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qu’importe le flacon…

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Il y a quelques jours, au hasard d’un statut Facebook, j’ai lu que demander « assis, couché debout » au chien était une preuve de notre besoin de contrôle et de domination sur celui-ci…

Si je peux parfaitement comprendre le concept que voulait certainement véhiculer ce statut, je l’ai trouvé symptomatique  d’une certaine conception du chien de compagnie (et, là dedans, j’inclus tous nos chiens sportifs et qui se consacrent, avec plus ou moins de plaisir et bonheur, à toutes les activités canines existantes sous le soleil).

Je me suis souvenue de ma présence à la SPA il y a bon nombre d’années, pendant que j’attendais patiemment l’employé qui devait me rendre mon chat égaré et retrouvé (et de fort méchante humeur par ailleurs, pas l’employé… mon chat) et que j’ai donc assisté aux dernières minutes d’une adoption : un Monsieur, trente secondes après avoir pris possession de la laisse à laquelle était attaché un jeune et grand chien fraîchement adopté, lance un très tonitruant « au pied !» :roll:

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Le chien qui avait l’air de comprendre cet « au pied » à peu près comme je comprends l’hébreu, a continué à faire ce que fait un chien de SPA fraîchement sorti de son box… à savoir, bondir dans tous les sens et tirer pour sortir de l’immeuble au plus vite (laisse = bénévoles plus ou moins compétents qui viennent me sortir de mon box, youpiiie).

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Le « au pied » est devenu plus péremptoire avec une 2ème tentative. Au 3ème « ordre » (le ton employé était tout à fait celui d’un chef de régiment), le chien s’est pris une secousse magistrale sur son collier :roll:

Oreilles qui se plaquent contre le crâne, queue qui descend, regard furtif : le chien accuse le coup… mais pas longtemps, il en a vu d’autres, et recommence à faire le fou cinq secondes plus tard  :roll:

Le Monsieur a quitté la SPA laisse très courte, tout en continuant de claironner un « au pied/au pied» non seulement parfaitement inefficace (vu qu’il n’est pas rattaché à un quelconque apprentissage) mais qui n’allait pas tarder à être associé à la crainte et à la douleur.

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Cet « ordre » restera porteur de ces émotions peu agréables, tant il est vrai que Pavlov «est toujours sur notre épaule» et que quelles que soient les couches de conditionnement qu’on va ensuite tenter de mettre par dessus par la suite, cette émotion ne s’en ira pas :-|

Si cet « au pied » est suivi d’une panoplie « d’ordres » tout aussi bien transmis, l’émotion néfaste risque allègrement de s’étendre à l’humain même qui la cause (ce qui ne va pas faciliter la vie du chien mais pas, non plus, celle du « maître »).

Tous les êtres vivants sont programmés pour réagir plus vivement et de manière plus définitive à ce qui est aversif (en clair : tout ce qui fait mal, peur ou met notre bien-être ou notre vie à mal ou carrément en danger) plutôt que à ce qui est agréable et positif.

Les raisons éthologiques sont parfaitement évidentes : si vous « ratez » un danger mortel, il n’y aura pas de 2ème chance de faire mieux, si vous ratez quelque chose de plaisant, c’est certes dommage, mais vous êtes toujours en vie et donc tout à fait susceptible de retrouver une autre gratification ou la même, répétée  ;-)

C’est un mécanisme de survie 8-)

Si ce chien finit par comprendre (malgré l’incohérence de son « maître ») que, pour échapper à cette secousse sur ses cervicales, il peut se tenir tranquille, il est possible que cela fonctionne et que le chien « obéisse » comme unique moyen de contrôle de son environnement (savoir comment échapper à la douleur et pouvoir le faire est un contrôle de son environnement en effet).

Avoir compris comment échapper à quelque chose de très déplaisant est plutôt une bonne affaire et peut donner des chiens très « obéissants »…

Si je vous donne un mode d’emploi pour échapper à une punition, disons « quand la lumière bleue s’allume, asseyez-vous pour éviter une secousse électrique » – vous m’en serez un peu reconnaissants… c’est déjà ça, personne n’a envie d’être électrocuté :-|

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Par contre, vous allez vivre dans la crainte et l’attente de cette lumière bleue, vous ne serez jamais serein, jamais tranquille, jamais détendu – il vous faudra toujours contrôler l’apparition de la lumière bleue et vous la redouterez (mais vous allez vous asseoir quand elle apparaît).

Pour un peu que vous ne n’ayez pas cru mon « mode d’emploi » sur parole, vous aurez pris la secousse la première fois et la lumière bleue vous fera peur pour le restant de vos jours  :-|

Tout ça pour en arriver au concept que, pour le chien « assis » « couché » « debout » mais également « twist », « roule » ou « donne la patte » sont juste des comportements, tous logés à la même enseigne a priori :lol:

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A savoir, l’humain émet un son que j’ai appris à reconnaître je produis un comportement il y a une conséquence = apprentissage (et une émotion qui s’y attache, inévitablement, toujours).

Ce qui, en apprentissage bienveillant, serait plutôt : je produis un comportement je l’associe à un son de l’humain conséquence plaisante (et ce signal devient un renforçateur secondaire).

Un signal qui aura valu une ou des punitions au chien ne sera jamais un renforçateur secondaire et, si vous l’incluez dans une chaîne de comportements, vous allez vite vous en apercevoir :-|

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Je travaille avec suffisamment de clients pour constater, encore et encore, que nous sommes ceux qui faisons cette distinction très humaine entre « obéissance » et « ludique » et nous ne la faisons pas à moitié  :lol:

Les « assis, couché, debout, reste, pas bouger » sont rarement véhiculés joyeusement et la menace est souvent limpide pour le chien, dès le début.

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Je le constate pratiquement tous les jours : on dit « twist » d’un ton joyeux et amusé et, si le chien fait « rouler-bouler » à la place parce que le signal n’est pas encore tout à fait en place, on en rit volontiers (« c’est pas bien grave »)  :lol:

Par contre, quand on dit « couché » au chien, c’est très souvent (presque toujours) d’un ton de sergent-major en pétard et on est dans une dynamique « d’ordre » et sûrement pas d’information, encore moins d’une opportunité de renforcement :-|

Je travaille souvent avec des chiens très craintifs, avec qui nous mettons tout en œuvre pour minimiser leur anxiété : arrive le mot de « rappel » (par exemple) et il est, dès le départ, tellement péremptoire et stressant, qu’il ressort comme celui à éviter absolument (tu as l’air fâché, je préfère rester éloigné).

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D’où l’utilité, puisque NOUS sommes des êtres verbaux (contrairement au chien) d’utiliser un terme qui nous met dans une émotion différente, comme « bingo » ou « bonbon » (ou ce que vous voudrez qui est, pour vous, rattaché à une émotion agréable)  ;-)

Si je dis « reste » à mon chien parce qu’une voiture va arriver, c’est sérieux : il en va de sa vie (notez qu’on peut le mettre en laisse).

Moins important pour le chien mais souvent très important pour nous, si je te dis « reste» en cours collectif d’éducation, je veux montrer à tout le monde que j’ai bien éduqué mon chien (et, donc, que je suis un humain compétent et capable, ce qui est gratifiant)  :-D

Ce que démontre le chien (ou pas) en faisant ce qu’on lui demande.

Si, justement, il n’exécute pas (parce qu’il a appris dans votre cuisine ou votre jardin et que l’apprentissage est trop léger pour résister à la présence de congénères, d’inconnus, des effluves de taupes que lui signale sa truffe), nous entrons immédiatement dans un mode « désobéissance » assez peu indulgent ;-)

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Pour des raisons morales, philosophiques, logiques, utilitaires la plupart d’entre nous sommes (plus ou moins) convaincus du bien de l’obéissance aux « lois » et du fait qu’elles sont nécessaires à la sécurité et nous protègent contre les risques et le mal – au moins autant que nous avons appris à craindre la sanction (légale ou la simple réprobation sociale).

…pour le coup, les quelques humains entre nous qui sont moins régis par ce besoin d’approbation sociale et le revendiquent vont souvent s’enorgueillir d’avoir un chien « mal élevé », « créatif » ou « rebelle » (nos définitions).

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C’est la preuve (par notre chien, ce qui assez amusant) que nous ne sommes pas des abrutis de l’obéissance, des fondus de la discipline, des obsédés de l’ordre convenu et du contrôle de l’autre et que nous reconnaissons la « liberté » du chien d’être lui-même.

Notons que cette interprétation du monde a ses limites à moins de vivre dans un désert… en effet, il y aura toujours un moment où nous serons obligés de limiter la liberté du chien (tout comme la nôtre d’ailleurs ou celle de nos enfants), ne serait-ce que pour sa sécurité et celle des autres (ou pour nous éviter des ennuis, aussi).

Tout le monde reste parfaitement libre d’enseigner 150 comportements à son chien ou d’en enseigner deux ou trois parce qu’ils sont nécessaires.

Il n’en reste pas moins vrai que travailler sur un comportement, est travailler sur un comportement et une même identique démarche quel que soit ce comportement :-D

Un « twist » peut être aussi solide, bien appris, renforcé, qu’un « reste » (ou autre « ordre ») et inversement.

Un « reste » peut être aussi fun, solidement attaché à du renforcement et donc à une belle émotion qu’un « rouler-bouler » et inversement.

Nous seuls faisons la distinction entre « important » ou « accessoire », entre « chien obéissant » et « chien rigolo » (ou « de cirque » pour les détracteurs), entre chien qui sauve des vies et chien qui fait du dog dancing… pour le chien, tout ça n’est QUE comportement (et émotion rattachée à celui-ci) :-D

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Si votre chien apprend « assis » « couché » « debout » de la même identique manière (haut taux de renforcement, renforcer la durée, un signal de libération clair, pas de menace ressentie) qu’il apprend des comportements ludiques – ces mots seront à tout jamais rattachés à une émotion agréable, plaisante — et donc souhaitable — et leur apparition dans votre langage sera tout à fait la bienvenue, un « feu vert » vers un renforçateur et quand, plus de renforçateur systématique, le comportement lui-même sera devenu un renforçateur secondaire, fort de sa portée émotionnelle positive (ou le contraire, évidemment).

Si tous les comportements de votre chien sont appris de cette manière, les produire sur signal est une excellente affaire pour le chien et, s’il ne les fait pas, à vous de vous demander si l’apprentissage est vraiment terminé, s’il est généralisé, conceptualisé, flexible ou encore uniquement inhérent à un contexte précis.

Bref, il faut encore travailler plutôt que « mon chien désobéit » ;-)

Il est évident que la manière de donner ces signaux est fondamentale : si le « couché » est utilisé pour interrompre quelque chose que le chien souhaite faire, il devient punitif, si le «assis » est donné après que le chien ait sauté sur vos invités et qu’il est, ensuite, renforcé, vous créez ainsi une jolie chaîne de comportements qui renforce le fait de sauter sur les invités.

