissage solide  :-D

A l’identique avec la gestuelle : si les gestes aident au début et sont adaptés aux débutants (dans l’optique de « l’apprentissage sans erreurs » qui est toujours la mienne), ils doivent finir par disparaître – quand le chien ne nous voit plus, ils sont parfaitement inutiles  :-D

Les hoopers ne sont pas la « danse artistique du conducteur » à moins de se limiter à de très petites distances évidemment et à des parcours où le chien vous voit continuellement (ce qui n’est pas l’idée de ce sport canin, justement)  ;-)

De bonnes « fondations », dans toute activité sont la base de la base – qui monterait les murs d’une maison sans avoir terminé ses fondations? 

Les signaux de direction : en avant certes mais reviens contre moi, éloignes-toi de moi, tourne autour, ralentis, diriges-toi à l’opposé de moi… le chien, seul sur le parcours, fait des choix et – surtout et avant tout – « écoute » son propriétaire qui n’a rien d’un spectateur puisqu’il doit donner les informations à son chien de manière opportune et sans équivoque.

Plus le chien va vite, évidemment, et plus ces signaux doivent tomber avec précision (autant vous dire qu’avec mon Zouk, j’ai intérêt à savoir quoi dire et quand le dire et mon cerveau va est parfois battu à plate couture par sa vitesse dans des parcours plus complexes – celui en dessous est plutôt facile).

Comme tout apprentissage d’une activité canine, cela ne s’improvise pas et un cours d’initiation est fondamental pour bien commencer et pour progresser de manière cohérente, ce ne sera donc pas un article « how-to », suis pas une grande fan des apprentissages « youtube » personnellement  :-D

J’ai également poursuivi une formation à distance mais, vraiment, rien ne vaut un vrai stage et une interactivité réelle  :-D

L’idée est, surtout de donner envie de découvrir cette discipline encore jeune et relativement peu connue (même si elle fait des adeptes à très grands pas)  ;-)

Ce que j’aime très particulièrement dans cette discipline :

a) Le chien ne doit pas aboyer... (certains sont déjà en train de se dire « aïe ») : pourquoi ça me plaît? Parce qu’on confond souvent excitation et motivation, joie et stress et que les chiens survoltés non seulement ne sont pas forcément dans le bien-être mais ils ne sont pas, non plus, les plus efficaces. Intégrer cette idée d’un travail dans le calme dès le « jour 1″ me parle considérablement (je suis une grande fondue du calme chez le chien). Par ailleurs, si votre chien aboie à pleins poumons, il sera problématique de lui faire entendre vos signaux à 30 ou plus mètres de vous  :-D

b) On est en « compétition » avec soi-même : un nombre de points vous est attribué au départ et des pénalités tombent en cas d’erreur (et d’aboiements justement). Au final, en fin de compétition, vous avez progressé en tant que binôme (ou pas) mais c’est sur cette progression qu’on se focalise et pas sur ce qu’ont fait les autres. En effet, on peut très bien être ex aequo avec un autre (ou plein d’autres) concurrents, le seul critère pris en compte c’est votre résultat personnel, vous avez fait mieux que la dernière fois (ou pas, encore une fois).

Pas uniquement parce que je suis venue au monde SANS le gène de la compétition mais parce que je trouve que celle-ci pervertit souvent les choses chez l’humain (pas toujours, certes, car tout le monde connaît d’immenses compétiteurs qui travaillent dans le respect du chien mais souvent quand même).

c) Les parcours sont sur de grandes distances certes mais les tournants sont larges, fluides, donc avec peu ou pas d’impact sur les articulations des chiens, tout en répondant au besoin d’activité, d’apprentissage, de jeu et de mouvement du chien. Pas de sauts, pas d’arrêts brusques et parfois violents (comme les « zones » en agility).

On présente souvent les « hoopers » comme une activité adaptée aux trop jeunes / trop vieux pour l’agility (chiens et humains d’ailleurs, surtout pour les « trop vieux humains » ah ah ah) et si c’est effectivement une super alternative pour les moins sportifs d’entre nous, cela permet également de préserver certains chiens adultes, parfaits sportifs accomplis mais qui montrent en agility une « intensité » telle qui rend le chien incapable de se « préserver » de manière proactive (ce qui rend la blessure probable, à terme).

d) Les apprentissages du chien sont très nombreux, on n’a jamais fini de progresser et impossible de faire l’impasse d’un bon « shaping plan » pour à peu près tout ce qu’on introduit (tous ceux qui ont suivi des cours avec moi connaissent mon penchant obsessionnel pour les « shaping plans » – plans d’apprentissage).

Pas question de se lancer à l’arrache (ce que j’appelle aussi l’éducation « de l’espoir » – lançons-nous à l’arrache et espérons que ça roule, je déconseille) et j’ai entendu avec délectation notre première formatrice demander à plusieurs reprises aux participants « quel est ton plan? » (je bois du petit lait)  :-D

Bref, le chien marche, trotte ou court (selon ses capacités physiques personnelle, la vitesse n’a aucune importance en hoopers) mais il écoute, réfléchit et discrimine entre les différents signaux et ça, c’est précieux.

Un chien qui « écoute » c’est, tout simplement, un chien qui possède ce fameux « contrôle de l’impulsion » dont on parle partout (c’est pas plus compliqué que ça au final)  ;-)

Bref, c’est fun, c’est ludique, ça fait réfléchir les gens et les chiens, ça travaille considérablement l’écoute (et donc exerce le contrôle de l’impulsion), les obstacles peuvent se bricoler aisément (ou s’achètent si vous êtes, comme moi, fâchée avec le bricolage sous toutes ses formes) – l’intégralité du parcours est légère à (trans)porter (pas besoin de vous fracasser le dos à traîner des obstacles à « zones » qui pèsent des tonnes et coûtent un rein), l’intégrité physique du chien est préservée, son mental stimulé (le nôtre aussi, croyez-moi) et, globalement, on fait équipe avec son chien, obligatoirement, sinon on oublie :-D  

Que demander de plus? 

Happy Hoopers…

(une petite introduction aux Hoopers sera présentée au Dog’n’cat Swiss Festival (palais de Beaulieu, Lausanne) – les 27, 28 et 29 octobre prochainsjuste un petit « apéro » pour se faire envie j’espère – sinon des cours d’initiation par demi-journée – pour les plus courageux – et peuvent être organisés dans vos clubs également sur demande) 

Au sujet de la tradition…

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Comme plusieurs d’entre vous j’en suis certaine, j’ai été violemment interpellée par la vidéo d’un taureau dont on a enflammé les cornes qui se jette contre un poteau et meurt apparemment sur le coup (en tous cas, on l’espère pour lui)  :cry:

Quelques secondes de vidéo absolument bouleversantes (et non, je ne partagerai pas la vidéo, vous la trouverez aisément sur le net si vous souhaitez la visionner).

Cette pratique d’une indicible cruauté humaine fait partie, avec la corrida et autres manifestations apparentées, à ce qu’on qualifie souvent de « tradition ».

