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qu’importe le flacon…

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Il y a quelques jours, au hasard d’un statut Facebook, j’ai lu que demander « assis, couché debout » au chien était une preuve de notre besoin de contrôle et de domination sur celui-ci…

Si je peux parfaitement comprendre le concept que voulait certainement véhiculer ce statut, je l’ai trouvé symptomatique  d’une certaine conception du chien de compagnie (et, là dedans, j’inclus tous nos chiens sportifs et qui se consacrent, avec plus ou moins de plaisir et bonheur, à toutes les activités canines existantes sous le soleil).

Je me suis souvenue de ma présence à la SPA il y a bon nombre d’années, pendant que j’attendais patiemment l’employé qui devait me rendre mon chat égaré et retrouvé (et de fort méchante humeur par ailleurs, pas l’employé… mon chat) et que j’ai donc assisté aux dernières minutes d’une adoption : un Monsieur, trente secondes après avoir pris possession de la laisse à laquelle était attaché un jeune et grand chien fraîchement adopté, lance un très tonitruant « au pied !» :roll:

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Le chien qui avait l’air de comprendre cet « au pied » à peu près comme je comprends l’hébreu, a continué à faire ce que fait un chien de SPA fraîchement sorti de son box… à savoir, bondir dans tous les sens et tirer pour sortir de l’immeuble au plus vite (laisse = bénévoles plus ou moins compétents qui viennent me sortir de mon box, youpiiie).

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Le « au pied » est devenu plus péremptoire avec une 2ème tentative. Au 3ème « ordre » (le ton employé était tout à fait celui d’un chef de régiment), le chien s’est pris une secousse magistrale sur son collier :roll:

Oreilles qui se plaquent contre le crâne, queue qui descend, regard furtif : le chien accuse le coup… mais pas longtemps, il en a vu d’autres, et recommence à faire le fou cinq secondes plus tard  :roll:

Le Monsieur a quitté la SPA laisse très courte, tout en continuant de claironner un « au pied/au pied» non seulement parfaitement inefficace (vu qu’il n’est pas rattaché à un quelconque apprentissage) mais qui n’allait pas tarder à être associé à la crainte et à la douleur.

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Cet « ordre » restera porteur de ces émotions peu agréables, tant il est vrai que Pavlov «est toujours sur notre épaule» et que quelles que soient les couches de conditionnement qu’on va ensuite tenter de mettre par dessus par la suite, cette émotion ne s’en ira pas :-|

Si cet « au pied » est suivi d’une panoplie « d’ordres » tout aussi bien transmis, l’émotion néfaste risque allègrement de s’étendre à l’humain même qui la cause (ce qui ne va pas faciliter la vie du chien mais pas, non plus, celle du « maître »).

Tous les êtres vivants sont programmés pour réagir plus vivement et de manière plus définitive à ce qui est aversif (en clair : tout ce qui fait mal, peur ou met notre bien-être ou notre vie à mal ou carrément en danger) plutôt que à ce qui est agréable et positif.

Les raisons éthologiques sont parfaitement évidentes : si vous « ratez » un danger mortel, il n’y aura pas de 2ème chance de faire mieux, si vous ratez quelque chose de plaisant, c’est certes dommage, mais vous êtes toujours en vie et donc tout à fait susceptible de retrouver une autre gratification ou la même, répétée  ;-)

C’est un mécanisme de survie 8-)

Si ce chien finit par comprendre (malgré l’incohérence de son « maître ») que, pour échapper à cette secousse sur ses cervicales, il peut se tenir tranquille, il est possible que cela fonctionne et que le chien « obéisse » comme unique moyen de contrôle de son environnement (savoir comment échapper à la douleur et pouvoir le faire est un contrôle de son environnement en effet).

Avoir compris comment échapper à quelque chose de très déplaisant est plutôt une bonne affaire et peut donner des chiens très « obéissants »…

Si je vous donne un mode d’emploi pour échapper à une punition, disons « quand la lumière bleue s’allume, asseyez-vous pour éviter une secousse électrique » – vous m’en serez un peu reconnaissants… c’est déjà ça, personne n’a envie d’être électrocuté :-|

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Par contre, vous allez vivre dans la crainte et l’attente de cette lumière bleue, vous ne serez jamais serein, jamais tranquille, jamais détendu – il vous faudra toujours contrôler l’apparition de la lumière bleue et vous la redouterez (mais vous allez vous asseoir quand elle apparaît).

Pour un peu que vous ne n’ayez pas cru mon « mode d’emploi » sur parole, vous aurez pris la secousse la première fois et la lumière bleue vous fera peur pour le restant de vos jours  :-|

Tout ça pour en arriver au concept que, pour le chien « assis » « couché » « debout » mais également « twist », « roule » ou « donne la patte » sont juste des comportements, tous logés à la même enseigne a priori :lol:

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A savoir, l’humain émet un son que j’ai appris à reconnaître je produis un comportement il y a une conséquence = apprentissage (et une émotion qui s’y attache, inévitablement, toujours).

