« Life is for learning » / 1

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… bref, je suis partie en Autriche suivre une conférence très joliment  intitulée « Life is for Learning » (la vie est faite pour apprendre… ou la vie est faite d’apprentissages ?).

Le savoir est le pouvoir  :-)

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C’est suite à un échange de messages avec Mary Hunter (dont je vous conseille sans réserve aucune le blog si vous ne le connaissez pas déjà, ce qui me surprendrait si vous lisez celui-ci) que j’ai découvert l’événement : passionnée de PORTL games, que j’ai introduit dans tous mes cours clicker depuis quelques années, je venais aux nouvelles au sujet de la sortie du manuel PORTL qu’elle nous promet depuis un temps certain (il n’est pas encore sorti, patience patience).

Si vous vous demandez ce qu’est le PORTL, rendez-vous sur l’article à venir à ce sujet, stay tuned ;-)

C’est donc Mary qui m’a informée de l’événement qui m’a donné l’opportunité bénie de la rencontrer pour la première fois  :lol:

Mary a un Master en Science du Comportement complété à l’UNT (University of North Texas, là où enseigne le Dr. Jésus Rosalez-Ruiz et  là où j’irai faire mes études dans ma prochaine vie ou dès que je gagne à la loterie dans celle-ci : en effet, la vie n’est-elle pas faite pour apprendre ?).

Elle y enseigne désormais en sus de ses nombreuses activités avec les animaux. Elle est de cette nouvelle génération de béhavioristes issue de la biologie qui contribuera, avec le temps, à faire de la science du comportement un acteur incontournable dans la compréhension du vivant. 

A la conférence,  présents également la Dr. Susan Friedman et le Dr. Jésus Rosalez-Ruiz…

Hélas (pour moi), j’avais déjà écouté l’intégralité de leurs interventions en d’autres occasions et lieux (y compris en ligne)  et, s’il est tout à fait vrai que, à chaque fois, on découvre une dimension supplémentaire aux notions présentées, j’ai été un peu déçue de découvrir que pas grand chose n’était nouveau.

… hey, ne vous méprenez pas : si je n’avais que ça à faire et (surtout, surtout) un budget illimité, je sautillerais avec délectation d’une conférence à une autre sans la moindre arrière pensée mais, comme le budget formations n’est pas extensible, pas plus que le temps que j’ai à y consacrer, je suis toujours avide de connaissances nouvelles.  

Fin du préambule  :-)

Cette conférence de quatre jours a donc été ouverte par la Dr. Susan Friedman (qu’on ne présente même plus), toujours avec son humour « coquin-mais-pas-trop » et sa voix si particulière (que je trouve incroyablement apaisante). 

Je vous conseille, encore une fois, si vous êtes comme moi un(e) geek du comportement, sa formation « Living & Learning with Animals for professionals » (uniquement si vous parlez bien l’anglais, car elle est exigeante et très dense).

J’ai le bonheur de l’avoir suivie et complétée il y a quelques années et c’est une des meilleures formations que j’ai à mon actif, un vrai petit bijou  :lol:

Susan a été clairement très marquée (comme beaucoup d’entre nous) par le livre de la Dr. Susan Schneider « The Science of Consequences » dont je vous ai déjà parlé dans ce blog et que je vous recommande encore une fois.  En effet, sa présentation « The Learning Planet » (la planète apprentissage) était largement inspirée de ses travaux.

Le message fondamental de cette présentation est que le comportement n’est JAMAIS indépendant des conditions environnementales – il n’est pas à « l’intérieur » d’un quelconque organisme mais toujours conditionnel et donc conditionné par l’environnement.

Pour nous éducateurs : votre animal n’est jamais « quelque chose » (buté, démotivé, motivé, gentil, méchant, etc.) mais agit par des comportements pour obtenir des conséquences et contrôler son environnement.

Quand on veut faire disparaître un comportement, on s’attaque à un renforçateur – plus l’animal est déterminé dans son comportement, plus le renforçateur est important pour lui. 

Ce qui est vrai pour la forme la plus simple de vie à la plus complexe : de la bactérie, les invertébrés à la plus complexe, c’est une organisation planétaire : agir pour un résultat. 

Plus l’organisme est complexe, plus sophistiquée sera sa capacité d’apprentissage et plus vaste son panel de renforçateurs. 

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Une étude du gouvernement britannique qui n’étonnera personne je pense, a démontré une corrélation évidente entre notre capacité à contrôler notre environnement dans un contexte professionnel et notre santé physique et psychique (Mermot et al., 1978, 1991).