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Si vous demandez quelque chose et que, face à l’inertie du chien, vous continuez de demander sans strictement rien changer dans l’environnement, vous construisez un signal qui devient « assis, assis, assis, assis » plutôt que, simplement « assis » (dans le premier cas, le chien finit par s’asseoir pour se débarrasser de la pression que vous êtes en train de créer)  :-|

En définitive, très peu importe ce que vous apprenez à votre chien, s’il doit faire donne la patte, cibler votre main ou faire couché quand les invités arrivent… ce qui importe c’est comment vous aurez appris un quelconque comportement.

Si vous vous dites que vos « assis » « couché » « débout » (ou tout autre comportement) pourraient être une meilleure nouvelle pour votre chien, considérez de changer vos signaux en reprenant l’apprentissage (pour ce que le chien en a à faire, ça pourrait être « fraise » «pistache » et «concombre » d’ailleurs).

Qu’un chien ait 150 comportements à son actif ou seulement trois, il peut être dans une émotion positive ou très désagréable quand ils ont donnés, selon quand, comment, ils sont donnés et comment ils ont été appris  :-D

Bref, le voyage est plus important que la destination :-D

Avoir une pochette pleine de « récompenses » n’est certainement pas suffisant ;-)

Happy training :-D

Il ne le fait pas « pour toi »…

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« Il ne le fait pas pour toi, il le fait pour la friandise » : voilà comment certains asphyxient de leur jugement sans nuance les tentatives encore incertaines de ceux qui débutent dans une approche des apprentissages renforcés positivement.

Pour tempérer, certains arrivent en expliquant qu’un renforçateur (qui, dans ces groupes de discussion s’appelle toujours « récompense ») ce n’est pas « que la friandise mais aussi la caresse ou le jeu » (ouf, on est sauvés) afin de rassurer la personne en proie à ce doute atroce : « mon chien, bosse-t-il POUR MOI ou pour le petit morceau de fromage ? »

Passons aussi sur le fait que, nous humains, mangeons et ripaillons sans complexe aux naissances, aux fêtes religieuses (même quand on est un mécréant de première d’ailleurs), aux anniversaires de naissance, de mariage et même aux enterrements.   A peu près tous les moments importants – ou tout simplement plaisants, même les plus anodins –  de nos vies comportent une relation à la nourriture  d’une manière ou d’une autre ☺ 

Car le problème véritable et profond est de savoir si le chien se montre à ce point désintéressé pour « travailler » avec nous (ou pour nous) avec une abnégation absolue ou si, finalement, il n’est qu’un affreux petit opportuniste qui se mobilise uniquement si et quand une friandise est attendue?

En clair : nous aime-t-il « inconditionnellement » ?

Au delà de la technicité et la mécanique du clicker training (où la friandise est la conséquence d’un comportement et jamais son antécédent : en clair, c’est le comportement qui fait arriver la friandise et pas le contraire), au delà d’une approche au leurre, souvent conspuée et pourtant parfois tout à fait apte à diminuer le stress de manière générale, la question est bel et bien philosophique chez certains.

Elle s’inscrit dans cette vision parfois très poétique que nous avons du chien.  

« Fidèle » quoi qu’il en soit et qui qu’on soit et qui nous aime plus qu’il ne s’aime soi-même — ce qui lui confère une dimension sanctifiée tout à fait particulière à laquelle certains tiennent dur comme fer  :lol: 

En effet, on ne peut pas dire que l’amour inconditionnel coure les rues dans notre espèce  :-)

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L’amour « inconditionnel » est présumé ne rien demander en retour, absolument rien : ce qui m’apparaît comme une option peu raisonnable personnellement et qui implique potentiellement un léger souci d’estime de soi et de ses besoins personnels, je suis plutôt du genre pragmatique… un peu comme les chiens  ;-) 

Je ne pense pas que le chien n’attende rien en retour dans sa relation à l’humain… il demande qu’on comble ses besoins fondamentaux et moins fondamentaux et, parfois, spécifiques à sa race et, quand on ne le fait pas, les problèmes de comportement arrivent presque inévitablement (certes, il ne s’en va pas mais en a-t-il vraiment le choix au final?)

Je ne pense pas qu’un chien soit « fidèle » quoi qu’il arrive : j’ai récupéré un chien perdu dans la nature qui, en apercevant ses propriétaires chez qui je l’ai évidemment ramené, a ressauté dans mon coffre avec conviction et a pris son air le plus dépité possible quand on a du le rendre, contre son gré, à sa « vraie famille » (il n’a pas eu un très improbable coup de foudre pour ma personnalité charismatique mais, ayant peur de le perdre pendant notre balade, je l’ai gavé de dés de jambon pendant 4 heures créant probablement chez lui le premier historique de renforcement de sa vie).

Les besoins physiologiques et de sécurité comblés, arrivent les autres besoins (cognitifs notamment). 

Le clicker training active des circuits émotionnels fondamentaux au bien-être : celui de la compréhension de l’environnement (indispensable à tous les animaux, domestiques ou sauvages d’ailleurs) et celui du jeu… ce sont bel et bien ces émotions (qui favorisent la production d’hormones à l’effet euphorisant) qui rendent les chiens « accros » à un apprentissage bien présenté et maîtrisé, via cette minuscule friandise qui les réjouit et engage dans un premier temps. Il ne s’agit pas d’une distribution désordonnée de friandises mais planifiée et réfléchie. Il y a des conditions assez strictes au renforcement positif – que ses détracteurs ignorent complètement le plus souvent  8-) 

En répondant à toute cette panoplie des besoins de nos chiens, se construit ce qu’on appelle la « relation » – une myriade de renforçateurs qui, les uns après les autres, la rendent solide et empreinte de confiance mutuelle (« you are good news »). 

Ils ne sont guère différents de nous car, avec nos meilleurs amis, nos compagnons et compagnes, tous ceux que nous apprécions nous partageons également un historique de renforcements parfois kilométrique et qui, en raison de sa solidité, de ses répétitions innombrables, supporte parfois quelques coups de canifs occasionnels s’ils ne sont pas trop méchants (quand les coups de canifs deviennent répétés ou trop violents, étrangement, même les grandes amitiés s’arrêtent). A moins de confondre amour et dépendance, nous fonctionnons considérablement de la même manière  ;-)

Même notre action la plus désintéressée en apparence, est gratifiante, parce qu’elle nous apporte cette émotion confortable qui nourrit l’estime que nous avons de nous-mêmes…

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Nous passons l’intégralité de nos vies à essayer d’échapper à des conséquences néfastes ou désagréables et à rechercher celles qui seront agréables, gratifiantes et plaisantes. Tout ce qui est gratifiant produit de la dopamine et votre cerveau va chercher à reproduire le comportement en question. 

C’est ce qu’on appelle communément le conditionnement par apprentissage opérant et qui nous motive même quand on croit que le conditionnement est un gros vilain mot

Quand vous bossez/jouez avec votre chien, au delà de l’apprentissage d’un quelconque comportement, vous lui apprenez, surtout et avant tout, si faire des choses avec nous est quelque chose de gratifiant, qui est générateur de bonheur, de confiance en soi, de confiance en nous ou, au contraire, source de stress, de frustration, d’ennui ou de mal être : à partir de ces conclusions, notre chien « aimera » travailler avec nous ou nettement moins.

On en fera un partenaire enthousiaste ou ce qu’on appelle un chien « distrait » « démotivé » « têtu » « borné » et mille autres étiquettes rassurantes (pour notre estime de nous-mêmes avant tout).

Ne vous culpabilisez pas, ne laissez pas les autres vous culpabiliser si vous souhaitez construire  la relation à coups de renforcement – c’est l’unique voie qui existe finalement et, peut-être, est-ce précisément ça « l’amour » ? ☺

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« Qu’est donc l’amour sinon une autre définition du renforcement positif ou vice versa? » (B.F. Skinner) 

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… pour clore la rétrospective de ces deux jours de conférence, nous avons abordé la thématique de la modification du comportement – une approche annoncée comme «cognitive» (versus une approche en apprentissage opérant, dit-elle) que le Dr. Overall nous suggère par le biais de « Chaser », l’ultra célèbre Border Collie qui connaît précisément 1022 noms d’objets et peut associer un comportement spécifique en relation à un objet.

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Au milieu de tous ces objets connus par le chien, on lui demande d’aller chercher un objet qui n’a jamais été nommé et, après avoir examiné tous les objets connus, Chaser prend l’unique objet à sa portée dont elle ignore l’appellation : typique exemple de raisonnement déductif

Passons sur le fait que ces exploits sont précisément le résultat d’apprentissages opérants et que mon brave Zouk, s’il n’en connaît sûrement pas 1022 (j’admire la pugnacité du propriétaire, je m’ennuierais certainement plus vite que mon chien), est parfaitement capable de m’apporter son frisbee violet versus sa balle verte, tout comme de faire « jaune cible assis» ou « bleue cible couché » (c’est du clicker training avancé, ni plus ni moins)

… ou encore le chien du roi de Thaïlande, issu de la rue où elle a appris à ouvrir des noix de coco pour en manger la pulpe et dont les chiots ensuite ont fait preuve des mêmes inhabituelles capacités, par observation de la mère (ma plus jeune chienne Biba, assez réactive quand elle est arrivée chez moi, regardait Eelou à chaque rencontre inhabituelle et, comme Eelou restait zen, elle restait zen aussi : Eelou me l’a éduquée, je n’ai pas eu grand chose à faire sur le plan de la réactivité).

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Overall nous a également rendus attentifs au fait que les chiens approchent plus facilement un humain qu’ils ont observé jouer en harmonie avec un congénère heureux et détendu : bref, les chiens font preuve de processus mentaux qui mettent en jeu, comme chez l’humain, l’apprentissage, l’intelligence, la résolution de problèmes, la prise de décision, la perception.

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En gros, elle nous démontrait l’intelligence du chien – probablement dans le but de promouvoir une rééducation comportementale intelligente, respectueuse et non coercitive (mais je pense – ou du moins j’espère – qu’elle prêchait à un public de convaincus).

Overall nous propose un petit test (que je vous « re-propose » à mon tour) où le chien suit un objet des yeux – s’il en est incapable, selon elle, le chien aura des difficultés d’apprentissage (immédiatement testé sur les miens dès mon retour, évidemment)  :lol:

Zouk a suivi 2 fois des yeux, très poliment… en cherchant très fort la solution au problème : à la 3ème tentative, il s’est mis à ignorer ostensiblement l’objet pour fixer un point dans le vide (d’un air futé), comme il a appris à le faire avec ses frisbees ou à rester focalisé sur l’obstacle pendant que je fais une danse de Sioux à ses côtés : mon chien est un poème de déduction logique (dans tous les cas de figure, il est assez évident qu’il n’a franchement aucun problème d’apprentissage, me faisais pas trop de mouron à ce sujet).

Eelou a suivi bien poliment l’objet des yeux à plusieurs reprises avec une grande intensité — pour ne plus me lâcher ensuite (genre « j’ai fait ta chose sans intérêt aucun, donne moi un truc maintenant ») – ma chienne a un sens très aigu de ses conditions de travail et fait preuve d’une bonne volonté à toute épreuve : toutefois, son salaire minimum n’est tout simplement pas négociable (rassurez-vous, je paie toujours)

Logiquement, nous avons procédé sur le protocole de relation du Dr. K. Overall – que tout le monde connaît (et, si vous ne le connaissez pas, il est à peu près partout sur le net aussi bien détaillé par écrit qu’en un nombre affolant de vidéos) – je m’en sers sur les chiens réactifs, en parallèle à d’autres exercices, depuis des années.

