Archives pour la catégorie Hoopers

Le « NRM » – on en parle?

fail1

Il y des questions qui reviennent régulièrement sur la table et suscitent une curiosité légitime en apprentissage… le NRM est, décidément, une de ces thématiques qui fait systématiquement l’objet de questions en stage ou pendant mes cours ou sur les pages d’éducation canine  ;-)

kesako

Qu’est-ce donc que le NRM avant tout ?

C’est, en anglais, le « non reward marker » ou, en français, « le marqueur de non renforcement »  : en plus clair, ce petit mot que bon nombre d’éducateurs utilisent et préconisent, du style « oops », « raté » « non » ou autre mot qui informe le chien, de manière présumée pacifique, que ce qu’il vient d’effectuer n’est pas ce que nous attendions.

On parle donc d’un marqueur (un mot spécifique, toujours le même) qui annonce au chien que le renforçateur (la friandise, le jeu ou autre) n’arrivera pas.

Tout comme le clicker annonce l’arrivée de choses plaisantes, le NRM annonce qu’elles n’arriveront pas  ;-)

noreward

Si cette thématique revient sans cesse, c’est généralement pour connaître la « valeur ajoutée » de cette pratique, en clair « mais est-ce que ça marche ? », c’est ce que voudraient savoir mes stagiaires en général  ;-)

Au delà de la valeur ajoutée, la question principale reste pour moi « cette pratique est-elle compatible avec une éducation dite positive » ?

Les éducateurs qui emploient ce fameux NRM, expliquent souvent que tout est information et que l’information est rassurante pour le chien : il reçoit un feedback immédiat sur ce qu’il vient de faire et pourrait, dès lors, éliminer cette action comme inefficace pour en adopter une autre.

Dans ce sens, le feedback serait rassurant et non punitif.

feedback

En effet et dans l’absolu, un « ne va pas par là » devrait être presque aussi utile qu’un « va par là » (presque, parce qu’évidemment, le « ne va pas par là » ne vous informe en rien sur le chemin à prendre). 

Avoir le plan de tous les pièges à ours dans une forêt est tout aussi utile qu’un plan qui vous montre le chemin à suivre… vous traversez la forêt en évitant les pièges (seule votre émotion change quand vous passez votre temps à éviter un aversif plutôt qu’à surfer sur un chemin sécurisé).

afraid

Je donne souvent l’exemple d’un jeu télévisé où, quand vous donnez une bonne réponse, vous obtenez un « jingle » qui vous annonce des gains et, en cas de mauvaise réponse, un «buzz » qui lui vous annonce clairement qu’aucune forme de récompense ne va arriver.

Si vous vous imaginez dans la situation où vous allez entendre le « buzz » encore et encore (et encore)je vous laisse imaginer votre émotionnel au moment où celui-ci se déclenche ?

Resteriez-vous neutre ? Ne modifie-t-il pas votre état émotionnel ?

J’en doute fortement.

depité

Le « buzz » sera conditionné à un état d’esprit spécifique qui, à mon sens, ne génère ni joie, ni envie d’entreprendre.

Il n’est pas punitif, me dit-on  ;-)

Difficile à croire pour moi… si on s’en tient à la définition même de la punition.

Une punition est quoi que ce soit qui, arrivant immédiatement après un comportement, diminue la fréquence de ce comportement à l’avenir, elle est, par définition aversive.

Un aversif conditionné est un quelconque stimulus qui, au départ est neutre (n’a pas de signification particulière, tout comme le clicker au départ n’en a pas non plus) mais qui, rattaché de manière systématique à quelque chose de déplaisant, devient également déplaisant (si je me réfère encore une fois à mon « buzz », il devient très rapidement aversif vu qu’il me prive de quelque chose que je souhaite ardemment obtenir).

Que la punition « fonctionne » est un fait en science du comportement (en effet, on ne peut parler de « punition » que quand le comportement a diminué – c’est donc le comportement futur qui va nous informer si ce que nous avons entrepris était punitif ou pas, que nous l’ayons fait volontairement ou pas).

En conséquence, si le NRM « fonctionne », il est par définition punitif (puisqu’il diminue la fréquence d’apparition d’un comportement) et s’il n’est pas punitif, il ne sert à rien ☺

logique

L’idée du NRM véhiculé de manière complètement neutre chez les êtres de langage et d’émotion que nous sommes me laisse plus que perplexe et dubitative : j’entends trop d’éducateurs s’éclater dans des « yeeeesss » ou « ouiiiii » euphoriques pour croire, un seul instant, que le « raté » ou le « oops » ne véhicule aucune émotion ☺

… et, si nous y mettons notre émotion, comment imaginer qu’elle n’influence pas, à son tour, l’émotionnel du chien ?

