L’anthropomorphisme c’est le mal (ou pas)

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 couv-Orep

Il y a bien des années, il était fréquent de se voir tancer, par quelques éducateurs canins avertis, d’anthropomorphisme : c’était d’ailleurs un peu l’insulte ultime, celle qui tuait dans l’œuf toute tentative de spéculation sur le comportement allant au delà de la simple «obéissance canine » à laquelle on était encouragés à se tenir.

Pourtant, si le film-documentaire « Blackfish » a révolutionné la conception de l’animal attraction-spectacle-touristique et a permis une prise de conscience chez énormément de monde c’est, précisément, parce que nous avons vu percevoir cette part de nous dans l’animal et cette part d’animal en nous.

blackfish

La destruction du groupe social, la perte des liens d’attachements (ou l’impossibilité d’en créer pour ceux qui sont nés en captivité), le manque de choix dans nos faits et gestes quotidiens (perte de liberté), le « travail » pour manger, l’insémination forcée, la séparation toujours trop précoce du petit avec sa mère…. nous renvoient précisément à ce que nous connaissons historiquement comme l’esclavage (une pratique encore très présente d’ailleurs, sous différentes formes, mais qui laissent rarement l’humain bienveillant dans l’indifférence).

slavery

Voir l’animal comme un être susceptible de ressentir et donc de souffrir nous aide à le regarder comme étant un « tout », un être digne de considération et non pas un morceau de viande dans notre assiette ou une possible décoration de notre capuche de veste hivernale.

no fur

Dans ma pratique quotidienne, je véhicule à tous mes élèves comment informer le chien que notre temps en tête-à-tête, le temps où je suis 100% focalisée sur toi est terminé, par le biais d’un signal appris.

L’apparition de ce signal permet au chien de se détendre, d’aller renifler le trou de taupe par là-bas ou d’aller tranquillement se coucher… surtout et avant tout, il ne reste pas en attente constante d’une possibilité de renforcement ni en demande perpétuelle d’interaction comme certains que rien ne renseigne avec précision de la fin d’une interaction gratifiante. 

barking

Je ne réponds (évidemment) jamais au téléphone pendant que je donne un cours  mais, l’autre jour, j’attendais un appel urgent : j’avais donc préalablement averti mon client que celui-ci risquait d’arriver pendant notre temps partagé. Quand le téléphone a effectivement sonné, j’ai encore répété à mon client « voilà, c’est l’appel dont je vous parlais, merci de patienter quelques minutes ». Il en a profité pour jouer brièvement avec son chien entre 2 séances de travail et la leçon a pu recommencer en toute sérénité.

Toutefois, si je ne l’avais pas informé et coupé au beau milieu d’un échange, d’un exercice ou d’une interaction pour me précipiter répondre à mon coup de fil sans un mot d’explication, il aurait été ennuyé car en manque d’information – ne pas comprendre, subir, est exaspérant et génère une certaine frustration.

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Ce que nous définissons comme une « impolitesse » est en définitive ne pas respecter un code établi, appris, accepté et apaisant (la politesse est un moyen très puissant d’apaiser les tensions justement, un autre de ces vilains conditionnements que certains d’entre nous auront transmis à nos enfants et qui, mine de rien, rendent leurs relations sociales plus simples sur le long terme).

En revenant à mon client, j’en ai profité pour faire ce parallèle avec le fait de dire à son chien « c’est fini » après une séance de clicker training, toujours, systématiquement, suivi d’un petit lancer de bonbons question d’atténuer la dimension déplaisante d’un signal qui – si on travaille correctement – n’est pas une très bonne nouvelle au fond (le jour où mon chien sera très content que notre travail ensemble s’arrête et que cet arrêt représente un renforçateur, je me ferai beaucoup de souci).

Son regard s’est illuminé, grand sourire, et il m’a dit « ah oui, je n’avais pas vu ça comme ça, c’est vrai que je ne suis pas très poli finalement» ce qui l’a amusé un moment :-D

Clairement, un chien ne comprend pas les mots mais la répétition du signal verbal dans un même contexte rend celui-ci intelligible : il informe le chien de ce qui va suivre et dès lors, limite la frustration (et on évite le chien qui vous aboie dessus parce qu’il n’a pas compris que les opportunités de renforcement sont, pour l’instant, terminées). 

C’est à travers son propre ressenti et donc par le biais de l’anthropomorphisme, que j’ai pu rendre ce « signal de fin de séance » intéressant et légitime. Sur cette même thématique, je pourrais citer des dizaines d’exemples, qui contribuent tous à une plus grande considération des émotions de nos chiens.

Dans son magnifique livre (qu’il faut impérativement avoir lu) « The Ape and the Sushi Master » Frans de Waal cite Paul Shepard « l’anthropomorphisme nous rattache à la nature, il suscite chez nous le désir de nous identifier avec les animaux et leur histoire naturelle, même s’il est parfois motivé par l’imagination que nous sommes semblables».

ape

Grande différence avec l’anthropocentrisme, l’attitude qui considère que toute chose se rapporte avant tout à l’humain (toute la panoplie du  « il ne me respecte pas », « il le fait pour m’embêter / me tester » etc. etc.) quand les animaux non-humains n’existent que comme des ressources de l’humain et à qui nous ne devons absolument rien, pas même de tenter – tant bien que mal – de les comprendre  ;-)

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