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Méthode ou pas méthode?

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Ceux qui me connaissent et ont suivi mes écrits et/ou mes cours savent que je suis peu friande de la formule magique de «méthode(s) positive(s) »  que je prononce souvent avec une petite grimace affligée parce que, parfois, je dois me servir de la formule universelle pour une compréhension rapide.

Dans un premier temps,  je bute sur le mot « méthode » : d’origine grecque, cela signifie le «chemin » : celui qui peut nous amener à un but précis.

On peut donc comparer nos méthodes respectives pour obtenir un « donne la patte », un «rouler-bouler » ou une marche en laisse détendue et, puisque je reste convaincue que plusieurs cerveaux sont toujours plus efficaces qu’un seul, vive le partage de connaissance et, donc, de méthodes  :-D

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Je réfute par contre le mot méthode pour définir l’inspiration d’une éducation parce qu’elle porte avec elle cette idée de « but », de finalité atteinte (ou non) qui va nous permettre de décréter que « ça marche » ou « ça ne marche pas ».

But atteint : « ça marche » but non atteint : « ça ne marche pas »  8-)

En définitive, quel est donc ce but sinon, encore et toujours, l’obéissance

Si on n’obtient pas la fameuse « obéissance » on pourra décréter que cette « méthode » ne fonctionne pas et retourner à une autre méthode (toutes celles qui consistent, en gros, à menacer, faire peur, faire mal, stresser et contraindre).

Rien de plus logique après tout, pourquoi s’entêter à appliquer une quelconque méthode qui ne fonctionne pas ?  :roll:

Si on réduit l’approche d’une éducation à son résultat, on reste dans la même dimension que nous propose toute éducation dite « traditionnelle » : le but, la finalité, l’efficacité bref, l’obéissance  ;-)

On n’aura surtout pas décollé de l’idée que le chien, après cent mille discours, doit nous obéir peu importe comment on va y arriver.

Soit il obéit, et nous avons été efficaces, soit il désobéit et nous avons été inefficaces (et notre éducateur et ses méthodes avec nous).

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C’est ce qui fait l’immense succès, trop souvent, de certaines vidéos sensationnalistes d’éducateurs d’un autre temps / planète / dimension qui nous montrent, au départ, un chien plus que menaçant et, une poignée de minutes plus tard, un chien qui ne bouge plus: « wow, ça marche » (s’exclame le badaud de Youtube)  ;-)

Il a arrêté de montrer les dents, grogner, essayer de nous mordre, nous sauter dessus ou quoi que ce soit d’autre et, en définitive, c’est tout ce qui compte (vraiment?)  :roll:

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C’est précisément la même optique que dans l’éducation de l’enfant, au final, quel que soit le chemin, l’enfant DOIT obéir à ses parents et démontrer à la société qu’ils sont de bons parents (compétents et efficaces, qui n’auront pas mis au monde l’enfant « roi » honni de tous).

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C’est d’ailleurs précisément dans cette vision antique et patriarcale (l’enfant nous DOIT le respect, bref, il obéit quoi) que réside notre attachement maladif aux méthodes coercitives et pas aux théories proposées, puis réfutées sur les meutes des loups (dont pas mal de propriétaires ignorent absolument tout de toute façon).

A mon sens, l’immense majorité des propriétaires aura plus tendance à voir Youki comme un membre de la famille à rendre socialement acceptable que comme un fier descendant du loup, quoi qu’on en dise

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Je me suis ensuite tournée, vers l’étiquette « d’éducation bienveillante » (la bienveillance étant d’adopter une disposition favorable au bien être d’un autre, ce qui semble a priori une bonne idée).

D’après le « Dictionnaire étymologique de la langue françoise » (B. de Roquefort, 1829), bienveillance ne vient pas de « benevolentia » mais de « bona vigilantia » – à savoir le fait d’être attentif (même racine que vigie, vigilance). Bienveillance, dans le langage courant actuel, est devenu un synonyme de « gentillesse » alors que, en vérité, ce serait plutôt d’exercer l’attention, de « veiller sur » (on peut ajouter le bien-être et les deux sens se rejoignent).

« Veiller sur » (l’intégrité) peut impliquer, voir justifier de contraindre, obliger, bloquer ou, en tous cas, on peut sincèrement le croire…. outre au fait que personne n’a jamais été en «100% positif » malgré les affirmations de quelques uns (chez qui on voit évidemment, et inévitablement, des montagnes de punition et renforcement négatifs).

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On peut s’imaginer bienveillants « pour la bonne cause » ou estimer que la fin justifie les moyens : c’est le fondement même de toutes ces tirades parentales « je ne suis pas ta copine, je suis ta mère » ou de ces soit disant éducateurs qui vous balancent « il vaut mieux un collier électrique que l’euthanasie ».

Une éducation consciente (autre terminologie barbotée sur les blogs d’éducation évidemment) est le type d’éducation qui se pose des questions compliquées (certes) mais indispensables comme la simple pertinence de nos attentes et demandes :

est-ce que ce que je demande à mon chien est nécessaire, indispensable, utile, justifié, acceptable, etc.?

  • à quel point cela limite / modifie ses besoins en tant qu’espèce et en tant qu’individu et quelles pourraient en être les conséquences ?
  • comment compenser ce que j’enlève potentiellement au chien par autre chose, qui sera également renforçateur (plaisant)  pour lui/elle?
  • comment vais-je lui donner les compétences dont nous avons besoin dans notre contexte? 
  • ai-je moi-même les compétences pour transmettre ces apprentissages ?
  • comment faire en sorte que la FONCTION de son comportement actuel (et inacceptable pour moi ou socialement) soit respectée et qu’il obtienne un résultat identique par le biais d’un autre comportement acceptable ?
  • comment éviter la frustration, la colère (et donc l’agressivité souvent), ne pas provoquer la peur (ou l’atténuer) ? (je ne parle même pas de la douleur physique évidemment).

Tout ça demande des connaissances approfondies de l’espèce et implique l’intervention de toutes sortes de sciences différentes (vétérinaire, éthologie, neurosciences et science du comportement).

Evidemment, jamais un éducateur canin (ou quiconque d’ailleurs), aussi féru et friand de connaissances soit-il, ne pourra devenir un interlocuteur de choix dans toutes ces sciences, même s’il ne peut en ignorer complètement aucune.

La science est l’unique base solide que nous avons sur laquelle fonder nos convictions: si vous réfutez la science et le fait qu’elle doit s’auto-corriger en permanence, vous plongez les pieds joints dans un quelconque culte de la personnalité (« Untel » devient populaire sur les réseaux sociaux même s’il fait n’importe quoi) qui ouvre la porte à des débats sans fin et sans but.

En discutant d’une approche ou une autre, j’entends parfois les gens me dire « lui/elle, je l’aime bien » ou « elle/lui, je ne l’aime pas du tout ».

A partir de là, ce que lui ou elle dit ou fait est bien ou mal selon le degré de notre affection ou désaffection… On oublie, souvent, de garder une objectivité scientifique sur ce qui se dit ou fait

Tout ceci fait appel à notre savoir, notre formation continue, nos lectures en autodidacte (et pas qu’en éducation canine, de préférence) et contribue à construire les professionnels que nous sommes – quand on est réellement formé, on ne peut, en définitive, que basculer du côté d’une éducation consciente car on a, à tout jamais, métabolisé que les besoins, les émotions d’un être vivant représentent un monde infiniment plus vaste que la simple et pauvre « obéissance ».

L’obéissance ne nous intéresse plus vraiment, nous parlons de compétences, de comportements renforcés, d’émotions respectées, d’environnements adaptés.

C’est également pour ça que j’affirme souvent que, porter une pochette remplie de friandises et même un clicker à la main ne nous définit pas, d’emblée, comme des éducateurs « en positif » (si les questions au dessus n’ont jamais été posées, nous sommes, probablement, à peine moins maltraitants que ceux que nous dénonçons).

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L’idée n’est pas : « tu y arrives en tirant ton chien » versus « j’y arrive en l’attirant par une saucisse » (alors que le débat, souvent, s’arrête là) – mais se poser une salve de questions sur le contexte, les capacités, les émotions, les opérations de motivation d’un individu unique dans un environnement unique. 

Il ne s’agit pas de contraindre à coups de saucisse comme d’autres contraignent par la force en ménageant la perception que nous avons de nous-mêmes  :lol:

Au cœur même du choix de l’éducation canine que nous voulons est la conscience que, finalement, nous imposons à un animal de cohabiter avec nous (personne ne lui demande réellement son avis après tout) et que, dès lors, nous lui devrions d’avoir plutôt moins d’exigences et plus de vraies compétences pour l’aider à comprendre ce monde humain qu’il n’a fondamentalement pas choisi ;-)

Au plus profond de notre démarche, finalement, il y a le respect que nous avons de cet animal qui partage notre vie (qui implique de lui offrir du mouvement physique, des occupations mentales, une alimentation adéquate, des choix quand c’est possible, une vie sociale, des activités adaptées à ses besoins, etc. etc.).

« Méthodes positives »  est vraiment une formule très étriquée pour expliquer cette prise de conscience d’une approche globalement respectueuse de l’animal, des animaux qui partagent nos vies.

Encore plus étriquée quand elle vise à englober toute notre réflexion personnelle en constante élaboration, notre créativité en tant qu’éducateurs canins, notre capacité d’observation, notre connaissance de l’espèce  avec laquelle nous travaillons, nos connaissances scientifiques…

Une éducation consciente nous aide à regarder nos erreurs en face et de les reconnaître comme l’expression de NOTRE frustration (ou de notre manque de connaissances) sans chercher à les déguiser en « éducation » avec complaisance.

Parce que, une fois qu’on a appris à « voir », on ne peut plus arrêter de voir, une fois qu’on sait, on ne peut plus se mentir à soi-même ;-)

Je n’ai jamais trouvé une étiquette quelconque qui puisse définir tout ce que j’exprime globalement dans cet article et je ne vous en suggèrerai donc pas, les mots sont vides quand on ne les remplit pas soi-même (et chacun les remplit avec son propre bagage) mais abandonnons, malgré tout, celle de « méthode positive » quitte à devoir quelques explications supplémentaires à vos interlocuteurs :-D

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« Je m’engage à enseigner, utiliser et faire la promotion de principes et techniques d’enseignement excluant toute forme de violence et de coercition – respectueuses de l’animal et de son propriétaire » (KPA pledge)  :-D

Blazing clickers – Dog Event Science 2018

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Dans ce qu’on appelle l’apprentissage des animaux par « marqueur » (clicker ou autre marqueur), cette procédure représente une communication que nous envoyons à l’animal pendant le processus d’apprentissage.

Le marqueur (que je vais désormais résumer à « clicker » par facilité de lecture, même si, évidemment, ce n’est pas l’unique marqueur possible) permet de marquer, avec une extrême précision (uniquement limitée par les compétences du « trainer »), un comportement spécifique et contribue à faire le lien entre ce comportement et sa conséquence. 

On l’appelle également « bridging stimulus » (bridge = pont) car il fait le lien (le pont) entre le comportement et sa conséquence.  Quand la conséquence est agréable pour l’animal, le comportement s’intensifie en fréquence d’apparition ou en force d’exécution ou les deux.

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sans renforçateur, le click est un pont « vers nulle part »  :-D (Dr. Susan Friedman)

Pavlov et Skinner concluent, tous les deux, que pour qu’un renforçateur secondaire maintienne sa puissance, sa signifiance, chaque click doit être associé à un renforçateur. 

A l’identique pour Bob et Marian Bailey et leur infinie expérience de travail sur les animaux qui nous le confirment.

skinner

Il existe un épiphénomène que les anglophones appellent les « blazing clickers »  ;-) (est-ce la thématique qui est brûlante?). 

En très simple, quelques « experts » (ou non d’ailleurs) affirment qu’il ne serait pas nécessaire, voir qu’il serait contre productif d’associer chaque click à un renforçateur et que cette manière de faire (cliquer sans renforcer) obtiendrait (malgré tout ?) les résultats souhaités, voir, de meilleurs résultats.

Vu que cette thématique a été soulevée par le Dr. Simon Gadbois à Dog Event Science 2018, j’ai pensé apporter quelques explications à ce sujet… après, à chacun de se faire son opinion personnelle via, évidemment, des expériences personnelles appropriées (pas d’ambition évangélique chez moi)  :-D

dogevent

Que dit Gadbois ? que l’apprentissage arrive par la motivation et que la motivation est la résultante de l’anticipation.