A travers celle-ci, je me suis mise à réfléchir à ce qu’on appelle, justement, la « tradition ».

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Je suis venue au monde, au début des « sixties » dans une famille italienne, bourgeoise et catholique pratiquante – autant dire que, étant encore là en ce cher 2017 – en passant par le féminisme des années ’70 - les traditions et moi avons eu souvent nous confronter et, de manière assez conflictuelle souvent.

L’attachement à la « famille traditionnelle » est finalement un « spin off » du simple l’attachement à l’autorité : il s’agit de préserver la stabilité des rôles familiaux, de soutenir une nette différenciation entre le rôle masculin et le féminin et donc, pour certains, de préserver la société toute entière d’un modernisme effrayant et uncertain.

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Accepter sans la remettre en question une quelconque croyance, reconnaitre des actes et des pratiques comme étant valides dans le présent tout simplement parce qu’elles l’étaient dans le passé est une forme d’attachement bien compréhensible à ce même passé (et donc à nos parents, nos grands-parents et ainsi de suite, à notre pays, à notre culture en opposition à d’autres cultures, etc.).

Je souriais quand mes enfants, tous petits, allaient pour les toutes premières fois manger ou dormir chez un petit copain ou copine – à chaque fois, j’avais droit à des considérations étonnées sur le fait que « ils ne font pas comme nous » (le repas et ce qui y était servi était différent, le rituel du bain, l’histoire sacrosainte avant le dodo ou absence de ils prenaient conscience que les « autres » ne font pas tout « comme nous », ils sont différents donc nous existons en opposition à l’autre).

Nous prenons conscience de qui nous sommes, nous nous structurons en tant que famille et en tant qu’individus à travers la différence de l’autre.

La symbolique, la pratique aide à construire son identité et les traditions familiales sont les plus fortes (la famille étant le premier groupe identitaire).

Nuclear Family

Une de mes filles (adulte) me disait que, quand elle a pris la décision définitive de devenir végétarienne, sa plus grande angoisse, bien au delà du quotidien qui ne lui posait aucun problème, c’était de « rompre » de manière définitive avec notre tradition culinaire de la dinde à Noël, l’agneau à Pâques, etc. etc. – elle m’a dit (textuellement) qu’elle avait l’impression (horrible pour elle) que : « plus jamais je ne pourrais récréer les fêtes de famille de mon enfance » ;-)

Il ne s’agissait pas d’avaler de la dinde ou du gigot mais de l’amour partagé, des souvenirs reliés à ces occasions familiales spécifiques.

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Or, depuis, la majorité des membres de la famille ayant passé au végétarisme, on se rend compte que cette « tradition » supporte parfaitement d’être remplacée par une autre et tout le monde va très bien sans animaux morts dans notre assiette  :-D

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On n’a rien perdu, on a tout simplement construit sur une inspiration commune, on a re-inventé la tradition (la nôtre).

Ce qui prouve que la « tradition » peut allègrement évoluer (et évolue tout le temps) et ses petits-enfants hypothétiques, auront également une tradition mais complètement différente (et qui sera susceptible d’évoluer encore, le passé imagine toujours mal l’avenir).

En francophonie, les éducateurs canins qui usent (et souvent abusent) de la punition, et d’artifices qui infligent la peur et la douleur (collier étrangleur, à piques, électrique, clôture électrique mais également saccades et intimidations diverses – pas non plus très plaisantes quand le chien est en harnais notons au passage même si, évidemment, moins dommageables, bref, tout ce qu’on appelle des « corrections ») – sont appelés «les tradis » (pour traditionnels).

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La « règle » (il faut punir) n’a pas à être considérée ni appréciée selon son contenu elle est légitime uniquement parce que permanente (le célèbre et populaire : « on a toujours fait comme ça »).

L’autonomie de la réflexion fait peur parce qu’impermanente justement et perpétuellement tournée vers le relativisme de toute chose et la remise en question : c’est ce malaise qui a contribué à forger cette appellation (volontairement ridicule) de «bisounours » dont se voient affublés ces éducateurs canins qui ont fait la démarche de rompre avec le passé, de devenir autonomes en pensée et en actes ensuite et de créer d’autres vérités.

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Quand, en plus, l’évolution est proposée et validée par la sciencese met en place la dérision du savoir (« on n’apprend pas à éduquer dans les livres » disent-ils souvent pour justifier que, ces livres, ils n’ont pas le courage – ni les capacités parfois – de les ouvrir justement).

La croyance en les vertus de la science, les lois qui définissent l’abusif (même si encore péniblement en ce qui concerne les animaux), tout processus rationnel (qui englobe notre existence toute entière et, évidemment, notre relation à l’animal aussi) est en violente contradiction avec l’aspect routinier et rassurant de ce qui est qualifié de « traditionnel ».

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Le rejet de l’ultra autoritaire c’est un peu l’agonie du traditionnel

Ce n’est pas très simple de sortir du « traditionnel », on l’aura compris – ni d’admettre que rien n’est, jamais, immuable et que la tradition s’invente continuellement de génération en génération et il y aura toujours ceux qui s’accrochent désespérément à leur cocotier au cri faiblard ou agressif de « mais ça marche »  :roll:

A contrario des dits « tradis » les éducateurs canins qui réfutent la punition sont appelés «les positifs » et présentés comme de doux incompétents inadaptés à « mater » de grosses bêtes dangereuses – l’unique chose qu’on retient au final, c’est cette interdiction de «punir» (voir de dire « non »), une forme de complaisance qui exclut, à leurs yeux, l’exigence.

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Etre un éducateur bienveillant (et non «positif » car nous ne faisons pas que renforcer le positif qu’on l’admette ou pas), ce n’est pas l’auberge espagnole des bons sentiments et encore moins une distribution confuse de nourriture saupoudrée de laxisme.

Notre manière d’éduquer ne peut pas produire de vidéos où de gros malabars « affrontent en combat» des chiens qui apparaissent comme une menace – une vidéo de désensibilisation, de contre conditionnement outre à être longuissime, serait d’un ennui absolument mortel (ça n’a rien de sexy un contre conditionnement, ça demande de sérieuses compétences, un plan très clair, des retours en arrière parfois)

La bienveillance dans l’éducation de nos animaux de compagnie est avant tout l’écoute des besoins de l’animal (et passe donc par un premier processus de les connaître puis de les reconnaître) et de ses émotions – ce qu’on appelle, également, l’empathie.

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C’est se focaliser moins sur le seul résultat et se préoccuper de la qualité du processus – on peut parfaitement obtenir ce qu’on appelle « l’obéissance » par l’intimidation et la peur, ce que ne fera pas un éducateur bienveillant car il sait que le prix à payer est une perte dramatique de confiance en l’éducateur, un stress intense, voir une augmentation de l’agressivité.