Ce n’est pas un exercice d’éducation ni de contrôle mais de détente et de relaxation – son utilité ne se perçoit probablement pas de manière intuitive et, pourtant, il aide puissamment (à sa charge, il est répétitif et ennuyeux à en mourir)  :lol:

A ce protocole, on peut ajouter l’apprentissage de « l’inspiration » : Overall suggère d’apprendre aux chiens réactifs à prendre une grande « inspiration » qui leur permettrait de reprendre le contrôle sur leur système nerveux autonome afin d’éviter un rythme cardiaque qui s’accélère, l’hyper vigilance anxieuse et un halètement de stress.

Parce que le chien associe des mauvaises émotions à la perception d’une menace, ce comportement, mis sur signal, peut les aider à une meilleure autonomie et le chien peut y avoir recours, ensuite, de manière spontanée et sans signal dans des moments difficiles (j’ai donc essayé sur Zouk et, dans les 2 ou 3 dernières secondes de cette courte vidéo, vous pouvez voir ses narines s’ouvrir assez clairement – c’est la fameuse inspiration profonde – tout à fait fugitive et soulignée par mon « tu vois que ses narines s’ouvrent » triomphant – oui, vous avez le droit de rigoler).

C’est aussi l’objet de la vidéo ci-dessous, la respiration est bossée au clicker – je ne le ferais pas car le clicker met, automatiquement, mes chiens en mode « travail » et ce n’est pas un mode de détente et de « lâcher prise », plutôt de focalisation intense  ;-)

Quand le chien regarde le chat (en fin de vidéo), ça évoque plutôt chez moi un simple conditionnement répondant qu’une inspiration quelconque mais il est vrai qu’il est très difficile d’observer la respiration d’un chien qu’on n’a pas sous les yeux  ;-)

Par ailleurs, toujours selon Overall, focaliser un chien réactif sur cette inspiration profonde, les rendrait plus aptes à écouter nos signaux (« ordres » si vous préférez).

Comme je suis une grande fanatique du signal dit « précieux » (hautement renforcé) et limpide comme l’eau claire, j’adhère volontiers, pour autant que toute notre attitude soit globalement congruente (et que donc, nos signaux, soient tous signifiants, donnés avec cohérence, dans des conditions où l’échec est improbable, etc.).

En définitive, la protagoniste de cette conférence si dense, était bel et bien la pharmacologie mais, même si ce n’est pas notre rôle (et que cela reste celui du vétérinaire évidemment), nous sommes souvent ceux qui voient plus le client, nous avons sa confiance souvent et sommes en mesure de faire accepter l’idée d’une médication non systématique, non de « confort » ni de « convenance » mais, parfois, une aide indispensable aux apprentissages que nous prévoyons de mettre en place.

L’utilisation de certaines molécules représente également parfois un « répit » pour le propriétaire, parfois à bout de souffle, de patience, d’empathie et de moyens.

Merci à tous ceux qui ont suivi ☺

Au sujet de la tradition…

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Comme plusieurs d’entre vous j’en suis certaine, j’ai été violemment interpellée par la vidéo d’un taureau dont on a enflammé les cornes qui se jette contre un poteau et meurt apparemment sur le coup (en tous cas, on l’espère pour lui)  :cry:

Quelques secondes de vidéo absolument bouleversantes (et non, je ne partagerai pas la vidéo, vous la trouverez aisément sur le net si vous souhaitez la visionner).

Cette pratique d’une indicible cruauté humaine fait partie, avec la corrida et autres manifestations apparentées, à ce qu’on qualifie souvent de « tradition ».

A travers celle-ci, je me suis mise à réfléchir à ce qu’on appelle, justement, la « tradition ».

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Je suis venue au monde, au début des « sixties » dans une famille italienne, bourgeoise et catholique pratiquante – autant dire que, étant encore là en ce cher 2017 – en passant par le féminisme des années ’70 - les traditions et moi avons eu souvent nous confronter et, de manière assez conflictuelle souvent.

L’attachement à la « famille traditionnelle » est finalement un « spin off » du simple l’attachement à l’autorité : il s’agit de préserver la stabilité des rôles familiaux, de soutenir une nette différenciation entre le rôle masculin et le féminin et donc, pour certains, de préserver la société toute entière d’un modernisme effrayant et uncertain.

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Accepter sans la remettre en question une quelconque croyance, reconnaitre des actes et des pratiques comme étant valides dans le présent tout simplement parce qu’elles l’étaient dans le passé est une forme d’attachement bien compréhensible à ce même passé (et donc à nos parents, nos grands-parents et ainsi de suite, à notre pays, à notre culture en opposition à d’autres cultures, etc.).

Je souriais quand mes enfants, tous petits, allaient pour les toutes premières fois manger ou dormir chez un petit copain ou copine – à chaque fois, j’avais droit à des considérations étonnées sur le fait que « ils ne font pas comme nous » (le repas et ce qui y était servi était différent, le rituel du bain, l’histoire sacrosainte avant le dodo ou absence de ils prenaient conscience que les « autres » ne font pas tout « comme nous », ils sont différents donc nous existons en opposition à l’autre).

Nous prenons conscience de qui nous sommes, nous nous structurons en tant que famille et en tant qu’individus à travers la différence de l’autre.

La symbolique, la pratique aide à construire son identité et les traditions familiales sont les plus fortes (la famille étant le premier groupe identitaire).

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Une de mes filles (adulte) me disait que, quand elle a pris la décision définitive de devenir végétarienne, sa plus grande angoisse, bien au delà du quotidien qui ne lui posait aucun problème, c’était de « rompre » de manière définitive avec notre tradition culinaire de la dinde à Noël, l’agneau à Pâques, etc. etc. – elle m’a dit (textuellement) qu’elle avait l’impression (horrible pour elle) que : « plus jamais je ne pourrais récréer les fêtes de famille de mon enfance » ;-)

Il ne s’agissait pas d’avaler de la dinde ou du gigot mais de l’amour partagé, des souvenirs reliés à ces occasions familiales spécifiques.

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Or, depuis, la majorité des membres de la famille ayant passé au végétarisme, on se rend compte que cette « tradition » supporte parfaitement d’être remplacée par une autre et tout le monde va très bien sans animaux morts dans notre assiette  :-D

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On n’a rien perdu, on a tout simplement construit sur une inspiration commune, on a re-inventé la tradition (la nôtre).

Ce qui prouve que la « tradition » peut allègrement évoluer (et évolue tout le temps) et ses petits-enfants hypothétiques, auront également une tradition mais complètement différente (et qui sera susceptible d’évoluer encore, le passé imagine toujours mal l’avenir).

En francophonie, les éducateurs canins qui usent (et souvent abusent) de la punition, et d’artifices qui infligent la peur et la douleur (collier étrangleur, à piques, électrique, clôture électrique mais également saccades et intimidations diverses – pas non plus très plaisantes quand le chien est en harnais notons au passage même si, évidemment, moins dommageables, bref, tout ce qu’on appelle des « corrections ») – sont appelés «les tradis » (pour traditionnels).

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La « règle » (il faut punir) n’a pas à être considérée ni appréciée selon son contenu elle est légitime uniquement parce que permanente (le célèbre et populaire : « on a toujours fait comme ça »).

L’autonomie de la réflexion fait peur parce qu’impermanente justement et perpétuellement tournée vers le relativisme de toute chose et la remise en question : c’est ce malaise qui a contribué à forger cette appellation (volontairement ridicule) de «bisounours » dont se voient affublés ces éducateurs canins qui ont fait la démarche de rompre avec le passé, de devenir autonomes en pensée et en actes ensuite et de créer d’autres vérités.

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Quand, en plus, l’évolution est proposée et validée par la sciencese met en place la dérision du savoir (« on n’apprend pas à éduquer dans les livres » disent-ils souvent pour justifier que, ces livres, ils n’ont pas le courage – ni les capacités parfois – de les ouvrir justement).

La croyance en les vertus de la science, les lois qui définissent l’abusif (même si encore péniblement en ce qui concerne les animaux), tout processus rationnel (qui englobe notre existence toute entière et, évidemment, notre relation à l’animal aussi) est en violente contradiction avec l’aspect routinier et rassurant de ce qui est qualifié de « traditionnel ».

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Le rejet de l’ultra autoritaire c’est un peu l’agonie du traditionnel

Ce n’est pas très simple de sortir du « traditionnel », on l’aura compris – ni d’admettre que rien n’est, jamais, immuable et que la tradition s’invente continuellement de génération en génération et il y aura toujours ceux qui s’accrochent désespérément à leur cocotier au cri faiblard ou agressif de « mais ça marche »  :roll:

A contrario des dits « tradis » les éducateurs canins qui réfutent la punition sont appelés «les positifs » et présentés comme de doux incompétents inadaptés à « mater » de grosses bêtes dangereuses – l’unique chose qu’on retient au final, c’est cette interdiction de «punir» (voir de dire « non »), une forme de complaisance qui exclut, à leurs yeux, l’exigence.

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Etre un éducateur bienveillant (et non «positif » car nous ne faisons pas que renforcer le positif qu’on l’admette ou pas), ce n’est pas l’auberge espagnole des bons sentiments et encore moins une distribution confuse de nourriture saupoudrée de laxisme.

Notre manière d’éduquer ne peut pas produire de vidéos où de gros malabars « affrontent en combat» des chiens qui apparaissent comme une menace – une vidéo de désensibilisation, de contre conditionnement outre à être longuissime, serait d’un ennui absolument mortel (ça n’a rien de sexy un contre conditionnement, ça demande de sérieuses compétences, un plan très clair, des retours en arrière parfois)

La bienveillance dans l’éducation de nos animaux de compagnie est avant tout l’écoute des besoins de l’animal (et passe donc par un premier processus de les connaître puis de les reconnaître) et de ses émotions – ce qu’on appelle, également, l’empathie.

somebody

C’est se focaliser moins sur le seul résultat et se préoccuper de la qualité du processus – on peut parfaitement obtenir ce qu’on appelle « l’obéissance » par l’intimidation et la peur, ce que ne fera pas un éducateur bienveillant car il sait que le prix à payer est une perte dramatique de confiance en l’éducateur, un stress intense, voir une augmentation de l’agressivité.

scared

C’est renoncer à la relation de lutte pour le pouvoir (le chien « soumis » à notre volonté humaine versus l’humain soumis au pouvoir du chien) pour arriver à un binôme qui se comprend et se fait, mutuellement, confiance.

team

C’est accepter une certaine autonomie de l’animal – la souhaiter, la rendre possible et en tirer parti pour les aider à vivre dans notre société humaine tout en préservant leur bien-être au maximum.