Je suis toute prête à croire que notre organisme est plus intensément sollicité dans le processus de « recherche » du plaisir que dans le plaisir lui-même parfois ou, en tous cas, sollicité différemment.

ll reste que ce « seeking » ou « wanting » system dont parlent Panksepp et Berridge, s’il est très intense, ne promeut pas forcément le bien-être. 

wanting

C’est Gadbois lui-même qui a fait le parallèle avec l’addiction – j’en ai une justement : je fume (et j’adore fumer)   :mrgreen:

Si je suis privée de cigarettes sur une longue période (ou même pas si longue que ça), je suis à peu près certaine que mon cerveau est infiniment plus sollicité que quand, finalement, je l’allume et je tire dessus (liking system)  8-)

Toutefois, je suis tout aussi certaine que j’éprouve un plus grand bien être quand je fume que quand je cherche mes cigarettes partout sans les trouver  :-D

wanting

Peut-être, probablement que le « seeking » nous rend plus efficaces (puisqu’il sert à ça) mais nous rend-ils plus heureux ? sereins, détendus ? Je me pose la question.

Autre exemple donné par Gadbois – deux chats qui, selon son exposé à  Dog Event Science avaient été « renforcés » pour avoir touché une cible (un objet)… 

cats

On en déduit, assez logiquement, qu’ils ont reçu de la nourriture… (il parle bien de «récompense », j’ai vérifié sur notre support de cours).

Gadbois nous relate que les chats s’approchaient ensuite de l’objet qui ne leur avait valu aucun renforcement de préférence (ayant appris le comportement de toucher une cible à un nombre considérable d’espèces, j’étais très perplexe).

Jusqu’à ce que je me souvienne, post conférence, d’avoir lu cette expérimentation dans «Affective Neuroscience » de Jaak Panksepp… que je suis donc allée consulter.

Les chats ont reçu une stimulation cérébrale quand ils se rendaient dans une zone précise et pas de stimulation cérébrale quand ils se rendaient dans une autre… 

Panksepp lui-même relativise en n’excluant pas qu’ils aient pu développer une amnésie partielle suite aux stimulations et/ou que les dites stimulations cérébrales se soient finalement révélées aversives (personne n’est dans l’organisme du chat au fond). 

 Expérience des chats toute relative donc  8-)

Revenons à nos « blazing clickers »… via le papier de Martin and Friedman (2011).

  1. Le terme « click » fait référence à tout renforçateur conditionné utilisé dans l’apprentissage afin de renforcer de manière contigüe un comportement. Il est synonyme de renforçateur conditionné ou renforçateur secondaire, stimulus conditionné, bridge ou pont conditionné, marqueur d’événement et marqueur.
  1. Le terme « renforçateur » définit un renforçateur conditionné ou non qu’on exploite pour conditionner et maintenir la puissance de renforcement du click. Le mot renforçateur est remplacé, dans la terminologie courante, par le mot « friandise » ou « bonbon » – en effet, le plus souvent le renforçateur est de la nourriture.
  1. Le terme « blazing clickers » fait référence à la pratique de cliquer de manière répétée sans fournir un renforçateur immédiatement après.

 Blazing clickers 

Il est intéressant de constater que cette pratique est très répandue chez les « trainers » d’animaux sauvages captifs (zoos, aquariums, parcs animaliers mais également d’animaux domestiques en laboratoire), elle est très rarement préconisée dans les cours clicker training et relativement peu appliquée chez le chien de sport ou de famille.

Un des fondamentaux du clicker training est, précisément que « à chaque click, son renforçateur ».

Il existe bien des « agility people » qui cliquent tous les sauts et ne renforcement jamais mais, vu qu’ils travaillent avec des Borders pour qui travailler est déjà un énorme renforçateur en soi, je pense que nous sommes plus dans le comportement superstitieux qu’autre chose  ;-)

Les animaux captifs (zoos ou toute autre structure de ce style) n’ont guère d’alternatives gratifiantes en dehors de ces séances de « training » (le dauphin, dans son bassin où il s’ennuie prodigieusement, est certainement motivé à essayer encore… il n’a rien à perdre et quelque chose à gagner). Ils sont, parfois, légèrement sous alimentés également… pas systématiquement mais ça arrive  :roll:

(et, évidemment, tu repenses immédiatement à cette malheureuse Dawn Brancheau qui s’est fait dévorer justement… parce que Tillikum était en frustration ayant exécuté et PAS reçu de poisson).

orca

A l’identique avec le volatile dans une cage, mentionné pendant la présentation, qui picorait fortement sa cible (précédemment renforcée) alors qu’il n’y avait plus de renforçateurs à disposition : quelle autre option que cet unique comportement « payant »? et quel autre « choix » que de le mettre en pratique encore et encore, avec l’énergie du désespoir?  :cry:

Quand nous sommes enfermés dans un ascenseur en panne et que l’aide n’arrive pas, nous appuyons compulsivement sur le bouton « assistance » même s’il semble ne pas fonctionner… que pouvons-nous faire d’autre? et quelles sont nos émotions surtout?

ELEVATOR ALARM

Ce n’est de très loin pas le cas avec nos chiens qui, eux, ne sont ni affamés ni en privation de gratifications autres - ils peuvent aisément décider qu’aller ronger leur os ou renifler un trou de taupe est finalement tout aussi bien et demande moins d’efforts ;-)

Retriever with bone chewing

Ensuite : l’étude de l’apprentissage nous dit qu’un rythme de renforcement variable rend le comportement plus résistant à l’extinction et incite l’animal à produire plus de comportement afin d’obtenir son renforçateur.  

Quand cette information a atteint certains autres supporters de l’approche « blazing clickers », ils en ont déduit que cette « variabilité» s’appliquait uniquement au renforçateur primaire et pas au « bridge» (click).

A mon sens, c’est une piètre interprétation d’un concept clair  :roll:

En effet, en cliquant chaque comportement approprié et en distribuant un renforçateur sporadiquement, on n’est PAS dans un rythme de renforcement variable mais continu, techniquement parlant  (la seule chose qu’on accomplit c’est d’affaiblir le renforçateur secondaire). 

Pourquoi le font-ils alors ? Parce que cliquer est un renforçateur pour le trainer, il nous donne la preuve tangible que le comportement s’est vérifié, comme une confirmation pour nous-mêmes.

S’entendre cliquer 20 fois d’affilée est gratifiant pour l’humain, sans aucun doute, une manière de s’auto-congratuler  :-D

superstition

Revenons au papier de Martin et Friedman, 2011…

Martin et Friedman ont détaillé certains des points mis en avant par les supporters des «blazing clickers »…

Affirmation : le click est déjà un renforçateur (parfois juste aussi puissant, voir même plus puissant qu’un renforçateur secondaire), il n’y a pas besoin d’autre chose.

Remarques : 

  • Si le renforçateur secondaire est parfois aussi fort que le renforçateur primaire, il l’est parce que systématiquement associé à d’autres renforçateurs qui, justement, lui donnent sa puissance (sinon, il ne serait qu’un bruit sans signification)
  • Les renforçateurs primaires sont des renforçateurs par définition – alors que les renforçateurs secondaires ont besoin des primaires pour acquérir – et maintenir leur puissance et qualité de renforcement
  • A chaque fois qu’un click se produit sans être suivi d’un renforçateur, il perd un peu de sa capacité de se comporter comme un renforçateur
  • Si le click n’annonce plus l’arrivée du renforçateur, l’animal peut se mettre à chercher ailleurs dans l’environnement un signal prédictif de l’arrivée du renforçateur (comme la main du trainer qui s’approche de la pochette à friandises). L’animal peut se focaliser sur ce mouvement comme le « marqueur officiel » délaissant ensuite le click comme information non pertinente. 

Affirmation : les « blazing clickers » rendent le travail plus intéressant et moins prévisible pour l’animal

Remarques : 

  • Si la variété est, effectivement, importante, elle doit se situer dans les renforçateurs primaires et leur qualité, la difficulté des comportements travaillés et le rythme de la séance d’entraînement – pas par des clicks qui ne sont pas suivis par un renforçateur. 
  • Suite à des comportements marqués mais non renforcés, les animaux voient leur attention de dégrader (plusieurs comportements demandés successivement avec un click après chaque comportement correct et une unique, grosse récompense à la fin).

Affirmation : 

Le comportement sera plus résistant dans une approche de « blazing clickers » parce que sa résultante de renforcement variable procure l’excitation d’une machine à sous…

Remarques :

  • Un rythme de renforcement intermittent crée la persistance une fois qu’un comportement est bien établi et fluide mais, ne pas distribuer de renforçateur ne change rien au fait que, techniquement, on reste dans une dynamique de renforcement continu si on affirme que le click est un renforçateur (sinon, il n’est qu’un bruit sans signification et, dans ce cas, à quoi sert-il ?).
  • Quand on a besoin d’introduire une certaine persistance dans un comportement, il est préférable d’enseigner un comportement avec un rythme de renforcement continu et, ensuite, quand celui-ci est appris, passer à un rythme de renforcement variable. Chaque click reste associé à un renforçateur mais on demande graduellement plus de comportement, de durée, de persistance, d’affirmation.

Affirmation : 

L’approche du « blazing clicker » réduit la frustration et l’agressivité inhérente à la frustration parce que le chien ne s’y attend pas de manière automatique et systématique.

Réponse : 

  • Planifiez votre séance de travail avec des critères adéquats ou planifiez des séances plus courtes afin de minimiser / éviter de créer toute forme de frustration.
  • Nous avons des données qui confirment que ces clicks sans renforçateur favorisent l’apparition de comportements d’agression par frustration. 

Affirmation : 

Le clicker peut à la fois dire à l’animal qu’il a fait « juste » mais également qu’il doit continuer à faire ce qu’il est en train de faire. Le click peut avoir différentes significations.

Remarques :

  • Libre à vous de vous créer un « keep going signal » (continue à faire ce que tu fais) mais le click ne peut pas avoir 2 significations à la fois (tout comme le feu vert ne peut pas signifier « avance » et « reste sur place » à la fois). 
  • Un click qui implique « continue » et « le renforçateur arrive » est une communication plus laborieuse et créatrice d’une confusion inutile.

En clair, Martin et Friedman (2011), affirment clairement que chaque fois que nous cliquons sans renforcer, l’animal est soumis à une extinction qui diminue la portée du clicker, même identique son de cloche de Bob & Marian Bailey  :-D

Quand on clique un animal et qu’on associe le click à un renforçateur primaire (alimentaire), l’animal est à chaque fois soumis à un conditionnement classique (ou pavlovien). 

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Quand le stimulus conditionné est utilité de manière répétée sans le stimulus inconditionnel (donc click et pas de friandise), la réponse devient progressivement de plus en plus faible.

Ce processus s’appelle l’extinction (Chance, 2003). Plus un comportement aura été renforcé et plus il sera résistant à l’extinction.

En conclusion…   

Le matin, quand je rampe jusqu’à ma machine à café qui est un très gros renforçateur pour moi j’appuie sur un joli bouton vert et ma tasse se remplit de café qui me ramène à la vie.

Un joli renforcement négatif : en effet, mon manque de caféine, comme mon manque de nicotine d’ailleurs, me mettent dans un état d’inconfort – me débarrasser de cet inconfort fixe, très solidement, mon addiction au café (et à la clope, hélas).

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Si c’est probablement ma première motivation à sortir du lit, c’est bien le café auquel j’aspire et certainement pas à la trépidante attente de savoir si, oui ou non, je vais obtenir mon précieux breuvage.  Si ma machine à café devait montrer le moindre « raté », non seulement j’en concevrais une intense frustration (la frustration s’apparente allègrement à la colère) mais un désir impérieux de rétablir les choses.

Je reconnais toutefois la puissance de mon « wanting system » qui, à Paris, m’a envoyée dans la rue déserte et toute seule à 6 heures du matin (à la recherche d’un café introuvable à l’hôtel)  :roll:

Le Dr. Simon Gadbois a suggéré le bénéfice de cette trépidante anticipation en imaginant que, quand il entend le click, le chien se dit « vais-je recevoir une friandise ou non ? » – ce qui l’engagerait à travailler plus efficacement (ce qui m’apparaît comme un audacieux pari).

Dans un labo, les chiens qui ne « performent » pas, sont écartés de l’expérimentation en définitive, les animaux captifs vont s’acharner faute de choix mais nos chiens? J’en reviens à l’option « je vais ronger mon os / je vais renifler le trou de taupe » cité plus haut. 

