Il n’y a pas de mauvais chiens…

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….il n’y a que des mauvais maîtres  :-|

« Il n’y pas de mauvais chiens, il n’y a que des mauvais maîtres ».

Cette affirmation éternelle et éternellement mise en avant refleurit allègrement sur les réseaux sociaux ces jours puisqu’un enfant a été tué en Italie par les deux chiens de la famille et une autre enfant est également décédée en France des morsures d’un chien appartenant à un invité de la famille.

Le traumatisme de ces agressions, qui nous touchent profondément (surtout quand on est parent et propriétaire de chiens) démarre une vague émotionnelle systématique bien compréhensible mais qui ne fait pas franchement avancer la thématique de la sécurité pour tous. 

L’animal est innocenté par définition – c’est son animalité même qui l’innocente et, comme nous avons besoin de coupables pour nous rassurer, c’est aux humains responsables qu’il revient d’endosser l’entière culpabilité de ces drames – même si condamner n’est pas, n’a jamais été, une technique de prévention (au mieux, cela génère une méfiance extrême improductive, voir une psychose des parents et, souvent, des enfants qui génère encore plus de comportements inappropriés).

Clairement, les cas d’inconscience de base rallient tout le monde dans cette affirmation criante de vérité « on ne laisse pas un enfant seul avec un chien ».

Sauf qu’internet PULLULE de photos et de vidéos d’enfants qui interagissent avec des chiens en présence d’adultes (ne serait-ce que celui qui filme) et que, parfois, ça fait froid dans le dos alors que, dans la vidéo, on entend clairement la joyeuse hilarité de tous.

La première question qui nous vient à l’esprit est « mais pourquoi un chien mord un enfant ? »

fooddog

  • Parce qu’ils protègent ce qui est a de la valeur pour eux (nourriture, os, jouet, leur progéniture, leur place de repos favorite, etc.). Même une gamelle d’eau peut devenir une précieuse ressource si l’animal a soif, qu’il fait chaud, que l’eau n’est pas abondante. Apprenez à vos enfants à ne PAS reprendre un objet d’un chien, même si cet objet lui appartient : le récupérer incombe à l’adulte !
  • Parce que le chien est territorial (et n’accepte pas qu’on pénètre sur son territoire son jardin notamment). Une simple petite main passée dans un grillage dans le but de caresser peut causer de très sérieuses blessures.
  • Parce que l’enfant a un comportement inapproprié dans une optique canine (enlace le chien, veut lui prendre quelque chose, ne respecte pas la bulle d’espace nécessaire au chien, lui fait peur ou mal involontairement – ou pas – etc.). Parfois, ces comportements sont blindés d’affectueuses intentions – je me rappelle d’un épisode où, bavardant avec une amie qui tenait son très grand chien en laisse courte et au pied, un petit de moins de deux ans est arrivé de nulle part et s’est pendu au cou du chien – qui a, simplement, détourné la tête. La propriétaire du chien était, elle, sous le choc complet – son chien n’avait pas du tout l’habitude des enfants : trois heures plus tard, elle dissertait encore sur ce qui aurait pu arriver.
  • Le chien présente une douleur, une pathologie non décelée ou ancienne ou est convalescent d’une blessure : autre épisode dans mon entourage – une otite non décelée, le chien a mordu l’enfant qui a touché ses oreilles.
  • Le chien et l’enfant « jouent » de manière trop excitée et le chien n’a pas acquis une bonne inhibition de la morsure.
  • Parce que l’enfant court et crie et soit éveille la prédation du chien ou le stimule à le ramener au troupeau…. (races bergères). Le chien ET l’enfant se comportent de manière logique : les enfants crient et courent, les chiens réagissent (pas tous évidemment mais nous devrions plutôt saluer les heureuses exceptions que nous étonner de ce qui est dans le répertoire du chien).
  • Etc….