Ce qui, en apprentissage bienveillant, serait plutôt : je produis un comportement je l’associe à un son de l’humain conséquence plaisante (et ce signal devient un renforçateur secondaire).

Un signal qui aura valu une ou des punitions au chien ne sera jamais un renforçateur secondaire et, si vous l’incluez dans une chaîne de comportements, vous allez vite vous en apercevoir :-|

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Je travaille avec suffisamment de clients pour constater, encore et encore, que nous sommes ceux qui faisons cette distinction très humaine entre « obéissance » et « ludique » et nous ne la faisons pas à moitié  :lol:

Les « assis, couché, debout, reste, pas bouger » sont rarement véhiculés joyeusement et la menace est souvent limpide pour le chien, dès le début.

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Je le constate pratiquement tous les jours : on dit « twist » d’un ton joyeux et amusé et, si le chien fait « rouler-bouler » à la place parce que le signal n’est pas encore tout à fait en place, on en rit volontiers (« c’est pas bien grave »)  :lol:

Par contre, quand on dit « couché » au chien, c’est très souvent (presque toujours) d’un ton de sergent-major en pétard et on est dans une dynamique « d’ordre » et sûrement pas d’information, encore moins d’une opportunité de renforcement :-|

Je travaille souvent avec des chiens très craintifs, avec qui nous mettons tout en œuvre pour minimiser leur anxiété : arrive le mot de « rappel » (par exemple) et il est, dès le départ, tellement péremptoire et stressant, qu’il ressort comme celui à éviter absolument (tu as l’air fâché, je préfère rester éloigné).

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D’où l’utilité, puisque NOUS sommes des êtres verbaux (contrairement au chien) d’utiliser un terme qui nous met dans une émotion différente, comme « bingo » ou « bonbon » (ou ce que vous voudrez qui est, pour vous, rattaché à une émotion agréable)  ;-)

Si je dis « reste » à mon chien parce qu’une voiture va arriver, c’est sérieux : il en va de sa vie (notez qu’on peut le mettre en laisse).

Moins important pour le chien mais souvent très important pour nous, si je te dis « reste» en cours collectif d’éducation, je veux montrer à tout le monde que j’ai bien éduqué mon chien (et, donc, que je suis un humain compétent et capable, ce qui est gratifiant)  :-D

Ce que démontre le chien (ou pas) en faisant ce qu’on lui demande.

Si, justement, il n’exécute pas (parce qu’il a appris dans votre cuisine ou votre jardin et que l’apprentissage est trop léger pour résister à la présence de congénères, d’inconnus, des effluves de taupes que lui signale sa truffe), nous entrons immédiatement dans un mode « désobéissance » assez peu indulgent ;-)

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Pour des raisons morales, philosophiques, logiques, utilitaires la plupart d’entre nous sommes (plus ou moins) convaincus du bien de l’obéissance aux « lois » et du fait qu’elles sont nécessaires à la sécurité et nous protègent contre les risques et le mal – au moins autant que nous avons appris à craindre la sanction (légale ou la simple réprobation sociale).

…pour le coup, les quelques humains entre nous qui sont moins régis par ce besoin d’approbation sociale et le revendiquent vont souvent s’enorgueillir d’avoir un chien « mal élevé », « créatif » ou « rebelle » (nos définitions).

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C’est la preuve (par notre chien, ce qui assez amusant) que nous ne sommes pas des abrutis de l’obéissance, des fondus de la discipline, des obsédés de l’ordre convenu et du contrôle de l’autre et que nous reconnaissons la « liberté » du chien d’être lui-même.

Notons que cette interprétation du monde a ses limites à moins de vivre dans un désert… en effet, il y aura toujours un moment où nous serons obligés de limiter la liberté du chien (tout comme la nôtre d’ailleurs ou celle de nos enfants), ne serait-ce que pour sa sécurité et celle des autres (ou pour nous éviter des ennuis, aussi).

Tout le monde reste parfaitement libre d’enseigner 150 comportements à son chien ou d’en enseigner deux ou trois parce qu’ils sont nécessaires.

Il n’en reste pas moins vrai que travailler sur un comportement, est travailler sur un comportement et une même identique démarche quel que soit ce comportement :-D

Un « twist » peut être aussi solide, bien appris, renforcé, qu’un « reste » (ou autre « ordre ») et inversement.

Un « reste » peut être aussi fun, solidement attaché à du renforcement et donc à une belle émotion qu’un « rouler-bouler » et inversement.