On pourrait concéder à la réflexion qu’un minimum d’émotion désagréable n’est pas un drame insurmontable s’il sert une stratégie spécifique qui doit emmener le chien vers le succès mais, en clicker training, il n’a jamais été question de laisser l’animal patauger dans l’erreur sans le moindre feedback, bien au contraire.

Refaire, encore et encore, la même chose en s’attendant à un résultat différent est, à mon sens, la plus grossière erreur qu’on peut commettre en clicker training.

Dès la première erreur, une modification de la stratégie (du shaping plan) s’impose immédiatement.

think

L’erreur est amplement utilisée par certains éducateurs et pas des moindres : « laissez-le sortir de la cage » (il va prendre la porte dans la poire) « laissez-le essayer de prendre les friandises dans la main »  (votre main se ferme devant le nez du chien)… dans tous ces cas, on voit clairement le chien détourner la tête, cligner des yeux, reculer imperceptiblement ou franchement aboyer sur l’éducateur  :-|  (encore vu dernièrement dans une vidéo d’une très célèbre trainer). 

bref, tous les signes de la frustration imminente ou déjà très présente.

frustrated

Personnellement, je ne le préconise absolument pas… dans une séance de clicker training, votre chien n’apprend pas juste le comportement que vous êtes en train de travailler mais il se fait une idée très précise de ce que signifie le fait de travailler avec vous.

L’erreur génère du stress et de la frustration, une diminution de la réponse (moins de comportement), voir, chez certains chiens, l’apathie totale (les pessimistes ou ceux qui ont un peu trop dégusté la punition dans le passé et, pour qui, le NRM est devenu le signal de l’arrivée imminente d’une punition plus musclée).

L’erreur ne génère ni enthousiasme ni envie, ni joie ni confiance.

Pour finir, parfois le NRM se métamorphose dans un espèce d’ultimatum « fais ça ou tu vas voir » – comme le « un-deux-trois » de nos parents qui nous façonnaient à ne répondre qu’au fatidique « deux et demi » ☺

doit

Je me rappelle d’une personne qui, en agility, répétait « raté » d’un ton de plus en plus excédé à son chien lors de ses erreurs successives (mais ne changeait absolument rien à ce qu’elle était en train de faire) avant de mettre le chien en voiture (ce qu’elle estimait être une punition et que, personnellement, je soupçonnais fortement d’être un magnifique renforcement négatif).

Je n’ai jamais vu son comportement évoluer dans le sens qu’elle souhaitait  :roll:

Ce qui ouvre tout grand la porte à la construction d’un comportement superstitieux : si le chien réussit ensuite (parce qu’elle aurait modifié la position de son corps par exemple, je peux vous en parler moi qui suis une si piètre conductrice), le « raté » prend une valeur qui n’existe pas dans les faits mais il sera considéré comme efficace par l’humain qui l’utilise.

superstition-1-638

Il est tout à fait plausible d’imaginer que, pour certains chiens ultra motivés dans une quelconque activité (notamment sportive), l’utilisation d’un NRM ne diminuerait pas la réponse des comportements suivants mais l’erreur, et la répétition et le manque de renforçateur, sont stressants même pour ces chiens et je doute que le travail en soit amélioré, au contraire.

Avec d’autres chiens, l’échec est dévastateur et le NRM suffit amplement à les désengager du travail.

Entre frustration et apprentissage sans erreurs (ce qui est évidemment un but à atteindre) à travers la modification immédiate d’une stratégie après un click manqué, mon choix est rapidement fait… et vous ?

Happy Training (avec ou sans NRM)  :-D

Les « hoopers » – pourquoi j’aime bien…

Après quelques articles un peu focalisés professionnels du chien, puisque j’aime surtout et avant tout parler aux propriétaires de chiens – un petit article voué à présenter – et à vous faire partager mon enthousiasme croissant pour les « hoopers » – j’ai, en effet, eu la chance et le privilège de faire une formation complète pour éducateurs canins, courtesy of Hoopers Schweiz, (lien) quatre fabuleux jours (qui ont été suivis par d’autres jours hoopers et je pense que ce n’est pas fini)  :lol:

HooperGreen

hoopersdiplome

Façon Premack, on va débuter par le moins intéressant : leur mini historique  :-D

Les « hoopers » nous arrivent des USA où la fédération NADAC (North American Dog Agility Council) a proposé cette activité canine comme une alternative à l’agility (ou un travail pre-agility pour les jeunes chiens notamment ou un post-agility pour les chiens devant préserver leurs articulations). lls ont gagné l’Europe, via les Pays-Bas et la Belgique et font de régulières apparitions un peu partout depuis quelques années.