Quoi qu’il en soit, pour mes chiens, le click est une certitude inébranlable de voir arriver la friandise, pas une hypothèse, encore moins un pari.

La simple vue du clicker les branche, automatiquement, en mode travail (idem pour les friandises d’ailleurs).  

Cette dimension « prévisible » et « honnête » (je tiens mes promesses) est le fondement même d’une approche en clicker training.

Un dialogue fiable, un interlocuteur cohérent sur lequel on peut compter – n’est-ce pas la définition même de la confiance?

Evidemment, si je jouais aux machines à sous, je pourrais ressentir le grand frisson d’un hypothétique espoir de gain (je n’ai pas le goût du jeu, personnellement, et je ne ressens que l’irritation d’avoir gaspillé de l’argent) et accepter, peut-être, de ne rien gagner sans avoir envie de fracasser la machine.

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Par contre, mon comportement de jeu s’arrêterait très vite après 2 ou 3 tentatives infructueuses (le mien, peut-être pas le vôtre… il existe bien des joueurs compulsifs qui se ruinent  dans ce type de jeu mais, là aussi, il y a des facteurs environnementaux majeurs à considérer). 

Et si gagnais de temps en temps ?

Je pense que mon comportement de jeu serait, effectivement renforcé mais toujours accompagné d’une forte d’irritation vis-à-vis de mes nombreux essais non renforcés.

A quel point mon comportement de jeu serait maintenu me semble individuel (motivating operations), environnemental et intimement relié au fait de gagner assez souvent ou pas très souvent (alors pourquoi pas ne pas gagner tout le temps ?).

Si, alors que j’ai très très soif, je mets 2 francs dans la machine parce que j’aspire à une canette de Coca Cola et que la machine ne distribue pas ma boisson, c’est essentiellement la frustration et la colère qui seraient mes émotions de base (et je ne remettrais pas 2 francs supplémentaires, encore et encore, dans l’hypothétique espoir d’obtenir ma boisson). 

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En clair, à vous de choisir – le clicker peut devenir une machine à sous, avec les émotions qui l’accompagnent (mais assurez-vous qu’il a le goût du jeu chevillé au corps ou des facteurs environnementaux propices) ou une machine qui distribue de manière tout à fait fiable, et gratifiante, le renforçateur auquel on aspire. 

 A mon sens, il ne peut pas être les deux, à vous de choisir  :lol:

Pour ma part, une émotion de prévisibilité, d’anticipation joyeuse et confiante sera toujours préférable à une anticipation fébrile, incompréhensible et souvent source de frustration  :lol:

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Au final, je pense sincèrement que tout « marche » (y compris certaines approches aversives d’ailleurs)… mais, outre au fait que le résultat ne peut être notre unique  préoccupation, quelle est la « added value » de cette option ?

A part économiser quelques centaines de grammes de fromage à l’année, je ne vois toujours pas  :roll:

En ayant dit tout ça, il est parfaitement vrai que je n’ai jamais pratiqué le « blazing clicker » et que, n’étant pas dans une optique de recherche (le bien-être de mes animaux me tenant plus à coeur qu’autre chose), je ne compte pas le mettre en pratique non plus – je vais devoir vivre avec mes « biais cognitifs » – comme la plupart d’entre nous  :lol:

Pour aller plus loin… 

Affective Neuroscience : the foundations of human and animal emotions (Jaak Panksepp)

Bailey, B., Bailey, M., (1998). « Clickersolutions Training Articles – Ratios, Schedules – Why And When ». Clickersolutions.com. N.p., Accessed 24 April 2016.

Chance, P., (2003). Learning and behavior (5th ed.). Belmont, CA: Wadsworth.

Egger, M. D., Miller, N. E., (1962). Secondary reinforcement in rats as a function of information value and reliability of the stimulus. Journal of Experimental Psychology, 64(2), 97-104.

Fernandez, E.J., (2001). Click or Treat: A Trick or Two in the Zoo. American Animal Trainer Magazine, 2, 41-44. Shedd Aquarium.

Langbein, J., Siebert, K., Nuernberg, G., Manteuffel, G., (2007). The impact of acoustical secondary reinforcement during shape discrimination learning of dwarf goats (Capra hircus). Applied Animal Behaviour Science. 103(1-2), 35–44.

Martin, S., Friedman, S.G., (2011, November). Blazing clickers. Paper present at Animal Behavior Management Alliance conference, Denver. Co.

McCall, C.A., Burgin, S.E., (2002). Equine utilization of secondary reinforcement during response extinction and acquisition. Applied Animal Behaviour Science. 78, 253–262.

Rilling, M., Caplan, H. J., (1973). Extinction-induced aggression during errorless discrimination learning. Journal of the Experimental Analysis of Behavior. 20, 85-92.

Smith, S.M., Davis, E.S., (2008) Clicker increases resistance to extinction but does not decrease training time of a simple operant task in domestic dogs (Canis familiaris). Applied Animal Behaviour Science. 110(3-4), 318-329.

Wennmacher, P. L. (2007). Effects of Click + Continuous Food Vs. Click + Intermittent Food on the Maintenance of Dog Behavior (Master’s Thesis). University of North Texas.

Williams, J.L., Friend, T.H., Nevill, C.H., Archer, G., (2004). The efficacy of a secondary reinforcer (clicker) during acquisition and extinction of an operant task in horses. Applied Animal Behaviour Science. 88, 331–341.

Zimmerman, D. W., (1957). Durable secondary reinforcement: Method and theory. Psychological Review. 64, 373-383.

PORTL games

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 … et, donc, après les deux présentations de la Dr. Susan Friedman (voir Life is for Learning 1 et 2) et un buffet qui avait le mérite d’être végétarien et même vegan (et 24 cafés pour ne pas piquer du nez pour moi), on est revenus terminer la première journée par un atelier PORTL, évidemment animé par Mary Hunter  :-D

Pour ceux qui n’ont jamais suivi mes cours où on y joue régulièrement, une petite introduction au « Portable Operant Research Training (or Teaching) Laboratory » (laboratoire portable de recherche sur le comportement opérant). 

Le « PORTL » nous arrive de son prédécesseur Genabacab (qui était, à l’époque, un affixe d’élevage) et il a été imaginé par la très talentueuse Kay Laurence.

Le jeu se déroule autour d’une table, sur une zone de travail déterminée (feuille A4 par exemple) et par le biais d’une multitude de petits objets : ma propre collection commence à être plutôt conséquente (un tout petit aperçu en dessous)  :-D

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Il est évidemment une version (très) améliorée de ces abominables jeux de « chaud-froid » que les moins jeunes d’entre nous avons vécu dans nos toutes premières formations clicker training  8-)

A l’époque, le déroulement de la séance était de faire quitter la pièce à un apprenant, pendant que le groupe décidait d’un comportement à lui faire exécuter. Ensuite, on le faisait rentrer pour qu’il ou elle atteigne le comportement par le clicker training : « click = chaud / pas de click = froid ».

Les salles où se tenaient ces séances étaient généralement immenses, blindées de monde et d’objets… la chance d’arriver rapidement au comportement décidé par le groupe, était pratiquement inexistante (ou il fallait compter sur la chance, ce que nous faisons pas mal avec nos animaux  d’ailleurs : ce que j’appelle, avec mes élèves « l’éducation de l’espoir » – genre « allons-y et on verra bien »)  ;-) 

Quand les alternatives sont trop nombreuses, voir infinies, elles multiplient de manière exponentielle l’opportunité de nous tromper… exactement ce qui arrive quand, dans une séance de shaping, on met l’animal dans un environnement trop riche, trop distrayant, sans lui apprendre à se « stationner » à un endroit spécifique (les pre-requis au shaping à mon sens).

Ces séances ont donné naissance à l’épouvantable adage  « le clicker training c’est le jeu du chaud-froid » qui nous a ensuite poursuivis très longtemps (on l’entend d’ailleurs encore)

(évidemment, elle me fait personnellement saigner les yeux)  :lol:

chaudfroid

Le clicker training, au contraire, c’est le jeu du chaud-chaud car tout sera mis en place pour arriver au succès vite et bien, en gérant l’environnement et l’apprentissage de manière à diminuer de manière draconienne les possibilités d’erreur et en maintenant son apprenant dans une dynamique de renforcement continuel.

Si tout le processus était souvent émaillé de rires (surtout de l’assistance d’ailleurs), c’était parfois aux dépends de l’apprenant qui pouvait aller de 25 comportements à la minute au «shut down» total, en passant par des petits rires gênés et d’autres comportements de stress divers et variés… j’ai même vu quelques personnes aller jusqu’aux larmes (ceux là étaient qualifiés de « trop sensibles »). 

On se souciait assez peu de l’émotion dans l’apprentissage à cette époque, même quand elle nous crevait les yeux  ;-)

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Je me rappelle avoir souvent entendu « pour elle, il faut trouver quelque chose de difficile »comme si enseigner n’était pas transmettre avec efficacité tout en renforçant la confiance en soi de l’apprenant mais, au contraire, mettre la personne en échec.

Il faut dire que notre propre expérience avec l’enseignement nous a, parfois, fait profondément intégrer un certain concept de souffrance et, surtout, de sélection « les meilleurs y arrivent, les autres pas » (tant mieux pour les uns et tant pis pour les autres).

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Suggérer que tout le monde peut y arriver, à sa manière et à son rythme, est assez révolutionnaire comme concept dans une société où tout est axé sur la sélection (les chefs et les subalternes… les maîtres, les esclaves, toussa toussa).

Ensuite, on s’étonne avec candeur de cet attachement profond pour le concept de la «dominance » dans nos relations avec le chien – et avec tous les animaux domestiques – alors qu’il correspond à notre perception culturelle depuis la maternelle)  ;-)

Life

Kay Laurence a transformé tout ça en un jeu à la table, entre un coach et un apprenant (avec, parfois, un co-coach qui prend des notes).

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Le but de l’apprenant – et donc la seule instruction qu’on lui donne avant de cesser de parler – est qu’il est là pour récolter autant de renforçateurs que possible. 

Le but du coach est d’y arriver avec la plus grande aisance possible, dans le concept d’un apprentissage où les erreurs sont réduites au minimum, afin d’obtenir un comportement final dont on ne voit pas les « coutures » et un apprenant confiant et sûr de lui pendant toute la durée du jeu  :-D

Si le rythme de renforcement baisse… on voit apparaître des comportements de substitution (bonjour la résurgence)  ;-)

Evidemment, l’idée est toujours celle de « faires ses armes » (et donc ses erreurs d’enseignement) sur un humain volontaire et informé plutôt que sur un animal chez qui on va créer une confusion certaine (et, parfois, un désengagement évident). 

Kay Laurence me disait une fois que personne ne devrait jamais cliquer un animal sans avoir joué, de manière très extensive, à cliquer d’autres humains à une table, dans un milieu limité et contrôlé par le coach :-D  (je le pense aussi d’ailleurs mais compliqué à transmettre parfois). 

En réalité, quand on clique depuis quelques années, on repense parfois avec gêne à nos débuts (et on a parfois envie de demander pardon à quelques animaux et, si ce n’est pas votre cas, c’est que vous  ne cliquez pas depuis assez longtemps)  ;-)

Le jeu a été ensuite repris par le Dr. Jésus Rosalez-Ruiz qui l’utilise à la UTN (University of North Texas) où on enseigne la Science du Comportement et successivement structuré par Mary Hunter, d’abord son élève et désormais également prof dans la même université (notre intervenante dans cet atelier).

Les étudiants en science du comportement y jouent de manière extensive afin d’expérimenter toutes les subtilités du comportement.

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A une époque où les expériences sur les animaux deviennent de moins en moins acceptables, c’est un excellent laboratoire de recherche sur le comportement.  

Bref, une Skinner box pour humains volontaires  ;-)

On voit apparaître dans nos jeux la généralisation (voulue ou non), la répétition qui fait la mémorisation, on se bute à l’extinction frustrante et à la résurgence parfois inattendue.

On prend surtout conscience que, sans un plan de « shaping » bien ficelé et maintes fois revu sans pitié, on ne va nulle part dès lors que le comportement est à peine complexe.  

Je suis certaine que certains d’entre vous se disent « bah, moi j’y arrive quand même » : souvent, c’est, précisément ce « quand même »  qui implique des émotions qu’on ne souhaite pas vraiment associer à nos apprentissages… et pourtant  ;-)

En cas de piètre enseignement, on se confronte rapidement  à la perplexité, l’hésitation, la frustration de notre apprenant.