C’est complètement compatible avec la performance, l’exigence, la rigueur si nous savons être des éducateurs qui réfléchissent, qui rendent le succès possible, les erreurs improbables – qui savons mettre sur pied une éducation proactive et non réactive comme celle des dits « tradis »  :-D

future

En définitive, c’est inventer le présent et contribuer à l’avenir

« Youki, reviens »…. le rappel

A la demande de quelques uns de mes stagiaires de parler du rappel, je me suis dit qu’on allait en faire un article, question d’en faire profiter les stagiaires eux-mêmes et mes gentils lecteurs et clients qui n’ont pas fait de stage…

recall1

Un petit préambule qui s’expliquera au fil de la lecture : on va se pencher sur ce qui, en théorie de l’apprentissage, s’appelle en anglais la « learned irrelevance ».

Le mot « irrelevance » en anglais signifie « non pertinence » (j’ai pas mieux en français) et «learned » signifie en français « apprise» ou acquise.

On va donc opter pour « non pertinence acquise ».

irrelevance

En gros, on apprend qu’un quelconque événement dans l’environnement (stimulus pour les geeks du comportement) n’a pas de signification particulière pour le sujet (le « coui-coui-coui » des oiseaux, vous l’entendez clairement mais vous ne l’écoutez pas, ça fait partie de l’environnement mais n’a aucun impact spécifique pour vous… à moins d’être un chat affamé évidemment). Comme il ne comporte pas de conséquence particulière (ni fâcheuse ni agréable), on apprend à l’ignorer, tout simplement.

Quand les signaux tombent, un à un, dans cette « non pertinence acquise » – le chien apprend surtout et avant tout à ne pas vous écouter  :-?

singing

C’est un phénomène qui guette TOUS nos signaux (ou « ordres » si vous préférez, moi pas vraiment) quand on ne les « chouchoute » pas

  • Quand le signal est introduit trop tôt (le chien ne peut pas apprendre en même temps le comportement et le signal verbal rattaché à celui-ci, enseignez le comportement et, ensuite, introduisez le signal). Si je vous hurle une information en japonais (à moins d’être japonais évidemment), vous ne la comprendrez pas mieux que si je vous la susurre, par contre, je vous stresserai sans aucun doute par mes hurlements incompréhensibles  :-(
  • Quand le signal est donné n’importe comment sans la moindre cohérence (on demande « assis », le chien se couche, on renforce parce que « ça va aussi » ou on rappelle le chien parce qu’on croit que c’est nécessaire, il ne revient pas, on s’aperçoit que, finalement, c’était pas nécessaire et on laisse courir). Quand vous prononcez un quelconque signal celui-ci doit être compris et avoir été travaillé solidement, sinon, renoncez à le prononcer (pourquoi demander quelque chose qui ne signifie rien pour votre chien franchement?).
  • Quand on donne un signal qui n’a pas passé par les cases renforcement+++, généralisation, flexibilité — c’est à dire qu’on inonde le chien de mots qui n’ont aucun sens pour lui – c’est à peu près le meilleur moyen de lui apprendre à ne plus vous écouter du tout (si rien de ce que vous dites n’est pertinent, votre chien apprend à ignorer votre « verbiage »).
  • Quand on donne un signal alors qu’on a à peu près 0 chances de succès (rappeler un jeune chien dont l’apprentissage est encore en cours alors qu’il est complètement pris par son environnement riche en distractions).
  • Quand on répète un signal encore et encore (le célèbre « assis-assis-assis-assis-assis» des terrains d’entraînement qui, quand il est suivi d’un coup de laisse sur le collier, finit par devenir un signal empoisonné car potentiellement porteur de punition)

Quand un chien ne répond pas à un signal par le comportement attendu, les premières questions à se poser sont :

  • Est-ce que ce signal est rattaché à un apprentissage abouti, terminé, flexible, généralisé ? En clair, est-ce que le fruit de mon travail est assez solide pour que je l’utilise en ce moment (dans ce contexte, cet environnement) ? Pour moi, rappeler un chien à la cuisine est un apprentissage niveau « maternelle », le rappeler en extérieur, c’est un apprentissage niveau « master » Puniriez-vous votre enfant de 8 ans s’il ne comprend pas un exercice de maths niveau Baccalauréat ? j’espère que non, pauvre petit 
  •  Est-ce que cet environnement est propice à la continuité de mon apprentissage et prend en considération l’émotionnel de mon chien ? (demander un « couché » à un chien craintif alors que plein de congénères autour peut mettre le chien dans l’impossibilité d’effectuer le dit comportement… en effet, si j’ai peur de quelque chose, je préfère rester alerte et prêt à m’enfuir plutôt que de me vautrer par terre).

Avant même de débuter à parler de rappel, considérons le premier signal que nous apprenons à nos chiens : leur nom.

puppies german shepherds

Si, dès le premier jour de vie commune, Youki entend 3 millions de « Youki-youki-youki-youki-youki » à tort et à travers, alors que, finalement, soit il n’est point nécessaire d’obtenir son attention (et que, d’ailleurs, on ne l’obtient pas, à force), cette « non pertinence » est mise en place très tôt.

Parfois déjà en « cours chiot » (voir carrément chez l’éleveur si le chiot a été nommé). Si votre chiot joue comme un déjanté ou, au contraire, est préoccupé par l’environnement (ça ne devrait pas arriver mais ça arrive) il ne vous écoutera pas (et son nom devient, rapidement, un truc sans aucune pertinence, intérêt, conséquence intéressante).

dogsniffing

Je ne compte plus le nombre de clients qui « appellent » (et appellent encore) leur chien par son prénom et que celui-ci continue, imperturbable, à renifler le sol ou à faire ce qu’il est en train de faire comme si celui-ci n’avait pas la moindre signification ni intérêt. on le croirait sourd (sauf qu’il ne l’est pas du tout).

On débute donc par donner à ce nom une importance toute particulière : chez votre chiot, en début d’apprentissage, chaque fois que son prénom est prononcé (une seule fois!) dans un contexte propice (préférablement ennuyeux) et que le chiot vous regarde, il sera suivi d’un renforçateur (qui peut-être une friandise, un gros câlin s’il apprécie, un moment de jeu, une petite « fiesta »)  :-D

puppywatching

A contrario, on ne dira pas le nom du chiot s’il s’agit de lui infliger toute forme d’interaction désagréable (mais parfois incontournable, genre lui donner un bain parce qu’il pue la mort suite à roulade dans la nature odorante).

Bref, on « chouchoute » ce premier signal avec soin…

Il est parfaitement possible d’associer une quelconque onomatopée à une friandise (ce qu’on appelle un « interrupteur positif »), voir utiliser un petit nom affectueux qu’on abandonnera par la suite, du style « bébé chien » pour une utilisation provisoire et qui souffrira de quelques ratés pendant qu’on travaille à construire un nom définitif qui, lui, sera porteur d’un historique d’interactions si positives qu’il jaillira comme une information très importante dans l’environnement du chien.

La finalité ultime étant d’avoir un chien qui relève la tête, clairement et avec grand intérêt quand il entend « Youki » dans notre verbiage si largement « non pertinent ». Quand on n’a pas ces fondations, travailler sur le rappel est légèrement illusoire.

Le nom du chien DOIT devenir ce qu’on appelle parfois un « signal précieux »à savoir un signal ultra renforcé.

Ensuite, il faut prendre conscience que tout signal précieux devient un renforçateur secondaire… à méditer quand on entend très souvent les propriétaires lancer le nom du chien quand il démarre un comportement peu souhaitable (vous renforcez la « bêtise »)  :-|

Le rappel est la suite logique de ce premier travail : trop souvent, quand je demande à mes clients comment le rappel a été introduit, il s’avère que le chiot revenait à 2-3 mois, il a été renforcé (au début, puis très rapidement moins « puisque ça roule ») et, au fur et à mesure que le chiot grandit et qu’il devient plus hardi dans un environnement bien sympa et attirant, on se retrouve à répéter ce mot de manière de plus en plus impérieuse sans grand succès (voir plus de succès du tout)  :-? 

On parle, un peu vite à mon sens, de « crise d’adolescence » alors que, au fond, on n’a juste pas mis en place le moindre apprentissage crédible.

Ronja von hinten

En effet, le concept de « l’obéissance » est pour moi une immense illusion humaine : le chien va toujours choisir la conséquence la plus agréable pour lui – entre continuer à renifler cette chose qui « pue très bon » et revenir vers vous pour se voir mettre la laisse et rentrer, son cœur ne balance pas un seul instant  ;-)

Considérez la situation avant de décider comment agir  :-D

C’est l’historique de renforcement de votre signal qui le rendra « pertinent » et intéressant (les chiens d’accompagnement pour mal voyants ont un « signal précieux » qui est le bord du trottoir – qui est le plus renforcé entre tous. On ne laissera jamais le chien aller au bord du trottoir s’il a commis un quelconque impair dans la chaîne de comportements de son apprentissage, parce que cet historique de renforcement renforcera tous les comportements précédents… le trottoir, vous imaginez bien, ne donne pas « d’ordre » au chien – par contre, sa signification est limpide et son historique de renforcement énorme).

Dès lors que vous aurez lancé votre mot de rappel et que Youki aura continué à renifler son trésor odorant, l’apprentissage se fait : ne pas réagir est une excellente affaire – en effet, la conséquence est de pouvoir continuer à faire ce qu’il apprécie de faire.

Si vous vous fâchez tout vert ensuite, toujours avec votre mot de rappel rageusement, il deviendra un signal empoisonné puisque rattaché à l’intimidation et à la peur… ce qui ne va guère lui donner envie de vous rejoindre à l’avenir (tout le contraire). On le voit souvent chez certains chiens qui reviennent très lentement, comme hésitants, ne sachant plus très bien si ce mot spécifique est une bonne nouvelle ou, au contraire, l’arrivée d’une catastrophe imminente.

intimidated

Pensez également à votre « timing » - si, quand vous rappelez votre chien, il arrive gaiement et, ensuite, vous lui demandez « assis » en face de vous et vous renforcez, c’est le « assis » qui est renforcé et pas le rappel (ce n’est pas ce que vous voulez)  :-D 

sittingdog

Même problème si, quand vous rappelez votre chiot à la maison vous devez ensuite aller à la cuisine et chercher laborieusement un « bonbon » – le chien aura effectué un certain nombre de comportements suite au rappel, il ne fera plus la relation directe avec le fait de revenir (soyez « armés » de renforçateurs quand vous êtes en plein apprentissage, ayez un ou des bols de « bonbons » à portée de main).

bolfriandises

On l’aura compris, si votre mot de rappel est flingué par de très nombreux échecs (et qu’il est donc sujet à notre fameuse « learned irrelevance ») ou qu’il a donné lieu à des énervements de votre part, voir des punitions (signal empoisonné) il va falloir impérativement en changer et tout recommencer

NB : personne au monde ne vous oblige à dire « retour » « viens » ou « au pied » – le mot peut-être « bonbon », « youpidou » ou « bingo »  :-D

bingo

Gardez en tête qu’il est infiniment plus facile de conditionner un nouveau mot que de travailler à modifier la perception d’un ancien…

J’ai un peu horreur des protocoles et les approches « how-to » (parce que chaque chien est un individu unique par définition)… mais, de manière générale, un rappel se construit chez vous, dans le calme, voir l’ennui, quand votre chiot (ou chien) n’a strictement rien de mieux à faire que de vous écouter et que vous représentez une source bienvenue d’intérêt.