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C’est renoncer à la relation de lutte pour le pouvoir (le chien « soumis » à notre volonté humaine versus l’humain soumis au pouvoir du chien) pour arriver à un binôme qui se comprend et se fait, mutuellement, confiance.

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C’est accepter une certaine autonomie de l’animal – la souhaiter, la rendre possible et en tirer parti pour les aider à vivre dans notre société humaine tout en préservant leur bien-être au maximum.

C’est complètement compatible avec la performance, l’exigence, la rigueur si nous savons être des éducateurs qui réfléchissent, qui rendent le succès possible, les erreurs improbables – qui savons mettre sur pied une éducation proactive et non réactive comme celle des dits « tradis »  :-D

future

En définitive, c’est inventer le présent et contribuer à l’avenir

Comment choisir son éducateur canin?

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Le métier d’éducateur canin est un des moins « réglementés » qui existent : même dans notre petite Suisse plutôt riche en interdits et obligations pourtant, il existe bien des cantons où on peut tout simplement s’auto-proclamer éducateur canin, sans coup férir (alors qu’il faut une formation diplômante de trois ans pour être vendeuse : sans aucunement vouloir médire d’une formation quelle qu’elle soit, tant je suis convaincue que tout métier nécessite soit une solide formation soit la reconnaissance officielle et vérifiée d’acquis autodidactes).

Sans conteste, dans votre début de quête d’un éducateur canin, l’enfance de l’art est de vous focaliser sur ceux qui annoncent des méthodes sans violence ni contrainte – souvent présentées – en francophonie en tous cas – sous l’appellation « positives ».

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Vaste concept parfois (et non toujours, évidemment) utilisé comme argument marketing (je me rappelle d’une éducatrice dans un funeste reportage à la télévision française, qui, se présentant comme «amicale et positive » justement, mettait de grands coups de genoux à un pauvre chien qui l’accueillait à la porte en lui sautant dessus).

Voulez-vous vrament, pour votre « meilleur-ami-chien » – d’une éducation fondée sur la douleur, l’inconfort, la peur de la punition et la contrainte ? ( si la réponse est « oui », je pense que vous vous êtes égaré sur mon blog et que vous pouvez, d’ores-et-déjà, interrompre cette lecture).

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Ne me répondez pas « mais ça marche »  :roll:

Le résultat ne peut être notre unique considération - quand vos invités mettent les pieds sur votre table basse et que cela vous heurte, je doute que vous adressiez ce souci par un coup immédiat dans leur plexus, question qu’ils comprennent bien que ça ne se fait pas?  ;-)

De manière plus pragmatique, vous pouvez effectuer une simple vérification de l’approche de votre postulant éducateur par quelque simples questions dont: « que faites-vous quand le chien fait juste ? » et, surtout, « que faites-vous quand le chien fait faux ? » (suggestion de réponse rassurante : « je renforce les bons comportements » / « je rends probable et renforce un comportement alternatif et incompatible avec le comportement indésirable »).

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Se contenter d’un laconique « ça fait 20 ans (ou 40) que je suis sur les terrains », ne devrait pas vous suffire : osez donc demander à votre éducteur quelle a été sa formation ou ses formations (qu’il devrait, normalement, se faire un plaisir de vous détailler) et, si sa réponse reste obscure pour vous, n’hésitez pas à aller regarder les sites des organismes qui les dispensent et renseignez-vous autour de vous. Je ne pense pas que vous seriez d’accord de confier vos enfants à une enseignante sans aucun diplôme et aucune éthique connue et sur le simple concept de son « auto-glorification »  :-D 

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Faites la différence entre une certification et une simple « attestation de présence » (qui ne vous garantit en rien que la personne a effectivement intégré des concepts). Dans mes propres cours, je donne des attestations de présence et certainement pas des certifications qui impliqueraient que je vérifie, une personne à la fois, que certaines notions ont été clairement acquises et, seront dès lors appliquées (ce que je ne fais pas).

J’ai vu récemment une annonce sur Facebook d’une éducatrice qui se présentait laconiquement comme « diplômée » (point) : les seules personnes à demander des précisions étaient…. des éducateurs canins  :roll:

Soyez exigeant en tant que propriétaire, c’est votre compagnon de route pour 15 ans que vous allez confier à un quelconque individu et, que, accessoirement, vous allez devoir fréquenter pendant des semaines, des mois voir des années.

Bien-sûr, quand ce n’est pas notre domaine, qu’on vous dise qu’on a le papier X ou Y ne sera pas très parlant mais, déjà, vous saurez que la personne a pris la peine de faire une formation (c’est un début) – et il est parfaitement approprié – et légitime – de demander à la dite personne en quoi consistait sa formation (2 jours ou 3 ans ce n’est pas pareil), si elle a comporté un ou des examens, des heures de pratique, des travaux individuels écrits, etc.

Un éducateur compétent et qualifié sera toujours parfaitement heureux de vous répondre  :-D

Osez donc aller voir comment ça se passe en cours AVANT d’y emmener votre jeune (ou pas) chien et restez attentif aux détails suivants :

  • L’éducateur demande-t-il à voir un chien avant de l’intégrer à un groupe ou, au moins, vous demande-t-il s’il est à l’aise avec ses congénères ? Un chien anxieux ou craintif ou réactif n’a strictement rien à faire dans une éducation « en groupe » qui, en définitive, va causer plus de problèmes qu’elle n’en résoudra. Optez pour des cours privés dans un premier temps, voir même des cours à domicile.
  • Comment sont les chiens à leur arrivée (gérés ou pas du tout ?). Il est bien inutile d’avoir des chiens «obéissants » sur le terrain s’ils n’ont pas des acquis de base indispensables dans la vie courante.
  • Si et quand on vous demande de les « mettre en cage », vous propose-t-on des conseils afin de positiver la dite caisse au préalable ou les balance-t-on dedans sans préparation aucune ? Constatez-vous que les chiens en cage ou attachés vocalisent?
  • Laisse-t-on les chiens qui arrivent sur le terrain renifler l’environnement dans le calme avant toute chose ? S’imprégner de l’environnement en toute quiétude permet au chien de mieux se concentrer ensuite. 
  • Comment s’adresse-t-on aux propriétaires ? relève-t-on ce qu’ils font bien avant tout? Savoir renforcer ce qui « va bien » est un mode de vie et non une technique de «dressage » ☺
  • Les chiens – et les gens – ont-ils l’air détendus et de bonne humeur ou semblent-ils stressés et mal à l’aise ? n’hésitez pas à leur parler à l’issue du cours…. demandez-leur s’ils s’amusent et s’ils se sentent accompagnés
  • L’éducateur sait-il rapidement proposer des cours privés aux propriétaires en difficulté avec leur chien au sein d’un groupe ?
  • Entendez-vous une litanie de « assis-assis-assis », « reste-reste-reste »« couché-couché-couché » et des « non, non non »? Si c’est le cas, c’est que ces apprentissages ne sont pas acquis (et, s’ils ne sont pas acquis dans ce contexte, pourquoi les demander ?)
  • A-t-on recours à la « punition » quand le chien n’exécute pas alors qu’on estime qu’il le devrait ? L’éducateur sait-il prendre en considération l’environnement, un apprentissage peu ou pas généralisé, l’état émotionnel du chien, un signal (ordre) éventuellement « empoisonné » ?
  • Met-on des « étiquettes » sur les chiens (« démotivé, paresseux, têtu » etc. etc.) ou sur vous-même (il ne vous respecte pas, il vous danse sur le ventre, vous êtes trop ci ou pas assez ça). Mettre une étiquette fournit un alibi à une incompétence certaine – en effet, c’est de la faute du chien ou la vôtre, ce qui exonère dès lors l’éducateur.
  • Vous serine-t-on encore des notions de « chef de meute », de « famille meute », vous incite-t-on à « dominer » votre chien? ces considérations fallacieuses ont été démontées depuis des lustres, si votre éducateur en est encore là, il a du rattrapage à faire ☺ (dit en anglais « le leader du pack » comme on me l’a sorti une fois, est assez comique mais tout aussi fallacieux).
  • L’éducateur demande-t-il la permission de prendre le chien d’un participant pour démontrer un exercice ? et explique-t-il clairement ce qu’il projette de faire avant de le faire ? Ne confiez jamais votre chien à un éducateur si vous n’avez pas pleinement confiance en celui-ci.
  • L’éducateur donne-t-il des « garanties » de résultat ? S’il vous en donne, fuyez – cela veut dire qu’il n’appréhende pas toutes les subtilités du comportement (j’ai vu, l’autre jour, une annonce « obéissance 100% garantie » – pour moi, le type de concept marketing qui vous signale un charlatan à plein nez).