A ce stade, nous avons la possibilité « d’étiqueter » l’autre (il est stupide, il ne comprend rien) ou de repenser notre manière de transmettre (je peux mieux faire et, surtout, faire autrement). 

On parle beaucoup  de « signaux d’apaisement » chez le chien (on a même développé une véritable adoration pour ce concept)il est parfois absolument stupéfiant de voir à quel point nous ignorons allègrement ceux de notre propre espèce (quand votre apprenant commence à écarquiller les yeux, se gratter la tête, grimace, hésite, se trompe de manière répétée… autant de signaux d’alerte qui devraient nous amener à stopper la séance, revoir notre apprentissage et notre plan de shaping de toute urgence).  

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En général, confrontés à ce scénario, nous développons plutôt une irritation sourde mais bien réelle vis-à-vis de l’autre qui ne « fait pas » ce que nous trouvons absolument évident qu’il fasse (quel est donc SON problème ? difficile d’admettre que « son » problème c’est nous, justement).

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« Le rat a toujours raison » disait Skinner… 

On lit souvent les doléances d’éducateurs au sujet des humains dans leurs cours… et, effectivement, certains comportements nous irritent mais, un humain qui est pendu à son téléphone, qui ne suit pas les consignes cherche-t-il à nous éviter (et, surtout, pourquoi ?), c’est un comportement de substitution, pourquoi ? Complexe, riche et fascinant.

On constate qu’un simple « click du désespoir » (ce click qu’on donne à notre animal après une série de comportements inappropriés  question de le ramener sur un semblant de « droit chemin »)on peut renforcer toute une chaîne de comportements dont on ne voulait absolument pas et dont aura, ensuite, toute la difficulté du monde à se défaire.

chaos

On s’aperçoit qu’on peut fixer solidement un comportement « superstitieux » – celui que l’apprenant aura identifié comme celui qui lui vaut le marqueur et le renforçateur alors qu’il s’est vérifié par hasard… en un mot comme en cent : on apprend à transmettre un comportement de manière propre, précise et adaptée à notre apprenant du moment.

J’ai été l’apprenante d’une personne (qui ne risque pas de me lire, pas de panique) qui, pendant mon apprentissage, m’a littéralement arraché les objets des mains quand je « faisais faux », m’a fusillée du regard à plusieurs reprises et a stoppé physiquement certains de mes comportements qui ne lui convenaient pas  :lol:

En fin de séance, on demande rituellement à son apprenant comment il a vécu l’apprentissage et je lui ai répondu, suavement (même si en vrai j’étais plutôt amusée), que j’avais vécu une expérience très désagréable et que je n’avais plus vraiment envie de jouer encore avec elle (ce qui m’a valu un ultérieur regard noir).

La preuve, s’il en fallait encore une, qu’il ne suffit pas d’être armé d’un clicker et de renforçateurs pour créer une atmosphère propice à l’apprentissage  ;-)

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Pas facile d’accepter de ne pas faire porter à l’autre la responsabilité de notre parfois piètre enseignement (toutefois, j’avoue humblement y arriver mieux avec les animaux – et les enfants – qu’avec les humains adultes) ;-)

 … et, mine de rien, sommes-nous absolument sûrs que nos animaux ne nous en diraient pas autant lors de certaines séances de shaping que nous laissons aller complètement de travers ?  

En gros, le PORTL – même si vous n’avez pas le bonheur (tout comme moi d’ailleurs, quel dommage) d’étudier la science du comportement à NTU, nous apprend que, si nous voulons un comportement propre, nous devons travailler de manière propre, si nous voulons emmener notre apprenant vers la réussite, nous devons gérer l’environnement et rendre le succès plus probable que l’erreur. 

Vous voulez jouer ? 

Munissez-vous d’objets (n’importe lesquels), de « renforçateurs » (nul besoin qu’ils soient comestibles, l’humain bosse volontiers pour un sentiment de compétence et ce dès le plus jeune âge), déterminez un comportement dans votre tête, expliquez uniquement à votre apprenant que son but est de récolter un maximum de renforçateurs. 

… des idées de comportements ? Votre imagination est votre seule limite  :-D

Soyez créatifs mais débutez par des choses simples  (qui sont, au final, moins simples que vous ne le pensez)

  • Prendre un objet en main
  • Prendre un objet en main et le poser à un endroit spécifique
  • Mettre un objet dans un autre objet
  • Toucher un objet d’un seul doigt
  • Faire pivoter un objet
  • Secouer un objet
  • Faire tomber un objet de haut
  • Faire pivoter un objet
  • Secouer un objet
  • Mettre un objet improbable sur un autre objet (puis 3 objets)

On ne parle pas, on n’écrit pas, on ne gesticule pas…  on utilise son clicker et ses renforçateurs.

En Autriche, j’ai pioché le petit papier suivant quand j’ai du être coach :

« si la voiture est sur son toit, la soulever  / si elle couchée sur le côté droit, il faut la faire tourner sur elle-même » 

Ensuite, vous préparez votre plan de shaping  :-D

Première phase

  • Soulever un objet – mémorisation du geste
  • Soulever un 2èmeobjet – généralisation de l’apprentissage
  • Soulever un 3èmeobjet  -  conceptualisation
  • Soulever le même objet renversé

 ==> Introduire la voiture renversée (revenir en arrière si erreur)

(je n’ai pas débuté avec la voiture car, en raison de notre historique d’apprentissage humain, j’ai estimé qu’un apprenant humain l’aurait remise sur ses roues)

Deuxième phase 

  • Proposer la toupie à mon apprenant (probable phénomène de généralisation sur le premier comportement, ce qui n’a pas manqué d’arriver – on change l’objet pour redonner rapidement une chance de succès)
  • 2èmetoupie, 3ème toupie
  • Introduire un autre objet facile à faire tourner (étape sautée finalement)

==> Introduire la voiture  sur le flanc (si erreur, retour en arrière)

Vous verrez dans la vidéo que mon apprenant à montré quelques hésitations au moment préciser où se fait l’apprentissage… c’est, précisément, ce que nous cherchons au clicker: ce moment de réflexion, de compréhension qui n’est PAS le blocage, l’incompréhension, la frustration et l’erreur ;-) (ce que les anglophones appellent le «ah ah moment »)  8-)

Alterner les comportements de « soulever la voiture » et « faire pivoter la voiture ».

En Autriche, je n’avais pas de toupie donc le comportement du « spinning » a du être construit par l’utilisation de cibles (mini « post its » qui traînaient dans ma trousse) et il a comporté plusieurs étapes intermédiaires (touche la cible, suis la cible, effectue un tour complet).

Je n’avais pas de voiture non plus, j’ai donc utilisé un petit pot à glace qui roulait sur la table quand je le positionnais sur le côté, ce qui a considérablement compliqué l’apprentissage, qui a souffert d’une préparation un peu bâclée  ;-)

Au final, mon apprenante est arrivée aux deux comportements mais, quand je lui ai demandé ce qu’elle avait appris, elle n’en avait juste aucune idée (alors qu’elle le faisait parfaitement devant moi)  ;-)

Cela nous rend humbles : ce n’est pas parce que l’apprenant fait qu’il a forcément conceptualisé  :lol:

A la maison, avec des objets adaptés, mon apprenant à su me dire « voiture renversée, je soulève, voiture sur le côté, je tourne »  ;-)

Parce que je suis nulle en traitement de vidéo, j’ai tout balancé en une séance presque continue  -  PAS bonne idée  ;-)

En temps normal, je ferais une pause tous les dix clicks et je reverrais mon shaping plan… mais, mon apprenant suivait parfaitement et avait l’air tout de très bien gérer la succession des apprentissages (ce qui aurait été différent avec un autre apprenant)  :-D

J’ai très envie de mettre sur pied une journée PORTL pour éducateurs canins…  (et, par éducateurs, j’entends des personnes qui éduquent tout simplement)  :-D

si ça vous inspire… dites-le dans les commentaires  :-D :-D :-D

Happy Training  :-D

Life is for learning / 2

« Le contrôle, une nécessité biologique »  par la Dr. Susan Friedman

En éducation canine, il n’est pas rare d’entendre, parfois sur un ton légèrement (ou résolument) moqueur : « ton chien est en train de t’éduquer »  :roll:

humans

Pourtant, il est à la fois logique et inévitable que cela se produise : tous, et nos chiens aussi, oeuvrons dans le sens d’une conséquence qui nous sera profitable, c’est le contraire qui serait aberrant  :lol:

En clicker training, nous rendons le comportement possible, nous signalons, l’animal produit et c’est un signal clair, pour nous, de cliquer et renforcer… un dialogue constant où, si le travail est bien fait, tout le monde trouve son compte (ajout personnel)  ;-)

pavlov

Nous fonctionnons tous sur une séquence « action ==> effet produit » qui va nous amener à répéter cette action… ou pas  :-)

Cela nous donne à la fois un certain contrôle sur notre environnement (nous choisissons) et un retour en terme d’information (« essaie encore » / « fais autre chose » / « abandonne »).

En effet, peu d’entre nous vont retoucher et retoucher encore un même objet qui vient les brûler  :-)

Imaginez un monde qui ne nous offrirait AUCUNE faculté de contrôler les conséquences de nos choix : une perspective véritablement terrifiante.

… et cela existe bel et bien, on le sait tous  :-(

Tous les jours, dans les media,  nous regardons, écoutons et lisons — avec plus ou moins de compassion, d’effroi et révolte — que des individus, des populations entières, des ethnies sont sujettes à ce type de frustration, de douleur et de colère : toutes les injustices de ce monde concernent cette incapacité  totale à contrôler un environnement hostile.  

justice

Toute forme d’injustice débute en retirant le contrôle à sa victime, en niant sa possibilité de choisir. Qu’il s’agisse d’animaux ou d’humains. 

Nous connaissons tous les renforçateurs primaires (naturellement renforçateurs et, donc, inhérents à la survie) – le contrôle en fait naturellement partie : en effet, que deviendrions-nous sans le contrôle de nous enfuir en cas de danger mortel ?  ;-)

Une étude sur des nourrissons de 4 mois a comparé deux groupes distincts sur l’intérêt qu’ils pouvaient porter à leur « mobile » musical (qui n’est pas un téléphone portable mais cette chose que tous les parents auront accroché, sous différentes formes, au dessus du berceau de notre progéniture).

mobile

Le premier groupe de nourrissons avait un contrôle direct sur le fonctionnement du mobile, le 2èmegroupe n’en avait pas et le mobile se mettait en mouvement de manière aléatoire (Watson, 1967, 1971).

Alors que, au début de l’expérience, le mobile provoquait sourires et mouvements chez tous les nourrissons, rapidement, seul le groupe de nourrissons qui avait un contrôle sur le mouvement de l’objet a continué à s’y intéresser de manière active.

Plus intéressant encore, le groupe de nourrissons qui pouvait contrôler le fonctionnement du mobile a montré une augmentation des comportements joyeux (sourires, vocalises, etc.) par rapport au groupe des nourrissons qui n’avaient aucun contrôle sur le fonctionnement de l’objet.

Si on se réfère, à l’étude britannique sur le contrôle en relation au « burn out » (mentionnée dans « Life is for learning 1″, ne pourrions-nous pas en déduire qu’un nombre grandissant de personnes dans notre monde a l’impression– justement – de ne rien contrôler du tout, de ne plus pouvoir choisir et de subir des circonstances qui les écrasent ?  Il n’y a qu’un pas à franchir entre cette constatation et le taux de « bonheur » dans certains pays.

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Un nombre impressionnant d’études sur les animaux (ouistitis, poules, veaux, cochons, etc.) démontre que, quand ces animaux peuvent contrôler, par un comportement préalablement appris, la chaleur, la lumière qui leur sont dispensées, leur comportement se révélait plus calme et moins agressif. 

Les animaux, comme les humains d’ailleurs, préfèrent qu’on leur donne un choix, même quand celui-ci n’apporte pas de plus value concrète (toutes les mamans savent qu’il vaut mieux dire « tu veux mettre tes chaussettes roses ou tes vertes ? » à son enfant récalcitrant plutôt que « mets tes chaussettes »)  :-)

socks

En maison de retraite, donner un certain nombre de choix aux résidents a démontré influencer l’humeur, la qualité de vie exprimée et la longévité (Leotti, 2010 – Langer, et al. 1976).

Sans même mentionner le concept du « contrafreeloading » (le fait que les animaux préfèrent obtenir de la nourriture sous forme de renforçateurs suite à des comportements appris, plutôt qu’en self service), maintes fois testé et répliqué sur les souris, les rats, les poules, les pigeons, les corbeaux, les gerbilles et les chats. Un concept qui s’applique à des animaux correctement nourris, en bonne santé et qui ne souffrent pas de la faim (un animal en privation sévère va se jeter sur la nourriture librement accessible). 