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Les chiens, aussi proches de nous soient-ils, aussi doux et tolérants soient-ils, aussi « bien éduqués » soient-ils, ne sont pas des machines à dispenser amour et bienveillance sans exception ni limitation aucune.

Le chien exprime son état émotionnel de manière passablement claire si on veut bien s’informer : tout comme nous, ils peuvent passer d’un état détendu et confiant à la nervosité et l’anxiété au fil des évènements de la journée. Tout comme nous, ils peuvent voir des bons et des mauvais jours et souffrent du cumul des « déclencheurs ».

Imaginons que, au travail, votre patron vous critique injustement en public, que votre conjoint a eu des mots blessants, que vous ayez reçu une amende pour stationnement le temps d’aller acheter une baguette : la prochaine personne qui va vous contrarier risque fort, dans ce contexte spécifique, d’avoir à faire avec le côté le moins charmant de votre personnalité (alors que, la même personne contrariante, si le boulot roule, l’amour règne dans votre couple et la contractuelle a posé son carnet en vous voyant arriver, serait reçue avec patience et bienveillance). Chez le chien aussi, la cumulation des facteurs de stress joue son rôle.

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Apprenons donc à décoder le langage canin et pensez à AIDER votre chien quand il exprime son mal-être :

  • le chien se lève et s’éloigne d’un enfant ou, tout simplement, détourne la tête
  • votre chien vous interpelle du regard
  • vous voyez le blanc de l’œil du chien apparaître
  • le chien baille à s’en démonter la mâchoire, lèche rapidement ses babines, se gratte frénétiquement à l’approche de l’enfant ou se cache derrière vous
  • le chien se secoue très énergiquement après une interaction avec un enfant

Votre chien vous informe – clairement – de son incapacité à gérer ces interactions, cet enfant, ce jour là – il est de votre immédiate responsabilité de l’aider en le soustrayant immédiatement à la situation.

Il y énormément d’autres comportements utilisés par les chiens pour exprimer la peur, l’anxiété, le stress, l’évitement…. si vous avez des chiens, des enfants il est important de vous informer, de savoir les reconnaître quand ils se présentent et de savoir agir en conséquence. N’hésitez pas à consulter un professionnel du chien pour vous aider dans cette tâche à l’aide de vidéos ou de photos.

Tout le monde (ou presque) connaît cette vidéo qui incarne une communication ignorée de la part d’un chien coincé entre son maître-chien et un journaliste pourtant bienveillant (dans son registre humain).

Observez la rapidité de la réaction du chien – pourtant le « maître » n’est pas loin, il est collé au chien !!!

Anticipez quand vous recevez : une fête, une réunion familiale ne permet pas souvent une observation attentive du chien et, encore moins, de chiens inconnus appartenant à vos invités.

Si, objectivement, vous vous dites qu’il ne sera pas possible de surveiller tout le monde tout le temps et que personne ne peut se dévouer à cette tâche spécifique, il vaut mieux avoir fatigué le chien avant l’arrivée de vos invités et le mettre à l’abri avec un truc à ronger ou un Kong farci et dans une pièce vraiment inaccessible aux enfants (quitte à la fermer à clef, le Kong farci étant quelque chose de très précieux pour le chien).

Puppy-crate

Méfiez-vous du rituel « mon chien adore les enfants » que pourraient vous servir vos invités : ils ne sont pas souvent des spécialistes du chien et pourraient aisément prendre leur interprétation toute personnelle pour une réalité et, de surcroît, même un chien appréciant les enfants pourrait rencontrer ses limites dans un contexte trop stressant et riche en stimulations.

Il n’y a pas de mauvais chiens, il n’y a pas que des mauvais maîtres : il y a souvent l’ignorance, l’optimisme béat fondé sur une « angélisation » factice du chien intellectuellement contraint par notre représentation humaine de son amour pour nous, et pour nos petits, à endurer des situations auxquelles il ne pourra que répondre en langage chien, justement.

 

 

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