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De manière générale, n’hésitez jamais à demander à votre éducateur qu’il vous explique ce qu’il affirme, qu’il mette en paroles le pourquoi du comment (si competent, il n’aura aucune difficulté à le faire) et, s’il ressent cette demande d’explication comme une mise en doute de ses compétences, ne considérez pas ça comme un « bon point »

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Que votre éducateur canin soit d’une école ou d’une autre, il y a des bases qu’il doit savoir parfaitement maîtriser – les lois de l’apprentissage ne sont pas une opinion ou une vue de l’esprit mais des forces inéluctables qui s’appliquent à tous.

Ce sont les outils fondamentaux de tout éducateur canin et il doit les maîtriser complètement, tout comme, si vous êtes coiffeuse ou électricien, vous maîtrisez parfaitement les vôtres (et vous ne songeriez as à vous lancer dans une permanente ou une installation électrique sans avoir obtenu une reconnaissance professionnelle). 

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Toute modification du comportement s’effectue par le biais d’un conditionnement répondant ou opérant : il est absolument impératif que votre éducateur/éducatrice comprenne clairement – et vous explique tout aussi clairement – ces deux concepts.

Tout conditionnement opérant se décompose en trois phases : un antécédent, le comportement et la conséquence (vous demandez un « assis » – le signal « assis » est l’antécédent – le chien s’assied, c’est le comportement – vous lui donnez une friandise, c’est la conséquence).

Tout conditionnement répondant ne comporte que deux phases : « quand X se produit, Y s’en suit » (le chien vous entend préparer la gamelle, il rapplique).

Actuellement, l’éducation canine est fondée sur des connaissances scientifiques et non sur la brume culturelle transmise par la cousine de la tante de la concierge qui « dit que »

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En définitive, si après 2 ou 3 cours vous avez l’impression que ça ne se passe pas comme vous voudriez, rappelez-vous qu’il existe une quantité affolante d’éducateurs et qu’il vaut mieux faire quelques kilomètres de plus pendant quelques semaines / mois que de vous enfoncer dans une approche contre productive pour vous et pour votre chien  :-D

Happy shopping  :-D

Le chien introverti, ça existe?

Dans mon « ping pong » perpétuel dans mes considérations sur l’apprentissage chez l’humain et chez l’animal non humain – hier, j’ai lu un article qui m’a profondément interpellée.

L’auteure était une personne étiquetée comme « introvertie » et elle racontait ses années d’école où, bonne élève, avec d’excellents résultats, sans (à l’origine) de souffrance particulière, on n’a pas cessé d’exiger d’elle «qu’elle participe plus en classe ».

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Dès le cycle primaire, cette personne a interiorisé un étrange message : elle était « trop » réservée (par rapport à quoi ?).

S’en suit une longue description du calvaire absolu de ses années d’études où, de la maternelle à la fin de l’école supérieure, on n’a pas cessé de lui reprocher son manque d’interaction avec les autres et avec les professeurs.

Son apothéose était atteinte lors de « séminaires socratiques » où les participants – assis en cercle – participaient à des joutes verbales et dont le temps de parole individuel était soigneusement « monitoré » par les enseignants et déterminait, entre autre, la note finale.

Avec, évidemment, des résultats médiocres dans cet exercice très précis et une hantise de plus en plus affirmée vis-à-vis de l’expression orale en public.

Une petite souffrance construite de manière très artificielle, à mon sens, car il me semble tout à fait possible de réussir sans vie sans devenir un orateur pétillant  ;-)

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Ce que dénonçait cette personne c’est l’idée hasardeuse – et pourtant bien généralisée – qu’être « extraverti » c’est paraître plus intelligent et plus engagé dans une quelconque activité, plus présent.

Pire encore, que le fait d’être extraverti, volubile et très interactif avec les autres est mis en avant comme concept « normatif » : ceux qui correspondent à cette description sont ceux qui « vont bien », les autres doivent changer ou, en tous cas, travailler à devenir « moins introvertis ».

J’ai immédiatement fait le parallèle avec une balade faite avec une connaissance il y a quelques temps qui m’a dit, avec un peu de commisération que c’était « dommage » (?) que mon chien n’interagisse pas avec les autres chiens (bref, il ne joue pas avec les autres chiens).

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Si, en réalité, aucun de mes chiens ne joue beaucoup avec les chiens inconnus : mes deux Bergers Australiens jouent entre elles (elles sont sœurs et très proches) Zouk, s’il supporte avec patience leurs jeux, ne joue avec absolument personne (pas même avec elles).

Totalement non conflictuel, les autres chiens ne l’intéressent absolument pas.

Les autres gens non plus d’ailleurs  ;-)

Il est habitué à ses « frangines » et il aime, encore mieux, moi ou plutôt l’accès que je lui donne à ce qui a de la valeur pour lui.

Bref, ce qui lui procure du bien-être et donc une émotion agréable pour lui et selon ses critères personnels – je n’ai pas appris à Zouk cette intensité qu’il met dans toute chose, elle fait partie de lui (au mieux, je l’ai encadrée).