Manquer de contrôle sur son environnement est une source reconnue de stress (ce qui explique, par ailleurs, le faible taux de reproduction des animaux sauvages en captivité quand ils sont privés de comportements fondamentaux pour leur espèce).

Contraindre, lors d’une procédure vétérinaire par exemple, provoque une augmentation substantielle du rythme cardiaque et de la production de cortisol (aucun d’entre nous n’a besoin de connaître le taux de cortisol de son chien pour reconnaître ce stress). 

Ayant dit tout cela, la Dr. Susan Friedman nous rappelle que tout ne peut pas être un choix dans la vie de nos animaux et que si une approche la plus respectueuse possible est un but, nos animaux portent en eux la résilience nécessaire à la négation occasionnelle d’un choix.

La résilience fait cet heureux lien entre la contrainte totale et le choix absolu  :-)

resilience

En conclusion, nous sommes sur terre pour agir et donc choisir et non pas pour rester passifs et subir, cela nous concerne nous et cela concerne les animaux qui partagent nos vies.

choice

Le besoin de contrôler notre environnement est un concept inné, il fait partie de notre bagage biologique et il est le produit de notre évolution à travers les âges, quelle que soit notre espèce.

Avoir des choix, contrôler ce qui nous entoure nous est aussi nécessaire que boire et manger. 

A nous de savoir reconnaître quand l’animal dit non, l’écouter, à nous de faire des efforts pour mieux reconnaître ces refus et à nous de trouver une harmonie entre donner le choix et le « vivre ensemble »  :-)

« Life is for learning » / 1

… bref, je suis partie en Autriche suivre une conférence très joliment  intitulée « Life is for Learning » (la vie est faite pour apprendre… ou la vie est faite d’apprentissages ?).

Le savoir est le pouvoir  :-)

Happy-Fellow-KEY

C’est suite à un échange de messages avec Mary Hunter (dont je vous conseille sans réserve aucune le blog si vous ne le connaissez pas déjà, ce qui me surprendrait si vous lisez celui-ci) que j’ai découvert l’événement : passionnée de PORTL games, que j’ai introduit dans tous mes cours clicker depuis quelques années, je venais aux nouvelles au sujet de la sortie du manuel PORTL qu’elle nous promet depuis un temps certain (il n’est pas encore sorti, patience patience).

Si vous vous demandez ce qu’est le PORTL, rendez-vous sur l’article à venir à ce sujet, stay tuned ;-)

C’est donc Mary qui m’a informée de l’événement qui m’a donné l’opportunité bénie de la rencontrer pour la première fois  :lol:

Mary a un Master en Science du Comportement complété à l’UNT (University of North Texas, là où enseigne le Dr. Jésus Rosalez-Ruiz et  là où j’irai faire mes études dans ma prochaine vie ou dès que je gagne à la loterie dans celle-ci : en effet, la vie n’est-elle pas faite pour apprendre ?).

Elle y enseigne désormais en sus de ses nombreuses activités avec les animaux. Elle est de cette nouvelle génération de béhavioristes issue de la biologie qui contribuera, avec le temps, à faire de la science du comportement un acteur incontournable dans la compréhension du vivant. 

A la conférence,  présents également la Dr. Susan Friedman et le Dr. Jésus Rosalez-Ruiz…

Hélas (pour moi), j’avais déjà écouté l’intégralité de leurs interventions en d’autres occasions et lieux (y compris en ligne)  et, s’il est tout à fait vrai que, à chaque fois, on découvre une dimension supplémentaire aux notions présentées, j’ai été un peu déçue de découvrir que pas grand chose n’était nouveau.

… hey, ne vous méprenez pas : si je n’avais que ça à faire et (surtout, surtout) un budget illimité, je sautillerais avec délectation d’une conférence à une autre sans la moindre arrière pensée mais, comme le budget formations n’est pas extensible, pas plus que le temps que j’ai à y consacrer, je suis toujours avide de connaissances nouvelles.  

Fin du préambule  :-)

Cette conférence de quatre jours a donc été ouverte par la Dr. Susan Friedman (qu’on ne présente même plus), toujours avec son humour « coquin-mais-pas-trop » et sa voix si particulière (que je trouve incroyablement apaisante). 

Je vous conseille, encore une fois, si vous êtes comme moi un(e) geek du comportement, sa formation « Living & Learning with Animals for professionals » (uniquement si vous parlez bien l’anglais, car elle est exigeante et très dense).

J’ai le bonheur de l’avoir suivie et complétée il y a quelques années et c’est une des meilleures formations que j’ai à mon actif, un vrai petit bijou  :lol:

Susan a été clairement très marquée (comme beaucoup d’entre nous) par le livre de la Dr. Susan Schneider « The Science of Consequences » dont je vous ai déjà parlé dans ce blog et que je vous recommande encore une fois.  En effet, sa présentation « The Learning Planet » (la planète apprentissage) était largement inspirée de ses travaux.

Le message fondamental de cette présentation est que le comportement n’est JAMAIS indépendant des conditions environnementales – il n’est pas à « l’intérieur » d’un quelconque organisme mais toujours conditionnel et donc conditionné par l’environnement.

Pour nous éducateurs : votre animal n’est jamais « quelque chose » (buté, démotivé, motivé, gentil, méchant, etc.) mais agit par des comportements pour obtenir des conséquences et contrôler son environnement.

Quand on veut faire disparaître un comportement, on s’attaque à un renforçateur – plus l’animal est déterminé dans son comportement, plus le renforçateur est important pour lui. 

Ce qui est vrai pour la forme la plus simple de vie à la plus complexe : de la bactérie, les invertébrés à la plus complexe, c’est une organisation planétaire : agir pour un résultat. 

Plus l’organisme est complexe, plus sophistiquée sera sa capacité d’apprentissage et plus vaste son panel de renforçateurs. 

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Une étude du gouvernement britannique qui n’étonnera personne je pense, a démontré une corrélation évidente entre notre capacité à contrôler notre environnement dans un contexte professionnel et notre santé physique et psychique (Mermot et al., 1978, 1991).

En effet, qu’est donc un « burn out » sinon une graduelle perte de contrôle (perçue ou réelle) sur notre environnement ? Quand nous avons l’impression de ne plus rien contrôler, de ne rien pouvoir changer, de devoir endurer et subir quoi qu’il nous en coûte, sans échappatoire possible, nous tombons malades (et nous allons mieux quand on reprend un certain contrôle). 

burnout

Une étude portant sur le « pacing » (comportement d’allées et venues des animaux captifs) chez les ours polaires a démontré qu’une distribution de nourriture « gratuite » et aléatoire ne réduisait en rien cette stéréotypie alors que la recherche volontaire de cette nourriture a apporté des effets positifs (Carlestead et al., 1996).

Cette recherche proactive,  leur a donné une forme de contrôle sur leur environnement avec un effet bénéfique considérable. A retenir quand nous parlons d’enrichissement de l’environnement : il est tel quand l’animal s’engage.

oui, je sais, ils seraient mieux dans leur environnement naturel… 

Contrôler son environnement, c’est-à-dire, décider et entreprendre dans le sens de conséquences désirables, est un renforçateur primaire.  

Comment ne pas en déduire qu’il est légitime de donner des compétences à nos animaux domestiques afin de leur permettre d’agir sur leur environnement par la pratique et mise en œuvre de ces apprentissages afin d’obtenir des conséquences opportunes à leurs yeux? 

Nos chiens vivent dans un contexte humain, plus ils auront d’apprentissages, plus ils obtiendront de liberté, plus ils obtiendront de la liberté et plus ils auront de contrôle sur leur vie.

Ce sont les conséquences qui créent la dite « motivation » et nous apprenons continuellement l’application de nouveaux comportements qui nous amènent à un choix   de renforçateurs de plus en plus vaste et riche. Plus nous acquérons de compétences, plus nous trouvons de renforçateurs dans notre environnement. 

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Dans le contexte de cet article, être « vieux » à n’importe quel âge, n’est-ce pas tout simplement d’avoir abandonné la recherche de nouveaux renforçateurs?  8-)

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Ce qu’on appelle l’instinct est continuellement affecté par les conséquences produites et les apprentissages : des canetons qui n’auraient pas entendu  les sons habituels de  leur espèce dans l’œuf et à qui on a passé des enregistrements d’une autre espèce, démontraient une préférence pour l’autre espèce.  La génétique est sensible à l’environnement et sujette à l’apprentissage. 

L’évolution et l’apprentissage marchent main dans la main et enfantent la « sélection» qui n’est rien d’autre qu’une conséquence. La nature sélectionne ce qui « fonctionne » au détriment de ce qui ne fonctionne pas. 

Dans la nature, un changement d’environnement va causer une sélection des réponses comportementales qui, à son tour, va influencer le bagage génétique…

Les parasites des plants du tabac ont appris à éviter certains insecticides quand ils ont été associés à un autre stimulus et 77% de leur progéniture savait, dès la naissance, éviter le même aversif.

On a mis des moustiques dans une machine qui reproduit l’agitation de nos mains (quand on essaie de chasser ces charmantes bestioles) et on a associé ces vibrations avec une odeur spécifique : les moustiques ont appris à éviter cette odeur (et on retenu l’information pendant plus de  24 heures).

J’ai moi-même toujours observé que, dès que j’empoigne la tapette à mouches, plus de mouches pendant plusieurs minutes.

La fascinante flexibilité de tout ce qui est vivant…

On ne peut pas changer un ADN : par contre, si l’environnement est modifié, le comportement l’est également et le comportement peut modifier le cerveau. 

En gros, et c’est passionnant, nous (comme tout ce qui est vivant) ne sommes pas les victimes inertes et sans contrôle de l’évolution : nous expérimentons continuellement des conséquences qui vont, à terme, influencer notre évolution future. 

Nous humains, nous émerveillons constamment de la capacité d’une quelconque espèce à apprendre alors que c’est un mécanisme fondamental à toute survie.

J’avais déjà lu un article absolument passionnant au sujet des apprentissages chez les plantes mené par Monica Gagliano (cliquer ici, en anglais) – des plantes qui ont appris à suivre une émission d’air indiquant la direction vers un renforçateur primaire (la lumière, indispensable pour elles).

Par la suite, ces mêmes plantes suivaient l’émission d’air même quand celle-ci ne les emmenait plus vers la lumière (parlons donc d’écologie cognitive – qu’est-ce donc d’autre que de l’apprentissage ?).

Les apprentissages deviennent des compétences, les compétences nous permettent d’agir sur notre environnement et donc de le contrôler dans notre intérêt et pour notre bien-être.

« Une fois que le vivant, tout le vivant, a pu apprendre des conséquences, la vie ne fut plus jamais la même »

(Dr. Susan Schneider).

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Nous vivons tous sur la « planète apprentissage » 

Travailler du chapeau…

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Dans une autre vie, je travaillais dans une multinationale et si j’ai souvent eu envie d’ouvrir un blog sur les tribulations d’une anarchiste dans l’âme dans cet étrange milieu (que j’ai cordialement détesté) – rendons à César ce qui lui revient, elle m’a mis en contact avec des gens intéressants, très souvent.

Parce que ma hiérarchie s’est soudainement éprise de la méthode et de son auteur, nous avons vu débarquer, à Lausanne, un certain Edward de Bono (passons sur ma première question à mon patron qui me parle de «Bono » et à qui j’ai demandé s’il voulait vraiment faire venir le chanteur de U2….c’était pas lui, dommage) – auteur de la célèbre méthode des six chapeaux (« The 6 Hats Method »).

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L’idée était de favoriser l’énergie créatrice et la résolution des problèmes lors des interminables réunions dont était fait notre quotidien – laisser une chance aux idées nouvelles sans les voir enterrées d’office parce que nouvelles. 

Bref, ce célèbre monsieur a débarqué des USA avec sa joyeuse équipe au grand complet et je n’oublierai jamais la vision de son bras droit, une femme d’une quarantaine d’années, qui dansait et virevoltait seule sur une gigantesque scène sur des musiques des « sixties » devant un parterre de cadres supérieurs médusés et complètement immobiles (elle leur avait d’ailleurs lancé un « ohhhh, you Europeans are soooo stiff » qui avait suscité chez moi une grande hilarité à cette époque).

