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Méthode ou pas méthode?

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Ceux qui me connaissent et ont suivi mes écrits et/ou mes cours savent que je suis peu friande de la formule magique de «méthode(s) positive(s) »  que je prononce souvent avec une petite grimace affligée parce que, parfois, je dois me servir de la formule universelle pour une compréhension rapide.

Dans un premier temps,  je bute sur le mot « méthode » : d’origine grecque, cela signifie le «chemin » : celui qui peut nous amener à un but précis.

On peut donc comparer nos méthodes respectives pour obtenir un « donne la patte », un «rouler-bouler » ou une marche en laisse détendue et, puisque je reste convaincue que plusieurs cerveaux sont toujours plus efficaces qu’un seul, vive le partage de connaissance et, donc, de méthodes  :-D

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Je réfute par contre le mot méthode pour définir l’inspiration d’une éducation parce qu’elle porte avec elle cette idée de « but », de finalité atteinte (ou non) qui va nous permettre de décréter que « ça marche » ou « ça ne marche pas ».

But atteint : « ça marche » but non atteint : « ça ne marche pas »  8-)

En définitive, quel est donc ce but sinon, encore et toujours, l’obéissance

Si on n’obtient pas la fameuse « obéissance » on pourra décréter que cette « méthode » ne fonctionne pas et retourner à une autre méthode (toutes celles qui consistent, en gros, à menacer, faire peur, faire mal, stresser et contraindre).

Rien de plus logique après tout, pourquoi s’entêter à appliquer une quelconque méthode qui ne fonctionne pas ?  :roll:

Si on réduit l’approche d’une éducation à son résultat, on reste dans la même dimension que nous propose toute éducation dite « traditionnelle » : le but, la finalité, l’efficacité bref, l’obéissance  ;-)

On n’aura surtout pas décollé de l’idée que le chien, après cent mille discours, doit nous obéir peu importe comment on va y arriver.

Soit il obéit, et nous avons été efficaces, soit il désobéit et nous avons été inefficaces (et notre éducateur et ses méthodes avec nous).

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C’est ce qui fait l’immense succès, trop souvent, de certaines vidéos sensationnalistes d’éducateurs d’un autre temps / planète / dimension qui nous montrent, au départ, un chien plus que menaçant et, une poignée de minutes plus tard, un chien qui ne bouge plus: « wow, ça marche » (s’exclame le badaud de Youtube)  ;-)

Il a arrêté de montrer les dents, grogner, essayer de nous mordre, nous sauter dessus ou quoi que ce soit d’autre et, en définitive, c’est tout ce qui compte (vraiment?)  :roll:

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C’est précisément la même optique que dans l’éducation de l’enfant, au final, quel que soit le chemin, l’enfant DOIT obéir à ses parents et démontrer à la société qu’ils sont de bons parents (compétents et efficaces, qui n’auront pas mis au monde l’enfant « roi » honni de tous).

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C’est d’ailleurs précisément dans cette vision antique et patriarcale (l’enfant nous DOIT le respect, bref, il obéit quoi) que réside notre attachement maladif aux méthodes coercitives et pas aux théories proposées, puis réfutées sur les meutes des loups (dont pas mal de propriétaires ignorent absolument tout de toute façon).

A mon sens, l’immense majorité des propriétaires aura plus tendance à voir Youki comme un membre de la famille à rendre socialement acceptable que comme un fier descendant du loup, quoi qu’on en dise

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Je me suis ensuite tournée, vers l’étiquette « d’éducation bienveillante » (la bienveillance étant d’adopter une disposition favorable au bien être d’un autre, ce qui semble a priori une bonne idée).

D’après le « Dictionnaire étymologique de la langue françoise » (B. de Roquefort, 1829), bienveillance ne vient pas de « benevolentia » mais de « bona vigilantia » – à savoir le fait d’être attentif (même racine que vigie, vigilance). Bienveillance, dans le langage courant actuel, est devenu un synonyme de « gentillesse » alors que, en vérité, ce serait plutôt d’exercer l’attention, de « veiller sur » (on peut ajouter le bien-être et les deux sens se rejoignent).

« Veiller sur » (l’intégrité) peut impliquer, voir justifier de contraindre, obliger, bloquer ou, en tous cas, on peut sincèrement le croire…. outre au fait que personne n’a jamais été en «100% positif » malgré les affirmations de quelques uns (chez qui on voit évidemment, et inévitablement, des montagnes de punition et renforcement négatifs).

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On peut s’imaginer bienveillants « pour la bonne cause » ou estimer que la fin justifie les moyens : c’est le fondement même de toutes ces tirades parentales « je ne suis pas ta copine, je suis ta mère » ou de ces soit disant éducateurs qui vous balancent « il vaut mieux un collier électrique que l’euthanasie ».

Une éducation consciente (autre terminologie barbotée sur les blogs d’éducation évidemment) est le type d’éducation qui se pose des questions compliquées (certes) mais indispensables comme la simple pertinence de nos attentes et demandes :

est-ce que ce que je demande à mon chien est nécessaire, indispensable, utile, justifié, acceptable, etc.?

  • à quel point cela limite / modifie ses besoins en tant qu’espèce et en tant qu’individu et quelles pourraient en être les conséquences ?
  • comment compenser ce que j’enlève potentiellement au chien par autre chose, qui sera également renforçateur (plaisant)  pour lui/elle?
  • comment vais-je lui donner les compétences dont nous avons besoin dans notre contexte? 
  • ai-je moi-même les compétences pour transmettre ces apprentissages ?
  • comment faire en sorte que la FONCTION de son comportement actuel (et inacceptable pour moi ou socialement) soit respectée et qu’il obtienne un résultat identique par le biais d’un autre comportement acceptable ?
  • comment éviter la frustration, la colère (et donc l’agressivité souvent), ne pas provoquer la peur (ou l’atténuer) ? (je ne parle même pas de la douleur physique évidemment).

Tout ça demande des connaissances approfondies de l’espèce et implique l’intervention de toutes sortes de sciences différentes (vétérinaire, éthologie, neurosciences et science du comportement).

Evidemment, jamais un éducateur canin (ou quiconque d’ailleurs), aussi féru et friand de connaissances soit-il, ne pourra devenir un interlocuteur de choix dans toutes ces sciences, même s’il ne peut en ignorer complètement aucune.

La science est l’unique base solide que nous avons sur laquelle fonder nos convictions: si vous réfutez la science et le fait qu’elle doit s’auto-corriger en permanence, vous plongez les pieds joints dans un quelconque culte de la personnalité (« Untel » devient populaire sur les réseaux sociaux même s’il fait n’importe quoi) qui ouvre la porte à des débats sans fin et sans but.

En discutant d’une approche ou une autre, j’entends parfois les gens me dire « lui/elle, je l’aime bien » ou « elle/lui, je ne l’aime pas du tout ».

A partir de là, ce que lui ou elle dit ou fait est bien ou mal selon le degré de notre affection ou désaffection… On oublie, souvent, de garder une objectivité scientifique sur ce qui se dit ou fait

Tout ceci fait appel à notre savoir, notre formation continue, nos lectures en autodidacte (et pas qu’en éducation canine, de préférence) et contribue à construire les professionnels que nous sommes – quand on est réellement formé, on ne peut, en définitive, que basculer du côté d’une éducation consciente car on a, à tout jamais, métabolisé que les besoins, les émotions d’un être vivant représentent un monde infiniment plus vaste que la simple et pauvre « obéissance ».

L’obéissance ne nous intéresse plus vraiment, nous parlons de compétences, de comportements renforcés, d’émotions respectées, d’environnements adaptés.

C’est également pour ça que j’affirme souvent que, porter une pochette remplie de friandises et même un clicker à la main ne nous définit pas, d’emblée, comme des éducateurs « en positif » (si les questions au dessus n’ont jamais été posées, nous sommes, probablement, à peine moins maltraitants que ceux que nous dénonçons).

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L’idée n’est pas : « tu y arrives en tirant ton chien » versus « j’y arrive en l’attirant par une saucisse » (alors que le débat, souvent, s’arrête là) – mais se poser une salve de questions sur le contexte, les capacités, les émotions, les opérations de motivation d’un individu unique dans un environnement unique. 

Il ne s’agit pas de contraindre à coups de saucisse comme d’autres contraignent par la force en ménageant la perception que nous avons de nous-mêmes  :lol:

Au cœur même du choix de l’éducation canine que nous voulons est la conscience que, finalement, nous imposons à un animal de cohabiter avec nous (personne ne lui demande réellement son avis après tout) et que, dès lors, nous lui devrions d’avoir plutôt moins d’exigences et plus de vraies compétences pour l’aider à comprendre ce monde humain qu’il n’a fondamentalement pas choisi ;-)

Au plus profond de notre démarche, finalement, il y a le respect que nous avons de cet animal qui partage notre vie (qui implique de lui offrir du mouvement physique, des occupations mentales, une alimentation adéquate, des choix quand c’est possible, une vie sociale, des activités adaptées à ses besoins, etc. etc.).

« Méthodes positives »  est vraiment une formule très étriquée pour expliquer cette prise de conscience d’une approche globalement respectueuse de l’animal, des animaux qui partagent nos vies.

Encore plus étriquée quand elle vise à englober toute notre réflexion personnelle en constante élaboration, notre créativité en tant qu’éducateurs canins, notre capacité d’observation, notre connaissance de l’espèce  avec laquelle nous travaillons, nos connaissances scientifiques…

Une éducation consciente nous aide à regarder nos erreurs en face et de les reconnaître comme l’expression de NOTRE frustration (ou de notre manque de connaissances) sans chercher à les déguiser en « éducation » avec complaisance.

Parce que, une fois qu’on a appris à « voir », on ne peut plus arrêter de voir, une fois qu’on sait, on ne peut plus se mentir à soi-même ;-)

Je n’ai jamais trouvé une étiquette quelconque qui puisse définir tout ce que j’exprime globalement dans cet article et je ne vous en suggèrerai donc pas, les mots sont vides quand on ne les remplit pas soi-même (et chacun les remplit avec son propre bagage) mais abandonnons, malgré tout, celle de « méthode positive » quitte à devoir quelques explications supplémentaires à vos interlocuteurs :-D

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« Je m’engage à enseigner, utiliser et faire la promotion de principes et techniques d’enseignement excluant toute forme de violence et de coercition – respectueuses de l’animal et de son propriétaire » (KPA pledge)  :-D

Le « NRM » – on en parle?

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Il y des questions qui reviennent régulièrement sur la table et suscitent une curiosité légitime en apprentissage… le NRM est, décidément, une de ces thématiques qui fait systématiquement l’objet de questions en stage ou pendant mes cours ou sur les pages d’éducation canine  ;-)

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Qu’est-ce donc que le NRM avant tout ?

