Méthode ou pas méthode?

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Ceux qui me connaissent et ont suivi mes écrits et/ou mes cours savent que je suis peu friande de la formule magique de «méthode(s) positive(s) »  que je prononce souvent avec une petite grimace affligée parce que, parfois, je dois me servir de la formule universelle pour une compréhension rapide.

Dans un premier temps,  je bute sur le mot « méthode » : d’origine grecque, cela signifie le «chemin » : celui qui peut nous amener à un but précis.

On peut donc comparer nos méthodes respectives pour obtenir un « donne la patte », un «rouler-bouler » ou une marche en laisse détendue et, puisque je reste convaincue que plusieurs cerveaux sont toujours plus efficaces qu’un seul, vive le partage de connaissance et, donc, de méthodes  :-D

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Je réfute par contre le mot méthode pour définir l’inspiration d’une éducation parce qu’elle porte avec elle cette idée de « but », de finalité atteinte (ou non) qui va nous permettre de décréter que « ça marche » ou « ça ne marche pas ».

But atteint : « ça marche » but non atteint : « ça ne marche pas »  8-)

En définitive, quel est donc ce but sinon, encore et toujours, l’obéissance

Si on n’obtient pas la fameuse « obéissance » on pourra décréter que cette « méthode » ne fonctionne pas et retourner à une autre méthode (toutes celles qui consistent, en gros, à menacer, faire peur, faire mal, stresser et contraindre).

Rien de plus logique après tout, pourquoi s’entêter à appliquer une quelconque méthode qui ne fonctionne pas ?  :roll:

Si on réduit l’approche d’une éducation à son résultat, on reste dans la même dimension que nous propose toute éducation dite « traditionnelle » : le but, la finalité, l’efficacité bref, l’obéissance  ;-)

On n’aura surtout pas décollé de l’idée que le chien, après cent mille discours, doit nous obéir peu importe comment on va y arriver.

Soit il obéit, et nous avons été efficaces, soit il désobéit et nous avons été inefficaces (et notre éducateur et ses méthodes avec nous).

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C’est ce qui fait l’immense succès, trop souvent, de certaines vidéos sensationnalistes d’éducateurs d’un autre temps / planète / dimension qui nous montrent, au départ, un chien plus que menaçant et, une poignée de minutes plus tard, un chien qui ne bouge plus: « wow, ça marche » (s’exclame le badaud de Youtube)  ;-)

Il a arrêté de montrer les dents, grogner, essayer de nous mordre, nous sauter dessus ou quoi que ce soit d’autre et, en définitive, c’est tout ce qui compte (vraiment?)  :roll:

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C’est précisément la même optique que dans l’éducation de l’enfant, au final, quel que soit le chemin, l’enfant DOIT obéir à ses parents et démontrer à la société qu’ils sont de bons parents (compétents et efficaces, qui n’auront pas mis au monde l’enfant « roi » honni de tous).

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C’est d’ailleurs précisément dans cette vision antique et patriarcale (l’enfant nous DOIT le respect, bref, il obéit quoi) que réside notre attachement maladif aux méthodes coercitives et pas aux théories proposées, puis réfutées sur les meutes des loups (dont pas mal de propriétaires ignorent absolument tout de toute façon).

A mon sens, l’immense majorité des propriétaires aura plus tendance à voir Youki comme un membre de la famille à rendre socialement acceptable que comme un fier descendant du loup, quoi qu’on en dise

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Je me suis ensuite tournée, vers l’étiquette « d’éducation bienveillante » (la bienveillance étant d’adopter une disposition favorable au bien être d’un autre, ce qui semble a priori une bonne idée).

D’après le « Dictionnaire étymologique de la langue françoise » (B. de Roquefort, 1829), bienveillance ne vient pas de « benevolentia » mais de « bona vigilantia » – à savoir le fait d’être attentif (même racine que vigie, vigilance). Bienveillance, dans le langage courant actuel, est devenu un synonyme de « gentillesse » alors que, en vérité, ce serait plutôt d’exercer l’attention, de « veiller sur » (on peut ajouter le bien-être et les deux sens se rejoignent).

« Veiller sur » (l’intégrité) peut impliquer, voir justifier de contraindre, obliger, bloquer ou, en tous cas, on peut sincèrement le croire…. outre au fait que personne n’a jamais été en «100% positif » malgré les affirmations de quelques uns (chez qui on voit évidemment, et inévitablement, des montagnes de punition et renforcement négatifs).

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On peut s’imaginer bienveillants « pour la bonne cause » ou estimer que la fin justifie les moyens : c’est le fondement même de toutes ces tirades parentales « je ne suis pas ta copine, je suis ta mère » ou de ces soit disant éducateurs qui vous balancent « il vaut mieux un collier électrique que l’euthanasie ».

Une éducation consciente (autre terminologie barbotée sur les blogs d’éducation évidemment) est le type d’éducation qui se pose des questions compliquées (certes) mais indispensables comme la simple pertinence de nos attentes et demandes :

est-ce que ce que je demande à mon chien est nécessaire, indispensable, utile, justifié, acceptable, etc.?