Rigides ou pas, nous avons ensuite tous été sommés d’utiliser la méthode des chapeaux, dont le mode d’emploi était donné en réunion, sous forme de petites cartes élégantes imprimées à grands frais et mises en évidence dans tous les bureaux et salles de réunion (pour la petite histoire, peu de temps après l’hypothétique révolution des « 6 hats », les petites cartes sont restées dans un coin pendant que tout le monde reprenait ses vieilles habitudes tranquillement – la pensée latérale était clairement au dessus des forces de nos cadres supérieurs).

 Pour vous donner une idée (merci Wiki)les codes des chapeaux de couleur :

Le Chapeau blanc : la neutralité. Lorsqu’il porte le chapeau blanc, le penseur énonce des faits purement et simplement. C’est l’image de la froideur et la simplicité : le minimalisme.

 Le Chapeau rouge : la critique émotionnelle. Lorsqu’il porte le chapeau rouge, le penseur rapporte les faits teintés d’émotion, d’intuitions et de pressentiments. Il n’a as à se justifier auprès des autres chapeaux, le rouge c’est le feu, la passion, l’émotionnel et l’intuitif.

Le Chapeau noir : la critique négative. Lorsqu’il porte le chapeau noir, le penseur émet des objections qui soulignent les dangers, les risques en relation à l’idée. C’est l’avocat du diable, la prudence, le négatif.

Le Chapeau jaune : la critique positive. Lorsqu’il porte le chapeau jaune, le penseur admet ses rêves et ses idées les plus folles. Ses commentaires sont toujours constructifs et visent l’action. C’est le soleil, l’optimisme.

Le Chapeau vert : lorsqu’il porte le chapeau vert, le penseur provoque, cherche des solutions alternatives. Il s’inspire de la pensée latérale, il imagine une autre manière d’envisager le problème. Il sort des sentiers battus et propose des idées nouvelles. C’est la fertilité des plantes, la semence des idées, le renouveau.

Le Chapeau bleu : le meneur de jeu, l’animateur du groupe qui canalise les idées et les échanges entre tous les autres chapeaux. C’est le bleu du ciel qui englobe tout.

Cette approche « managériale » peut tout aussi bien s’appliquer en éducation canine et il est assez passionnant de déterminer sous quel chapeau votre client est installé et quel est le nôtre (et, en ce qui nous concerne, il est surtout intéressant de s’évertuer tous les chapeaux, un à un, tour à tour).

fluffy

En effet, prenons une propriétaire qui s’adresse à l’éducateur canin… elle vous appelle parce que Fluffy son caniche de 5 ans, récupéré d’une première famille, « aboie toute la journée, ne reste pas seul et veut mordre le voisin » : « il a certainement été frappé par un homme » – ajoute-t-elle  ;-)

« J’ai déjà tout essayé  et rien ne marche » vous dit-elle pour finir, « de toute façon, il est dominant ».

 Pour mieux comprendre, on peut, tour à tour, endosser tous les chapeaux  :lol:

 Le chapeau blanc (je ne peux pas écrire en blanc sur fond blanc) 

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L’absence de couleur, la neutralité s’attache uniquement aux faits. On reste donc neutre et objectif, en évitant l’interprétation.

A nous éducateurs canins de faire la part de ce qui est un fait (avéré), versus une opinion personnelle ou une anecdote peu significative.

  • Fluffy aboie (la propriétaire l’a entendu)
  • Fluffy aboie toute la journée (a-t-il été enregistré sur plusieurs heures ? comment le sait-on?)
  • Fluffy est un caniche (il a des papiers)
  • Fluffy est peut-être un caniche croisé (il n’a pas de papiers)

 Le chapeau rouge

redhatL’émotion se passe de justifications – la chapeau rouge nous informe sur comment la personne « se sent », ou ce qu’elle « ressent » rien de plus mais rien de moins et on doit en tenir compte absolument.

Si la propriétaire pense que Fluffy est « dominant », rien ne sert de balayer cette croyance d’une référence scientifique – si la propriétaire y croit, cela va influencer tout votre travail.

Le chapeau noir

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On reste dans la logique (qui n’est pas forcément objective d’ailleurs). Le chapeau noir est négatif mais sans émotions, c’est un pessimisme qui se veut réaliste.

Nos clients portent souvent le chapeau noir : « j’ai déjà tout essayé » (et rien n’a fonctionné), « j’ai déjà vu 3 éducateurs avant vous, vous savez », « j’ai déjà dépensé une fortune pour Fluffy», « tous les caniches sont collants, y’a rien à faire », « il est trop vieux pour changer » (etc.).

Le chapeau jaune

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Le chapeau jaune respire l’optimisme : il pousse à l’espoir. Il n’est pas forcément créatif d’ailleurs (l’optimisme n’inclut pas, automatiquement, la créativité).

Quand votre propriétaire porte le chapeau jaune, il vous dira « Fluffy n’a jamais mordu le voisin quand même », « il suffit que je le garde en laisse après tout » mais également « je vais le faire castrer, ça va arranger les choses, ça a marché pour le chien de ma voisine », « il est gentil, je sais qu’il ne mordra jamais».

Le chapeau vert

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Avec le printemps, arrive le vert : le chapeau vert trouve des idées, des concepts, il est créatif et novateur. Il est à l’aise avec ce qui n’a jamais été essayé.

Les sessions « portons notre chapeau vert » sont utiles quand toutes les parties le portent en même temps – éducateur et propriétaire, à deux, on peut inventer des solutions, en écarter certaines, en retenir d’autres.

Lors d’une formation aux USA (Legacy Canine), nous avions fait une séance « chapeau vert» sur un mot tiré au hasard du dictionnaire… si certains concepts ou idées sont éminemment farfelues, d’autres avaient créé des associations d’idées intéressantes. 

Le chapeau bleu

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L’éducateur canin dans toute sa splendeur : il englobe tout (le bilan de santé donné par le vétérinaire, le bilan comportemental d’un éventuel vétérinaire comportementaliste et une possible médication, les objections et les limites de l’entourage, celles de l’environnement, les besoins du propriétaire, ses attentes, la connaissance des lois locales, etc.), il est comme un chef d’orchestre.

En outre, il fait le tri des informations données par les autres chapeaux et, à partir de là, dessine le chemin à suivre.

Prenez en considération ce que vous auront dit les chapeaux – apprenez à les reconnaître, à les porter, un après l’autre, écrivez vos conclusions  et mettez votre chapeau bleu  :-D 

Happy Thinking  :-D

Les « hoopers » – pourquoi j’aime bien…

Après quelques articles un peu focalisés professionnels du chien, puisque j’aime surtout et avant tout parler aux propriétaires de chiens – un petit article voué à présenter – et à vous faire partager mon enthousiasme croissant pour les « hoopers » – j’ai, en effet, eu la chance et le privilège de faire une formation complète pour éducateurs canins, courtesy of Hoopers Schweiz, (lien) quatre fabuleux jours (qui ont été suivis par d’autres jours hoopers et je pense que ce n’est pas fini)  :lol:

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Façon Premack, on va débuter par le moins intéressant : leur mini historique  :-D

Les « hoopers » nous arrivent des USA où la fédération NADAC (North American Dog Agility Council) a proposé cette activité canine comme une alternative à l’agility (ou un travail pre-agility pour les jeunes chiens notamment ou un post-agility pour les chiens devant préserver leurs articulations). lls ont gagné l’Europe, via les Pays-Bas et la Belgique et font de régulières apparitions un peu partout depuis quelques années.

Normal, parce que les hoopers, c’est génial :-D 

… alors, késako donc?  8-)

Il s’agit essentiellement de se focaliser sur la capacité du conducteur à « naviguer » (diriger) son chien à travers un parcours de demi-cercles au sol (pensez au jeu du « croquet » sans la batte), sur de (longues) distances, plus un certain nombre d’autres « obstacles » comme les « gates », les « barils » et les tunnels (qui sont courts et donc, évidemment, jamais coudés)

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Adapté aux chiots, aux chiens adultes en pleine forme, adapté aux chiens adultes qui ne peuvent non seulement plus sauter des obstacles mais doivent également éviter des ces « tourner-court » désormais omniprésents en agility, adapté aux conducteurs qui ne sont pas, ne sont plus, n’ont pas l’ambition d’être Usain Bolt également  ;-)

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Le propriétaire est assigné à un endroit spécifique par le juge (il ne bouge donc pas) et il doit avoir mis en place un nombre considérable d’apprentissages.

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Certains y voient une « version facile » de l’agility mais, clairement, ils n’ont pas (encore) plongé dans l’univers des apprentissages des « hoopers » et, quand ils le font, ils sont étonnés par la foultitude d’apprentissages à mettre en place.

En effet, les signaux (ou « ordres » si vous voulez) verbaux sont tout simplement incontournables : quand votre chien est à 30 (ou plus) mètres devant vous et qu’il ne vous fait donc pas face, il doit connaître et reconnaître clairement ces signaux verbaux  car vous ne serez pas là pour l’aider d’un geste ou l’informer de la direction à prendre par la position de votre corps, de vos pieds, de vos épaules qu’il ne voit évidemment pas.

Le « en avant » pour commencer. Si vous n’avez pas un « en avant » clair, net et résolu, il n’est pas franchement utile d’aller plus loin, c’est vraiment votre premier but à atteindre.

Par ailleurs, un « en avant » en agility (où vous courez quand même, même si à la ramasse derrière le chien, vous êtes en mouvement quand même et le chien le sait), n’est PAS un en avant quand vous êtes complètement statique, que le chien doit vous dépasser ou s’éloigner de vous… moins évident qu’on ne le croit.  C’est un véritable exercice d’autonomie. 

On voit pas mal de vidéos circuler où les propriétaires « accompagnent » le chien à travers les « hoops » et si tout le monde a le droit de faire précisément ce qu’il a envie de faire dans son coin (indiscutablement), ce n’est à mon sens pas la bonne manière d’introduire les « hoopers » chez un chien débutant.

En effet, en accompagnant le chien, on devient « partie » intégrante du comportement et, se soustraire ensuite de celui-ci, non seulement peut se révéler problématique mais rend l’apprentissage confus. Autant débuter juste dès le départ même si cela implique de prendre un peu son mal en patience, comme pour tout apprentissage solide  :-D

A l’identique avec la gestuelle : si les gestes aident au début et sont adaptés aux débutants (dans l’optique de « l’apprentissage sans erreurs » qui est toujours la mienne), ils doivent finir par disparaître – quand le chien ne nous voit plus, ils sont parfaitement inutiles  :-D

Les hoopers ne sont pas la « danse artistique du conducteur » à moins de se limiter à de très petites distances évidemment et à des parcours où le chien vous voit continuellement (ce qui n’est pas l’idée de ce sport canin, justement)  ;-)

De bonnes « fondations », dans toute activité sont la base de la base – qui monterait les murs d’une maison sans avoir terminé ses fondations? 

Les signaux de direction : en avant certes mais reviens contre moi, éloignes-toi de moi, tourne autour, ralentis, diriges-toi à l’opposé de moi… le chien, seul sur le parcours, fait des choix et – surtout et avant tout – « écoute » son propriétaire qui n’a rien d’un spectateur puisqu’il doit donner les informations à son chien de manière opportune et sans équivoque.

Plus le chien va vite, évidemment, et plus ces signaux doivent tomber avec précision (autant vous dire qu’avec mon Zouk, j’ai intérêt à savoir quoi dire et quand le dire et mon cerveau va est parfois battu à plate couture par sa vitesse dans des parcours plus complexes – celui en dessous est plutôt facile).

Comme tout apprentissage d’une activité canine, cela ne s’improvise pas et un cours d’initiation est fondamental pour bien commencer et pour progresser de manière cohérente, ce ne sera donc pas un article « how-to », suis pas une grande fan des apprentissages « youtube » personnellement  :-D

J’ai également poursuivi une formation à distance mais, vraiment, rien ne vaut un vrai stage et une interactivité réelle  :-D

L’idée est, surtout de donner envie de découvrir cette discipline encore jeune et relativement peu connue (même si elle fait des adeptes à très grands pas)  ;-)

Ce que j’aime très particulièrement dans cette discipline :

a) Le chien ne doit pas aboyer... (certains sont déjà en train de se dire « aïe ») : pourquoi ça me plaît? Parce qu’on confond souvent excitation et motivation, joie et stress et que les chiens survoltés non seulement ne sont pas forcément dans le bien-être mais ils ne sont pas, non plus, les plus efficaces. Intégrer cette idée d’un travail dans le calme dès le « jour 1″ me parle considérablement (je suis une grande fondue du calme chez le chien). Par ailleurs, si votre chien aboie à pleins poumons, il sera problématique de lui faire entendre vos signaux à 30 ou plus mètres de vous  :-D

b) On est en « compétition » avec soi-même : un nombre de points vous est attribué au départ et des pénalités tombent en cas d’erreur (et d’aboiements justement). Au final, en fin de compétition, vous avez progressé en tant que binôme (ou pas) mais c’est sur cette progression qu’on se focalise et pas sur ce qu’ont fait les autres. En effet, on peut très bien être ex aequo avec un autre (ou plein d’autres) concurrents, le seul critère pris en compte c’est votre résultat personnel, vous avez fait mieux que la dernière fois (ou pas, encore une fois).

