PORTL games

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 … et, donc, après les deux présentations de la Dr. Susan Friedman (voir Life is for Learning 1 et 2) et un buffet qui avait le mérite d’être végétarien et même vegan (et 24 cafés pour ne pas piquer du nez pour moi), on est revenus terminer la première journée par un atelier PORTL, évidemment animé par Mary Hunter  :-D

Pour ceux qui n’ont jamais suivi mes cours où on y joue régulièrement, une petite introduction au « Portable Operant Research Training (or Teaching) Laboratory » (laboratoire portable de recherche sur le comportement opérant). 

Le « PORTL » nous arrive de son prédécesseur Genabacab (qui était, à l’époque, un affixe d’élevage) et il a été imaginé par la très talentueuse Kay Laurence.

Le jeu se déroule autour d’une table, sur une zone de travail déterminée (feuille A4 par exemple) et par le biais d’une multitude de petits objets : ma propre collection commence à être plutôt conséquente (un tout petit aperçu en dessous)  :-D

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Il est évidemment une version (très) améliorée de ces abominables jeux de « chaud-froid » que les moins jeunes d’entre nous avons vécu dans nos toutes premières formations clicker training  8-)

A l’époque, le déroulement de la séance était de faire quitter la pièce à un apprenant, pendant que le groupe décidait d’un comportement à lui faire exécuter. Ensuite, on le faisait rentrer pour qu’il ou elle atteigne le comportement par le clicker training : « click = chaud / pas de click = froid ».

Les salles où se tenaient ces séances étaient généralement immenses, blindées de monde et d’objets… la chance d’arriver rapidement au comportement décidé par le groupe, était pratiquement inexistante (ou il fallait compter sur la chance, ce que nous faisons pas mal avec nos animaux  d’ailleurs : ce que j’appelle, avec mes élèves « l’éducation de l’espoir » – genre « allons-y et on verra bien »)  ;-) 

Quand les alternatives sont trop nombreuses, voir infinies, elles multiplient de manière exponentielle l’opportunité de nous tromper… exactement ce qui arrive quand, dans une séance de shaping, on met l’animal dans un environnement trop riche, trop distrayant, sans lui apprendre à se « stationner » à un endroit spécifique (les pre-requis au shaping à mon sens).

Ces séances ont donné naissance à l’épouvantable adage  « le clicker training c’est le jeu du chaud-froid » qui nous a ensuite poursuivis très longtemps (on l’entend d’ailleurs encore)

(évidemment, elle me fait personnellement saigner les yeux)  :lol:

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Le clicker training, au contraire, c’est le jeu du chaud-chaud car tout sera mis en place pour arriver au succès vite et bien, en gérant l’environnement et l’apprentissage de manière à diminuer de manière draconienne les possibilités d’erreur et en maintenant son apprenant dans une dynamique de renforcement continuel.

Si tout le processus était souvent émaillé de rires (surtout de l’assistance d’ailleurs), c’était parfois aux dépends de l’apprenant qui pouvait aller de 25 comportements à la minute au «shut down» total, en passant par des petits rires gênés et d’autres comportements de stress divers et variés… j’ai même vu quelques personnes aller jusqu’aux larmes (ceux là étaient qualifiés de « trop sensibles »). 

On se souciait assez peu de l’émotion dans l’apprentissage à cette époque, même quand elle nous crevait les yeux  ;-)

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Je me rappelle avoir souvent entendu « pour elle, il faut trouver quelque chose de difficile »comme si enseigner n’était pas transmettre avec efficacité tout en renforçant la confiance en soi de l’apprenant mais, au contraire, mettre la personne en échec.

Il faut dire que notre propre expérience avec l’enseignement nous a, parfois, fait profondément intégrer un certain concept de souffrance et, surtout, de sélection « les meilleurs y arrivent, les autres pas » (tant mieux pour les uns et tant pis pour les autres).

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Suggérer que tout le monde peut y arriver, à sa manière et à son rythme, est assez révolutionnaire comme concept dans une société où tout est axé sur la sélection (les chefs et les subalternes… les maîtres, les esclaves, toussa toussa).

Ensuite, on s’étonne avec candeur de cet attachement profond pour le concept de la «dominance » dans nos relations avec le chien – et avec tous les animaux domestiques – alors qu’il correspond à notre perception culturelle depuis la maternelle)  ;-)

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Kay Laurence a transformé tout ça en un jeu à la table, entre un coach et un apprenant (avec, parfois, un co-coach qui prend des notes).

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Le but de l’apprenant – et donc la seule instruction qu’on lui donne avant de cesser de parler – est qu’il est là pour récolter autant de renforçateurs que possible. 

Le but du coach est d’y arriver avec la plus grande aisance possible, dans le concept d’un apprentissage où les erreurs sont réduites au minimum, afin d’obtenir un comportement final dont on ne voit pas les « coutures » et un apprenant confiant et sûr de lui pendant toute la durée du jeu  :-D

Si le rythme de renforcement baisse… on voit apparaître des comportements de substitution (bonjour la résurgence)  ;-)

Evidemment, l’idée est toujours celle de « faires ses armes » (et donc ses erreurs d’enseignement) sur un humain volontaire et informé plutôt que sur un animal chez qui on va créer une confusion certaine (et, parfois, un désengagement évident). 