  • à quel point cela limite / modifie ses besoins en tant qu’espèce et en tant qu’individu et quelles pourraient en être les conséquences ?
  • comment compenser ce que j’enlève potentiellement au chien par autre chose, qui sera également renforçateur (plaisant)  pour lui/elle?
  • comment vais-je lui donner les compétences dont nous avons besoin dans notre contexte? 
  • ai-je moi-même les compétences pour transmettre ces apprentissages ?
  • comment faire en sorte que la FONCTION de son comportement actuel (et inacceptable pour moi ou socialement) soit respectée et qu’il obtienne un résultat identique par le biais d’un autre comportement acceptable ?
  • comment éviter la frustration, la colère (et donc l’agressivité souvent), ne pas provoquer la peur (ou l’atténuer) ? (je ne parle même pas de la douleur physique évidemment).

Tout ça demande des connaissances approfondies de l’espèce et implique l’intervention de toutes sortes de sciences différentes (vétérinaire, éthologie, neurosciences et science du comportement).

Evidemment, jamais un éducateur canin (ou quiconque d’ailleurs), aussi féru et friand de connaissances soit-il, ne pourra devenir un interlocuteur de choix dans toutes ces sciences, même s’il ne peut en ignorer complètement aucune.

La science est l’unique base solide que nous avons sur laquelle fonder nos convictions: si vous réfutez la science et le fait qu’elle doit s’auto-corriger en permanence, vous plongez les pieds joints dans un quelconque culte de la personnalité (« Untel » devient populaire sur les réseaux sociaux même s’il fait n’importe quoi) qui ouvre la porte à des débats sans fin et sans but.

En discutant d’une approche ou une autre, j’entends parfois les gens me dire « lui/elle, je l’aime bien » ou « elle/lui, je ne l’aime pas du tout ».

A partir de là, ce que lui ou elle dit ou fait est bien ou mal selon le degré de notre affection ou désaffection… On oublie, souvent, de garder une objectivité scientifique sur ce qui se dit ou fait

Tout ceci fait appel à notre savoir, notre formation continue, nos lectures en autodidacte (et pas qu’en éducation canine, de préférence) et contribue à construire les professionnels que nous sommes – quand on est réellement formé, on ne peut, en définitive, que basculer du côté d’une éducation consciente car on a, à tout jamais, métabolisé que les besoins, les émotions d’un être vivant représentent un monde infiniment plus vaste que la simple et pauvre « obéissance ».

L’obéissance ne nous intéresse plus vraiment, nous parlons de compétences, de comportements renforcés, d’émotions respectées, d’environnements adaptés.

C’est également pour ça que j’affirme souvent que, porter une pochette remplie de friandises et même un clicker à la main ne nous définit pas, d’emblée, comme des éducateurs « en positif » (si les questions au dessus n’ont jamais été posées, nous sommes, probablement, à peine moins maltraitants que ceux que nous dénonçons).

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L’idée n’est pas : « tu y arrives en tirant ton chien » versus « j’y arrive en l’attirant par une saucisse » (alors que le débat, souvent, s’arrête là) – mais se poser une salve de questions sur le contexte, les capacités, les émotions, les opérations de motivation d’un individu unique dans un environnement unique. 

Il ne s’agit pas de contraindre à coups de saucisse comme d’autres contraignent par la force en ménageant la perception que nous avons de nous-mêmes  :lol:

Au cœur même du choix de l’éducation canine que nous voulons est la conscience que, finalement, nous imposons à un animal de cohabiter avec nous (personne ne lui demande réellement son avis après tout) et que, dès lors, nous lui devrions d’avoir plutôt moins d’exigences et plus de vraies compétences pour l’aider à comprendre ce monde humain qu’il n’a fondamentalement pas choisi ;-)

Au plus profond de notre démarche, finalement, il y a le respect que nous avons de cet animal qui partage notre vie (qui implique de lui offrir du mouvement physique, des occupations mentales, une alimentation adéquate, des choix quand c’est possible, une vie sociale, des activités adaptées à ses besoins, etc. etc.).

« Méthodes positives »  est vraiment une formule très étriquée pour expliquer cette prise de conscience d’une approche globalement respectueuse de l’animal, des animaux qui partagent nos vies.

Encore plus étriquée quand elle vise à englober toute notre réflexion personnelle en constante élaboration, notre créativité en tant qu’éducateurs canins, notre capacité d’observation, notre connaissance de l’espèce  avec laquelle nous travaillons, nos connaissances scientifiques…

Une éducation consciente nous aide à regarder nos erreurs en face et de les reconnaître comme l’expression de NOTRE frustration (ou de notre manque de connaissances) sans chercher à les déguiser en « éducation » avec complaisance.

Parce que, une fois qu’on a appris à « voir », on ne peut plus arrêter de voir, une fois qu’on sait, on ne peut plus se mentir à soi-même ;-)

Je n’ai jamais trouvé une étiquette quelconque qui puisse définir tout ce que j’exprime globalement dans cet article et je ne vous en suggèrerai donc pas, les mots sont vides quand on ne les remplit pas soi-même (et chacun les remplit avec son propre bagage) mais abandonnons, malgré tout, celle de « méthode positive » quitte à devoir quelques explications supplémentaires à vos interlocuteurs :-D

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« Je m’engage à enseigner, utiliser et faire la promotion de principes et techniques d’enseignement excluant toute forme de violence et de coercition – respectueuses de l’animal et de son propriétaire » (KPA pledge)  :-D

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