Pas uniquement parce que je suis venue au monde SANS le gène de la compétition mais parce que je trouve que celle-ci pervertit souvent les choses chez l’humain (pas toujours, certes, car tout le monde connaît d’immenses compétiteurs qui travaillent dans le respect du chien mais souvent quand même).

c) Les parcours sont sur de grandes distances certes mais les tournants sont larges, fluides, donc avec peu ou pas d’impact sur les articulations des chiens, tout en répondant au besoin d’activité, d’apprentissage, de jeu et de mouvement du chien. Pas de sauts, pas d’arrêts brusques et parfois violents (comme les « zones » en agility).

On présente souvent les « hoopers » comme une activité adaptée aux trop jeunes / trop vieux pour l’agility (chiens et humains d’ailleurs, surtout pour les « trop vieux humains » ah ah ah) et si c’est effectivement une super alternative pour les moins sportifs d’entre nous, cela permet également de préserver certains chiens adultes, parfaits sportifs accomplis mais qui montrent en agility une « intensité » telle qui rend le chien incapable de se « préserver » de manière proactive (ce qui rend la blessure probable, à terme).

d) Les apprentissages du chien sont très nombreux, on n’a jamais fini de progresser et impossible de faire l’impasse d’un bon « shaping plan » pour à peu près tout ce qu’on introduit (tous ceux qui ont suivi des cours avec moi connaissent mon penchant obsessionnel pour les « shaping plans » – plans d’apprentissage).

Pas question de se lancer à l’arrache (ce que j’appelle aussi l’éducation « de l’espoir » – lançons-nous à l’arrache et espérons que ça roule, je déconseille) et j’ai entendu avec délectation notre première formatrice demander à plusieurs reprises aux participants « quel est ton plan? » (je bois du petit lait)  :-D

Bref, le chien marche, trotte ou court (selon ses capacités physiques personnelle, la vitesse n’a aucune importance en hoopers) mais il écoute, réfléchit et discrimine entre les différents signaux et ça, c’est précieux.

Un chien qui « écoute » c’est, tout simplement, un chien qui possède ce fameux « contrôle de l’impulsion » dont on parle partout (c’est pas plus compliqué que ça au final)  ;-)

Bref, c’est fun, c’est ludique, ça fait réfléchir les gens et les chiens, ça travaille considérablement l’écoute (et donc exerce le contrôle de l’impulsion), les obstacles peuvent se bricoler aisément (ou s’achètent si vous êtes, comme moi, fâchée avec le bricolage sous toutes ses formes) – l’intégralité du parcours est légère à (trans)porter (pas besoin de vous fracasser le dos à traîner des obstacles à « zones » qui pèsent des tonnes et coûtent un rein), l’intégrité physique du chien est préservée, son mental stimulé (le nôtre aussi, croyez-moi) et, globalement, on fait équipe avec son chien, obligatoirement, sinon on oublie :-D  

Que demander de plus? 

Happy Hoopers…

(une petite introduction aux Hoopers sera présentée au Dog’n’cat Swiss Festival (palais de Beaulieu, Lausanne) – les 27, 28 et 29 octobre prochainsjuste un petit « apéro » pour se faire envie j’espère – sinon des cours d’initiation par demi-journée – pour les plus courageux – et peuvent être organisés dans vos clubs également sur demande) 

K Overall – fin

… pour clore la rétrospective de ces deux jours de conférence, nous avons abordé la thématique de la modification du comportement – une approche annoncée comme «cognitive» (versus une approche en apprentissage opérant, dit-elle) que le Dr. Overall nous suggère par le biais de « Chaser », l’ultra célèbre Border Collie qui connaît précisément 1022 noms d’objets et peut associer un comportement spécifique en relation à un objet.

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Au milieu de tous ces objets connus par le chien, on lui demande d’aller chercher un objet qui n’a jamais été nommé et, après avoir examiné tous les objets connus, Chaser prend l’unique objet à sa portée dont elle ignore l’appellation : typique exemple de raisonnement déductif

Passons sur le fait que ces exploits sont précisément le résultat d’apprentissages opérants et que mon brave Zouk, s’il n’en connaît sûrement pas 1022 (j’admire la pugnacité du propriétaire, je m’ennuierais certainement plus vite que mon chien), est parfaitement capable de m’apporter son frisbee violet versus sa balle verte, tout comme de faire « jaune cible assis» ou « bleue cible couché » (c’est du clicker training avancé, ni plus ni moins)

… ou encore le chien du roi de Thaïlande, issu de la rue où elle a appris à ouvrir des noix de coco pour en manger la pulpe et dont les chiots ensuite ont fait preuve des mêmes inhabituelles capacités, par observation de la mère (ma plus jeune chienne Biba, assez réactive quand elle est arrivée chez moi, regardait Eelou à chaque rencontre inhabituelle et, comme Eelou restait zen, elle restait zen aussi : Eelou me l’a éduquée, je n’ai pas eu grand chose à faire sur le plan de la réactivité).

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Overall nous a également rendus attentifs au fait que les chiens approchent plus facilement un humain qu’ils ont observé jouer en harmonie avec un congénère heureux et détendu : bref, les chiens font preuve de processus mentaux qui mettent en jeu, comme chez l’humain, l’apprentissage, l’intelligence, la résolution de problèmes, la prise de décision, la perception.

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En gros, elle nous démontrait l’intelligence du chien – probablement dans le but de promouvoir une rééducation comportementale intelligente, respectueuse et non coercitive (mais je pense – ou du moins j’espère – qu’elle prêchait à un public de convaincus).

Overall nous propose un petit test (que je vous « re-propose » à mon tour) où le chien suit un objet des yeux – s’il en est incapable, selon elle, le chien aura des difficultés d’apprentissage (immédiatement testé sur les miens dès mon retour, évidemment)  :lol:

Zouk a suivi 2 fois des yeux, très poliment… en cherchant très fort la solution au problème : à la 3ème tentative, il s’est mis à ignorer ostensiblement l’objet pour fixer un point dans le vide (d’un air futé), comme il a appris à le faire avec ses frisbees ou à rester focalisé sur l’obstacle pendant que je fais une danse de Sioux à ses côtés : mon chien est un poème de déduction logique (dans tous les cas de figure, il est assez évident qu’il n’a franchement aucun problème d’apprentissage, me faisais pas trop de mouron à ce sujet).

Eelou a suivi bien poliment l’objet des yeux à plusieurs reprises avec une grande intensité — pour ne plus me lâcher ensuite (genre « j’ai fait ta chose sans intérêt aucun, donne moi un truc maintenant ») – ma chienne a un sens très aigu de ses conditions de travail et fait preuve d’une bonne volonté à toute épreuve : toutefois, son salaire minimum n’est tout simplement pas négociable (rassurez-vous, je paie toujours)

Logiquement, nous avons procédé sur le protocole de relation du Dr. K. Overall – que tout le monde connaît (et, si vous ne le connaissez pas, il est à peu près partout sur le net aussi bien détaillé par écrit qu’en un nombre affolant de vidéos) – je m’en sers sur les chiens réactifs, en parallèle à d’autres exercices, depuis des années.

Ce n’est pas un exercice d’éducation ni de contrôle mais de détente et de relaxation – son utilité ne se perçoit probablement pas de manière intuitive et, pourtant, il aide puissamment (à sa charge, il est répétitif et ennuyeux à en mourir)  :lol:

A ce protocole, on peut ajouter l’apprentissage de « l’inspiration » : Overall suggère d’apprendre aux chiens réactifs à prendre une grande « inspiration » qui leur permettrait de reprendre le contrôle sur leur système nerveux autonome afin d’éviter un rythme cardiaque qui s’accélère, l’hyper vigilance anxieuse et un halètement de stress.

Parce que le chien associe des mauvaises émotions à la perception d’une menace, ce comportement, mis sur signal, peut les aider à une meilleure autonomie et le chien peut y avoir recours, ensuite, de manière spontanée et sans signal dans des moments difficiles (j’ai donc essayé sur Zouk et, dans les 2 ou 3 dernières secondes de cette courte vidéo, vous pouvez voir ses narines s’ouvrir assez clairement – c’est la fameuse inspiration profonde – tout à fait fugitive et soulignée par mon « tu vois que ses narines s’ouvrent » triomphant – oui, vous avez le droit de rigoler).

C’est aussi l’objet de la vidéo ci-dessous, la respiration est bossée au clicker – je ne le ferais pas car le clicker met, automatiquement, mes chiens en mode « travail » et ce n’est pas un mode de détente et de « lâcher prise », plutôt de focalisation intense  ;-)

Quand le chien regarde le chat (en fin de vidéo), ça évoque plutôt chez moi un simple conditionnement répondant qu’une inspiration quelconque mais il est vrai qu’il est très difficile d’observer la respiration d’un chien qu’on n’a pas sous les yeux  ;-)

Par ailleurs, toujours selon Overall, focaliser un chien réactif sur cette inspiration profonde, les rendrait plus aptes à écouter nos signaux (« ordres » si vous préférez).

Comme je suis une grande fanatique du signal dit « précieux » (hautement renforcé) et limpide comme l’eau claire, j’adhère volontiers, pour autant que toute notre attitude soit globalement congruente (et que donc, nos signaux, soient tous signifiants, donnés avec cohérence, dans des conditions où l’échec est improbable, etc.).

En définitive, la protagoniste de cette conférence si dense, était bel et bien la pharmacologie mais, même si ce n’est pas notre rôle (et que cela reste celui du vétérinaire évidemment), nous sommes souvent ceux qui voient plus le client, nous avons sa confiance souvent et sommes en mesure de faire accepter l’idée d’une médication non systématique, non de « confort » ni de « convenance » mais, parfois, une aide indispensable aux apprentissages que nous prévoyons de mettre en place.

L’utilisation de certaines molécules représente également parfois un « répit » pour le propriétaire, parfois à bout de souffle, de patience, d’empathie et de moyens.

Merci à tous ceux qui ont suivi ☺

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En réalité, avec le recul de quelques jours, je me rends compte que certaines phrases prononcées par la Dr. Karen Overall étaient, à elles seules, des sources d’inspiration, de multiples questions et que j’aurais aimé (adoré) la voir s’asseoir autour d’une table et bâtir la conférence sur un dialogue « socratique » plutôt que sur des thèmes déterminés par avance et une foultitude d’informations à ingurgiter (aisément ou pas, nous n’avons pas tous le même background scientifique)  8-)

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Il est toutefois absolument passionnant d’en arriver à la conclusion que l’immense majorité des gens ne savent pas reconnaître, chez le chien – cet animal si familier, si présent dans nos vies (comme aucun autre animal domestique)les signaux de peur, d’incertitude et d’anxiété (et donc de besoin d’information) et ratent ainsi complètement l’occasion de mettre fin à une interaction inopportune(et, avec le temps, potentiellement dramatique). 

Le célèbre « il a mordu sans raison » qui, soumis à un œil plus averti, plus éduqué sur la communication non verbale des chiens est si rarement vrai : ce que certains appellent «l’agression idiopathique », un véritable trouble de la chimie du cerveau ou l’aboutissement d’une communication souvent incomprise, souvent sous estimée ?

La question reste largement ouverte  8-)

Les chiens manquent cruellement d’information au sujet de leur environnement et nous manquons cruellement d’intérêt sur ce qu’ils ont à nous dire (ou de moyens, voir de volonté réelle, pour les comprendre).

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Même quand nous imaginons comprendre nos chiens, il reste un chemin considérable à parcourir pour accepter ce que l’individu chien nous dit : nous renonçons souvent très difficilement à la vision de « notre » chien idéal, de ce que notre chien devrait être ou comment il devrait se comporter.