Mot de rappel = toujours giga friandise (pas la croquette ennuyeuse de sa gamelle mais morceau de saucisse, jambon, fromage, foie séché, friandise maison bien alléchante… et variez ces friandises : s’il vous reste un morceau du rôti de dimanche et que vous n’allez rien en faire, faites-en des munitions d’entraînement).

A répéter à la cuisine, dans la chambre, la salle de bain, le salon, la salle à manger (bref, on aura compris le principe) avant de l’exporter dans votre jardin clôturé (qui est déjà un très grand saut en termes de distractions). A répéter en famille : chaque membre de la famille appelle le chien (une fois!) et il renforce s’il revient – aucun autre membre de la famille n’octroie la moindre attention au chien s’il ne va pas vers la personne qui l’appelle (on peut s’assoir en cercle avec le chiot au milieu).

Rappelez-vous que, pour votre chien, un signal appris avec la pendule de la cuisine face à lui et le frigo derrière lui n’est pas la même chose que s’il a la pendule derrière lui et le frigo face à lui, il s’agit donc de varier à l’infini l’environnement :lol:

Notre monde d’humains est fait d’une masse affolante d’informations pour nos chiens et ils en font ce qu’ils peuvent… ils cherchent constamment à anticiper les conséquences de leurs décisions (et décident en leur faveur évidemment, non, les chiens ne viennent pas au monde pour nous rendre heureux)  :lol:

Chacun d’entre vous aura noté chez son chien quelques « signaux » qui sont d’une parfaite clarté et n’ont pas besoin d’être répétés – genre « on va balader » (ou le simple fait de prendre la laisse en main), manier les gamelles en métal (ils sont tous très intéressés dès le premier cliquetis) ou, dans l’autre sens, la bouteille de shampooing qu’on empoigne et le chien se fait immédiatement la malle (etc. etc. etc.).

dogbath

Là, on ne parle plus « d’obéissance » et, pourtant, les chiens réagissent tous à ces informations ultra pertinentes dans leur monde, pour obtenir, ou éviter, une conséquence. Nos « signaux » peuvent avoir la même clarté et cohérence. 

Question d’éviter les échecs, on aura compris qu’il est parfaitement contre-productif, en plein apprentissage, de lâcher votre jeune chien si vous craignez ne pas pouvoir obtenir son attention et que vous savez que vous devrez le récupérer dans un temps défini ou parce que l’environnement l’exige (dangers).

Si nécessaire, allez le chercher calmement ou, si problématique, ne le lâchez tout simplement pas (la longe est votre amie)  ;-)

longe

Vous ne lâchez votre chien que si et quand votre apprentissage est déjà solide ou, alternativement, l’environnement sécurisé permet d’attendre sereinement que votre chien revienne vers vous de manière spontanée (vous pouvez lancer votre mot de rappel dès que vous voyez votre chien revenir et vous renforcez).

Réfléchir avant de lancer son mot de rappel : demander à Youki de revenir (du jardin) et partir travailler est une véritable catastrophe – la conséquence d’avoir répondu à ce fameux rappel est désastreuse (pour Youki).

A l’identique si votre chien déteste la voiture : utilisez votre mot de rappel pour l’enfourner dans le coffre où il est malade, est un contre-sens  :roll:

En résumé :

  • Obtenez l’attention de votre chien quand vous prononcez son nom et ne le prononcez pas si pas de conséquence gratifiante
  • Faites-en un « signal précieux » (hautement renforcé)
  • Considérez que tout signal « précieux » devient un renforçateur secondaire, ne l’utilisez pas pour stopper un comportement qui vous déplaît
  • Mettez en place le conditionnement au rappel en milieu très peu distrayant au début
  • Augmentez la difficulté par paliers très modestes, rappelez-vous que rappeler votre chien en extérieur est un apprentissage niveau « master » (si les circonstances ne s’y prêtent pas, ne détachez pas)
  • Réservez vos friandises de très haute valeur pour le rappel et variez-les régulièrement, identifiez ce que votre chien estime être une « giga friandise »
  • Pensez à votre timing – c’est le rappel que vous renforcez, pas autre chose
  • Ne rappelez pas si moins de 99% de succès en cours d’apprentissage
  • Rappelez votre chien souvent pour le renvoyer ensuite à ses occupations de chien
  • Rappelez votre chien pour débuter une partie de jeu, lancer la balle, toute interaction qu’il apprécie…

… et bossez, bossez, bossez – on n’a jamais rien sans rien :-D 

process

Attachez-vous au processus : les résultats suivront  :-D

Quelques minutes par jour suffisent et seront bien plus productives qu’une heure de cours sur le terrain…

Si beaucoup (infiniment) de chiens n’ont aucun rappel (le chien qui « revient des fois » n’a pas de rappel), c’est tout simplement parce que celui-ci n’a pas été travaillé ou a été travaillé de manière peu pertinente.

A la question : « peut-on avoir un rappel à 100%? » ma réponse sera toujours et inévitablement « non » mais, identifier l’ennemi aidant à le vaincre, crééz un plan d’apprentissage spécifique, suivez-le, renforcez toute la vie du chien  ;-)

Chez les miens, par exemple, un rappel lambda ne sera plus renforcé autrement que par une intonation particulièrement gentille et/ou un mot conditionné, comme « good boy », « good girl », un rappel à fond les ballons en circonstances distrayantes sera payé grassement toute leur vie, à savoir par une friandise (pour certains qui vivent pour manger) ou une partie de jeu (pour ceux qui vivent pour jouer)  :-D

Happy training ☺ 

Je fais mes débuts en laisse….

Clairement, j’ai une grande aversion pour les « protocoles » éducatifs, les articles « how-to» qu’on me réclame pourtant tout le temps et les recettes toutes faites, détaillées point par point  :lol:

3d people - man, person with a clipboard. Businessman.

Pour moi, chaque chien est un individu unique et non, je n’ai pas de protocole standardisé selon l’âge : voilà pourquoi je préconise les cours privés pour les chiots (la théorie, elle, peut se faire en groupe évidemment puisqu’elle n’est destinée qu’aux propriétaires, en privé, elle constituera un repos bien mérité pour le jeune « apprenant »).

puppyschool

Je ne suis donc pas très fan des classes chiots complètement standardisées où je vois certains chiots explosés de stress, d’énergie plus ou moins contenue, qui vocalisent et se tortillent au bout d’une laisse mais qui « doivent », comme tout le monde, attendre leur tour pour l’exercice de rappel que vont entreprendre cinq ou six personnes avant lui, toujours le même (le propriétaire dont c’est le tour s’accroupit et on l’encourage à émettre des tas de sons enjôleurs qui, avec un peu de chance, vont convaincre le chiot « dont c’est le tour » à revenir rapidement vers son propriétaire. Sauf que, pendant ce temps, le chiot qui attend a parfois atteint un niveau stratosphérique de frustration pendant que son propriétaire le regarde médusé).

crazy

Pour certains chiots, une classe « chiots » digne de ce nom peut (et devrait) tout à fait se limiter à «bonbonner » le calme du chiot à plusieurs mètres de la classe et, si si, je vous assure, il y a apprentissage et un apprentissage autrement plus utile que celui de la frustration et de ses nombreux symptômes (je sais que certains sont de grands fan de la frustration – pas moi, c’est une émotion qui s’apparente à la colère et je ne pense pas qu’il soit utile d’associer nos apprentissages à une telle émotion, bien au contraire). 

frustration

Les chiens n’apprennent pas « quand c’est leur tour » mais tout le temps et si on est en train d’enseigner le rappel (si on a de la chance et c’est pas sûr) à un chiot, certains autres sont en train d’apprendre que la laisse c’est une sacrée source de frustration (semaine après semaine)  :roll:

Tout ça pour vous parler, justement, de la laisse…. (j’adore les longs préambules).

leash

La laisse, grand sujet de préoccupation auprès des propriétaires de chiens : le chien tire en laisse, mange la laisse, ne revient pas quand on sort la laisse, s’enfuit quand on le détache, est frustré en laisse, n’avance pas en laisse (oui, ça existe aussi).

First dog walk on a leash

Mes propres chiens sont très peu en laisse : d’abord parce que j’ai la chance de vivre dans un endroit particulièrement désertique et bucolique mais, parce que, quand nous fréquentons d’autres endroits qui représentent un « challenge » plus intense, ils ont à leur actif des tas de comportements, appris hors contexte, qui sont incompatibles avec la liste de problèmes énumérés plus haut.

Quand mes clients s’adressent à moi au sujet d’un problème avec la laisse, il est déjà clairement concrétisé en général – le chien « tire » ou présente d’autres problèmes relationnels avec ce fameux bout de tissu, plastique ou cuir qui reste indispensable (je ne suis pas fan du tout du chien détaché en ville, même avec des comportements ultra solides, même avec des autocontrôles bien rodés, le risque me semble ne pas valoir la peine si on considère les impondérables).

Je note souvent dans mes cours, que, dès que le chien est « détaché » (sans autre forme de procès) il s’en va explorer l’environnement avec grand plaisir (et c’est légitime, puisque c’est le seul signal de liberté qu’il connaît finalement).

Dans ma vision des choses, la présence – ou absence – de laisse doit rester vide de sens pour le chien et doit être accompagnée d’une autre information complémentaire (ce que d’aucuns appellent « ordres »).

Si on y réfléchit un instant : à peu près tout ce qui est intéressant dans la vie d’un chien se passe une fois qu’on l’a détaché (aller renifler ou jouer avec les autres chiens, jouer à la balle, jouer au frisbee, débuter son tour en agility, avancer à son rythme naturel).

La laisse disparaît : le fun débute  :lol:

 Bref, ce « cliquetis » de mousqueton devient la portée vers toutes sortes de paradis  :-D

unleashed

On va donc remonter à « avant » le problème dans l’optique d’une éducation proactive et non réactive qui m’est si chère  ;-)

Je mets souvent la laisse aux chiots dès leurs débuts à la maison ou en cours d’éducation : on met la laisse, on clique (et renforce) et on associe donc le petit cliquetis du mousqueton à quelque chose de plutôt sympa. On enlève la laisse et on ne clique pas… on remet la laisse et on clique et renforce.

Dans un 2ème temps, toujours à la maison et dans des périodes de calme complet (quand les enfants sont à l’école et que le moment n’est pas particulièrement fascinant), je mets le chiot en laisse (click bonbon) et je le laisse oublier l’engin (évidemment, il s’agit de choisir une laisse légère et adaptée au gabarit du chiot).

Quand il semble avoir repris le cours de sa petite vie et retourne dans son panier ou se pose quelque part, je prends la laisse et j’exerce une très légère pression sur la dite laisse (qu’elle soit attachée au collier ou au harnais, même si je vous conseille définitivement un harnais adapté à la morphologie de votre chien)la force utilisée doit correspondre à ce que serait un léger tapotement sur l’épaule d’un autre humain, pas plus – aussitôt que le chiot en prend conscience (et se retourne, vu qu’il n’a pas grand chose d’autre à faire au fond), je clique et je renforce.

happypuppy

Dans un 2ème temps, j’introduis un signal verbal avant ma mini pression (« je suis là »), «je suis là » ==> mini pression ==> click ==> bonbon  :-D (nouveau signal, ancien signal). 