En effet, qu’est donc un « burn out » sinon une graduelle perte de contrôle (perçue ou réelle) sur notre environnement ? Quand nous avons l’impression de ne plus rien contrôler, de ne rien pouvoir changer, de devoir endurer et subir quoi qu’il nous en coûte, sans échappatoire possible, nous tombons malades (et nous allons mieux quand on reprend un certain contrôle). 

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Une étude portant sur le « pacing » (comportement d’allées et venues des animaux captifs) chez les ours polaires a démontré qu’une distribution de nourriture « gratuite » et aléatoire ne réduisait en rien cette stéréotypie alors que la recherche volontaire de cette nourriture a apporté des effets positifs (Carlestead et al., 1996).

Cette recherche proactive,  leur a donné une forme de contrôle sur leur environnement avec un effet bénéfique considérable. A retenir quand nous parlons d’enrichissement de l’environnement : il est tel quand l’animal s’engage.

oui, je sais, ils seraient mieux dans leur environnement naturel… 

Contrôler son environnement, c’est-à-dire, décider et entreprendre dans le sens de conséquences désirables, est un renforçateur primaire.  

Comment ne pas en déduire qu’il est légitime de donner des compétences à nos animaux domestiques afin de leur permettre d’agir sur leur environnement par la pratique et mise en œuvre de ces apprentissages afin d’obtenir des conséquences opportunes à leurs yeux? 

Nos chiens vivent dans un contexte humain, plus ils auront d’apprentissages, plus ils obtiendront de liberté, plus ils obtiendront de la liberté et plus ils auront de contrôle sur leur vie.

Ce sont les conséquences qui créent la dite « motivation » et nous apprenons continuellement l’application de nouveaux comportements qui nous amènent à un choix   de renforçateurs de plus en plus vaste et riche. Plus nous acquérons de compétences, plus nous trouvons de renforçateurs dans notre environnement. 

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Dans le contexte de cet article, être « vieux » à n’importe quel âge, n’est-ce pas tout simplement d’avoir abandonné la recherche de nouveaux renforçateurs?  8-)

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Ce qu’on appelle l’instinct est continuellement affecté par les conséquences produites et les apprentissages : des canetons qui n’auraient pas entendu  les sons habituels de  leur espèce dans l’œuf et à qui on a passé des enregistrements d’une autre espèce, démontraient une préférence pour l’autre espèce.  La génétique est sensible à l’environnement et sujette à l’apprentissage. 

L’évolution et l’apprentissage marchent main dans la main et enfantent la « sélection» qui n’est rien d’autre qu’une conséquence. La nature sélectionne ce qui « fonctionne » au détriment de ce qui ne fonctionne pas. 

Dans la nature, un changement d’environnement va causer une sélection des réponses comportementales qui, à son tour, va influencer le bagage génétique…

Les parasites des plants du tabac ont appris à éviter certains insecticides quand ils ont été associés à un autre stimulus et 77% de leur progéniture savait, dès la naissance, éviter le même aversif.

On a mis des moustiques dans une machine qui reproduit l’agitation de nos mains (quand on essaie de chasser ces charmantes bestioles) et on a associé ces vibrations avec une odeur spécifique : les moustiques ont appris à éviter cette odeur (et on retenu l’information pendant plus de  24 heures).

J’ai moi-même toujours observé que, dès que j’empoigne la tapette à mouches, plus de mouches pendant plusieurs minutes.

La fascinante flexibilité de tout ce qui est vivant…

On ne peut pas changer un ADN : par contre, si l’environnement est modifié, le comportement l’est également et le comportement peut modifier le cerveau. 

En gros, et c’est passionnant, nous (comme tout ce qui est vivant) ne sommes pas les victimes inertes et sans contrôle de l’évolution : nous expérimentons continuellement des conséquences qui vont, à terme, influencer notre évolution future. 

Nous humains, nous émerveillons constamment de la capacité d’une quelconque espèce à apprendre alors que c’est un mécanisme fondamental à toute survie.

J’avais déjà lu un article absolument passionnant au sujet des apprentissages chez les plantes mené par Monica Gagliano (cliquer ici, en anglais) – des plantes qui ont appris à suivre une émission d’air indiquant la direction vers un renforçateur primaire (la lumière, indispensable pour elles).

Par la suite, ces mêmes plantes suivaient l’émission d’air même quand celle-ci ne les emmenait plus vers la lumière (parlons donc d’écologie cognitive – qu’est-ce donc d’autre que de l’apprentissage ?).

Les apprentissages deviennent des compétences, les compétences nous permettent d’agir sur notre environnement et donc de le contrôler dans notre intérêt et pour notre bien-être.

« Une fois que le vivant, tout le vivant, a pu apprendre des conséquences, la vie ne fut plus jamais la même »

(Dr. Susan Schneider).

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Nous vivons tous sur la « planète apprentissage » 

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