L’idée assez répandue de la pertinence d’un « chef »  ou d’un « dominant » (intra spécifique, à savoir entre les chiens d’un même foyer ou partageant des balades ou des activités) pousse bon nombre de propriétaires à « laisser faire » lors d’escarmouches répétées, d’un harcèlement subtil d’un chien par un autre, de déplacements, d’interdiction d’accéder à certains lieux, choses, accès.

On laisse faire en pensant favoriser la mise en place d’un système acceptable, que tout le monde « trouve sa place » – sauf que, la place de victime n’est pas franchement enviable et, au final, ne devrait revenir à personne. 

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Le célèbre « il/elle l’a remis à sa place » (une expression qui me donne de l’urticaire personnellement, elle est pourtant chère à pas mal de propriétaires voir d’éducateurs).

Dans l’agression (même sans morsure), d’un chien anxieux, il faut avant tout déceler une forme de « provocation », celle d’un individu qui cherche à obtenir de l’information en relation à un autre : « es-tu une menace pour moi ? » (en effet, la provocation sert parfois à définir les limites).

Parfois, la réponse est rassurante (et donc renforce le comportement de provocation) et, d’autres fois, le chien se retrouve conforté dans son idée première de danger en relation à un congénère.

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Probablement pas inutile de préciser que cette réponse peut se modifier dans le temps et selon le contexte social, ce qui me rend personnellement si peu encline à demander à mon propre chien, pourtant un monstre de tolérance, d’apporter une réponse rassurante à des congénères anxieux (pas, du tout, envie de le voir atteindre les limites de sa propre stabilité et les signifier à un autre).

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C’est assez fascinant d’observer comment les chiens qui vivent ensemble – et s’entendent bien – se comprennent par le biais d’une communication excessivement subtile, presque invisible pour nos yeux d’humains.

Alors que deux chiens inconnus vont s’exprimer avec des signaux très visibles, amplifiés, exagérés… et je m’amuse à penser que nous ne sommes guère différents quand nous rencontrons une personne pour la première fois et que nous souhaitons faire cette fameuse « bonne impression »  :-D

Notre courtoisie (déférence, en français cette fois) est aussi légèrement exagérée, comiquement évidente  :lol:

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Apprenons à reconnaître ces signaux : à reconnaître ces provocations lancées à un congénère « es-tu une menace pour moi ? »

Les composantes de cette communication sont parfois plus dans les comportements «passifs » qu’actifs : un chien qui contrôle un autre chien, certains regards très appuyés ou un regard qui se détourne chez le chien « victime ».

Nous avons souvent besoin de bien plus spectaculaire pour prendre conscience d’un vrai malaise entre deux chiens.

Souvent les propriétaires nous demandent comment « favoriser une bonne entente » et, si pas mal de choses peuvent être mises en place, cette entente profonde, absolue entre deux (ou plusieurs) chiens est à peu près un cadeau du ciel : « il n’y a pas de stratégie de l’amour » dit Overall (je l’ai noté)  ;-)

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A travers une série de vidéos, Overall nous a vivement incités à ne pas prendre à la légère ces comportements peu appropriés au contexte social et à reconnaître rapidement le malaise d’un individu et même à accepter que, parfois, la « victime » systématique MERITE un nouvel endroit de vie : le monde des chiens ne peut pas être cette parenthèse idyllique que nous avons souvent en tête.

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Je saute les quelques présentations (comme celle sur les troubles obsessionnels compulsifs) qui impliquaient principalement des solutions médicamenteuses.

En effet, pour nous éducateurs spécialisés en comportement, il s’agit avant tout de mettre en place un dialogue constructif et mutuellement respectueux avec un vétérinaire comportementaliste,  dans le meilleur intérêt du client.

On a ensuite passé à la réactivité aux bruits qui va d’une simple réaction sensible à la phobie pure et simple.

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Intéressant de voir confirmé que toute phobie du bruit est toujours associée à une ou plusieurs autres formes d’anxiété.

Un problème très présent dans les races bergères (notamment chez le Border Collie) qui peut sérieusement gâcher la qualité de vie du chien (intéressant de savoir que certaines lignées galloises de Border Collies, particulièrement favorisées en reproduction en raison de leurs exceptionnelles aptitudes au troupeau, sont très particulièrement concernées par cette réponse pathologique aux bruits).

Les études des pathologies dans une race spécifique sont ardues à réaliser, les éleveurs n’étant pas souvent très désireux de venir annoncer avec clarté et transparence ce qui ne « va pas » dans leur race et leurs lignées plus spécifiquement  :roll:

En définitive, Overall souligne l’importance d’intervenir dès les premiers signes de sensibilisation aux bruits (en évitant ce que j’appelle la politique de l’espoir) par une désensibilisation précoce (à mettre en place, obligatoirement, avec un éducateur chevronné), sans oublier les moyens auxiliaires comme les « mutt muffs », les masques de nuit, etc.

muttmuffs

En définitive, les pathologies vraiment sérieuses relèvent inévitablement de la médecine vétérinaire (pharmacologie) et la réponse aux véritables phobies a été présentée sous forme d’une synergie de benzodiazépines, anti dépresseurs, anti névralgiques et un sédatif spécifique sous forme de gel gingival (une énumération si impressionnante que tu te surprends à frissonner en te réjouissant que ton propre Border soit allègrement non concerné)  8-O

Toutes ces molécules étant moins qu’inoffensives sur le foie, il est impératif de choisir un vétérinaire qui maîtrise ces molécules et leur synergie, effets secondaires, etc. pour une approche systémique.

Encore un épisode à venir pour ceux qui suivent (et, maintenant que la frustration de ne pas avoir pu aller plus loin sur certains sujets, s’est un  peu dissipée, j’ai une perception nettement plus constructive de ces deux jours)  :-D

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Je vais passer rapidement sur la présentation de ce que le Dr. Overall considère et présente comme des mythes ou des controverses en médecine vétérinaire.

Certaines thématiques (comme celle de l’homéopathie et celle de l’utilisation des phéromones dites « apaisantes ») impliquent plus fortement que d’autres l’effet placebo qui, pour les détracteurs, ne se limite pas au simple cachet ou granule mais à toute la dynamique reliée à toute forme de croyance (il est fréquent de voir le comportement et/ou l’état de santé d’un chien se modifier de manière significative tout simplement parce qu’il participe à une étude… ce qui laisse songeur).

Toutefois, sans vouloir entrer dans ce débat spécifique, il était intéressant de constater que, dans une étude portant sur les effets d’une préparation homéopathique, l’état des chiens impliqués (peu atteints, gravement atteints, début de pathologie, aigüe, chronique ?) n’est même pas spécifié au départ, ce qui laisse le béotien quelque peu perplexe (manque de précision).

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Evidemment inutile s’attarder sur le fait qu’il n’existe pas la moindre étude qui parle d’une quelconque efficacité en ce qui concerne l’homéopathie mais ça, je pense que tout le monde le savait déjà, ces études à charge ayant déjà été largement reprises par la presse généraliste (et qui ont été réfutés immédiatement par le public).

Même combat pour certains acides aminés présumés utiles dans la modification de l’humeur comme le tryptophane et/ou la tyrosine… et dont il serait parfaitement inutile et illusoire de supplémenter son chien (hors effet placebo).

Je ne peux que vous proposer la conclusion car l’explication, donnée à une allure de folie (comme l’intégralité de la conférence d’ailleurs) aurait nécessité bon nombre de questions de ma part et une explication largement plus détaillée (ma formation scientifique n’était, tout simplement, pas à la hauteur). 

(tout cela, vous le trouvez noir sur blanc dans le livre « Manual of Clinical Behavioral Medecine for Dogs and Cats » si vous voulez aller plus loin)  ;-)

A travers ce premier sujet, on en arrive à mon principal (voir unique) vrai reproche au sujet de ces deux jours : une frustration intense sur certains sujets survolés comme si nous étions attablés entre pharmacologistes chevronnéssans que soit proposée la moindre tentative de vulgarisation et, de surcroît, à une cadence que je qualifierais volontiers d’infernale  (grands échanges de regards ahuris avec mes voisines de rangées, ce qui m’a fait rire car nous aussi nous donnons une montagne de ce que les gens aiment appeler « des signaux d’apaisement »)  :-D 

Autre controverse qui en aura laissé plus d’un perplexe, les études sur les méfaits présumés de la castration / stérilisation qui, sous nos latitudes, ont dernièrement été mises considérablement en avant pourtant (notamment l’augmentation des ostéosarcomes, des rupture des ligaments croisés, des lymphosarcomes)complètement réfutées par la Dr. Karen Overall qui met en avant l’âge des chiens participants à ces études (insuffisamment avancé) et le très petit nombre de chiens utilisés (ce qui casse les règles de la statistique) : selon elle, aucun effet néfaste ne peut être imputé aux gonadectomies (quel que soit l’âge de l’animal au moment de l’intervention).

Pour aller plus loin : http://www.joeldehasse.com/books/castration.06.html

joel

Quoi qu’il en soit, les études étant effectivement insuffisantes, incomplètes, peu significatives (c’est elle qui nous le dit), son opinion (au demeurant assez tranchée en l’absence de vraies données) est à considérer comme lourdement teintée de culturel, social et anthropologique (n’oublions pas qu’elle nous arrive des USA où la production incontrôlée de chiens et l’abandon endémique ont des conséquences catastrophiques avec des «refuges» qui se voient obligés de tuer les chiens par dizaines, ce qui est considérablement choquant et traumatisant).

Un mini café et on repart dans une présentation surtout utile aux vétérinaires présents – sur l’évaluation du stress des chiens en cabinet vétérinaire (procédure standardisée) : en ce qui nous concerne, éducateurs et propriétaires, une vraie préparation des nos clients en «medical training » reste précieuse quelle que soit l’attitude de notre vétérinaire traitant (notons que si nous restons libre de choisir notre vétérinaire généraliste, le chirurgien spécialiste dont tout le monde parle « car il fait des miracles », on le prendra qu’il soit aimable avec notre chien ou pas : autant préparer nos chiens)  ;-)

On espère donc que les vétérinaires présents auront, tous, pris bonne note car on peut toujours « mieux faire » (même si je salue mon gentil véto qui me voit si rarement au passage, en espérant continuer à le voir rarement).

Idem pour tous les toiletteurs, ostéopathes, masseurs, magnétiseurs, reiki et autres manipulateurs « new age » que je pourrais oublier  :-D

Si la Dr. Karen Overall a clairement dit que la plupart des vaccins faits aux chiens sont valables « à vie » dès la première injection (si, si) – elle préconise d’emmener le chiot chez le vétérinaire hors nécessité de vaccins, tous les 3 mois la première année et 2 fois par an les années suivantes même quand le chien va bien (et là, tu regardes tes pieds mais, à ma décharge, je n’emmenais même pas mes enfants chez le pédiatre à cette fréquence et je me traîne à la permanence médicale qu’aux débuts des hallucinations ou quand je suis en fin de vie)  :roll:

Amusant de constater que nos assurances maladie nous incitent à aller consulter le moins possible alors qu’il faudrait emmener le chien qui se porte comme un charme chez le vétérinaire tous les trois ou six mois (oui, oui, je vois clairement la différence)  ;-)

Dans la foulée, une autre étude démontre ce que tout éducateur expérimenté sait déjà : le propriétaire lambda et même le praticien de santé, s’ils sont à 90% aptes à reconnaître les signes de joie et de bien-être, détectent par contre très mal les signaux de stress, de malaise, d’hésitation et d’anxiété chez les chiens (surtout les plus subtils).

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Ensuite, quelques études sur les comportements pathologiques des chiots issus d’animaleries versus issus d’élevages (que j’ai considéré peu signifiantes personnellement vu qu’un chiot d’animalerie est, lui aussi, né chez un naisseur plus ou moins acceptable et, sans ces précisions circonstancielles, sans contexte précis, les appellations « chiot d’animalerie » versus « chiot d’éleveur » me semblent passablement vides de sens).

Les élevages ne sont pas tous irréprochables (très loin s’en faut), les chiots d’animalerie ont pu grandir dans un salon et être socialisés (ils ne sont pas tous issus de sombres trafics) <== ici aussi, intense frustration car impossible de casser le rythme infernal de la présentation pour demander plus de précisions (c’est froid une étude). Les animaleries sont interdites en Suisse mais, en France, il existe des élevages qui vendent directement ET fournissent les animaleries notamment.

Bref, des pistes de réflexion et un début d’approche moins émotionnelle de l’étude scientifique que j’ai (comme à peu près tout le monde) tendance à croire volontiers quand elle m’arrange et à oublier rapidement quand ce n’est pas le cas  :lol:

… et, toujours, suite à venir  :-D