Rapidement, votre chiot réagira à la plus petite pression de la laisse et, ensuite, au mot «je suis là » (ou autre mot de votre choix).

C’est l’enfance de l’art d’une marche en laisse sans tirer  ;-)

Tous ces jeux sont à pratiquer de préférence avant que votre chiot n’ait appris à tirer sur sa laisse (le moindre pas en avant que vous faites dans la direction choisie par le chiot renforce le fait de tirer)  :roll:

Je travaille presque toujours mes chiots en laisse quand on débute le clicker training (et j’encourage mes propriétaires à le faire, même quand ils travaillent dans leur cuisine, évidemment sans danger)cela évite de se construire une association « les trucs bien c’est toujours quand on détache la laisse ».

On débute donc par mettre le chiot en laisse  (j’insiste, encore une fois, sur une laisse fine, légère, en proportion raisonnable avec le gabarit de votre chiot) ==> click-bonbon. 

Je débute avec un critère excessivement bas et un rythme de renforcement excessivement haut : il faut impérativement que l’activité soit assimilée à du pur «amusement en barres »  :-D

De temps en temps j’attache la laisse (assez longue) à ma taille et, de temps en temps je la laisse tomber au sol, ce qui devient un non événement (pour autant que le chiot soit véritablement engagé avec vous et pas empêtré dans une de ces séances de clicker training où on clique une fois toutes les morts de pape et au cours desquelles le chien s’ennuie prodigieusement avant de s’en aller).

Je ne vous propose pas de faire du « free shaping » (à peu près mon pire ennemi… mais c’est un autre sujet) mais de cliquer un critère très bas de manière à garantir un rythme de renforcement très soutenu.

Quand on s’amuse vraiment bien et que le chiot est ultra engagé (gardez vos séances très courtes), je le détache et je donne mon signal « c’est fini » (un peu décevant parce que, sérieux, on s’amusait drôlement bien).

N’oublions jamais que, du point de vue d’une chien, nous ne sommes qu’une option (parmi plein d’autres)  ;-)

Etre attaché est assimilé à l’interaction, être détaché, à la fin de l’interaction (évidemment, tout ceci n’a aucune pertinence si l’action n’est pas agréable).

boredpuppy

Un autre jeu à considérer est de détacher le chiot et, dès qu’il est détaché, click et jet d’une généreuse poignée de « bonbons » très proche de vos pieds (comprendre jambon, fromage, foie séché ou n’importe quelle friandise adorée)le petit bruit métallique est associé à une émotion agréable mais également calme vu que le chiot ne part pas en trombe explorer le vaste monde (y’a bien plus passionnant juste à mes pieds).

C’est toujours très constructif d’avoir un chien qui attend un signal de libération après avoir été détaché.

Après quelques répétitions de ce jeu (qu’on débutera, évidemment, dans un milieu peu riche en distractions), je détache, clique, balance mes « bonbons » et je m’éloigne de mon chiot de quelques pas. Presque à coup sûr, Bébé Chien vous suit : vous vous construisez un chiot qui sera encore là pour écouter le signal que vous lui donnerez plus tard.

A ce stade, vous pouvez débuter une interaction plaisante pour votre chiot, cliquer l’attention du chiot sur vous et, encore une fois, quand il vous semble hyper engagé, vous lui signalez qu’il est « libre» de faire ce que bon lui semble…. s’éloigner de vous reste certes attractif (le monde est fun pour un chiot confiant) mais ce n’est pas l’unique source de bonheur, bien au contraire (vous êtes pas mal non plus question « fun »)  ;-)

sniffingpuppy

Je vous conseille vivement de mettre votre chiot en voiture et d’aller le détacher dans un lieu calme afin de rendre ces jeux possibles bien avant de lui apprendre que tirer sur sa laisse, s’enfuir dès qu’il est détaché, sont ses options uniques pour s’amuser.

Un mot pour finir au sujet des harnais à « boucle sur le poitrail » : s’ils sont une aide efficace et solide pour des propriétaires déjà dans la panade au sujet de la marche en laisse, ils doivent à mon sens rester une aide transitoire, le temps de travailler une marche en laisse détendue de manière très active (avec votre éducateur).

Quand votre jeune chien marche plus d’un an (ou pire) de « guingois » à cause de cette boucle sur le devant, il adopte une posture excessivement malsaine qui, si très transitoire et occasionnelle, ne fera pas de dégâts mais qui ne sera pas sans conséquences si elle se pérennise.

Happy Training  :-D

Obéir ou ne pas obéir…

Quand des amis constatent que mes mini-pigs font « assis » et « couché » (et autres comportements) sur demande, ils sont généralement au bord de l’extase – « oh wow, mais c’est génial, comment tu leur apprends ça ? ».

Pene5

Le sentiment de « mignonnitude » est presque à coup sûr à son comble

Si, parfois, elle n’exécutent pas (ça arrive), parce que trop d’inconnus dans leur enclos ou parce qu’un inconnu spécifique les laisse un peu perplexes (elles ne sont pas ultra sociables mais c’est une autre compétence que personne ne demande aux cochons), personne ne s’en offusque moindrement et accepte, sans rechigner, qu’elles puissent avoir peur, être intimidées ou mal à l’aise « ah ben oui, elle ne me connaît pas après tout » me disent-ils avec beaucoup d’empathie pour l’état émotionnel de mes deux animaux.

empathy

Personne ne s’attend à ce que je sorte un index menaçant ou que je répète ma demande sur un ton dont l’exaspération augmenterait de manière exponentielle « assis-assis-assis » ou que j’entreprenne une quelconque action coercitive à leur encontre. Et, surtout, personne ne soupçonne une quelconque « mutinerie » par rapport à mon autorité sur elles, en fait, personne ne s’attend que j’aie la moindre autorité sur elles.

boss

Pourtant, quand il s’agit d’un chien, c’est précisément ce qui arrive.

Je me souviens d’un monsieur ayant réceptionné un chien qu’il venait de décider d’adopter qui, 10 secondes après avoir pris le chien en laisse, lui claironnait un « au pied » très décidé. Le chien, soit complètement vierge de tout apprentissage (probablement), soit complètement déboussolé par des circonstances émotionnellement pas faciles n’a pas donné le moindre signe de savoir faire quoi que ce soit qui ressemble, même vaguement, à un «au pied». Immédiatement, le monsieur a élevé la voix et produit un «AU PIED» tonitruant (tout aussi inefficace que le premier).

A ce moment là, il se tourne vers l’employé du refuge et décrète, un peu dépité «dommage, il n’est pas très obéissant »…..  8-O 8-O 8-O

scratch

Cette étrange conviction que nos chiens comprennent notre langage humain est probablement le résultat d’une connivence très spéciale avec cet animal qui est si incroyablement proche de nous.

darkness

Elle est à la fois fascinante (d’un point de vue sociologique) et légèrement inquiétante (pour le chien).

Car, si personne ne s’attend à voir un chat « obéir » ni un cochon, c’est souvent précisément ce qu’on attend du chien, comme s’il venait au monde avec cet unique désir de combler toutes nos attentes et exigences (aussi peu adaptées qu’elles soient à un individu spécifique d’ailleurs : difficile parfois de faire le deuil du chien d’assistance, sportif ou – tout simplement – ultra sociable). 

grumpycat

J’ai des propriétaires qui, parfois, me disent « je lui dis de ne pas toucher mais il ne m’écoute pas » (quand je leur demande comment ils ont enseigné le « ne pas toucher » au chien, ils sont un peu perplexes, en réalité, ce mot spécifique n’a fait l’objet d’aucun apprentissage particulier).

Et, dès lors qu’on est complètement dans l’idée que le « chien comprend », s’il comprend et ne fait pas, c’est donc qu’il désobéit (il fait passer sa volonté propre de « ne pas faire » au dessus de la notre qui lui demande, justement, de « faire »).

Pour en revenir à mes petites cochonnes, personne ne s’attend, non plus, qu’elles soient cordiales avec le monde entier et 100% des personnes qui les rencontrent me demandent, prudemment, si « on peut les toucher ? »

(d’ailleurs oui, on « peut » et elles ne mordent personne, ensuite, elles n’y tiennent pas outre mesure comme mon Border qui ne grognera et encore moins mordra personne mais, si vous lui fichez la paix il préfère, alors que mon Australienne apprécierait très certainement les câlins d’un cambrioleur qui m’aurait, au préalable, égorgée).

cochonnes

Avoir été élevé au rang de « meilleur ami de l’homme » semble avoir généré par rapport au chien des attentes qui dépassent celles que nous avons pour tout autre animal…. l’obéissance de nos chiens étant pour certains la mesure de la dévotion qu’ils devraient ressentir à notre égard (l’éternel « il le fait pour moi » ou « pour me faire plaisir »).

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En gros, il m’aime s’il m’obéit et s’il m’obéit, il m’aime (ce qui est très loin d’être sûr).

Je surprends souvent mes clients quand je leur dis que, pour moi, « l’obéissance » n’existe pas : il y a des apprentissages, compris ou non, complets ou incomplets, généralisés ou non, flexibles ou non, des contextes propices ou pas du tout…. et le chien nous le confirme continuellement en n’exécutant pas ce malheureux « assis-assis-assis-assis » que vous répétez avec une exaspération grandissante alors qu’il est à 2 mètres d’un chien qui le préoccupe, alors que d’autres chiens font les fous devant lui ou parce que, tout simplement, vous lui avez appris ce comportement en lui faisant face et en utilisant un geste de la main alors que là, vous êtes à côté de lui et vous utilisez uniquement le mot qui n’a strictement aucun sens pour lui (quoi que vous en pensiez).

Sans oublier évidemment que notre brave Pavlov étant toujours sur notre épaule (même et surtout quand on n’y pense pas), votre petit coup sur la laisse (pas trop « méchant ») ou votre voix sévère (pas trop effrayante) deviennent précisément ce qui annonce l’opportunité d’un renforçateur si, après avoir exécuté, vous récompensez le chien : dans ce cas précis, le coup sur la laisse devient le signal conditionné et le chien l’accepte plutôt vaillamment puisqu’il annonce l’arrivée d’une friandise – en fait, il n’exécutera son comportement qu’en présence de ce signal spécifique.

peanuts-pavlov

Si, quand le chien « n’obéit pas » nous nous posions la question de son apprentissage (ce qui devrait plutôt vous inciter à NOUS remettre en question plutôt que de remettre le chien en question), de son état émotionnel dans l’instant, de l’environnement immédiat – nous nous éviterions de plonger dans cette vision douloureuse pour lui et pour nous de l’obéissance absolue en toutes circonstances qui complique et dégrade la relation.

Nous avons, en grand nombre, réfuté la théorie de la dominance mais nous parlons, encore (presque) tous, d’obéissance et d’ordres qui nous ramènent pourtant tout droit à un concept de domination  :lol: :lol: :lol:

Happy training ☺☺☺

Comment choisir son éducateur canin?

rottweiler and leash

Le métier d’éducateur canin est un des moins « réglementés » qui existent : même dans notre petite Suisse plutôt riche en interdits et obligations pourtant, il existe bien des cantons où on peut tout simplement s’auto-proclamer éducateur canin, sans coup férir (alors qu’il faut une formation diplômante de trois ans pour être vendeuse : sans aucunement vouloir médire d’une formation quelle qu’elle soit, tant je suis convaincue que tout métier nécessite soit une solide formation soit la reconnaissance officielle et vérifiée d’acquis autodidactes).