C’est, en anglais, le « non reward marker » ou, en français, « le marqueur de non renforcement »  : en plus clair, ce petit mot que bon nombre d’éducateurs utilisent et préconisent, du style « oops », « raté » « non » ou autre mot qui informe le chien, de manière présumée pacifique, que ce qu’il vient d’effectuer n’est pas ce que nous attendions.

On parle donc d’un marqueur (un mot spécifique, toujours le même) qui annonce au chien que le renforçateur (la friandise, le jeu ou autre) n’arrivera pas.

Tout comme le clicker annonce l’arrivée de choses plaisantes, le NRM annonce qu’elles n’arriveront pas  ;-)

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Si cette thématique revient sans cesse, c’est généralement pour connaître la « valeur ajoutée » de cette pratique, en clair « mais est-ce que ça marche ? », c’est ce que voudraient savoir mes stagiaires en général  ;-)

Au delà de la valeur ajoutée, la question principale reste pour moi « cette pratique est-elle compatible avec une éducation dite positive » ?

Les éducateurs qui emploient ce fameux NRM, expliquent souvent que tout est information et que l’information est rassurante pour le chien : il reçoit un feedback immédiat sur ce qu’il vient de faire et pourrait, dès lors, éliminer cette action comme inefficace pour en adopter une autre.

Dans ce sens, le feedback serait rassurant et non punitif.

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En effet et dans l’absolu, un « ne va pas par là » devrait être presque aussi utile qu’un « va par là » (presque, parce qu’évidemment, le « ne va pas par là » ne vous informe en rien sur le chemin à prendre). 

Avoir le plan de tous les pièges à ours dans une forêt est tout aussi utile qu’un plan qui vous montre le chemin à suivre… vous traversez la forêt en évitant les pièges (seule votre émotion change quand vous passez votre temps à éviter un aversif plutôt qu’à surfer sur un chemin sécurisé).

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Je donne souvent l’exemple d’un jeu télévisé où, quand vous donnez une bonne réponse, vous obtenez un « jingle » qui vous annonce des gains et, en cas de mauvaise réponse, un «buzz » qui lui vous annonce clairement qu’aucune forme de récompense ne va arriver.

Si vous vous imaginez dans la situation où vous allez entendre le « buzz » encore et encore (et encore)je vous laisse imaginer votre émotionnel au moment où celui-ci se déclenche ?

Resteriez-vous neutre ? Ne modifie-t-il pas votre état émotionnel ?

J’en doute fortement.

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Le « buzz » sera conditionné à un état d’esprit spécifique qui, à mon sens, ne génère ni joie, ni envie d’entreprendre.

Il n’est pas punitif, me dit-on  ;-)

Difficile à croire pour moi… si on s’en tient à la définition même de la punition.

Une punition est quoi que ce soit qui, arrivant immédiatement après un comportement, diminue la fréquence de ce comportement à l’avenir, elle est, par définition aversive.

Un aversif conditionné est un quelconque stimulus qui, au départ est neutre (n’a pas de signification particulière, tout comme le clicker au départ n’en a pas non plus) mais qui, rattaché de manière systématique à quelque chose de déplaisant, devient également déplaisant (si je me réfère encore une fois à mon « buzz », il devient très rapidement aversif vu qu’il me prive de quelque chose que je souhaite ardemment obtenir).

Que la punition « fonctionne » est un fait en science du comportement (en effet, on ne peut parler de « punition » que quand le comportement a diminué – c’est donc le comportement futur qui va nous informer si ce que nous avons entrepris était punitif ou pas, que nous l’ayons fait volontairement ou pas).

En conséquence, si le NRM « fonctionne », il est par définition punitif (puisqu’il diminue la fréquence d’apparition d’un comportement) et s’il n’est pas punitif, il ne sert à rien ☺

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L’idée du NRM véhiculé de manière complètement neutre chez les êtres de langage et d’émotion que nous sommes me laisse plus que perplexe et dubitative : j’entends trop d’éducateurs s’éclater dans des « yeeeesss » ou « ouiiiii » euphoriques pour croire, un seul instant, que le « raté » ou le « oops » ne véhicule aucune émotion ☺

… et, si nous y mettons notre émotion, comment imaginer qu’elle n’influence pas, à son tour, l’émotionnel du chien ?

On pourrait concéder à la réflexion qu’un minimum d’émotion désagréable n’est pas un drame insurmontable s’il sert une stratégie spécifique qui doit emmener le chien vers le succès mais, en clicker training, il n’a jamais été question de laisser l’animal patauger dans l’erreur sans le moindre feedback, bien au contraire.

Refaire, encore et encore, la même chose en s’attendant à un résultat différent est, à mon sens, la plus grossière erreur qu’on peut commettre en clicker training.

Dès la première erreur, une modification de la stratégie (du shaping plan) s’impose immédiatement.

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L’erreur est amplement utilisée par certains éducateurs et pas des moindres : « laissez-le sortir de la cage » (il va prendre la porte dans la poire) « laissez-le essayer de prendre les friandises dans la main »  (votre main se ferme devant le nez du chien)… dans tous ces cas, on voit clairement le chien détourner la tête, cligner des yeux, reculer imperceptiblement ou franchement aboyer sur l’éducateur  :-|  (encore vu dernièrement dans une vidéo d’une très célèbre trainer). 

bref, tous les signes de la frustration imminente ou déjà très présente.

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Personnellement, je ne le préconise absolument pas… dans une séance de clicker training, votre chien n’apprend pas juste le comportement que vous êtes en train de travailler mais il se fait une idée très précise de ce que signifie le fait de travailler avec vous.

L’erreur génère du stress et de la frustration, une diminution de la réponse (moins de comportement), voir, chez certains chiens, l’apathie totale (les pessimistes ou ceux qui ont un peu trop dégusté la punition dans le passé et, pour qui, le NRM est devenu le signal de l’arrivée imminente d’une punition plus musclée).

L’erreur ne génère ni enthousiasme ni envie, ni joie ni confiance.

Pour finir, parfois le NRM se métamorphose dans un espèce d’ultimatum « fais ça ou tu vas voir » – comme le « un-deux-trois » de nos parents qui nous façonnaient à ne répondre qu’au fatidique « deux et demi » ☺

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Je me rappelle d’une personne qui, en agility, répétait « raté » d’un ton de plus en plus excédé à son chien lors de ses erreurs successives (mais ne changeait absolument rien à ce qu’elle était en train de faire) avant de mettre le chien en voiture (ce qu’elle estimait être une punition et que, personnellement, je soupçonnais fortement d’être un magnifique renforcement négatif).

Je n’ai jamais vu son comportement évoluer dans le sens qu’elle souhaitait  :roll:

Ce qui ouvre tout grand la porte à la construction d’un comportement superstitieux : si le chien réussit ensuite (parce qu’elle aurait modifié la position de son corps par exemple, je peux vous en parler moi qui suis une si piètre conductrice), le « raté » prend une valeur qui n’existe pas dans les faits mais il sera considéré comme efficace par l’humain qui l’utilise.

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Il est tout à fait plausible d’imaginer que, pour certains chiens ultra motivés dans une quelconque activité (notamment sportive), l’utilisation d’un NRM ne diminuerait pas la réponse des comportements suivants mais l’erreur, et la répétition et le manque de renforçateur, sont stressants même pour ces chiens et je doute que le travail en soit amélioré, au contraire.

Avec d’autres chiens, l’échec est dévastateur et le NRM suffit amplement à les désengager du travail.

Entre frustration et apprentissage sans erreurs (ce qui est évidemment un but à atteindre) à travers la modification immédiate d’une stratégie après un click manqué, mon choix est rapidement fait… et vous ?

Happy Training (avec ou sans NRM)  :-D

qu’importe le flacon…

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Il y a quelques jours, au hasard d’un statut Facebook, j’ai lu que demander « assis, couché debout » au chien était une preuve de notre besoin de contrôle et de domination sur celui-ci…

Si je peux parfaitement comprendre le concept que voulait certainement véhiculer ce statut, je l’ai trouvé symptomatique  d’une certaine conception du chien de compagnie (et, là dedans, j’inclus tous nos chiens sportifs et qui se consacrent, avec plus ou moins de plaisir et bonheur, à toutes les activités canines existantes sous le soleil).

Je me suis souvenue de ma présence à la SPA il y a bon nombre d’années, pendant que j’attendais patiemment l’employé qui devait me rendre mon chat égaré et retrouvé (et de fort méchante humeur par ailleurs, pas l’employé… mon chat) et que j’ai donc assisté aux dernières minutes d’une adoption : un Monsieur, trente secondes après avoir pris possession de la laisse à laquelle était attaché un jeune et grand chien fraîchement adopté, lance un très tonitruant « au pied !» :roll:

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Le chien qui avait l’air de comprendre cet « au pied » à peu près comme je comprends l’hébreu, a continué à faire ce que fait un chien de SPA fraîchement sorti de son box… à savoir, bondir dans tous les sens et tirer pour sortir de l’immeuble au plus vite (laisse = bénévoles plus ou moins compétents qui viennent me sortir de mon box, youpiiie).

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Le « au pied » est devenu plus péremptoire avec une 2ème tentative. Au 3ème « ordre » (le ton employé était tout à fait celui d’un chef de régiment), le chien s’est pris une secousse magistrale sur son collier :roll:

Oreilles qui se plaquent contre le crâne, queue qui descend, regard furtif : le chien accuse le coup… mais pas longtemps, il en a vu d’autres, et recommence à faire le fou cinq secondes plus tard  :roll:

Le Monsieur a quitté la SPA laisse très courte, tout en continuant de claironner un « au pied/au pied» non seulement parfaitement inefficace (vu qu’il n’est pas rattaché à un quelconque apprentissage) mais qui n’allait pas tarder à être associé à la crainte et à la douleur.

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Cet « ordre » restera porteur de ces émotions peu agréables, tant il est vrai que Pavlov «est toujours sur notre épaule» et que quelles que soient les couches de conditionnement qu’on va ensuite tenter de mettre par dessus par la suite, cette émotion ne s’en ira pas :-|

Si cet « au pied » est suivi d’une panoplie « d’ordres » tout aussi bien transmis, l’émotion néfaste risque allègrement de s’étendre à l’humain même qui la cause (ce qui ne va pas faciliter la vie du chien mais pas, non plus, celle du « maître »).

Tous les êtres vivants sont programmés pour réagir plus vivement et de manière plus définitive à ce qui est aversif (en clair : tout ce qui fait mal, peur ou met notre bien-être ou notre vie à mal ou carrément en danger) plutôt que à ce qui est agréable et positif.