Il est très avare en « manifestations festives » même avec les personnes qu’il connaît bien (mes proches) et se contente d’un petit remuage de queue très minimaliste – genre « ouais, je te connais, c’est bon »  :lol:

Les personnes inconnues n’existent même pas et il très parcimonieux dans toute forme d’interaction, un petit salut, ça va… plus, c’est l’envahir  :lol:

Bref, on pourrait dire qu’il est introverti

Il ne correspond absolument pas au chien ultra-jovial, pote universel, et adorateur de tous les humains, curieux des congénères et joueur impénitent…. il a ses centres d’intérêt, ses (rares) humains rangés dans une catégorie « amis » et il s’y tient avec un certain acharnement.

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Impossible toutefois de le ranger dans le chien « à problèmes de comportement » vu qu’il a l’air parfaitement satisfait, parfaitement posé et que tout son physique et ses comportements affichent que sa vie lui convient parfaitement bien telle qu’elle est.

Il n’a pas « peur » des gens, il n’est pas intéressé, c’est très différent. Il n’a pas peur des chiens non plus, après une vague reconnaissance par l’arrière, il n’a juste plus rien à leur dire  :lol:

Quand quelqu’un insiste pour le papouiller, il prend une attitude légèrement agacée – gentiment agacée, il remue la queue et se détourne clairement – bref, on l’ennuie (ce qui vexe considérablement certains humains).

Presque pareil avec ses congénères, on voit qu’il y met des trésors de patience mais que, en gros, tout ça ne l’amuse aucunement  :lol:

Mon accompagnatrice de l’autre jour trouvait ça « dommage » et je me suis demandée pourquoi – avons-nous à ce point intégré la norme de l’extraverti comme étant la voie royale, demandons-nous à nos chiens d’être les enfants « participatifs » dont parlait la personne mentionnée au-dessus ?

Une cliente me disait, au sujet de son chiot qui préfère observer les autres chiens que d’aller jouer avec eux, que ça lui faisait de la peine… mais pourquoi, vu que son chiot semble tout à fait à l’aise entre ses jambes et préfère, clairement, ce poste d’observateur que celui de participant ?

Peut-être que l’animal observateur, qui sait se rendre invisible et éviter les conflits est le plus susceptible d’adaptation dans une logique de survie ?

…et que cela confirme que, chez l’animal humain ou non humain, les différentes personnalités constituent des variations tout aussi valables les unes que les autres au sein d’une espèce ?

En définitive, la véritable souffrance, n’est-elle pas d’avoir un idéal en tête, une description rigide de ce qu’un être vivant devrait être ou ne pas être (hors pathologie) alors que, au fond, accueillir un être dans sa vie (quel qu’il soit) c’est s’ouvrir à la surprise d’une personnalité spécifique.

Nous avons, parfois, du mal

L’apologie du calme…

 

hyper1La réalité du chien dit «actif» est relativement compliquée : et s’il n’est pas rare de devoir inciter certains propriétaires à bouger son chien « un peu plus » quiconque a partagé sa vie avec un chien très speed, fit et légitimement entraîné sait que de le «fatiguer » est – souvent – un vœu assez pieux  :lol:

Parce qu’il existe une montagne d’excellents propriétaires (quoi qu’on en dise) : j’ai rencontré une foultitude de clients, souvent jeunes et sportifs eux-mêmes, ayant adopté en toute connaissance de cause un chien de nature sportive et active et qui sont passés rapidement d’une heure de balade à deux, puis trois, puis quatre heures par jour – j’ai même eu un jeune couple de deux jeunes hommes qui se relayaient l’un après l’autre pour balader leur chien la bagatelle de six heures par jour  8-O   (sans arriver à la moindre amélioration du comportement destructeur de leur chien d’ailleurs, qui était incapable de se poser à la maison).

Quand la balade nez au vent dans la nature ne suffit pas à atteindre le nirvâna du «un chien fatigué est un chien sage» et que le chien arrive à l’âge de pouvoir pratiquer, on ajoute l’agility, le frisbee, le lanceur de balles (post balade), etc. etc.

Ensuite, à la maison, «il a ses jouets » à disposition  :-?

 

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Dans certaines races dont le potentiel sportif est énorme, ces super athlètes (rendus tels par leurs propriétaires pleins de bonne volonté), on se retrouve avec un chien littéralement «increvable » parfois (et des propriétaires épuisés qui – hagards – voient leur chien leur apporter la balle à la maison, et parfois vocaliser si on les ignore, genre « je m’ennuie », alors que les humains sont exténués et, accessoirement, ont aussi besoin / envie de faire autre chose que d’amuser le chien).

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Quand on se retrouve avec un chien adolescent très actif et que, à un moment dans la journée, vous avez l’impression qu’il va dévorer vos possessions une à une, on sort et on va « le fatiguer ». On balade, on lance des trucs divers et variés, on joue au frisbee ou tout ça en même temps ou successivement, longtemps. Très longtemps parfois.

Rassurez-vous, je ne vais pas vous pondre une litanie anti-sports canins : les chiens qui s’ennuient sont légion (eux aussi) et toute activité canine bien introduite me semble excellente à prendre (et puis, soyons un peu francs : tout le monde prend un chien pour une quelconque forme de gratification et le nier me semble très hypocrite – je laisse ça aux plus « saints d’entre nous »).

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Tous mes chiens ont des vies bien sportives, des tas d’apprentissages au clicker et, néanmoins, savent parfaitement me « lâcher les baskets » (et moi lâcher les leurs) - vivre comme des chiens pendant leurs balades, se poser à la maison et attendre tranquillement quand je travaille d’autres chiens, même en salle. 

Quand mes enfants étaient petits et qu’ils avaient besoin de se défouler physiquement, il n’était pas approprié de leur proposer une activité de lecture ou un jeu de réflexion même s’ils adoraient les moments de lecture et les bricolages tranquilles – l’un ne peut empêcher l’autre, l’autre ne doit exclure l’autre.

Par ailleurs, adopter un chien sportif, à moins d’une monumentale erreur de casting (cela arrive aussi et même plutôt souvent, mais ce n’est juste pas la thématique du jour), implique qu’on ait envie de faire des trucs avec son chien – sinon, on porterait judicieusement son choix sur une race moins exigeante à ce niveau là.

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Ce qu’on oublie souvent dans notre vision du « j’ai pris un chien sportif et j’assume » c’est que toute forme d’activité dynamique, génère une montée d’adrénaline considérable – chez des sujets qui montent très, très vite en excitation déjà de par leur génétique (la sélection au chien ultra speed est très réelle et parfois un peu délirante aussi).

L’impasse est souvent atteinte parce que le chien n’a aucun apprentissage du «calme» et vit en état d’excitation perpétuelle (ce qui peut aider à se construire un chien dit « réactif » – qui aboie sur les autres chiens, qui aboie quand les gens bougent, qui « exige » car aux prises avec des émotions qu’il ne peut plus gérer).