Sans conteste, dans votre début de quête d’un éducateur canin, l’enfance de l’art est de vous focaliser sur ceux qui annoncent des méthodes sans violence ni contrainte – souvent présentées – en francophonie en tous cas – sous l’appellation « positives ».

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Vaste concept parfois (et non toujours, évidemment) utilisé comme argument marketing (je me rappelle d’une éducatrice dans un funeste reportage à la télévision française, qui, se présentant comme «amicale et positive » justement, mettait de grands coups de genoux à un pauvre chien qui l’accueillait à la porte en lui sautant dessus).

Voulez-vous vrament, pour votre « meilleur-ami-chien » – d’une éducation fondée sur la douleur, l’inconfort, la peur de la punition et la contrainte ? ( si la réponse est « oui », je pense que vous vous êtes égaré sur mon blog et que vous pouvez, d’ores-et-déjà, interrompre cette lecture).

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Ne me répondez pas « mais ça marche »  :roll:

Le résultat ne peut être notre unique considération - quand vos invités mettent les pieds sur votre table basse et que cela vous heurte, je doute que vous adressiez ce souci par un coup immédiat dans leur plexus, question qu’ils comprennent bien que ça ne se fait pas?  ;-)

De manière plus pragmatique, vous pouvez effectuer une simple vérification de l’approche de votre postulant éducateur par quelque simples questions dont: « que faites-vous quand le chien fait juste ? » et, surtout, « que faites-vous quand le chien fait faux ? » (suggestion de réponse rassurante : « je renforce les bons comportements » / « je rends probable et renforce un comportement alternatif et incompatible avec le comportement indésirable »).

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Se contenter d’un laconique « ça fait 20 ans (ou 40) que je suis sur les terrains », ne devrait pas vous suffire : osez donc demander à votre éducteur quelle a été sa formation ou ses formations (qu’il devrait, normalement, se faire un plaisir de vous détailler) et, si sa réponse reste obscure pour vous, n’hésitez pas à aller regarder les sites des organismes qui les dispensent et renseignez-vous autour de vous. Je ne pense pas que vous seriez d’accord de confier vos enfants à une enseignante sans aucun diplôme et aucune éthique connue et sur le simple concept de son « auto-glorification »  :-D 

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Faites la différence entre une certification et une simple « attestation de présence » (qui ne vous garantit en rien que la personne a effectivement intégré des concepts). Dans mes propres cours, je donne des attestations de présence et certainement pas des certifications qui impliqueraient que je vérifie, une personne à la fois, que certaines notions ont été clairement acquises et, seront dès lors appliquées (ce que je ne fais pas).

J’ai vu récemment une annonce sur Facebook d’une éducatrice qui se présentait laconiquement comme « diplômée » (point) : les seules personnes à demander des précisions étaient…. des éducateurs canins  :roll:

Soyez exigeant en tant que propriétaire, c’est votre compagnon de route pour 15 ans que vous allez confier à un quelconque individu et, que, accessoirement, vous allez devoir fréquenter pendant des semaines, des mois voir des années.

Bien-sûr, quand ce n’est pas notre domaine, qu’on vous dise qu’on a le papier X ou Y ne sera pas très parlant mais, déjà, vous saurez que la personne a pris la peine de faire une formation (c’est un début) – et il est parfaitement approprié – et légitime – de demander à la dite personne en quoi consistait sa formation (2 jours ou 3 ans ce n’est pas pareil), si elle a comporté un ou des examens, des heures de pratique, des travaux individuels écrits, etc.

Un éducateur compétent et qualifié sera toujours parfaitement heureux de vous répondre  :-D

Osez donc aller voir comment ça se passe en cours AVANT d’y emmener votre jeune (ou pas) chien et restez attentif aux détails suivants :

  • L’éducateur demande-t-il à voir un chien avant de l’intégrer à un groupe ou, au moins, vous demande-t-il s’il est à l’aise avec ses congénères ? Un chien anxieux ou craintif ou réactif n’a strictement rien à faire dans une éducation « en groupe » qui, en définitive, va causer plus de problèmes qu’elle n’en résoudra. Optez pour des cours privés dans un premier temps, voir même des cours à domicile.
  • Comment sont les chiens à leur arrivée (gérés ou pas du tout ?). Il est bien inutile d’avoir des chiens «obéissants » sur le terrain s’ils n’ont pas des acquis de base indispensables dans la vie courante.
  • Si et quand on vous demande de les « mettre en cage », vous propose-t-on des conseils afin de positiver la dite caisse au préalable ou les balance-t-on dedans sans préparation aucune ? Constatez-vous que les chiens en cage ou attachés vocalisent?
  • Laisse-t-on les chiens qui arrivent sur le terrain renifler l’environnement dans le calme avant toute chose ? S’imprégner de l’environnement en toute quiétude permet au chien de mieux se concentrer ensuite. 
  • Comment s’adresse-t-on aux propriétaires ? relève-t-on ce qu’ils font bien avant tout? Savoir renforcer ce qui « va bien » est un mode de vie et non une technique de «dressage » ☺
  • Les chiens – et les gens – ont-ils l’air détendus et de bonne humeur ou semblent-ils stressés et mal à l’aise ? n’hésitez pas à leur parler à l’issue du cours…. demandez-leur s’ils s’amusent et s’ils se sentent accompagnés
  • L’éducateur sait-il rapidement proposer des cours privés aux propriétaires en difficulté avec leur chien au sein d’un groupe ?
  • Entendez-vous une litanie de « assis-assis-assis », « reste-reste-reste »« couché-couché-couché » et des « non, non non »? Si c’est le cas, c’est que ces apprentissages ne sont pas acquis (et, s’ils ne sont pas acquis dans ce contexte, pourquoi les demander ?)
  • A-t-on recours à la « punition » quand le chien n’exécute pas alors qu’on estime qu’il le devrait ? L’éducateur sait-il prendre en considération l’environnement, un apprentissage peu ou pas généralisé, l’état émotionnel du chien, un signal (ordre) éventuellement « empoisonné » ?
  • Met-on des « étiquettes » sur les chiens (« démotivé, paresseux, têtu » etc. etc.) ou sur vous-même (il ne vous respecte pas, il vous danse sur le ventre, vous êtes trop ci ou pas assez ça). Mettre une étiquette fournit un alibi à une incompétence certaine – en effet, c’est de la faute du chien ou la vôtre, ce qui exonère dès lors l’éducateur.
  • Vous serine-t-on encore des notions de « chef de meute », de « famille meute », vous incite-t-on à « dominer » votre chien? ces considérations fallacieuses ont été démontées depuis des lustres, si votre éducateur en est encore là, il a du rattrapage à faire ☺ (dit en anglais « le leader du pack » comme on me l’a sorti une fois, est assez comique mais tout aussi fallacieux).
  • L’éducateur demande-t-il la permission de prendre le chien d’un participant pour démontrer un exercice ? et explique-t-il clairement ce qu’il projette de faire avant de le faire ? Ne confiez jamais votre chien à un éducateur si vous n’avez pas pleinement confiance en celui-ci.
  • L’éducateur donne-t-il des « garanties » de résultat ? S’il vous en donne, fuyez – cela veut dire qu’il n’appréhende pas toutes les subtilités du comportement (j’ai vu, l’autre jour, une annonce « obéissance 100% garantie » – pour moi, le type de concept marketing qui vous signale un charlatan à plein nez).

garantie

De manière générale, n’hésitez jamais à demander à votre éducateur qu’il vous explique ce qu’il affirme, qu’il mette en paroles le pourquoi du comment (si competent, il n’aura aucune difficulté à le faire) et, s’il ressent cette demande d’explication comme une mise en doute de ses compétences, ne considérez pas ça comme un « bon point »

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Que votre éducateur canin soit d’une école ou d’une autre, il y a des bases qu’il doit savoir parfaitement maîtriser – les lois de l’apprentissage ne sont pas une opinion ou une vue de l’esprit mais des forces inéluctables qui s’appliquent à tous.

Ce sont les outils fondamentaux de tout éducateur canin et il doit les maîtriser complètement, tout comme, si vous êtes coiffeuse ou électricien, vous maîtrisez parfaitement les vôtres (et vous ne songeriez as à vous lancer dans une permanente ou une installation électrique sans avoir obtenu une reconnaissance professionnelle). 

outils

Toute modification du comportement s’effectue par le biais d’un conditionnement répondant ou opérant : il est absolument impératif que votre éducateur/éducatrice comprenne clairement – et vous explique tout aussi clairement – ces deux concepts.

Tout conditionnement opérant se décompose en trois phases : un antécédent, le comportement et la conséquence (vous demandez un « assis » – le signal « assis » est l’antécédent – le chien s’assied, c’est le comportement – vous lui donnez une friandise, c’est la conséquence).

Tout conditionnement répondant ne comporte que deux phases : « quand X se produit, Y s’en suit » (le chien vous entend préparer la gamelle, il rapplique).

Actuellement, l’éducation canine est fondée sur des connaissances scientifiques et non sur la brume culturelle transmise par la cousine de la tante de la concierge qui « dit que »

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En définitive, si après 2 ou 3 cours vous avez l’impression que ça ne se passe pas comme vous voudriez, rappelez-vous qu’il existe une quantité affolante d’éducateurs et qu’il vaut mieux faire quelques kilomètres de plus pendant quelques semaines / mois que de vous enfoncer dans une approche contre productive pour vous et pour votre chien  :-D

Happy shopping  :-D

Moins d’ordres, plus d’infos…

begJe harcèle (gentiment) mes élèves et participants à mes séminaires dans l’idée de ne plus utiliser le mot «ordre » quand on parle de comportements appris à nos chiens et ce n’est pas si anodin que ça….

« Ce n’est qu’un mot » m’a-t-on déjà (souvent) répliqué (précisons d’emblée que j’adore ce type de réponse participative et remue-méninges).

Oui, mais nous – contrairement aux animaux – sommes justement des êtres de langage et chaque mot a un sens qui se rattache à notre propre historique culturel, intellectuel et d’apprentissage.

Obtenir une information ou recevoir un ordre n’est pas – du tout – la même chose et ne génère pas en nous la même émotion.

Si votre patron vous informe qu’une tâche est à faire, il vous laisse inconsciemment le choix d’exécuter cette tâche spécifique ou pas (en gros, il est possible, si vous vous portez volontaire, que l’issue soit gratifiante), s’il vous en donne l’ordre, la perspective est toute autre : contrevenir à son « ordre » vous expose à des représailles très probables (dans l’un comme dans l’autre cas, l’historique des conséquences vont déterminer votre action)

patron

L’ordre est également une information – celle qui vous spécifie comment agir afin d’éviter des conséquences fâcheuses et c’est précisément ce que nous véhiculons, consciemment ou pas, quand on utilise ce mot spécifique (à nos chiens, à nos clients quand on est éducateurs et qu’on leur répète ce mot).  