Les raisons éthologiques sont parfaitement évidentes : si vous « ratez » un danger mortel, il n’y aura pas de 2ème chance de faire mieux, si vous ratez quelque chose de plaisant, c’est certes dommage, mais vous êtes toujours en vie et donc tout à fait susceptible de retrouver une autre gratification ou la même, répétée  ;-)

C’est un mécanisme de survie 8-)

Si ce chien finit par comprendre (malgré l’incohérence de son « maître ») que, pour échapper à cette secousse sur ses cervicales, il peut se tenir tranquille, il est possible que cela fonctionne et que le chien « obéisse » comme unique moyen de contrôle de son environnement (savoir comment échapper à la douleur et pouvoir le faire est un contrôle de son environnement en effet).

Avoir compris comment échapper à quelque chose de très déplaisant est plutôt une bonne affaire et peut donner des chiens très « obéissants »…

Si je vous donne un mode d’emploi pour échapper à une punition, disons « quand la lumière bleue s’allume, asseyez-vous pour éviter une secousse électrique » – vous m’en serez un peu reconnaissants… c’est déjà ça, personne n’a envie d’être électrocuté :-|

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Par contre, vous allez vivre dans la crainte et l’attente de cette lumière bleue, vous ne serez jamais serein, jamais tranquille, jamais détendu – il vous faudra toujours contrôler l’apparition de la lumière bleue et vous la redouterez (mais vous allez vous asseoir quand elle apparaît).

Pour un peu que vous ne n’ayez pas cru mon « mode d’emploi » sur parole, vous aurez pris la secousse la première fois et la lumière bleue vous fera peur pour le restant de vos jours  :-|

Tout ça pour en arriver au concept que, pour le chien « assis » « couché » « debout » mais également « twist », « roule » ou « donne la patte » sont juste des comportements, tous logés à la même enseigne a priori :lol:

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A savoir, l’humain émet un son que j’ai appris à reconnaître je produis un comportement il y a une conséquence = apprentissage (et une émotion qui s’y attache, inévitablement, toujours).

Ce qui, en apprentissage bienveillant, serait plutôt : je produis un comportement je l’associe à un son de l’humain conséquence plaisante (et ce signal devient un renforçateur secondaire).

Un signal qui aura valu une ou des punitions au chien ne sera jamais un renforçateur secondaire et, si vous l’incluez dans une chaîne de comportements, vous allez vite vous en apercevoir :-|

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Je travaille avec suffisamment de clients pour constater, encore et encore, que nous sommes ceux qui faisons cette distinction très humaine entre « obéissance » et « ludique » et nous ne la faisons pas à moitié  :lol:

Les « assis, couché, debout, reste, pas bouger » sont rarement véhiculés joyeusement et la menace est souvent limpide pour le chien, dès le début.

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Je le constate pratiquement tous les jours : on dit « twist » d’un ton joyeux et amusé et, si le chien fait « rouler-bouler » à la place parce que le signal n’est pas encore tout à fait en place, on en rit volontiers (« c’est pas bien grave »)  :lol:

Par contre, quand on dit « couché » au chien, c’est très souvent (presque toujours) d’un ton de sergent-major en pétard et on est dans une dynamique « d’ordre » et sûrement pas d’information, encore moins d’une opportunité de renforcement :-|

Je travaille souvent avec des chiens très craintifs, avec qui nous mettons tout en œuvre pour minimiser leur anxiété : arrive le mot de « rappel » (par exemple) et il est, dès le départ, tellement péremptoire et stressant, qu’il ressort comme celui à éviter absolument (tu as l’air fâché, je préfère rester éloigné).

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D’où l’utilité, puisque NOUS sommes des êtres verbaux (contrairement au chien) d’utiliser un terme qui nous met dans une émotion différente, comme « bingo » ou « bonbon » (ou ce que vous voudrez qui est, pour vous, rattaché à une émotion agréable)  ;-)

Si je dis « reste » à mon chien parce qu’une voiture va arriver, c’est sérieux : il en va de sa vie (notez qu’on peut le mettre en laisse).

Moins important pour le chien mais souvent très important pour nous, si je te dis « reste» en cours collectif d’éducation, je veux montrer à tout le monde que j’ai bien éduqué mon chien (et, donc, que je suis un humain compétent et capable, ce qui est gratifiant)  :-D

Ce que démontre le chien (ou pas) en faisant ce qu’on lui demande.

Si, justement, il n’exécute pas (parce qu’il a appris dans votre cuisine ou votre jardin et que l’apprentissage est trop léger pour résister à la présence de congénères, d’inconnus, des effluves de taupes que lui signale sa truffe), nous entrons immédiatement dans un mode « désobéissance » assez peu indulgent ;-)

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Pour des raisons morales, philosophiques, logiques, utilitaires la plupart d’entre nous sommes (plus ou moins) convaincus du bien de l’obéissance aux « lois » et du fait qu’elles sont nécessaires à la sécurité et nous protègent contre les risques et le mal – au moins autant que nous avons appris à craindre la sanction (légale ou la simple réprobation sociale).

…pour le coup, les quelques humains entre nous qui sont moins régis par ce besoin d’approbation sociale et le revendiquent vont souvent s’enorgueillir d’avoir un chien « mal élevé », « créatif » ou « rebelle » (nos définitions).

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C’est la preuve (par notre chien, ce qui assez amusant) que nous ne sommes pas des abrutis de l’obéissance, des fondus de la discipline, des obsédés de l’ordre convenu et du contrôle de l’autre et que nous reconnaissons la « liberté » du chien d’être lui-même.

Notons que cette interprétation du monde a ses limites à moins de vivre dans un désert… en effet, il y aura toujours un moment où nous serons obligés de limiter la liberté du chien (tout comme la nôtre d’ailleurs ou celle de nos enfants), ne serait-ce que pour sa sécurité et celle des autres (ou pour nous éviter des ennuis, aussi).

Tout le monde reste parfaitement libre d’enseigner 150 comportements à son chien ou d’en enseigner deux ou trois parce qu’ils sont nécessaires.

Il n’en reste pas moins vrai que travailler sur un comportement, est travailler sur un comportement et une même identique démarche quel que soit ce comportement :-D

Un « twist » peut être aussi solide, bien appris, renforcé, qu’un « reste » (ou autre « ordre ») et inversement.

Un « reste » peut être aussi fun, solidement attaché à du renforcement et donc à une belle émotion qu’un « rouler-bouler » et inversement.

Nous seuls faisons la distinction entre « important » ou « accessoire », entre « chien obéissant » et « chien rigolo » (ou « de cirque » pour les détracteurs), entre chien qui sauve des vies et chien qui fait du dog dancing… pour le chien, tout ça n’est QUE comportement (et émotion rattachée à celui-ci) :-D

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Si votre chien apprend « assis » « couché » « debout » de la même identique manière (haut taux de renforcement, renforcer la durée, un signal de libération clair, pas de menace ressentie) qu’il apprend des comportements ludiques – ces mots seront à tout jamais rattachés à une émotion agréable, plaisante — et donc souhaitable — et leur apparition dans votre langage sera tout à fait la bienvenue, un « feu vert » vers un renforçateur et quand, plus de renforçateur systématique, le comportement lui-même sera devenu un renforçateur secondaire, fort de sa portée émotionnelle positive (ou le contraire, évidemment).

Si tous les comportements de votre chien sont appris de cette manière, les produire sur signal est une excellente affaire pour le chien et, s’il ne les fait pas, à vous de vous demander si l’apprentissage est vraiment terminé, s’il est généralisé, conceptualisé, flexible ou encore uniquement inhérent à un contexte précis.

Bref, il faut encore travailler plutôt que « mon chien désobéit » ;-)

Il est évident que la manière de donner ces signaux est fondamentale : si le « couché » est utilisé pour interrompre quelque chose que le chien souhaite faire, il devient punitif, si le «assis » est donné après que le chien ait sauté sur vos invités et qu’il est, ensuite, renforcé, vous créez ainsi une jolie chaîne de comportements qui renforce le fait de sauter sur les invités.

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Si vous demandez quelque chose et que, face à l’inertie du chien, vous continuez de demander sans strictement rien changer dans l’environnement, vous construisez un signal qui devient « assis, assis, assis, assis » plutôt que, simplement « assis » (dans le premier cas, le chien finit par s’asseoir pour se débarrasser de la pression que vous êtes en train de créer)  :-|

En définitive, très peu importe ce que vous apprenez à votre chien, s’il doit faire donne la patte, cibler votre main ou faire couché quand les invités arrivent… ce qui importe c’est comment vous aurez appris un quelconque comportement.

Si vous vous dites que vos « assis » « couché » « débout » (ou tout autre comportement) pourraient être une meilleure nouvelle pour votre chien, considérez de changer vos signaux en reprenant l’apprentissage (pour ce que le chien en a à faire, ça pourrait être « fraise » «pistache » et «concombre » d’ailleurs).

Qu’un chien ait 150 comportements à son actif ou seulement trois, il peut être dans une émotion positive ou très désagréable quand ils ont donnés, selon quand, comment, ils sont donnés et comment ils ont été appris  :-D

Bref, le voyage est plus important que la destination :-D

Avoir une pochette pleine de « récompenses » n’est certainement pas suffisant ;-)

Happy training :-D

Il n’aime pas les friandises

Il existe des phrases qui sont le pain quotidien de l’éducateur canin et elles sont légion ;-)

Un grand classique de l’éducateur canin qui travaille essentiellement avec des renforçateurs alimentaires (pour faire simple « la friandise ») c’est «mon chien ne s’intéresse pas aux friandises»   :lol:

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… ce à quoi, je réponds le plus souvent « … pas encore »  :-D

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Précisons d’emblée qu’un être vivant qui ne mange pas est en danger : dans les zoos, le fait de ne pas manger correctement est souvent le premier signal d’alerte, qui précède souvent tout autre indice ou symptôme que quelque chose ne va pas (santé, anxiété, peur, méfiance, mauvaises conditions de détention) et il est immédiatement source d’inquiétude pour le soigneur consciencieux (quoi qu’on pense des zoos et autres parcs animaliers, il existe des soigneurs consciencieux). 

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J’héberge actuellement (momentanément) un perroquet sevré façon «McDonald», son assiduité et enthousiasme aux gamelles maison de graines germées, légumes, fruits (etc. etc.) que je lui prépare amoureusement restent pour moi la meilleure information (même si ce n’est pas la seule évidemment) de son bien-être général (en effet, je ne suis pas spécialiste du perroquet même si, en quelques semaines, mes connaissances rudimentaires ont augmenté de manière exponentielle). 