Normal, parce que les hoopers, c’est génial :-D 

… alors, késako donc?  8-)

Il s’agit essentiellement de se focaliser sur la capacité du conducteur à « naviguer » (diriger) son chien à travers un parcours de demi-cercles au sol (pensez au jeu du « croquet » sans la batte), sur de (longues) distances, plus un certain nombre d’autres « obstacles » comme les « gates », les « barils » et les tunnels (qui sont courts et donc, évidemment, jamais coudés)

hooperstunnel

Adapté aux chiots, aux chiens adultes en pleine forme, adapté aux chiens adultes qui ne peuvent non seulement plus sauter des obstacles mais doivent également éviter des ces « tourner-court » désormais omniprésents en agility, adapté aux conducteurs qui ne sont pas, ne sont plus, n’ont pas l’ambition d’être Usain Bolt également  ;-)

barilarticle

Le propriétaire est assigné à un endroit spécifique par le juge (il ne bouge donc pas) et il doit avoir mis en place un nombre considérable d’apprentissages.

hoopsarticle

Certains y voient une « version facile » de l’agility mais, clairement, ils n’ont pas (encore) plongé dans l’univers des apprentissages des « hoopers » et, quand ils le font, ils sont étonnés par la foultitude d’apprentissages à mettre en place.

En effet, les signaux (ou « ordres » si vous voulez) verbaux sont tout simplement incontournables : quand votre chien est à 30 (ou plus) mètres devant vous et qu’il ne vous fait donc pas face, il doit connaître et reconnaître clairement ces signaux verbaux  car vous ne serez pas là pour l’aider d’un geste ou l’informer de la direction à prendre par la position de votre corps, de vos pieds, de vos épaules qu’il ne voit évidemment pas.

Le « en avant » pour commencer. Si vous n’avez pas un « en avant » clair, net et résolu, il n’est pas franchement utile d’aller plus loin, c’est vraiment votre premier but à atteindre.

Par ailleurs, un « en avant » en agility (où vous courez quand même, même si à la ramasse derrière le chien, vous êtes en mouvement quand même et le chien le sait), n’est PAS un en avant quand vous êtes complètement statique, que le chien doit vous dépasser ou s’éloigner de vous… moins évident qu’on ne le croit.  C’est un véritable exercice d’autonomie. 

On voit pas mal de vidéos circuler où les propriétaires « accompagnent » le chien à travers les « hoops » et si tout le monde a le droit de faire précisément ce qu’il a envie de faire dans son coin (indiscutablement), ce n’est à mon sens pas la bonne manière d’introduire les « hoopers » chez un chien débutant.

En effet, en accompagnant le chien, on devient « partie » intégrante du comportement et, se soustraire ensuite de celui-ci, non seulement peut se révéler problématique mais rend l’apprentissage confus. Autant débuter juste dès le départ même si cela implique de prendre un peu son mal en patience, comme pour tout apprentissage solide  :-D

A l’identique avec la gestuelle : si les gestes aident au début et sont adaptés aux débutants (dans l’optique de « l’apprentissage sans erreurs » qui est toujours la mienne), ils doivent finir par disparaître – quand le chien ne nous voit plus, ils sont parfaitement inutiles  :-D

Les hoopers ne sont pas la « danse artistique du conducteur » à moins de se limiter à de très petites distances évidemment et à des parcours où le chien vous voit continuellement (ce qui n’est pas l’idée de ce sport canin, justement)  ;-)

De bonnes « fondations », dans toute activité sont la base de la base – qui monterait les murs d’une maison sans avoir terminé ses fondations? 

Les signaux de direction : en avant certes mais reviens contre moi, éloignes-toi de moi, tourne autour, ralentis, diriges-toi à l’opposé de moi… le chien, seul sur le parcours, fait des choix et – surtout et avant tout – « écoute » son propriétaire qui n’a rien d’un spectateur puisqu’il doit donner les informations à son chien de manière opportune et sans équivoque.

Plus le chien va vite, évidemment, et plus ces signaux doivent tomber avec précision (autant vous dire qu’avec mon Zouk, j’ai intérêt à savoir quoi dire et quand le dire et mon cerveau va est parfois battu à plate couture par sa vitesse dans des parcours plus complexes – celui en dessous est plutôt facile).