Une information est utile ou inutile, pertinente ou non, elle fait sens ou pas du tout (lors d’un récent séminaire de TAG Teach, une des participantes a montré l’apprentissage de « pompes » efficaces et j’ai constaté que, à peine le mot « pompes » prononcé – mon cerveau s’est débranché immédiatement).

J’ai pu tranquillement décrocher quelques minutes, ne redoutant pas les conséquences de mon désintérêt personnel, je n’ai pas envie de faire des pompes, je n’en ferai jamais, ce n’est pas grave (en tous cas, ça ne l’est pas pour moi et seul l’apprenant compte quand il s’agit d’apprentissage).

Clairement, si on m’électrocutait si ne je fais pas des pompes quotidiennes, j’aurais mieux écouté (dans l’effroi), clairement bis, si on me proposait mille balles (euros ou francs, je vous laisse choisir si vous êtes en Suisse, France ou Belgique) pour chaque pompe exécutée, je serais plus intéressée  ;-)

Seule mon émotion changerait – le comportement serait identique : je ferais des pompes  ;-)

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  • Définition du verbe « obéir » : se soumettre à la volonté de quelqu’un ou à un règlement
  • Définition du mot « ordre » : acte par lequel une autorité supérieure manifeste sa volonté à l’égard de quelqu’un.
  • Définition « obéissance » : action de faire ce qui est commandé

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Souvent, des amis ou des clients me disent (une pointe d’envie dans la voix) « wow, tes chiens obéissent au doigt et à l’œil » (ce à quoi j’ai toujours envie de répondre « non, pas vraiment » mais c’est une thématique un peu longue donc je laisse souvent tomber).

Effectivement, mes chiens ont un très bon rappel, un excellent « tu laisses » (une chose ignoble par terre, un humain qui passe, un autre chien) et quelques autres apprentissages (ce qu’on appelle généralement des « tricks ») qui semblent, à première vue, moins fondamentaux mais qui sont tous très utiles pour développer, chez eux, un certain contrôle de soi, en plus simple, le concept du « je t’écoute » (parce que, ce que tu dis, est généralement pertinent et intéressant).

Non pas que j’éprouve un spasmodique besoin de contrôle pour le contrôle mais parce que, dans notre monde, il y a des humains qu’il ne faut pas approcher (peur/ aversion pour les chiens, enfants en très bas âge qu’ils pourraient bousculer, etc.), des voitures qui écrasent les dits chiens si on ne fait pas gaffe, des autres chiens réactifs qu’il vaut mieux éviter, etc. etc. et que, globalement, leur donner une alternative sécuritaire possible au fait d’aller au « casse pipe » est plutôt une bonne idée (dans leur intérêt et dans le mien également).

… dans toutes ces compétences, signaux de vie quotidienne et signaux de « tricks », il n’y pas l’ombre d’une considération d’obéissance en ce qui me concerne.

Le chien ne se soumet pas à ma « volonté » (dont il se fiche royalement) et ne redoute pas de conséquence fâcheuse (dont il ignore l’existence même) et ne me voue pas la moindre admiration (certes, je sais ouvrir le frigo et les placards et pas eux, ce qui me confère un certain intérêt mais je doute fortement qu’ils m’admirent pour ça)

Le chien répond à des informations de l’environnement qui sont soit claires pour lui (apprises et renforcées), soit confuses ou carrément hermétiques (il n’a aucune idée de ce qu’elles signifient) – soit intéressantes (en termes de conséquences) soit redoutables (en termes de conséquences bis).

obeissance

Ce petit dessin (rigolo) existe pour plein de races différentes : généralement, des races pour lesquelles le parti pris des propriétaires est « qu’ils ne sont pas faits pour ça » (ce qui est complètement faux évidemment). J’ai toujours envie de rétorquer que, si ton chien ne fait rien de tout ça, c’est soit qu’il s’en fout (pas renforcé) soit que tu t’en fous (et c’est leur droit sacrosaint mais, à ce stade – pourquoi leur demander?). 

L’apparition d’un lièvre ou d’un écureuil ou d’un chevreuil déclenche la plupart de nos chiens au quart de tour – sans hésitation. L’information est ultra claire, le comportement suit, la gratification est celle, apaisante, de céder à son impulsion.

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Votre rappel ou autre mot qui demande à votre chien un comportement, que celui-ci soit vital ou apparemment ludique est une autre information de l’environnement – à laquelle il peut répondre (immédiatement, avec intérêt et motivation) ou pas (parce que l’apprentissage est incomplet – voir parfois inexistant soit, encore, l’environnement ne s’y prête pas)soit il n’est pas intéressant car aucune conséquence gratifiante reconnue, soit, encore – il signale clairement l’apparition imminente d’une punition redoutée que le chien veut éviter et donc il exécute (ou pas, si l’attrait certain d’une conséquence agréable est plus fort que l’hypothétique apparition d’une punition relativement redoutée et pas systématique).

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Utiliser le mot « ordre » quand on parle des apprentissages transmis à nos chiens implique un faux postulat dès sa conception dans notre espritet, d’ailleurs, notre ton de voix change : de sergent-major, nous passons à informateur – ce mot là, est rattaché à cette conséquence connue et expérimentée maintes et maintes fois.

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Les anglophones nous battent à plate couture avec le mot « cue »(généralement traduit par «signal » en français) qui est plus que généralisé dans la communauté des éducateurs qui travaillent sans utiliser la contrainte, la peur ou la douleur (les autres continuent d’utiliser «command »).

Aimeriez-vous que votre meilleur(e) ami(e), conjoint(e) vous donne des ordres, fussent-ils légitimes ? J’ai mes doutes  ☺ 

Puisque nous nous attachons à enseigner des signaux clairs, intelligibles, clairement rattachés à des conséquences gratifiantes systématiques (une réponse = un renforcement et oublions ce passage en « aléatoire » qui vient généralement beaucoup trop tôt), faisons donc le pari d’abandonner ce concept de « l’obéissance » (qui n’est jamais absolue) et de l’ordre (qui n’en en pas un). Y compris dans notre langage usuel  :-D

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Je sais bien que la plupart d’entre vous ne « punit » pas le chien si le comportement ne se produit pas mais, si dans votre esprit vous avez formulé un « ordre » – vous assimilez, une non-exécution à de l’insoumission ou de la désobéissance et donc déplacez les conséquences comme étant de la responsabilité du chien et non pas de la vôtre (qui devriez repenser votre apprentissage).

  • Ordre non exécuté = désobéissance
  • Signal non compris = apprentissage à revoir  ;-)

….ça change absolument tout

L’obéissance est une pure illusion….

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…donc non, mes chiens n’obéissent pas, ils répondent (la plupart du temps, nul n’est parfait) à des signaux connus et reconnus, clairs, intelligibles et toujours gratifiants.

Rien de plus mais rien de moins  :-D

Happy training  :-D

Une éducation proactive?

proactive

Je parle souvent, dans mes cours, d’une éducation proactive et non réactive, surtout en ce qui concerne les chiots ou quand un nouveau chien arrive chez vous.

Le fameux chiot « très bien socialisé » parce qu’on l’aura emmené partout avec soi notamment et dont on aura négligé, souvent parce qu’on ne sait tout simplement pas les détecter, ces informations parfois très discrètes – mais bien réelles – d’une hésitation face à un autre chien, un enfant bruyant, un bruit inhabituel.

Elles passent souvent inaperçues – ou sont considérées trop minimes pour être estimées inquiétantes par le propriétaire.

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Pourtant, elles peuvent finir par déboucher, quelques semaines ou mois plus tard, par ce qu’on appelle une « réactivité » – qui, souvent, aurait pu être évitée.

On appelle souvent ces comportements, des « signaux d’apaisement » (à mon avis de manière totalement erronée vu que le chiot ne cherche pas à communiquer avec qui que ce soit, n’apaise personne pas plus qu’il ne s’apaise d’ailleurs – j’appellerai ces comportements des manifestations de stress, c’est bien suffisant).

Je me rappelle d’un chiot dont j’ai clairement vu les oreilles se plaquer sur sa tête quand il entendait taper le couvercle de la poubelle métallique dans le restaurant où il passait partie de sa journée et où j’ai fait sa connaissance – six mois plus tard, on m’appelait parce qu’il ne s’en approchait plus et s’était mis à réagir à toutes sortes de bruits plus ou moins similaires (le chien étant fou de son jouet, son propriétaire s’est mis à sortir le jouet ET ENSUITE à manipuler ses poubelles – avec le résultat dépitant de voir son chien se réfugier sous un meuble à la simple apparition du jouet : Pavlov est toujours sur notre épaule et pas toujours dans le sens que nous imaginions au départ).

Je suis fondamentalement très protectrice des chiots et on me dit souvent d’un petit air moqueur qu’il est impossible de les garder à l’abri de tout stress : cela ne fait l’ombre d’un doute.

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Rester seul, monter en voiture, aller voir le vétérinaire, rencontrer des inconnus (chiens ou humains), apprendre à affronter le quotidien dans un environnement nouveau (et parfois très différent de ce qu’il a connu dans son lieu de naissance), apporte largement à tout chiot une dimension de stress inévitable et acceptable, même quand tout se passe au mieux : je ne vois vraiment pas l’utilité d’en rajouter encore en acceptant que ces expériences se transforment en de mauvaises expériences (voir carrément des traumatismes).

Souvent le propriétaire peu averti va réagir « parce que Youki a peur des vaches » (des voitures, des enfants, des joggers, des poubelles…. à vous de définir le ou les déclencheur/s) alors que, dans une éducation proactive, toutes ces rencontres qui plongement très momentanément le chiot dans un début de perplexité peuvent aisément se transformer en d’excellentes choses (via, notamment, des renforcements sous forme de friandises).

Créer des bonnes associations, bien avant que votre chiot ne se crée son propre curriculum : on ne peut jamais créer trop de bonnes associations, ne soyons donc pas radins et anticipons – c’est ça une éducation proactive et non réactive.

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Quand B.F. Skinner a parlé d’apprentissage « sans erreurs » en éducation (des humains), il a soulevé pas mal d’objections auprès des ses pairs convaincus qu’il est impossible d’apprendre sans jamais se tromper et donc sans faire l’expérience, plus ou moins traumatisante, de l’échec, de la frustration, voir de la colère qui s’en suit.

Sans doute aucun, l’environnement va nous procurer ces émotions quel que soit l’engagement (et le talent) de l’éducateur.

L’environnement existe et on ne peut pas le nier ni, encore moins, totalement le contrôler – mais l’éducation n’est pas un jeu sauvage de « chaud froid» (le clicker training non plus, contrairement à ce que j’entends régulièrement dire à droite et à gauche).

L’éducation (que ce soit celle des enfants ou celle des animaux) n’est pas laisser l’apprenant aller au « casse-pipe » et en assumer les conséquences comme il peut mais faire en sorte que tout chemin vers l’apprentissage se fasse de manière la plus aisée possible et dans la meilleure émotion possible.

Ce qui, à son tour, génère confiance en soi, confiance en l’environnement et donc favorise des comportements de calme et d’assurance.

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Aidez donc vos chiots à faire des associations heureuses au sujet de ce qu’ils découvrent…

Happy Training