J’ai des clients propriétaires de chiens ultra sportifs chez qui je vais parce que le chien ne leur laisse plus un instant de tranquillité et qui me disent, soucieux de ne pas me voir les taxer de ne pas « assumer leur chien », qu’ils baladent 3 heures par jour, jouent au frisbee, vont à l’entraînement d’agility, lancent la balle et rentrent, malgré tout, à la maison avec un chien littéralement insupportable dans ses demandes d’interaction (et qui, parfois, pendant l’entretien de comportement, lancent le jouet inlassablement à leur chien qui vocalise aussitôt qu’ils s’arrêtent). 

A ces personnes, je propose avant tout d’en faire beaucoup moins ou, plutôt de faire très différemment (et là, ils me regardent ahuris – j’ai un chien « sportif » Madame). Oui, moi aussi  :-D

et on se met à bosser sur l’apologie du « calme »  :-D

Parce que oui, parfois on peut avoir le beurre et l’argent du beurre, on peut avoir un chien actif et sportif ET calme.

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Renforcer le calme : souvent, quand on a un chien qui ne se tient « jamais tranquille » à la maison, quand le chien se pose (enfin) sur son dodo, on aurait tendance à surtout ne plus le déranger du tout (versus les montagnes de renforcement quand il provoque, inévitablement, l’attention quand il prend la télécommande, bouffe vos coussins du salon, vole votre chaussure à l’entrée, etc.). 

C’est, souvent, précisément ainsi que nous fonctionnons avec les enfants – qu’on ignore quand ils sont « sages » (comprendre n’ennuient personne) et dont on s’occupe très activement aussitôt qu’ils ne sont plus « sages » (comprendre font quoi que ce soit pour attirer l’attention).

On s’étonne ensuite de la construction d’enfants « insupportables » alors qu’on renforce avec constance et systématique tous les comportements inappropriés et qu’on ignore les autres.

Que vous « croyiez » ou non, aux lois de l’apprentissage ne les empêchera pas d’exister…. ce sont des forces en action qui feront leur boulot quelles que soient vos convictions culturelles personnelles  ;-)

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Quand j’incite les propriétaires à aller « renforcer » ces moments de calme, par une friandise ou une séance de câlins (si le chien apprécie la séance de câlins évidemment), on me répond – horrifié – «ah mais non, il va se lever » (quelle horreur)  :-D  

Oui, il va se lever pratiquement à coup sûr, je vous le confirme et là, il va falloir tout simplement recommencer ce que vous étiez en train de faire sans faire cas du chien (pas toujours facile au début). Faute de mieux, il finira par retourner à son dodo ou sa position de calme (les miens ont une fâcheuse tendance à ignorer leurs dodos hors de prix et à dormir sur le sol, à la dure). Là, vous retournez renforcer ce moment de calme…. en lâchant quelques friandises sur le dodo ou en débutant une séance de câlins-massages très calmes.

Avant de débuter ce travail – prenez note de combien de minutes / heures votre chien est calme dans son dodo – quelques 15 jours plus tard reprenez à noter les moments de calme dans le dodo…. je vous parie qu’ils auront augmenté  ;-)

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En parallèle, virez les jouets qui sont au sol ou dans le panier accessible au chien, virez les coussins, rangez la télécommande et autres opportunités de devoir « réagir » aux « bêtises » de votre chien (qui, au contraire, se montre très intelligent car il a rapidement compris comment vous contraindre à interagir).

Apprenez à votre chien à réagir à un « interrupteur positif » (un petit bruit quelconque que vous associerez, hors contexte de « bêtises » à quelque chose de hautement gratifiant, surtout si vous avez utilisé son nom, encore et encore, pour le stopper dans ses comportements inappropriés).

Un travail sur la détente – comme le protocole de relaxation de la Dr. Karen Overall, l’exercice de détente sur le dodo de Nan Arthur (qui sont des protocoles à suivre étape par étape). Cela n’a strictement rien à avoir avec un exercice de travail du style « va à ta place » – qui fait appel à un conditionnement opérant – à savoir, appris, renforcé où le chien choisit ce qu’il sait être « payant ». Ces protocoles se focalisent sur l’émotion du chien, favorisent la détente  :-D  

Vous les trouvez aisément via une petite recherche Google, ils nécessitent, à mon sens, l’accompagnement d’un éducateur compétent, en tous cas au début  :-D

Pensez à l’olfaction – pensez « tapis de fouille » (ou snuffle mat), pensez à la technique des « Sprinkles »  :-D  (votre éducateur / trice pourra vous aider à mettre ces techniques en place). 

snuffle

Si votre chien mange des croquettes, pensez à passer à une alimentation BARF et ajoutez du kéfir que vous ferez maison ou des comprimés de probiotiques – c’est bénéfique de toute façon et la relation entre l’émotionnel et l’état de la flore intestinale est de plus en plus mis en avant en médecine humaine.

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Certains produits naturels – comme la L-Théanine (thé vert), ou la caséine (protéine du lait) peuvent – parfois – aider votre chien à se détendre et ne créent aucune accoutumance (parlez-en à votre véto). 

Réévaluez si votre chien gagne vraiment quelque chose à voir certains « copains chiens » avec qui le jeu est souvent très agité et confine, parfois, à l’affrontement. 

Réévaluez si ses séances de sport en club finissent par une excitation qui devient ingérable (réactivité en laisse, réactivité en libre sur les autres chiens, les humains, etc.) – il faudra probablement arrêter ces activités quelques temps. Parlez-en avec votre coach – s’il connaît son travail, il saura parfaitement comprendre vos motivations et construire, avec vous, un retour à l’entraînement qui tient la route.

Apprenez à votre chien un signal « libre » : à partir de celui-ci, il peut faire ce que bon lui semble mais SANS interaction avec vous (surtout en balade) et, question de le rendre crédible, tenez-vous à celui-ci.

Quand vous travaillez votre chien au clicker, travaillez sur le contrôle de l’impulsion sur chaque comportement appris, sans exception. Le chien qui vous balance son répertoire de connaissances n’est pas « rigolo » ni « mignon » mais frustré avant tout et ça n’a rien d’une émotion agréable.

Le concept du contrôle de l’impulsion sur les comportements est le parent (très) pauvre des personnes qui ont appris le clicker training « sur le tas » (via Youtube et quelques articles).

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Faites des balades en longe en suivant votre chien là où il souhaite aller – la longe vous permettra de le laisser tranquille vaquer à sa vie de chien sans devoir l’appeler constamment vers vous si le rappel n’est pas acquis. S’il tire, n’avancez pas en ligne droite mais faites un parcours suffisamment sinueux et renforcez quand il vous suit.

Oui, vous pourrez revenir aux jeux, au sport, au club…. MAIS en continuant vos  protocoles d’apprentissage du « calme » et en mixant savamment votre progression entre périodes de calme et périodes d’excitation (à ce sujet, il vous faudra l’aide d’un éducateur compétent).