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Ne pas « être motivé » par la nourriture est un concept inexistant : dès que votre chien se lève et marche vers sa gamelle, il est « motivé par la nourriture » (dans le cas contraire, il y a un ou des problèmes à considérer urgemment).  

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Je passerai brièvement sur le fait que cette affirmation arrive souvent alors que je me trouve face à un chien en léger (ou pas si léger que ça parfois) surpoids et, par conséquence, n’a pas une énorme motivation à produire des comportements pour un petit biscuit industriel inodore et insipide et dur comme un caillou (ce que certains propriétaires achètent souvent car « ça ne salit pas les poches »)  ;-)

Un conseil? Salissez vos poches et pochettes  :-D

Un chien en surpoids est, évidemment, un chien qui mange trop en relation à son rythme d’activité – quand la gamelle de croquettes est en « libre service », on a rarement l’impression de le voir manger goulument vu que, tout au long de la journée, il picore (et, à force, finit par trop manger). Par ailleurs, il est perpétuellement en train de digérer une alimentation qui n’est pas forcément la plus digestible possible  :-(

J’entends aussi souvent des clients m’affirmer que  «le véto a dit que son poids était bien comme ça » – n’oubliez pas que, au final, vous êtes les clients de votre vétérinaire et que, à moins d’une obésité morbide, son souci est souvent de ne pas vous vexer ou vous contrarier… il est fort possible que, quand il vous dit que « tout va bien comme ça » il n’ait pas envie de s’engager dans une croisade diététique qui vous mettrait peut-être dans des dispositions peu agréables  ;-)

Je vous suggère, dès lors, quand vous demandez à votre vétérinaire ce qu’il pense du poids de votre chien de l’informer que vous appréciez son avis réel et pas une version «courtoise» ou politiquement correcte de la chose  :-D

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Chez mes clients qui nourrissent BARF (c’est-à-dire frais et cru), le pourcentage quotidien qu’ingurgitent certains chiens menant une vie relativement sédentaire excède parfois celui de chiens qui sont de vrais sportifs : une simple baisse de ce pourcentage et pas mal de difficultés rencontrées par ces propriétaires se résolvent d’elles-mêmes  :-D

Il ne s’agit en aucun cas d’affamer le chien pour qu’il collabore avec nous mais il est évident qu’après un repas festif gargantuesque précédé d’un sérieux apéritif, je serai moins réceptive à des mignardises qu’après un repas normal ou léger (même si satisfaisant d’un point de vue nutritionnel). 

Vous aurez tous entendu parler du concept de « contrafreeloading »  (un comportement observé chez plusieurs espèces où le sujet, à qui on donne le choix de se servir librement de nourriture, choisit d’obtenir la même nourriture à travers des comportements).

On peut disserter longuement sur cette constatation qui semble peu intuitive (en effet, tout organisme cherche un effort minimal pour un résultat maximal) et on pourrait l’imputer, spécifiquement chez le chien, au plaisir d’interagir avec son propriétaire qui devient un renforçateur secondaire ou tertiaire (sauf que ce phénomène existe sans l’ombre d’un conditionnement préalable) mais il est intéressant de savoir que ce phénomène diminue avec l’augmentation de la faim il ne s’applique donc pas à des animaux « affamés » au contraire  ;-)

Au delà de la qualité, l’appétibilité d’une friandise et de l’appétit du chien, il y a l’art et la manière de la distribution à considérer. 

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En effet, utilisée comme « appât » (ou leurre) pour attirer le chien vers des activités ou des soins qu’on lui inflige, elle devient le signal de l’arrivée de quelque chose d’aversif (et devient, dès lors, une mauvaise nouvelle).

The Right Way to Do Lure Reward Dog Training

J’ai vu bon nombre de chiens montrer plein de comportements de stress face à la présentation de friandises fort appétissantes pourtant… le chien a intégré que quelque chose de très désagréable est en préparation.

Si vous sortez le « bonbon » du chien AVANT de lui imposer le bain qu’il exècre ou de débuter la pédicure qu’il redoute, vous transformez votre friandise en un signal d’alarme qui informe le chien que le pire va arriver…. d’où une méfiance considérable vis-à-vis de celle-ci.

Une méfiance qui, au fil du temps, peut se généraliser à tout environnement et situation – la peur se généralise très vite. 

Un renforçateur DOIT arriver APRES le comportement: il est une conséquence et pas un antécédent… quand on travaille avec un chien craintif, c’est absolument fondamental de vérifier que le chien (le chien, pas vous !) a vu, perçu ce qui fait peur pour, ensuite, l’associer à quelque chose de plaisant, pas l’inverse. 

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J’ai vu un jeune chien se précipiter dans la voiture dès que sa propriétaire sortait un ex-jouet adoré…

En effet, elle se servait de celui-ci pour attirer son chien sur du matériel d’agility où clairement, le chien n’était pas à l’aise.  Il était devenu l’information première du chien d’un moment anxiogène et contraignant.  A l’identique, ces méthodes anciennes de parsemer la « passerelle » ou la « balançoire » de friandises (le chien avance, capté par l’odeur pour s’apercevoir ensuite qu’on l’a emmené précisément là où il ne voulait pas aller). Sensibilisation, perte de confiance, méfiance envers les renforçateurs, voir envers la personne  :cry: 

Autre piège dans lequel nous tombons parfois, c’est la « surenchère » du renforçateur. Le chien ne produit pas de comportement avec la friandise X, on sort la friandise Y qui, elle, est plus appétente et, finalement, on finit par y aller avec Z, qui est le top absolu pour ce chien spécifique…

Certes,  il est plus que légitime (et même vivement recommandé) de prendre note que votre chien n’apprécie pas énormément X et seulement moyennement Y mais ne passez pas successivement de X à Z dans une même séance et contexte : votre chien aura vite fait de comprendre que, s’il ne participe pas, le salaire augmente (et donc pourquoi participerait-il  dès le départ ?)  ;-)

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Des séances clicker training mal construites, improvisées sans « plan de shaping », un rythme de renforcement inadapté (et donc des critères trop exigeants) peuvent très bien finir par dégoûter votre chien de ces moments spécifiques… tout événement se voit associé à une émotion, attention  à celle que vous construisez, séance après séance. 

Shaping Plan

Dernièrement, je me suis retrouvée devant un chien très craintif au sujet duquel la propriétaire m’a tout de suite informée « oh, les friandises ne l’intéressent pas »… on a fini notre séance d’éducation avec un chien qui boulottait allègrement mes bouts de jambon-fromage et cherchait même à voler le contenu de ma pochette  :-D

Au début de notre rencontre, je me suis assise par terre, sans le regarder et j’ai joué avec mes « bonbons » tout en parlant avec la propriétaire. Après une dizaine de minutes, le chien s’est approché lentement de moi et j’ai lancé nonchalamment un bout de fromage… à partir de là, sur plusieurs séances de 2 minutes par séance,  il s’est mis à bosser avec moi en remuant la queue (à la stupéfaction de la propriétaire qui voulait, à tous prix, avoir la « marque du fromage »). 

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Je n’ai pas de fromage magique… le chien a surtout apprécié que j’enlève toute forme de pression de notre échange et la possibilité qu’il a eue d’avoir « le choix ». Interagir ou partir (il est parti quelques fois au début d’ailleurs, au moindre bruit extérieur… mais il est revenu). 

Le choix de mon critère à cliquer était évidemment plus que modeste et donc à la portée de ce chien très peu opérant. Nous avons ensuite pu continuer à travailler alors que le chien du voisin aboyait, ce qui, en temps normal, est son déclencheur ultime.

Si on vous servait du champagne à chaque fois que votre vie va mal ou que vous recevez une mauvaise nouvelle, il n’aurait pas pour vous cette dimension festive qui fait boire du champagne à tant de gens, sans même vraiment savoir s’ils aiment vraiment ça  ;-)

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Les éducateurs compétents en clicker training sont un peu les « rockstars » de la friandise – ils savent la manier, ils savent quand et comment l’utiliser, quand la donner et ils finissent souvent avec cette réputation du « bonbon magique »  qui fait que le chien travaille avec l’éducateur plus volontiers qu’avec le propriétaire alors que nous avons précisément la même chose dans nos pochettes respectives (mais, ce qui génial c’est que tout s’apprend)  :-D

On peut également se construire un chien qui veut bien manger mais donne l’impression qu’il n’est guère disposé à produire un quelconque comportement pour obtenir son « bonbon »…

Je vois beaucoup de mes clients, munis de pochette, tomber dans une distribution «mécanique »  : le chien les harcèle un peu, la friandise sort de la pochette presque machinalement (et ils écopent de ma candide question : « tu renforces quoi là ? »).

Je n’ai vraiment rien contre la friandise occasionnelle « pour la relation » (comme je l’appelle affectueusement)… bien au contraire, je la préconise et je l’applique à mes chiens assez souvent mais elle arrive malgré tout dans un moment où nous sommes en harmonie.

Par ailleurs, je reste convaincue que l’immense majorité des propriétaires renforcent bien trop peu souvent : nous avons tendance à considérer notre « bonbon » comme une espèce de légion d’honneur majeure qui n’est distribuée qu’en cas de mérite majeur  ;-)

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Quel gaspillage d’occasions de se construire un chien focalisé, attentif, calme, engagé, etc.

Le fait de renforcer souvent et avec générosité ne doit pas occulter le besoin de considérer ce qu’on est en train de renforcer.   

Quand certains de mes clients constatent mon rythme de renforcement, ils prennent peur…. « aaah mais, il faut donner aussi souvent que ça ? ».  

Oui, quand vous êtes en plein apprentissage, oui, pour éviter de voir arriver la frustration, oui pour éviter que votre chien se désengage, oui pour construire des comportements résistants à l’environnement, oui pour construire une émotion agréable, cent fois oui… mais toute friandise est là pour renforcer un comportement spécifique, malgré tout – elle n’est jamais distribuée sans réflexion, bien au contraire. 

En agility, on voit souvent des gens « tugger » avec leur chien de manière complètement irréfléchie, alors que ce jeu a une valeur immense pour leur chien – notamment quand le coach parle ou explique (question d’occuper le chien). Souvent, le jeu n’arrive pas suite à l’exercice pratiqué (on écoute le coach parce qu’on est polis) et arrive bien plus tard, alors que le chien nous a aboyé contre ou nous saute dessus (on sort le tug)  :-|

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La « contingence »  (c’est à dire la « liaison » entre un événement et un autre) est fondamentale quand elle doit faire office de renforçateur. 

