K Overall / 3

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overall

En réalité, avec le recul de quelques jours, je me rends compte que certaines phrases prononcées par la Dr. Karen Overall étaient, à elles seules, des sources d’inspiration, de multiples questions et que j’aurais aimé (adoré) la voir s’asseoir autour d’une table et bâtir la conférence sur un dialogue « socratique » plutôt que sur des thèmes déterminés par avance et une foultitude d’informations à ingurgiter (aisément ou pas, nous n’avons pas tous le même background scientifique)  8-)

socratique

Il est toutefois absolument passionnant d’en arriver à la conclusion que l’immense majorité des gens ne savent pas reconnaître, chez le chien – cet animal si familier, si présent dans nos vies (comme aucun autre animal domestique)les signaux de peur, d’incertitude et d’anxiété (et donc de besoin d’information) et ratent ainsi complètement l’occasion de mettre fin à une interaction inopportune(et, avec le temps, potentiellement dramatique). 

Le célèbre « il a mordu sans raison » qui, soumis à un œil plus averti, plus éduqué sur la communication non verbale des chiens est si rarement vrai : ce que certains appellent «l’agression idiopathique », un véritable trouble de la chimie du cerveau ou l’aboutissement d’une communication souvent incomprise, souvent sous estimée ?

La question reste largement ouverte  8-)

Les chiens manquent cruellement d’information au sujet de leur environnement et nous manquons cruellement d’intérêt sur ce qu’ils ont à nous dire (ou de moyens, voir de volonté réelle, pour les comprendre).

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Même quand nous imaginons comprendre nos chiens, il reste un chemin considérable à parcourir pour accepter ce que l’individu chien nous dit : nous renonçons souvent très difficilement à la vision de « notre » chien idéal, de ce que notre chien devrait être ou comment il devrait se comporter.

L’idée assez répandue de la pertinence d’un « chef »  ou d’un « dominant » (intra spécifique, à savoir entre les chiens d’un même foyer ou partageant des balades ou des activités) pousse bon nombre de propriétaires à « laisser faire » lors d’escarmouches répétées, d’un harcèlement subtil d’un chien par un autre, de déplacements, d’interdiction d’accéder à certains lieux, choses, accès.

On laisse faire en pensant favoriser la mise en place d’un système acceptable, que tout le monde « trouve sa place » – sauf que, la place de victime n’est pas franchement enviable et, au final, ne devrait revenir à personne. 

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Le célèbre « il/elle l’a remis à sa place » (une expression qui me donne de l’urticaire personnellement, elle est pourtant chère à pas mal de propriétaires voir d’éducateurs).

Dans l’agression (même sans morsure), d’un chien anxieux, il faut avant tout déceler une forme de « provocation », celle d’un individu qui cherche à obtenir de l’information en relation à un autre : « es-tu une menace pour moi ? » (en effet, la provocation sert parfois à définir les limites).

Parfois, la réponse est rassurante (et donc renforce le comportement de provocation) et, d’autres fois, le chien se retrouve conforté dans son idée première de danger en relation à un congénère.

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Probablement pas inutile de préciser que cette réponse peut se modifier dans le temps et selon le contexte social, ce qui me rend personnellement si peu encline à demander à mon propre chien, pourtant un monstre de tolérance, d’apporter une réponse rassurante à des congénères anxieux (pas, du tout, envie de le voir atteindre les limites de sa propre stabilité et les signifier à un autre).

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C’est assez fascinant d’observer comment les chiens qui vivent ensemble – et s’entendent bien – se comprennent par le biais d’une communication excessivement subtile, presque invisible pour nos yeux d’humains.

Alors que deux chiens inconnus vont s’exprimer avec des signaux très visibles, amplifiés, exagérés… et je m’amuse à penser que nous ne sommes guère différents quand nous rencontrons une personne pour la première fois et que nous souhaitons faire cette fameuse « bonne impression »  :-D

Notre courtoisie (déférence, en français cette fois) est aussi légèrement exagérée, comiquement évidente  :lol:

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Apprenons à reconnaître ces signaux : à reconnaître ces provocations lancées à un congénère « es-tu une menace pour moi ? »

Les composantes de cette communication sont parfois plus dans les comportements «passifs » qu’actifs : un chien qui contrôle un autre chien, certains regards très appuyés ou un regard qui se détourne chez le chien « victime ».

Nous avons souvent besoin de bien plus spectaculaire pour prendre conscience d’un vrai malaise entre deux chiens.

Souvent les propriétaires nous demandent comment « favoriser une bonne entente » et, si pas mal de choses peuvent être mises en place, cette entente profonde, absolue entre deux (ou plusieurs) chiens est à peu près un cadeau du ciel : « il n’y a pas de stratégie de l’amour » dit Overall (je l’ai noté)  ;-)

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A travers une série de vidéos, Overall nous a vivement incités à ne pas prendre à la légère ces comportements peu appropriés au contexte social et à reconnaître rapidement le malaise d’un individu et même à accepter que, parfois, la « victime » systématique MERITE un nouvel endroit de vie : le monde des chiens ne peut pas être cette parenthèse idyllique que nous avons souvent en tête.

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Je saute les quelques présentations (comme celle sur les troubles obsessionnels compulsifs) qui impliquaient principalement des solutions médicamenteuses.

En effet, pour nous éducateurs spécialisés en comportement, il s’agit avant tout de mettre en place un dialogue constructif et mutuellement respectueux avec un vétérinaire comportementaliste,  dans le meilleur intérêt du client.

On a ensuite passé à la réactivité aux bruits qui va d’une simple réaction sensible à la phobie pure et simple.

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Intéressant de voir confirmé que toute phobie du bruit est toujours associée à une ou plusieurs autres formes d’anxiété.

Un problème très présent dans les races bergères (notamment chez le Border Collie) qui peut sérieusement gâcher la qualité de vie du chien (intéressant de savoir que certaines lignées galloises de Border Collies, particulièrement favorisées en reproduction en raison de leurs exceptionnelles aptitudes au troupeau, sont très particulièrement concernées par cette réponse pathologique aux bruits).

Les études des pathologies dans une race spécifique sont ardues à réaliser, les éleveurs n’étant pas souvent très désireux de venir annoncer avec clarté et transparence ce qui ne « va pas » dans leur race et leurs lignées plus spécifiquement  :roll:

En définitive, Overall souligne l’importance d’intervenir dès les premiers signes de sensibilisation aux bruits (en évitant ce que j’appelle la politique de l’espoir) par une désensibilisation précoce (à mettre en place, obligatoirement, avec un éducateur chevronné), sans oublier les moyens auxiliaires comme les « mutt muffs », les masques de nuit, etc.

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En définitive, les pathologies vraiment sérieuses relèvent inévitablement de la médecine vétérinaire (pharmacologie) et la réponse aux véritables phobies a été présentée sous forme d’une synergie de benzodiazépines, anti dépresseurs, anti névralgiques et un sédatif spécifique sous forme de gel gingival (une énumération si impressionnante que tu te surprends à frissonner en te réjouissant que ton propre Border soit allègrement non concerné)  8-O

Toutes ces molécules étant moins qu’inoffensives sur le foie, il est impératif de choisir un vétérinaire qui maîtrise ces molécules et leur synergie, effets secondaires, etc. pour une approche systémique.

Encore un épisode à venir pour ceux qui suivent (et, maintenant que la frustration de ne pas avoir pu aller plus loin sur certains sujets, s’est un  peu dissipée, j’ai une perception nettement plus constructive de ces deux jours)  :-D

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