Comme tout apprentissage d’une activité canine, cela ne s’improvise pas et un cours d’initiation est fondamental pour bien commencer et pour progresser de manière cohérente, ce ne sera donc pas un article « how-to », suis pas une grande fan des apprentissages « youtube » personnellement  :-D

J’ai également poursuivi une formation à distance mais, vraiment, rien ne vaut un vrai stage et une interactivité réelle  :-D

L’idée est, surtout de donner envie de découvrir cette discipline encore jeune et relativement peu connue (même si elle fait des adeptes à très grands pas)  ;-)

Ce que j’aime très particulièrement dans cette discipline :

a) Le chien ne doit pas aboyer... (certains sont déjà en train de se dire « aïe ») : pourquoi ça me plaît? Parce qu’on confond souvent excitation et motivation, joie et stress et que les chiens survoltés non seulement ne sont pas forcément dans le bien-être mais ils ne sont pas, non plus, les plus efficaces. Intégrer cette idée d’un travail dans le calme dès le « jour 1″ me parle considérablement (je suis une grande fondue du calme chez le chien). Par ailleurs, si votre chien aboie à pleins poumons, il sera problématique de lui faire entendre vos signaux à 30 ou plus mètres de vous  :-D

b) On est en « compétition » avec soi-même : un nombre de points vous est attribué au départ et des pénalités tombent en cas d’erreur (et d’aboiements justement). Au final, en fin de compétition, vous avez progressé en tant que binôme (ou pas) mais c’est sur cette progression qu’on se focalise et pas sur ce qu’ont fait les autres. En effet, on peut très bien être ex aequo avec un autre (ou plein d’autres) concurrents, le seul critère pris en compte c’est votre résultat personnel, vous avez fait mieux que la dernière fois (ou pas, encore une fois).

Pas uniquement parce que je suis venue au monde SANS le gène de la compétition mais parce que je trouve que celle-ci pervertit souvent les choses chez l’humain (pas toujours, certes, car tout le monde connaît d’immenses compétiteurs qui travaillent dans le respect du chien mais souvent quand même).

c) Les parcours sont sur de grandes distances certes mais les tournants sont larges, fluides, donc avec peu ou pas d’impact sur les articulations des chiens, tout en répondant au besoin d’activité, d’apprentissage, de jeu et de mouvement du chien. Pas de sauts, pas d’arrêts brusques et parfois violents (comme les « zones » en agility).

On présente souvent les « hoopers » comme une activité adaptée aux trop jeunes / trop vieux pour l’agility (chiens et humains d’ailleurs, surtout pour les « trop vieux humains » ah ah ah) et si c’est effectivement une super alternative pour les moins sportifs d’entre nous, cela permet également de préserver certains chiens adultes, parfaits sportifs accomplis mais qui montrent en agility une « intensité » telle qui rend le chien incapable de se « préserver » de manière proactive (ce qui rend la blessure probable, à terme).

d) Les apprentissages du chien sont très nombreux, on n’a jamais fini de progresser et impossible de faire l’impasse d’un bon « shaping plan » pour à peu près tout ce qu’on introduit (tous ceux qui ont suivi des cours avec moi connaissent mon penchant obsessionnel pour les « shaping plans » – plans d’apprentissage).

Pas question de se lancer à l’arrache (ce que j’appelle aussi l’éducation « de l’espoir » – lançons-nous à l’arrache et espérons que ça roule, je déconseille) et j’ai entendu avec délectation notre première formatrice demander à plusieurs reprises aux participants « quel est ton plan? » (je bois du petit lait)  :-D

Bref, le chien marche, trotte ou court (selon ses capacités physiques personnelle, la vitesse n’a aucune importance en hoopers) mais il écoute, réfléchit et discrimine entre les différents signaux et ça, c’est précieux.

Un chien qui « écoute » c’est, tout simplement, un chien qui possède ce fameux « contrôle de l’impulsion » dont on parle partout (c’est pas plus compliqué que ça au final)  ;-)

Bref, c’est fun, c’est ludique, ça fait réfléchir les gens et les chiens, ça travaille considérablement l’écoute (et donc exerce le contrôle de l’impulsion), les obstacles peuvent se bricoler aisément (ou s’achètent si vous êtes, comme moi, fâchée avec le bricolage sous toutes ses formes) – l’intégralité du parcours est légère à (trans)porter (pas besoin de vous fracasser le dos à traîner des obstacles à « zones » qui pèsent des tonnes et coûtent un rein), l’intégrité physique du chien est préservée, son mental stimulé (le nôtre aussi, croyez-moi) et, globalement, on fait équipe avec son chien, obligatoirement, sinon on oublie :-D  

Que demander de plus? 

Happy Hoopers…

(une petite introduction aux Hoopers sera présentée au Dog’n’cat Swiss Festival (palais de Beaulieu, Lausanne) – les 27, 28 et 29 octobre prochainsjuste un petit « apéro » pour se faire envie j’espère – sinon des cours d’initiation par demi-journée – pour les plus courageux – et peuvent être organisés dans vos clubs également sur demande)