Si votre chien n’est pas malade, s’il n’est pas soumis à un stress intense (autre sujet) et s’il «ne s’intéresse pas à la friandise », je vous le re-dis : la réponse est « pas encore »  :-D

Happy Training ☺  

Life is for learning / 2

« Le contrôle, une nécessité biologique »  par la Dr. Susan Friedman

En éducation canine, il n’est pas rare d’entendre, parfois sur un ton légèrement (ou résolument) moqueur : « ton chien est en train de t’éduquer »  :roll:

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Pourtant, il est à la fois logique et inévitable que cela se produise : tous, et nos chiens aussi, oeuvrons dans le sens d’une conséquence qui nous sera profitable, c’est le contraire qui serait aberrant  :lol:

En clicker training, nous rendons le comportement possible, nous signalons, l’animal produit et c’est un signal clair, pour nous, de cliquer et renforcer… un dialogue constant où, si le travail est bien fait, tout le monde trouve son compte (ajout personnel)  ;-)

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Nous fonctionnons tous sur une séquence « action ==> effet produit » qui va nous amener à répéter cette action… ou pas  :-)

Cela nous donne à la fois un certain contrôle sur notre environnement (nous choisissons) et un retour en terme d’information (« essaie encore » / « fais autre chose » / « abandonne »).

En effet, peu d’entre nous vont retoucher et retoucher encore un même objet qui vient les brûler  :-)

Imaginez un monde qui ne nous offrirait AUCUNE faculté de contrôler les conséquences de nos choix : une perspective véritablement terrifiante.

… et cela existe bel et bien, on le sait tous  :-(

Tous les jours, dans les media,  nous regardons, écoutons et lisons — avec plus ou moins de compassion, d’effroi et révolte — que des individus, des populations entières, des ethnies sont sujettes à ce type de frustration, de douleur et de colère : toutes les injustices de ce monde concernent cette incapacité  totale à contrôler un environnement hostile.  

justice

Toute forme d’injustice débute en retirant le contrôle à sa victime, en niant sa possibilité de choisir. Qu’il s’agisse d’animaux ou d’humains. 

Nous connaissons tous les renforçateurs primaires (naturellement renforçateurs et, donc, inhérents à la survie) – le contrôle en fait naturellement partie : en effet, que deviendrions-nous sans le contrôle de nous enfuir en cas de danger mortel ?  ;-)

Une étude sur des nourrissons de 4 mois a comparé deux groupes distincts sur l’intérêt qu’ils pouvaient porter à leur « mobile » musical (qui n’est pas un téléphone portable mais cette chose que tous les parents auront accroché, sous différentes formes, au dessus du berceau de notre progéniture).

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Le premier groupe de nourrissons avait un contrôle direct sur le fonctionnement du mobile, le 2èmegroupe n’en avait pas et le mobile se mettait en mouvement de manière aléatoire (Watson, 1967, 1971).

Alors que, au début de l’expérience, le mobile provoquait sourires et mouvements chez tous les nourrissons, rapidement, seul le groupe de nourrissons qui avait un contrôle sur le mouvement de l’objet a continué à s’y intéresser de manière active.

Plus intéressant encore, le groupe de nourrissons qui pouvait contrôler le fonctionnement du mobile a montré une augmentation des comportements joyeux (sourires, vocalises, etc.) par rapport au groupe des nourrissons qui n’avaient aucun contrôle sur le fonctionnement de l’objet.

Si on se réfère, à l’étude britannique sur le contrôle en relation au « burn out » (mentionnée dans « Life is for learning 1″, ne pourrions-nous pas en déduire qu’un nombre grandissant de personnes dans notre monde a l’impression– justement – de ne rien contrôler du tout, de ne plus pouvoir choisir et de subir des circonstances qui les écrasent ?  Il n’y a qu’un pas à franchir entre cette constatation et le taux de « bonheur » dans certains pays.

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Un nombre impressionnant d’études sur les animaux (ouistitis, poules, veaux, cochons, etc.) démontre que, quand ces animaux peuvent contrôler, par un comportement préalablement appris, la chaleur, la lumière qui leur sont dispensées, leur comportement se révélait plus calme et moins agressif. 

Les animaux, comme les humains d’ailleurs, préfèrent qu’on leur donne un choix, même quand celui-ci n’apporte pas de plus value concrète (toutes les mamans savent qu’il vaut mieux dire « tu veux mettre tes chaussettes roses ou tes vertes ? » à son enfant récalcitrant plutôt que « mets tes chaussettes »)  :-)

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En maison de retraite, donner un certain nombre de choix aux résidents a démontré influencer l’humeur, la qualité de vie exprimée et la longévité (Leotti, 2010 – Langer, et al. 1976).

Sans même mentionner le concept du « contrafreeloading » (le fait que les animaux préfèrent obtenir de la nourriture sous forme de renforçateurs suite à des comportements appris, plutôt qu’en self service), maintes fois testé et répliqué sur les souris, les rats, les poules, les pigeons, les corbeaux, les gerbilles et les chats. Un concept qui s’applique à des animaux correctement nourris, en bonne santé et qui ne souffrent pas de la faim (un animal en privation sévère va se jeter sur la nourriture librement accessible). 

Manquer de contrôle sur son environnement est une source reconnue de stress (ce qui explique, par ailleurs, le faible taux de reproduction des animaux sauvages en captivité quand ils sont privés de comportements fondamentaux pour leur espèce).

Contraindre, lors d’une procédure vétérinaire par exemple, provoque une augmentation substantielle du rythme cardiaque et de la production de cortisol (aucun d’entre nous n’a besoin de connaître le taux de cortisol de son chien pour reconnaître ce stress). 

Ayant dit tout cela, la Dr. Susan Friedman nous rappelle que tout ne peut pas être un choix dans la vie de nos animaux et que si une approche la plus respectueuse possible est un but, nos animaux portent en eux la résilience nécessaire à la négation occasionnelle d’un choix.

La résilience fait cet heureux lien entre la contrainte totale et le choix absolu  :-)

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En conclusion, nous sommes sur terre pour agir et donc choisir et non pas pour rester passifs et subir, cela nous concerne nous et cela concerne les animaux qui partagent nos vies.

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Le besoin de contrôler notre environnement est un concept inné, il fait partie de notre bagage biologique et il est le produit de notre évolution à travers les âges, quelle que soit notre espèce.

Avoir des choix, contrôler ce qui nous entoure nous est aussi nécessaire que boire et manger. 

A nous de savoir reconnaître quand l’animal dit non, l’écouter, à nous de faire des efforts pour mieux reconnaître ces refus et à nous de trouver une harmonie entre donner le choix et le « vivre ensemble »  :-)

Travailler du chapeau…

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Dans une autre vie, je travaillais dans une multinationale et si j’ai souvent eu envie d’ouvrir un blog sur les tribulations d’une anarchiste dans l’âme dans cet étrange milieu (que j’ai cordialement détesté) – rendons à César ce qui lui revient, elle m’a mis en contact avec des gens intéressants, très souvent.

Parce que ma hiérarchie s’est soudainement éprise de la méthode et de son auteur, nous avons vu débarquer, à Lausanne, un certain Edward de Bono (passons sur ma première question à mon patron qui me parle de «Bono » et à qui j’ai demandé s’il voulait vraiment faire venir le chanteur de U2….c’était pas lui, dommage) – auteur de la célèbre méthode des six chapeaux (« The 6 Hats Method »).

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L’idée était de favoriser l’énergie créatrice et la résolution des problèmes lors des interminables réunions dont était fait notre quotidien – laisser une chance aux idées nouvelles sans les voir enterrées d’office parce que nouvelles. 

Bref, ce célèbre monsieur a débarqué des USA avec sa joyeuse équipe au grand complet et je n’oublierai jamais la vision de son bras droit, une femme d’une quarantaine d’années, qui dansait et virevoltait seule sur une gigantesque scène sur des musiques des « sixties » devant un parterre de cadres supérieurs médusés et complètement immobiles (elle leur avait d’ailleurs lancé un « ohhhh, you Europeans are soooo stiff » qui avait suscité chez moi une grande hilarité à cette époque).

Rigides ou pas, nous avons ensuite tous été sommés d’utiliser la méthode des chapeaux, dont le mode d’emploi était donné en réunion, sous forme de petites cartes élégantes imprimées à grands frais et mises en évidence dans tous les bureaux et salles de réunion (pour la petite histoire, peu de temps après l’hypothétique révolution des « 6 hats », les petites cartes sont restées dans un coin pendant que tout le monde reprenait ses vieilles habitudes tranquillement – la pensée latérale était clairement au dessus des forces de nos cadres supérieurs).

 Pour vous donner une idée (merci Wiki)les codes des chapeaux de couleur :

Le Chapeau blanc : la neutralité. Lorsqu’il porte le chapeau blanc, le penseur énonce des faits purement et simplement. C’est l’image de la froideur et la simplicité : le minimalisme.

 Le Chapeau rouge : la critique émotionnelle. Lorsqu’il porte le chapeau rouge, le penseur rapporte les faits teintés d’émotion, d’intuitions et de pressentiments. Il n’a as à se justifier auprès des autres chapeaux, le rouge c’est le feu, la passion, l’émotionnel et l’intuitif.

Le Chapeau noir : la critique négative. Lorsqu’il porte le chapeau noir, le penseur émet des objections qui soulignent les dangers, les risques en relation à l’idée. C’est l’avocat du diable, la prudence, le négatif.

Le Chapeau jaune : la critique positive. Lorsqu’il porte le chapeau jaune, le penseur admet ses rêves et ses idées les plus folles. Ses commentaires sont toujours constructifs et visent l’action. C’est le soleil, l’optimisme.

Le Chapeau vert : lorsqu’il porte le chapeau vert, le penseur provoque, cherche des solutions alternatives. Il s’inspire de la pensée latérale, il imagine une autre manière d’envisager le problème. Il sort des sentiers battus et propose des idées nouvelles. C’est la fertilité des plantes, la semence des idées, le renouveau.

Le Chapeau bleu : le meneur de jeu, l’animateur du groupe qui canalise les idées et les échanges entre tous les autres chapeaux. C’est le bleu du ciel qui englobe tout.

Cette approche « managériale » peut tout aussi bien s’appliquer en éducation canine et il est assez passionnant de déterminer sous quel chapeau votre client est installé et quel est le nôtre (et, en ce qui nous concerne, il est surtout intéressant de s’évertuer tous les chapeaux, un à un, tour à tour).

fluffy

En effet, prenons une propriétaire qui s’adresse à l’éducateur canin… elle vous appelle parce que Fluffy son caniche de 5 ans, récupéré d’une première famille, « aboie toute la journée, ne reste pas seul et veut mordre le voisin » : « il a certainement été frappé par un homme » – ajoute-t-elle  ;-)

« J’ai déjà tout essayé  et rien ne marche » vous dit-elle pour finir, « de toute façon, il est dominant ».