Le chien étiqueté comme « insupportable », « ingérable », ultra demandeur et qui finit par régir l’intégralité de la vie de son propriétaire (qui, parfois, ne reçoit plus personne chez soi, est épuisé par la gestion du chien) est une des causes d’abandon les plus fréquentes ou alors une des causes de prises de psychotropes le plus courantes : alors que, souvent, il s’agit tout simplement de chiens qui auraient eu besoin d’un apprentissage au calme systématique dès leur plus jeune âge, plutôt que d’une débauche d’activités excitantes afin de favoriser une très hypothétique – et improbable – « fatigue ».

Happy training  :-D

 

 

 

 

 

Le « self control »

gooddog2Afin d’être sûrs de parler des mêmes choses, il est toujours utile de définir la terminologie : qu’est-ce donc que le « self-control » (ou contrôle de soi)?

Le « self control » ou, encore, contrôle de l’impulsion, c’est la capacité d’un organisme (animal humain ou non humain d’ailleurs) à contrôler ses émotions et besoins immédiats et donc les comportements qui en découlent – dans la perspective d’un résultat, d’une conséquence que l’on souhaite obtenir (ou éviter d’ailleurs).

Il s’agit en définitive de renoncer à répondre à une envie / besoin immédiat parce que, connaissant et anticipant une conséquence ultérieure, nous estimons qu’y céder est finalement moins gratifiant que de ne pas le faire. Nous élaborons une stratégie pour une conséquence favorable pour nous.

Contrôler nos émotions — et donc nos comportements — fait appel à toute une panoplie de processus cognitifs qui débutent, justement, par la sélection d’un ou de multiples comportements qui, nous le savons, vont nous amener à une issue qui sera positive pour nous, à moyen ou long terme.

Chez les humains, on appelle parfois ça la « volonté » : il existe des études en comportement humain qui prouvent que résister à une tentation immédiate, et faire preuve de volonté (et donc de contrôle sur soi-même) est un processus extrêmement énergivore en termes de glucose notamment (la nourriture préférée du cerveau)ce n’est pas une mince affaire (ce que nous savons tous évidemment).

Pourquoi, alors que nous avons très envie de perdre du poids, nous finissons donc par avaler la tranche de gâteau qui reste au frigo (pour le regretter ensuite d’ailleurs, presque instantanément, une fois notre envie de sucre, ou faim réelle, apaisée) ?

Parce que notre envie de gâteau est impérieuse et même parfois carrément douloureuse…. et demande à être apaisée rapidement – parce que le concept de notre amaigrissement futur est un renforçateur lointain, incertain, très différé et, peut-être, que nous n’avons encore jamais atteint. Céder à une impulsion implique une réduction immédiate de la frustration, un bien-être rapide et garanti, même si fugitif et même si nous savons pertinemment que le punitif sera au rendez-vous parfois (remontée de la balance).

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L’adage qui dit que la meilleure manière de se débarrasser d’une tentation est d’y céder a tout à fait raison : céder à l’impulsion aura des conséquences ultérieures à définir mais, la conséquence immédiate est un profond apaisement d’un malaise, d’une frustration plus que désagréable et qui monopolise tout notre être.

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Pour nos chiens (qui ne sont pas préoccupés par leur poids, eux), il existe également plein d’impulsions impérieuses à satisfaire : foncer au jardin où ils ont vu un chat passer, gober le sandwich que vous avez laissé imprudemment sur la table, foncer sur l’autre chien qui arrive en face parce qu’ils souhaitent l’éloigner, sauter sur tous les gens qui passent pour accéder à un contact social, tirer en laisse de toutes leurs forces parce qu’il faut aller à tel endroit plus vite que notre allure d’humains, sauter hors de leur cage de voiture pour accéder à la balade ou a terrain d’entraînement, etc. etc.

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Ils n’ont aucune stratégie particulière à disposition pour affronter ces situations : ils ont envie, ils le font parce que tout leur fonctionnement les incite à apaiser, de manière légitime, la frustration, l’irritation créée dans leur organisme par un besoin spécifique qu’ils doivent assouvir (courir après le chat, contact social avec un humain, manger, accéder à une ressource, s’éloigner de ce qui leur fait peur, etc.).

Le chien dit « réactif » est souvent un chien qui a un répertoire comportemental très restreint, sans beaucoup d’options, et ne peut pas faire un « choix » éclairé car il n’a simplement aucune autre option connue à disposition.

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Vous aurez déjà trouvé la conclusion : leur donner des options acceptables pour nous pour obtenir un même résultat (rester les quatre pattes au sol et obtenir de l’attention, ne pas gober ce qui est sur la table basse car un signal spécifique leur promet d’une issue ultra payante et gratifiante, rester à vos côtés pour obtenir d’aller dans la direction souhaitée, obtenir de l’espace, etc. etc.).

Les techniques pour y arriver sont multiples et – si elles sont simples – elles demandent pas mal d’expérience, de planification et de cohérence – surtout quand les comportements inadaptés se sont installés durablement, faites appel à un éducateur /éducatrice compétent(e) pour y arriver mais l’idée est toujours celle de

  • apprendre à vos chiens des comportements alternatifs, pour qu’ils puissent élaborer une stratégie payante pour eux (le comportement appris devrait donner accès au même résultat que le comportement qu’on essaie de faire disparaître, dès que c’est possible)
  • les renforcer très puissamment à travers un plan d’apprentissage qui tient la route
  • contrôler et anticiper l’environnement autant que faire se peut
  • renforcer le « bon choix » encore et encore….

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La compétence, les outils de la compétence ne sont pas un contrôle qu’on exerce sur notre chien mais son propre choix de l’option la plus renforcée pour lui pour obtenir ce qu’il souhaite obtenir – le contrôle de soi, c’est tout simplement ça  :-D

Happy Training  :-D

Moins d’ordres, plus d’infos…

begJe harcèle (gentiment) mes élèves et participants à mes séminaires dans l’idée de ne plus utiliser le mot «ordre » quand on parle de comportements appris à nos chiens et ce n’est pas si anodin que ça….

« Ce n’est qu’un mot » m’a-t-on déjà (souvent) répliqué (précisons d’emblée que j’adore ce type de réponse participative et remue-méninges).

Oui, mais nous – contrairement aux animaux – sommes justement des êtres de langage et chaque mot a un sens qui se rattache à notre propre historique culturel, intellectuel et d’apprentissage.

Obtenir une information ou recevoir un ordre n’est pas – du tout – la même chose et ne génère pas en nous la même émotion.

Si votre patron vous informe qu’une tâche est à faire, il vous laisse inconsciemment le choix d’exécuter cette tâche spécifique ou pas (en gros, il est possible, si vous vous portez volontaire, que l’issue soit gratifiante), s’il vous en donne l’ordre, la perspective est toute autre : contrevenir à son « ordre » vous expose à des représailles très probables (dans l’un comme dans l’autre cas, l’historique des conséquences vont déterminer votre action)

patron

L’ordre est également une information – celle qui vous spécifie comment agir afin d’éviter des conséquences fâcheuses et c’est précisément ce que nous véhiculons, consciemment ou pas, quand on utilise ce mot spécifique (à nos chiens, à nos clients quand on est éducateurs et qu’on leur répète ce mot).  