Kay Laurence me disait une fois que personne ne devrait jamais cliquer un animal sans avoir joué, de manière très extensive, à cliquer d’autres humains à une table, dans un milieu limité et contrôlé par le coach :-D  (je le pense aussi d’ailleurs mais compliqué à transmettre parfois). 

En réalité, quand on clique depuis quelques années, on repense parfois avec gêne à nos débuts (et on a parfois envie de demander pardon à quelques animaux et, si ce n’est pas votre cas, c’est que vous  ne cliquez pas depuis assez longtemps)  ;-)

Le jeu a été ensuite repris par le Dr. Jésus Rosalez-Ruiz qui l’utilise à la UTN (University of North Texas) où on enseigne la Science du Comportement et successivement structuré par Mary Hunter, d’abord son élève et désormais également prof dans la même université (notre intervenante dans cet atelier).

Les étudiants en science du comportement y jouent de manière extensive afin d’expérimenter toutes les subtilités du comportement.

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A une époque où les expériences sur les animaux deviennent de moins en moins acceptables, c’est un excellent laboratoire de recherche sur le comportement.  

Bref, une Skinner box pour humains volontaires  ;-)

On voit apparaître dans nos jeux la généralisation (voulue ou non), la répétition qui fait la mémorisation, on se bute à l’extinction frustrante et à la résurgence parfois inattendue.

On prend surtout conscience que, sans un plan de « shaping » bien ficelé et maintes fois revu sans pitié, on ne va nulle part dès lors que le comportement est à peine complexe.  

Je suis certaine que certains d’entre vous se disent « bah, moi j’y arrive quand même » : souvent, c’est, précisément ce « quand même »  qui implique des émotions qu’on ne souhaite pas vraiment associer à nos apprentissages… et pourtant  ;-)

En cas de piètre enseignement, on se confronte rapidement  à la perplexité, l’hésitation, la frustration de notre apprenant.

A ce stade, nous avons la possibilité « d’étiqueter » l’autre (il est stupide, il ne comprend rien) ou de repenser notre manière de transmettre (je peux mieux faire et, surtout, faire autrement). 

On parle beaucoup  de « signaux d’apaisement » chez le chien (on a même développé une véritable adoration pour ce concept)il est parfois absolument stupéfiant de voir à quel point nous ignorons allègrement ceux de notre propre espèce (quand votre apprenant commence à écarquiller les yeux, se gratter la tête, grimace, hésite, se trompe de manière répétée… autant de signaux d’alerte qui devraient nous amener à stopper la séance, revoir notre apprentissage et notre plan de shaping de toute urgence).  

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En général, confrontés à ce scénario, nous développons plutôt une irritation sourde mais bien réelle vis-à-vis de l’autre qui ne « fait pas » ce que nous trouvons absolument évident qu’il fasse (quel est donc SON problème ? difficile d’admettre que « son » problème c’est nous, justement).

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« Le rat a toujours raison » disait Skinner… 

On lit souvent les doléances d’éducateurs au sujet des humains dans leurs cours… et, effectivement, certains comportements nous irritent mais, un humain qui est pendu à son téléphone, qui ne suit pas les consignes cherche-t-il à nous éviter (et, surtout, pourquoi ?), c’est un comportement de substitution, pourquoi ? Complexe, riche et fascinant.

On constate qu’un simple « click du désespoir » (ce click qu’on donne à notre animal après une série de comportements inappropriés  question de le ramener sur un semblant de « droit chemin »)on peut renforcer toute une chaîne de comportements dont on ne voulait absolument pas et dont aura, ensuite, toute la difficulté du monde à se défaire.

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On s’aperçoit qu’on peut fixer solidement un comportement « superstitieux » – celui que l’apprenant aura identifié comme celui qui lui vaut le marqueur et le renforçateur alors qu’il s’est vérifié par hasard… en un mot comme en cent : on apprend à transmettre un comportement de manière propre, précise et adaptée à notre apprenant du moment.

J’ai été l’apprenante d’une personne (qui ne risque pas de me lire, pas de panique) qui, pendant mon apprentissage, m’a littéralement arraché les objets des mains quand je « faisais faux », m’a fusillée du regard à plusieurs reprises et a stoppé physiquement certains de mes comportements qui ne lui convenaient pas  :lol:

En fin de séance, on demande rituellement à son apprenant comment il a vécu l’apprentissage et je lui ai répondu, suavement (même si en vrai j’étais plutôt amusée), que j’avais vécu une expérience très désagréable et que je n’avais plus vraiment envie de jouer encore avec elle (ce qui m’a valu un ultérieur regard noir).