 Pour mieux comprendre, on peut, tour à tour, endosser tous les chapeaux  :lol:

 Le chapeau blanc (je ne peux pas écrire en blanc sur fond blanc) 

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L’absence de couleur, la neutralité s’attache uniquement aux faits. On reste donc neutre et objectif, en évitant l’interprétation.

A nous éducateurs canins de faire la part de ce qui est un fait (avéré), versus une opinion personnelle ou une anecdote peu significative.

  • Fluffy aboie (la propriétaire l’a entendu)
  • Fluffy aboie toute la journée (a-t-il été enregistré sur plusieurs heures ? comment le sait-on?)
  • Fluffy est un caniche (il a des papiers)
  • Fluffy est peut-être un caniche croisé (il n’a pas de papiers)

 Le chapeau rouge

redhatL’émotion se passe de justifications – la chapeau rouge nous informe sur comment la personne « se sent », ou ce qu’elle « ressent » rien de plus mais rien de moins et on doit en tenir compte absolument.

Si la propriétaire pense que Fluffy est « dominant », rien ne sert de balayer cette croyance d’une référence scientifique – si la propriétaire y croit, cela va influencer tout votre travail.

Le chapeau noir

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On reste dans la logique (qui n’est pas forcément objective d’ailleurs). Le chapeau noir est négatif mais sans émotions, c’est un pessimisme qui se veut réaliste.

Nos clients portent souvent le chapeau noir : « j’ai déjà tout essayé » (et rien n’a fonctionné), « j’ai déjà vu 3 éducateurs avant vous, vous savez », « j’ai déjà dépensé une fortune pour Fluffy», « tous les caniches sont collants, y’a rien à faire », « il est trop vieux pour changer » (etc.).

Le chapeau jaune

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Le chapeau jaune respire l’optimisme : il pousse à l’espoir. Il n’est pas forcément créatif d’ailleurs (l’optimisme n’inclut pas, automatiquement, la créativité).

Quand votre propriétaire porte le chapeau jaune, il vous dira « Fluffy n’a jamais mordu le voisin quand même », « il suffit que je le garde en laisse après tout » mais également « je vais le faire castrer, ça va arranger les choses, ça a marché pour le chien de ma voisine », « il est gentil, je sais qu’il ne mordra jamais».

Le chapeau vert

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Avec le printemps, arrive le vert : le chapeau vert trouve des idées, des concepts, il est créatif et novateur. Il est à l’aise avec ce qui n’a jamais été essayé.

Les sessions « portons notre chapeau vert » sont utiles quand toutes les parties le portent en même temps – éducateur et propriétaire, à deux, on peut inventer des solutions, en écarter certaines, en retenir d’autres.

Lors d’une formation aux USA (Legacy Canine), nous avions fait une séance « chapeau vert» sur un mot tiré au hasard du dictionnaire… si certains concepts ou idées sont éminemment farfelues, d’autres avaient créé des associations d’idées intéressantes. 

Le chapeau bleu

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L’éducateur canin dans toute sa splendeur : il englobe tout (le bilan de santé donné par le vétérinaire, le bilan comportemental d’un éventuel vétérinaire comportementaliste et une possible médication, les objections et les limites de l’entourage, celles de l’environnement, les besoins du propriétaire, ses attentes, la connaissance des lois locales, etc.), il est comme un chef d’orchestre.

En outre, il fait le tri des informations données par les autres chapeaux et, à partir de là, dessine le chemin à suivre.

Prenez en considération ce que vous auront dit les chapeaux – apprenez à les reconnaître, à les porter, un après l’autre, écrivez vos conclusions  et mettez votre chapeau bleu  :-D 

Happy Thinking  :-D

Médicaments, le dernier recours?

 

La médication en thérapie comportementale, le dernier recours ?

Sujet évidemment sensible tant il suscite, chez pas mal de monde, une réponse ultime, absolue et peu nuancée… alors que, en comportement, TOUT est nuance justement  ;-)

relatif

Toutefois, je comprends ces réactions épidermiques de refus sans difficulté, tant l’idée semble, au premier abord, rebutante (j’avoue que, au fil des années, j’ai révisé mon approche et opinion). 

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On parle, clairement, de médicaments psychotropes, délivrés exclusivement sur ordonnance par un vétérinaire (et pas de moyens dits « naturels » tels que la caséine, la L-théanine, les phéromones, l’homéopathie, les fleurs de Bach et autres précurseurs naturels de la sérotonine plus ou moins efficaces).

Evidemment, la médicalisation au sein d’une thérapie de modification du comportement est du seul ressort du vétérinaire comportementaliste, pas celui de l’éducateur donc, a priori, pas le mien  :lol:

Sauf que – dans la réalité du quotidien – c’est à nous que s’adresse, souvent en premier lieu, le propriétaire aux prises avec ce chien qu’on ne peut même plus sortir pour aller faire pipi alors qu’on habite en appartement, ce chien qui aboie pour tout et rien mille fois par jour, qui a des phobies handicapantes, qu’on ne peut plus sortir en voiture, qui agresse les autres chiens ou les humains… bref, qui constitue un danger pour les autres et pour lui-même.

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Nous sommes ceux qui reçoivent et écoutent longuement, ce propriétaire à bouts de nerfs, de motivation, pris entre l’affection bien réelle qu’il porte à son chien (sinon, il ne serait pas là) et son exaspération parfois extrême car complètement désemparé par ce qu’il vit depuis des semaines, voir des mois ou même, parfois, des années. Ces personnes ont, souvent, à leur actif, un long parcours de promesses de « méthodes » et protocoles prometteurs qui n’ont rien changé et le scepticisme qui en découle  :roll:

Nous sommes ceux qui aident le propriétaire à jongler entre l’inévitable deuil à faire du chien « sympa et facile » et la motivation indispensable pour aider leur sujet réactif, voir hyper réactif ou tellement craintif que passer le seuil de l’habitation requiert une stratégie hautement élaborée, sans compter les inévitables échecs qui dépriment et démotivent (le «on ne va pas y arriver » fataliste et défaitiste).

reactif

Nous sommes là pour mettre en évidence le plus petit embryon de progrès, le célébrer, ne pas laisser ce début de succès se diluer dans la marée du chemin encore à parcourir.

Ce sont d’ailleurs des cas extrêmement lourds en termes d’énergie mentale et affective pour l’éducateur également et c’est toujours du « sans garantie » (petite mention ironique, je l’admets sans complexe, à ces « collègues » qui promettent des résultats « rapides et définitifs » à prix d’or d’ailleurs, confirmant à tout professionnel digne de ce nom leur ignorance absolue en comportement). 

S’il existait une approche ultime et garantie de modification du comportement, on se demande pourquoi les prisons sont pleines, les psychiatres se trompent régulièrement dans leur évaluation de la dangerosité de certains individus, etc.  

Le comportement, reste l’étude unique d’un cas dans un environnement et aucune réponse ne saurait être universelle et infaillible  ;-)

Moi aussi j’aimerais bien une méthode magique pour perdre dix kilos en avalant force chocolat et fromage mais, quoi que l’idée me semble tout à fait attrayante et même au-delà, mon réalisme foncier me sauve d’acheter le « thé magique » vendu à prix d’or sur internet  8-)

Modifier une émotion et, donc par voie de conséquence, modifier le comportement est un chemin qui ne connaît aucun raccourci, jamais (à moins, évidemment, de ne viser QUE la disparition temporaire du comportement gênant et de se contenter d’un chien inhibé et contraint et encore, le plus souvent ça tient le temps de tourner leurs vidéos promotionnelles).

 … et c’est là que, parfois, se pose la question d’une médication  :-)

La peur est une très vilaine émotion, n’importe quelle personne anxieuse comprendra cette phrase sans que je développe ultérieurement et longuement.

SHUTDOWN

Observer un chien couché au sol dans une mare de bave et qui n’ose plus bouger me remue au moins autant que de voir un chien physiquement blessé : les deux souffrent de la même manière, les deux ont besoin d’une aide urgente et efficace.

Quand on parle de psychotropes, il faut faire la distinction entre les médicaments à prendre au quotidien (comme la fluoxétine par exemple) – la molécule doit être constamment dans le système du chien pour faire son effet : ses effets s’observent, le plus souvent, après 3 ou 4 semaines après le début du traitement.

Ensuite, il y a les médicaments que l’on donne de manière ponctuelle (comme le Xanax par exemple) qui sont donnés chez les chiens qui souffrent de phobies au sujet de certains bruits par exemple (comme l’orage).

Ils font effet rapidement mais on un effet « sédatif » clairement plus important que les premiers. Ils créent une accoutumance et il faudra souvent augmenter les doses avec le temps. Avant de grimacer, je me dois de mentionner cette chienne qui lors d’un orage, à traversé une fenêtre fermée en panique (se blessant évidemment au passage), une autre qui s’est démontée la mâchoire pour sortir de la cage où elle était enfermée  :-|

La chimie du cerveau d’un chien qui considère certains déclencheurs comme une menace mortelle est telle qu’aucun apprentissage constructif et profitable n’est possible en l’état.

Dans un monde parfait et idéal, le chien ne serait jamais exposé à ce qui le terrorise et donc pourrait se passer de médication et apprendre dans un milieu « sécurisé », en augmentant l’exposition de manière rigoureusement contrôlée.

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Sauf que, dans la vie réelle, c’est rarement possible, voir jamais (car il faut sortir le chien ne serait-ce que pour ses besoins physiologiques, il faut aller chez le vétérinaire, on ne peut pas vivre en reclus sans jamais recevoir d’inconnu, on ne peut pas contrôler les tirs, les feux d’artifice et la météo, on doit prendre la voiture, etc. etc.)

Les médicaments ne résolvent strictement rien, seuls.

Ils diffèrent (plus ou moins longtemps) la réponse comportementale du chien (qui réagit donc moins vite) et son intensité (il réagit moins intensément). Ce qui aide considérablement la mise en place d’une stratégie comportementale qui reste absolument indispensable et incontournable.

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Comme ces ordonnances viennent obligatoirement d’un vétérinaire (choisissez-le avec la spécialisation en comportement de préférence), il saura prendre en considération une éventuelle pathologie, notamment au niveau du foie et discuter avec vous des possibles effets secondaires et de la posologie. 

Pour conclure, je précise que cette décision n’est jamais prise par pure « convenance » ou à légère et que, chez mes clients, elle a toujours fait l’objet d’une véritable réflexion dans l’intérêt premier de leur animal, avant même le leur (il est par ailleurs difficile de dissocier les deux). 