Une information est utile ou inutile, pertinente ou non, elle fait sens ou pas du tout (lors d’un récent séminaire de TAG Teach, une des participantes a montré l’apprentissage de « pompes » efficaces et j’ai constaté que, à peine le mot « pompes » prononcé – mon cerveau s’est débranché immédiatement).

J’ai pu tranquillement décrocher quelques minutes, ne redoutant pas les conséquences de mon désintérêt personnel, je n’ai pas envie de faire des pompes, je n’en ferai jamais, ce n’est pas grave (en tous cas, ça ne l’est pas pour moi et seul l’apprenant compte quand il s’agit d’apprentissage).

Clairement, si on m’électrocutait si ne je fais pas des pompes quotidiennes, j’aurais mieux écouté (dans l’effroi), clairement bis, si on me proposait mille balles (euros ou francs, je vous laisse choisir si vous êtes en Suisse, France ou Belgique) pour chaque pompe exécutée, je serais plus intéressée  ;-)

Seule mon émotion changerait – le comportement serait identique : je ferais des pompes  ;-)

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  • Définition du verbe « obéir » : se soumettre à la volonté de quelqu’un ou à un règlement
  • Définition du mot « ordre » : acte par lequel une autorité supérieure manifeste sa volonté à l’égard de quelqu’un.
  • Définition « obéissance » : action de faire ce qui est commandé

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Souvent, des amis ou des clients me disent (une pointe d’envie dans la voix) « wow, tes chiens obéissent au doigt et à l’œil » (ce à quoi j’ai toujours envie de répondre « non, pas vraiment » mais c’est une thématique un peu longue donc je laisse souvent tomber).

Effectivement, mes chiens ont un très bon rappel, un excellent « tu laisses » (une chose ignoble par terre, un humain qui passe, un autre chien) et quelques autres apprentissages (ce qu’on appelle généralement des « tricks ») qui semblent, à première vue, moins fondamentaux mais qui sont tous très utiles pour développer, chez eux, un certain contrôle de soi, en plus simple, le concept du « je t’écoute » (parce que, ce que tu dis, est généralement pertinent et intéressant).

Non pas que j’éprouve un spasmodique besoin de contrôle pour le contrôle mais parce que, dans notre monde, il y a des humains qu’il ne faut pas approcher (peur/ aversion pour les chiens, enfants en très bas âge qu’ils pourraient bousculer, etc.), des voitures qui écrasent les dits chiens si on ne fait pas gaffe, des autres chiens réactifs qu’il vaut mieux éviter, etc. etc. et que, globalement, leur donner une alternative sécuritaire possible au fait d’aller au « casse pipe » est plutôt une bonne idée (dans leur intérêt et dans le mien également).

… dans toutes ces compétences, signaux de vie quotidienne et signaux de « tricks », il n’y pas l’ombre d’une considération d’obéissance en ce qui me concerne.

Le chien ne se soumet pas à ma « volonté » (dont il se fiche royalement) et ne redoute pas de conséquence fâcheuse (dont il ignore l’existence même) et ne me voue pas la moindre admiration (certes, je sais ouvrir le frigo et les placards et pas eux, ce qui me confère un certain intérêt mais je doute fortement qu’ils m’admirent pour ça)

Le chien répond à des informations de l’environnement qui sont soit claires pour lui (apprises et renforcées), soit confuses ou carrément hermétiques (il n’a aucune idée de ce qu’elles signifient) – soit intéressantes (en termes de conséquences) soit redoutables (en termes de conséquences bis).

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Ce petit dessin (rigolo) existe pour plein de races différentes : généralement, des races pour lesquelles le parti pris des propriétaires est « qu’ils ne sont pas faits pour ça » (ce qui est complètement faux évidemment). J’ai toujours envie de rétorquer que, si ton chien ne fait rien de tout ça, c’est soit qu’il s’en fout (pas renforcé) soit que tu t’en fous (et c’est leur droit sacrosaint mais, à ce stade – pourquoi leur demander?). 

L’apparition d’un lièvre ou d’un écureuil ou d’un chevreuil déclenche la plupart de nos chiens au quart de tour – sans hésitation. L’information est ultra claire, le comportement suit, la gratification est celle, apaisante, de céder à son impulsion.

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Votre rappel ou autre mot qui demande à votre chien un comportement, que celui-ci soit vital ou apparemment ludique est une autre information de l’environnement – à laquelle il peut répondre (immédiatement, avec intérêt et motivation) ou pas (parce que l’apprentissage est incomplet – voir parfois inexistant soit, encore, l’environnement ne s’y prête pas)soit il n’est pas intéressant car aucune conséquence gratifiante reconnue, soit, encore – il signale clairement l’apparition imminente d’une punition redoutée que le chien veut éviter et donc il exécute (ou pas, si l’attrait certain d’une conséquence agréable est plus fort que l’hypothétique apparition d’une punition relativement redoutée et pas systématique).

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Utiliser le mot « ordre » quand on parle des apprentissages transmis à nos chiens implique un faux postulat dès sa conception dans notre espritet, d’ailleurs, notre ton de voix change : de sergent-major, nous passons à informateur – ce mot là, est rattaché à cette conséquence connue et expérimentée maintes et maintes fois.

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Les anglophones nous battent à plate couture avec le mot « cue »(généralement traduit par «signal » en français) qui est plus que généralisé dans la communauté des éducateurs qui travaillent sans utiliser la contrainte, la peur ou la douleur (les autres continuent d’utiliser «command »).

Aimeriez-vous que votre meilleur(e) ami(e), conjoint(e) vous donne des ordres, fussent-ils légitimes ? J’ai mes doutes  ☺ 

Puisque nous nous attachons à enseigner des signaux clairs, intelligibles, clairement rattachés à des conséquences gratifiantes systématiques (une réponse = un renforcement et oublions ce passage en « aléatoire » qui vient généralement beaucoup trop tôt), faisons donc le pari d’abandonner ce concept de « l’obéissance » (qui n’est jamais absolue) et de l’ordre (qui n’en en pas un). Y compris dans notre langage usuel  :-D

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Je sais bien que la plupart d’entre vous ne « punit » pas le chien si le comportement ne se produit pas mais, si dans votre esprit vous avez formulé un « ordre » – vous assimilez, une non-exécution à de l’insoumission ou de la désobéissance et donc déplacez les conséquences comme étant de la responsabilité du chien et non pas de la vôtre (qui devriez repenser votre apprentissage).

  • Ordre non exécuté = désobéissance
  • Signal non compris = apprentissage à revoir  ;-)

….ça change absolument tout

L’obéissance est une pure illusion….

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…donc non, mes chiens n’obéissent pas, ils répondent (la plupart du temps, nul n’est parfait) à des signaux connus et reconnus, clairs, intelligibles et toujours gratifiants.

Rien de plus mais rien de moins  :-D

Happy training  :-D