La preuve, s’il en fallait encore une, qu’il ne suffit pas d’être armé d’un clicker et de renforçateurs pour créer une atmosphère propice à l’apprentissage  ;-)

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Pas facile d’accepter de ne pas faire porter à l’autre la responsabilité de notre parfois piètre enseignement (toutefois, j’avoue humblement y arriver mieux avec les animaux – et les enfants – qu’avec les humains adultes) ;-)

 … et, mine de rien, sommes-nous absolument sûrs que nos animaux ne nous en diraient pas autant lors de certaines séances de shaping que nous laissons aller complètement de travers ?  

En gros, le PORTL – même si vous n’avez pas le bonheur (tout comme moi d’ailleurs, quel dommage) d’étudier la science du comportement à NTU, nous apprend que, si nous voulons un comportement propre, nous devons travailler de manière propre, si nous voulons emmener notre apprenant vers la réussite, nous devons gérer l’environnement et rendre le succès plus probable que l’erreur. 

Vous voulez jouer ? 

Munissez-vous d’objets (n’importe lesquels), de « renforçateurs » (nul besoin qu’ils soient comestibles, l’humain bosse volontiers pour un sentiment de compétence et ce dès le plus jeune âge), déterminez un comportement dans votre tête, expliquez uniquement à votre apprenant que son but est de récolter un maximum de renforçateurs. 

… des idées de comportements ? Votre imagination est votre seule limite  :-D

Soyez créatifs mais débutez par des choses simples  (qui sont, au final, moins simples que vous ne le pensez)

  • Prendre un objet en main
  • Prendre un objet en main et le poser à un endroit spécifique
  • Mettre un objet dans un autre objet
  • Toucher un objet d’un seul doigt
  • Faire pivoter un objet
  • Secouer un objet
  • Faire tomber un objet de haut
  • Faire pivoter un objet
  • Secouer un objet
  • Mettre un objet improbable sur un autre objet (puis 3 objets)

On ne parle pas, on n’écrit pas, on ne gesticule pas…  on utilise son clicker et ses renforçateurs.

En Autriche, j’ai pioché le petit papier suivant quand j’ai du être coach :

« si la voiture est sur son toit, la soulever  / si elle couchée sur le côté droit, il faut la faire tourner sur elle-même » 

Ensuite, vous préparez votre plan de shaping  :-D

Première phase

  • Soulever un objet – mémorisation du geste
  • Soulever un 2èmeobjet – généralisation de l’apprentissage
  • Soulever un 3èmeobjet  -  conceptualisation
  • Soulever le même objet renversé

 ==> Introduire la voiture renversée (revenir en arrière si erreur)

(je n’ai pas débuté avec la voiture car, en raison de notre historique d’apprentissage humain, j’ai estimé qu’un apprenant humain l’aurait remise sur ses roues)

Deuxième phase 

  • Proposer la toupie à mon apprenant (probable phénomène de généralisation sur le premier comportement, ce qui n’a pas manqué d’arriver – on change l’objet pour redonner rapidement une chance de succès)
  • 2èmetoupie, 3ème toupie
  • Introduire un autre objet facile à faire tourner (étape sautée finalement)

==> Introduire la voiture  sur le flanc (si erreur, retour en arrière)

Vous verrez dans la vidéo que mon apprenant à montré quelques hésitations au moment préciser où se fait l’apprentissage… c’est, précisément, ce que nous cherchons au clicker: ce moment de réflexion, de compréhension qui n’est PAS le blocage, l’incompréhension, la frustration et l’erreur ;-) (ce que les anglophones appellent le «ah ah moment »)  8-)

Alterner les comportements de « soulever la voiture » et « faire pivoter la voiture ».

En Autriche, je n’avais pas de toupie donc le comportement du « spinning » a du être construit par l’utilisation de cibles (mini « post its » qui traînaient dans ma trousse) et il a comporté plusieurs étapes intermédiaires (touche la cible, suis la cible, effectue un tour complet).

Je n’avais pas de voiture non plus, j’ai donc utilisé un petit pot à glace qui roulait sur la table quand je le positionnais sur le côté, ce qui a considérablement compliqué l’apprentissage, qui a souffert d’une préparation un peu bâclée  ;-)

Au final, mon apprenante est arrivée aux deux comportements mais, quand je lui ai demandé ce qu’elle avait appris, elle n’en avait juste aucune idée (alors qu’elle le faisait parfaitement devant moi)  ;-)

Cela nous rend humbles : ce n’est pas parce que l’apprenant fait qu’il a forcément conceptualisé  :lol:

A la maison, avec des objets adaptés, mon apprenant à su me dire « voiture renversée, je soulève, voiture sur le côté, je tourne »  ;-)

Parce que je suis nulle en traitement de vidéo, j’ai tout balancé en une séance presque continue  -  PAS bonne idée  ;-)

En temps normal, je ferais une pause tous les dix clicks et je reverrais mon shaping plan… mais, mon apprenant suivait parfaitement et avait l’air tout de très bien gérer la succession des apprentissages (ce qui aurait été différent avec un autre apprenant)  :-D

J’ai très envie de mettre sur pied une journée PORTL pour éducateurs canins…  (et, par éducateurs, j’entends des personnes qui éduquent tout simplement)  :-D

si ça vous inspire… dites-le dans les commentaires  :-D :-D :-D

Happy Training  :-D

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