Comme toujours, une collaboration et communication franche et efficace entre propriétaire, éducateur et vétérinaire comportementaliste, chaque acteur respectant l’autre pour ses compétences, représente la meilleure option à prendre parfois sans tarder et non pas comme celle du « dernier recours » pour, parfois (mais pas toujours hélas) pouvoir, ensuite, s’en défaire  ;-)

 

K Overall – fin

… pour clore la rétrospective de ces deux jours de conférence, nous avons abordé la thématique de la modification du comportement – une approche annoncée comme «cognitive» (versus une approche en apprentissage opérant, dit-elle) que le Dr. Overall nous suggère par le biais de « Chaser », l’ultra célèbre Border Collie qui connaît précisément 1022 noms d’objets et peut associer un comportement spécifique en relation à un objet.

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Au milieu de tous ces objets connus par le chien, on lui demande d’aller chercher un objet qui n’a jamais été nommé et, après avoir examiné tous les objets connus, Chaser prend l’unique objet à sa portée dont elle ignore l’appellation : typique exemple de raisonnement déductif

Passons sur le fait que ces exploits sont précisément le résultat d’apprentissages opérants et que mon brave Zouk, s’il n’en connaît sûrement pas 1022 (j’admire la pugnacité du propriétaire, je m’ennuierais certainement plus vite que mon chien), est parfaitement capable de m’apporter son frisbee violet versus sa balle verte, tout comme de faire « jaune cible assis» ou « bleue cible couché » (c’est du clicker training avancé, ni plus ni moins)

… ou encore le chien du roi de Thaïlande, issu de la rue où elle a appris à ouvrir des noix de coco pour en manger la pulpe et dont les chiots ensuite ont fait preuve des mêmes inhabituelles capacités, par observation de la mère (ma plus jeune chienne Biba, assez réactive quand elle est arrivée chez moi, regardait Eelou à chaque rencontre inhabituelle et, comme Eelou restait zen, elle restait zen aussi : Eelou me l’a éduquée, je n’ai pas eu grand chose à faire sur le plan de la réactivité).

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Overall nous a également rendus attentifs au fait que les chiens approchent plus facilement un humain qu’ils ont observé jouer en harmonie avec un congénère heureux et détendu : bref, les chiens font preuve de processus mentaux qui mettent en jeu, comme chez l’humain, l’apprentissage, l’intelligence, la résolution de problèmes, la prise de décision, la perception.

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En gros, elle nous démontrait l’intelligence du chien – probablement dans le but de promouvoir une rééducation comportementale intelligente, respectueuse et non coercitive (mais je pense – ou du moins j’espère – qu’elle prêchait à un public de convaincus).

Overall nous propose un petit test (que je vous « re-propose » à mon tour) où le chien suit un objet des yeux – s’il en est incapable, selon elle, le chien aura des difficultés d’apprentissage (immédiatement testé sur les miens dès mon retour, évidemment)  :lol:

Zouk a suivi 2 fois des yeux, très poliment… en cherchant très fort la solution au problème : à la 3ème tentative, il s’est mis à ignorer ostensiblement l’objet pour fixer un point dans le vide (d’un air futé), comme il a appris à le faire avec ses frisbees ou à rester focalisé sur l’obstacle pendant que je fais une danse de Sioux à ses côtés : mon chien est un poème de déduction logique (dans tous les cas de figure, il est assez évident qu’il n’a franchement aucun problème d’apprentissage, me faisais pas trop de mouron à ce sujet).

Eelou a suivi bien poliment l’objet des yeux à plusieurs reprises avec une grande intensité — pour ne plus me lâcher ensuite (genre « j’ai fait ta chose sans intérêt aucun, donne moi un truc maintenant ») – ma chienne a un sens très aigu de ses conditions de travail et fait preuve d’une bonne volonté à toute épreuve : toutefois, son salaire minimum n’est tout simplement pas négociable (rassurez-vous, je paie toujours)

Logiquement, nous avons procédé sur le protocole de relation du Dr. K. Overall – que tout le monde connaît (et, si vous ne le connaissez pas, il est à peu près partout sur le net aussi bien détaillé par écrit qu’en un nombre affolant de vidéos) – je m’en sers sur les chiens réactifs, en parallèle à d’autres exercices, depuis des années.

Ce n’est pas un exercice d’éducation ni de contrôle mais de détente et de relaxation – son utilité ne se perçoit probablement pas de manière intuitive et, pourtant, il aide puissamment (à sa charge, il est répétitif et ennuyeux à en mourir)  :lol:

A ce protocole, on peut ajouter l’apprentissage de « l’inspiration » : Overall suggère d’apprendre aux chiens réactifs à prendre une grande « inspiration » qui leur permettrait de reprendre le contrôle sur leur système nerveux autonome afin d’éviter un rythme cardiaque qui s’accélère, l’hyper vigilance anxieuse et un halètement de stress.

Parce que le chien associe des mauvaises émotions à la perception d’une menace, ce comportement, mis sur signal, peut les aider à une meilleure autonomie et le chien peut y avoir recours, ensuite, de manière spontanée et sans signal dans des moments difficiles (j’ai donc essayé sur Zouk et, dans les 2 ou 3 dernières secondes de cette courte vidéo, vous pouvez voir ses narines s’ouvrir assez clairement – c’est la fameuse inspiration profonde – tout à fait fugitive et soulignée par mon « tu vois que ses narines s’ouvrent » triomphant – oui, vous avez le droit de rigoler).

C’est aussi l’objet de la vidéo ci-dessous, la respiration est bossée au clicker – je ne le ferais pas car le clicker met, automatiquement, mes chiens en mode « travail » et ce n’est pas un mode de détente et de « lâcher prise », plutôt de focalisation intense  ;-)

Quand le chien regarde le chat (en fin de vidéo), ça évoque plutôt chez moi un simple conditionnement répondant qu’une inspiration quelconque mais il est vrai qu’il est très difficile d’observer la respiration d’un chien qu’on n’a pas sous les yeux  ;-)

Par ailleurs, toujours selon Overall, focaliser un chien réactif sur cette inspiration profonde, les rendrait plus aptes à écouter nos signaux (« ordres » si vous préférez).

Comme je suis une grande fanatique du signal dit « précieux » (hautement renforcé) et limpide comme l’eau claire, j’adhère volontiers, pour autant que toute notre attitude soit globalement congruente (et que donc, nos signaux, soient tous signifiants, donnés avec cohérence, dans des conditions où l’échec est improbable, etc.).

En définitive, la protagoniste de cette conférence si dense, était bel et bien la pharmacologie mais, même si ce n’est pas notre rôle (et que cela reste celui du vétérinaire évidemment), nous sommes souvent ceux qui voient plus le client, nous avons sa confiance souvent et sommes en mesure de faire accepter l’idée d’une médication non systématique, non de « confort » ni de « convenance » mais, parfois, une aide indispensable aux apprentissages que nous prévoyons de mettre en place.

L’utilisation de certaines molécules représente également parfois un « répit » pour le propriétaire, parfois à bout de souffle, de patience, d’empathie et de moyens.

Merci à tous ceux qui ont suivi ☺

Conférence Dr. K. Overall / 1

…quand la délégation suisse débarque à Paris, ça donne un nombre certain de «méattention, tu vas te faire écraser », beaucoup de déambulations étranges avec TomTom version piéton (en gros, des gens qui partent à gauche, puis à droite puis à nouveau à gauche téléphone récalcitrant en main), des imprécations contre la technologie (« méya pas de réseau, bowdel »), une rue entière pleine de restaurants vegan, végé, crudivores, bio et tout à la fois (Paris quoi) avec la copine qui répète « oui mais non, passs végaaaaan », des discussions sur la baguette (qui est, indiscutablement, meilleure va savoir pourquoi), des grands échanges philosophiques au sujet de la paupérisation du monde à portée d’oreille d’un chauffeur Uber hilare, des photos des plats mangés, un mojito kabile et plus encore : bref, on était à Paris et on a bien rigolé  :-D

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Merci donc aux potes d’aventure parisienne qui auront largement contribué à en faire un moment passablement exquis  :lol:

Notre sens de l’orientation était tel que, après avoir entendu que le Dr. Karen Overall était encore sous la douche alors que nous quittions l’hôtel (trankiiiil), on l’a trouvée devant son Powerpoint quand on a franchi la porte de la salle de conférence (bondée, évidemment, on était les derniers : au passage, encore un immense merci aux copines belges qui t’avaient gardé une place au premier rang, smack smack et God save Belgium).

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Salle où nous avons, quand même, passé deux jours très intenses avec de gros classeurs sur les genoux, à prendre des notes de travers et enfonçant les coins du dit classeur dans les bourrelets de ta voisine à chaque changement de position – bref, suggestion pratique pour toute future conférence: une table s’impose voir, au minimum, une tablette, le confort physique et émotionnel aidant à une meilleure concentration – chez le chien (on le sait) mais chez l’humain aussi (et je suis certaine qu’on doit trouver quelques études pour corroborer mes dires :-D ).

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On a débuté par décortiquer les origines du concept de la dominance si présent encore dans le domaine vétérinaire (et comportemental) et son origine culturelle, sociale et politique dès les années ’40 (une époque colonialiste et profondément patriarcale) et comment certains comportements sexuels, de distribution et nécessité des ressources, d’organisation sociale et de sociobiologie ont contribué à créer le massacre que nous connaissons tous (celui de la hiérarchie).

Même si ces mécanismes ne nous sont pas étrangers, c’était passionnant de décortiquer les phénomènes de mises en scène opportunistes pour « prouver » ce qui, au final, n’a jamais eu le moindre fondement scientifique (mais un très lourd passif social). Je ne suis pas loin de penser que, si certains d’entre nous se passionnent tellement pour le comportement du chien, c’est bien parce qu’il nous catapulte directement à des méditations plus universelles  ;-)

Chez l’animal (tout comme chez l’animal humain d’ailleurs), les conflits arrivent dès lors que la structure sociale n’est pas (ou plus) comprise, admise, maintenue, alimentée.

Les conflits sont donc parfois, hors pathologie, révélateurs de besoins non reconnus, assouvis et, parfois, d’un système social pernicieux.

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L’importance de la terminologie : si, par « dominant » certains entendent dire « plus fort » «plus grand », « celui qui se reproduit » ou autre chose, tenons-nous en à ces mots très précis sans en faire une étiquette universelle qui fausse considérablement la communication et donc la perception collective.

La terminologie que nous choisissons d’employer devrait nous amener, de manière systématique, vers le choix de comportements moins brutaux, moins injustes et plus empreints de considération, pas le contraire (nous voilà prêts à abandonner le mot « ordre » au profit d’un autre qui donne au chien l’information dont il a impérativement besoin).

Là où la science du comportement et la médecine vétérinaire se rejoignent complètement c’est dans une description précise du comportement sans interprétation : ces comportements (observés et minutieusement décrits pour être répertoriés) sont, précisément, les données des futures études : à nous de savoir si nous voulons vivre de psychologie de bistrot ou contribuer à favoriser un savoir structuré (je sais, la science a mauvaise presse de nos jours mais, au final, si on réfute la science, il ne nous reste pas grand chose finalement, même ou parce que nous vivons une période post hippies et donc new age qui fait la part belle à l’ésotérisme).

Nous avons ensuite passé aux effets, évidemment délétères, du stress et de la peur dans l’apprentissage et surtout du stress précoce (in utero, période néonatale) et comment ces facteurs peuvent impacter de manière parfois définitive, notre perception de l’apprentissage. Comment une mère (étude chez les rats dans ce cas précis) stressée perd ses comportements maternels productifs et adopte des comportements pathologiques qui, évidemment, impactent ensuite le comportements des ratons (qui, à leur tour, mettront au monde une progéniture dont les facultés d’apprentissage sont altérées au niveau de la structure même du cerveau)  :roll:

Bref, des considérations qui dépassent très (très) largement la simple « éducation canine » et la thématique du chien pour englober tout le fonctionnement d’une société qui favorise rarement le respect par rapport au simple rapport de forces (hélas).

La « co-évolution » dont parle le Dr. Karen Overall de manière répétée me tient particulièrement à cœur, tant il est vrai que notre comportement – et notre vision du monde – sont profondément modifiés quand on commence à comprendre que l’information est indispensable au bien-être global (quel que soit le sujet qui la reçoit) et que l’apprentissage, au final, EST et représente précisément cette information, indispensable.

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Quand on se retrouve à une conférence et qu’on boit les paroles d’un(e) intervenant(e) on est précisément à la recherche de plus d’information et de compréhension de notre société et donc de tout ce qui nous entoure.

Cette personne n’est pas « dominante » dans une perception menaçante ou inquiétante mais par le pouvoir que nous lui accordons et conférons, de manière spontanée et volontaire, de nous transmettre ce à quoi nous accordons de l’importance.

La notion de « deference » (en anglais), si délicate à traduire en français, en lieu et place d’une hiérarchie.

Le parallèle avec l’information que nous transmettons à nos chiens, à travers des apprentissages et des signaux compris et renforcés, est, tout simplement, limpide.

 …et, parce que la théorie c’est bien mais que mes chiens ont du se passer de moi pendant 2 jours encore une fois, la suite au prochain numéro car je dois aller répondre à leur besoins impérieux de mouvement phyisque – see you later  :-D

Au sujet de la tradition…

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Comme plusieurs d’entre vous j’en suis certaine, j’ai été violemment interpellée par la vidéo d’un taureau dont on a enflammé les cornes qui se jette contre un poteau et meurt apparemment sur le coup (en tous cas, on l’espère pour lui)  :cry:

Quelques secondes de vidéo absolument bouleversantes (et non, je ne partagerai pas la vidéo, vous la trouverez aisément sur le net si vous souhaitez la visionner).

Cette pratique d’une indicible cruauté humaine fait partie, avec la corrida et autres manifestations apparentées, à ce qu’on qualifie souvent de « tradition ».

A travers celle-ci, je me suis mise à réfléchir à ce qu’on appelle, justement, la « tradition ».

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Je suis venue au monde, au début des « sixties » dans une famille italienne, bourgeoise et catholique pratiquante – autant dire que, étant encore là en ce cher 2017 – en passant par le féminisme des années ’70 - les traditions et moi avons eu souvent nous confronter et, de manière assez conflictuelle souvent.

L’attachement à la « famille traditionnelle » est finalement un « spin off » du simple l’attachement à l’autorité : il s’agit de préserver la stabilité des rôles familiaux, de soutenir une nette différenciation entre le rôle masculin et le féminin et donc, pour certains, de préserver la société toute entière d’un modernisme effrayant et uncertain.

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Accepter sans la remettre en question une quelconque croyance, reconnaitre des actes et des pratiques comme étant valides dans le présent tout simplement parce qu’elles l’étaient dans le passé est une forme d’attachement bien compréhensible à ce même passé (et donc à nos parents, nos grands-parents et ainsi de suite, à notre pays, à notre culture en opposition à d’autres cultures, etc.).

Je souriais quand mes enfants, tous petits, allaient pour les toutes premières fois manger ou dormir chez un petit copain ou copine – à chaque fois, j’avais droit à des considérations étonnées sur le fait que « ils ne font pas comme nous » (le repas et ce qui y était servi était différent, le rituel du bain, l’histoire sacrosainte avant le dodo ou absence de ils prenaient conscience que les « autres » ne font pas tout « comme nous », ils sont différents donc nous existons en opposition à l’autre).

Nous prenons conscience de qui nous sommes, nous nous structurons en tant que famille et en tant qu’individus à travers la différence de l’autre.

La symbolique, la pratique aide à construire son identité et les traditions familiales sont les plus fortes (la famille étant le premier groupe identitaire).

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Une de mes filles (adulte) me disait que, quand elle a pris la décision définitive de devenir végétarienne, sa plus grande angoisse, bien au delà du quotidien qui ne lui posait aucun problème, c’était de « rompre » de manière définitive avec notre tradition culinaire de la dinde à Noël, l’agneau à Pâques, etc. etc. – elle m’a dit (textuellement) qu’elle avait l’impression (horrible pour elle) que : « plus jamais je ne pourrais récréer les fêtes de famille de mon enfance » ;-)

Il ne s’agissait pas d’avaler de la dinde ou du gigot mais de l’amour partagé, des souvenirs reliés à ces occasions familiales spécifiques.

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Or, depuis, la majorité des membres de la famille ayant passé au végétarisme, on se rend compte que cette « tradition » supporte parfaitement d’être remplacée par une autre et tout le monde va très bien sans animaux morts dans notre assiette  :-D

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On n’a rien perdu, on a tout simplement construit sur une inspiration commune, on a re-inventé la tradition (la nôtre).

Ce qui prouve que la « tradition » peut allègrement évoluer (et évolue tout le temps) et ses petits-enfants hypothétiques, auront également une tradition mais complètement différente (et qui sera susceptible d’évoluer encore, le passé imagine toujours mal l’avenir).

En francophonie, les éducateurs canins qui usent (et souvent abusent) de la punition, et d’artifices qui infligent la peur et la douleur (collier étrangleur, à piques, électrique, clôture électrique mais également saccades et intimidations diverses – pas non plus très plaisantes quand le chien est en harnais notons au passage même si, évidemment, moins dommageables, bref, tout ce qu’on appelle des « corrections ») – sont appelés «les tradis » (pour traditionnels).

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La « règle » (il faut punir) n’a pas à être considérée ni appréciée selon son contenu elle est légitime uniquement parce que permanente (le célèbre et populaire : « on a toujours fait comme ça »).

L’autonomie de la réflexion fait peur parce qu’impermanente justement et perpétuellement tournée vers le relativisme de toute chose et la remise en question : c’est ce malaise qui a contribué à forger cette appellation (volontairement ridicule) de «bisounours » dont se voient affublés ces éducateurs canins qui ont fait la démarche de rompre avec le passé, de devenir autonomes en pensée et en actes ensuite et de créer d’autres vérités.

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Quand, en plus, l’évolution est proposée et validée par la sciencese met en place la dérision du savoir (« on n’apprend pas à éduquer dans les livres » disent-ils souvent pour justifier que, ces livres, ils n’ont pas le courage – ni les capacités parfois – de les ouvrir justement).

La croyance en les vertus de la science, les lois qui définissent l’abusif (même si encore péniblement en ce qui concerne les animaux), tout processus rationnel (qui englobe notre existence toute entière et, évidemment, notre relation à l’animal aussi) est en violente contradiction avec l’aspect routinier et rassurant de ce qui est qualifié de « traditionnel ».

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Le rejet de l’ultra autoritaire c’est un peu l’agonie du traditionnel

Ce n’est pas très simple de sortir du « traditionnel », on l’aura compris – ni d’admettre que rien n’est, jamais, immuable et que la tradition s’invente continuellement de génération en génération et il y aura toujours ceux qui s’accrochent désespérément à leur cocotier au cri faiblard ou agressif de « mais ça marche »  :roll:

A contrario des dits « tradis » les éducateurs canins qui réfutent la punition sont appelés «les positifs » et présentés comme de doux incompétents inadaptés à « mater » de grosses bêtes dangereuses – l’unique chose qu’on retient au final, c’est cette interdiction de «punir» (voir de dire « non »), une forme de complaisance qui exclut, à leurs yeux, l’exigence.

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Etre un éducateur bienveillant (et non «positif » car nous ne faisons pas que renforcer le positif qu’on l’admette ou pas), ce n’est pas l’auberge espagnole des bons sentiments et encore moins une distribution confuse de nourriture saupoudrée de laxisme.

Notre manière d’éduquer ne peut pas produire de vidéos où de gros malabars « affrontent en combat» des chiens qui apparaissent comme une menace – une vidéo de désensibilisation, de contre conditionnement outre à être longuissime, serait d’un ennui absolument mortel (ça n’a rien de sexy un contre conditionnement, ça demande de sérieuses compétences, un plan très clair, des retours en arrière parfois)

La bienveillance dans l’éducation de nos animaux de compagnie est avant tout l’écoute des besoins de l’animal (et passe donc par un premier processus de les connaître puis de les reconnaître) et de ses émotions – ce qu’on appelle, également, l’empathie.

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C’est se focaliser moins sur le seul résultat et se préoccuper de la qualité du processus – on peut parfaitement obtenir ce qu’on appelle « l’obéissance » par l’intimidation et la peur, ce que ne fera pas un éducateur bienveillant car il sait que le prix à payer est une perte dramatique de confiance en l’éducateur, un stress intense, voir une augmentation de l’agressivité.

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C’est renoncer à la relation de lutte pour le pouvoir (le chien « soumis » à notre volonté humaine versus l’humain soumis au pouvoir du chien) pour arriver à un binôme qui se comprend et se fait, mutuellement, confiance.

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C’est accepter une certaine autonomie de l’animal – la souhaiter, la rendre possible et en tirer parti pour les aider à vivre dans notre société humaine tout en préservant leur bien-être au maximum.

C’est complètement compatible avec la performance, l’exigence, la rigueur si nous savons être des éducateurs qui réfléchissent, qui rendent le succès possible, les erreurs improbables – qui savons mettre sur pied une éducation proactive et non réactive comme celle des dits « tradis »  :-D

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En définitive, c’est inventer le présent et contribuer à l’avenir