Nous seuls faisons la distinction entre « important » ou « accessoire », entre « chien obéissant » et « chien rigolo » (ou « de cirque » pour les détracteurs), entre chien qui sauve des vies et chien qui fait du dog dancing… pour le chien, tout ça n’est QUE comportement (et émotion rattachée à celui-ci) :-D

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Si votre chien apprend « assis » « couché » « debout » de la même identique manière (haut taux de renforcement, renforcer la durée, un signal de libération clair, pas de menace ressentie) qu’il apprend des comportements ludiques – ces mots seront à tout jamais rattachés à une émotion agréable, plaisante — et donc souhaitable — et leur apparition dans votre langage sera tout à fait la bienvenue, un « feu vert » vers un renforçateur et quand, plus de renforçateur systématique, le comportement lui-même sera devenu un renforçateur secondaire, fort de sa portée émotionnelle positive (ou le contraire, évidemment).

Si tous les comportements de votre chien sont appris de cette manière, les produire sur signal est une excellente affaire pour le chien et, s’il ne les fait pas, à vous de vous demander si l’apprentissage est vraiment terminé, s’il est généralisé, conceptualisé, flexible ou encore uniquement inhérent à un contexte précis.

Bref, il faut encore travailler plutôt que « mon chien désobéit » ;-)

Il est évident que la manière de donner ces signaux est fondamentale : si le « couché » est utilisé pour interrompre quelque chose que le chien souhaite faire, il devient punitif, si le «assis » est donné après que le chien ait sauté sur vos invités et qu’il est, ensuite, renforcé, vous créez ainsi une jolie chaîne de comportements qui renforce le fait de sauter sur les invités.

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Si vous demandez quelque chose et que, face à l’inertie du chien, vous continuez de demander sans strictement rien changer dans l’environnement, vous construisez un signal qui devient « assis, assis, assis, assis » plutôt que, simplement « assis » (dans le premier cas, le chien finit par s’asseoir pour se débarrasser de la pression que vous êtes en train de créer)  :-|

En définitive, très peu importe ce que vous apprenez à votre chien, s’il doit faire donne la patte, cibler votre main ou faire couché quand les invités arrivent… ce qui importe c’est comment vous aurez appris un quelconque comportement.

Si vous vous dites que vos « assis » « couché » « débout » (ou tout autre comportement) pourraient être une meilleure nouvelle pour votre chien, considérez de changer vos signaux en reprenant l’apprentissage (pour ce que le chien en a à faire, ça pourrait être « fraise » «pistache » et «concombre » d’ailleurs).

Qu’un chien ait 150 comportements à son actif ou seulement trois, il peut être dans une émotion positive ou très désagréable quand ils ont donnés, selon quand, comment, ils sont donnés et comment ils ont été appris  :-D

Bref, le voyage est plus important que la destination :-D

Avoir une pochette pleine de « récompenses » n’est certainement pas suffisant ;-)

Happy training :-D

Conférence Dr. K. Overall / 1

…quand la délégation suisse débarque à Paris, ça donne un nombre certain de «méattention, tu vas te faire écraser », beaucoup de déambulations étranges avec TomTom version piéton (en gros, des gens qui partent à gauche, puis à droite puis à nouveau à gauche téléphone récalcitrant en main), des imprécations contre la technologie (« méya pas de réseau, bowdel »), une rue entière pleine de restaurants vegan, végé, crudivores, bio et tout à la fois (Paris quoi) avec la copine qui répète « oui mais non, passs végaaaaan », des discussions sur la baguette (qui est, indiscutablement, meilleure va savoir pourquoi), des grands échanges philosophiques au sujet de la paupérisation du monde à portée d’oreille d’un chauffeur Uber hilare, des photos des plats mangés, un mojito kabile et plus encore : bref, on était à Paris et on a bien rigolé  :-D

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Merci donc aux potes d’aventure parisienne qui auront largement contribué à en faire un moment passablement exquis  :lol:

Notre sens de l’orientation était tel que, après avoir entendu que le Dr. Karen Overall était encore sous la douche alors que nous quittions l’hôtel (trankiiiil), on l’a trouvée devant son Powerpoint quand on a franchi la porte de la salle de conférence (bondée, évidemment, on était les derniers : au passage, encore un immense merci aux copines belges qui t’avaient gardé une place au premier rang, smack smack et God save Belgium).

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Salle où nous avons, quand même, passé deux jours très intenses avec de gros classeurs sur les genoux, à prendre des notes de travers et enfonçant les coins du dit classeur dans les bourrelets de ta voisine à chaque changement de position – bref, suggestion pratique pour toute future conférence: une table s’impose voir, au minimum, une tablette, le confort physique et émotionnel aidant à une meilleure concentration – chez le chien (on le sait) mais chez l’humain aussi (et je suis certaine qu’on doit trouver quelques études pour corroborer mes dires :-D ).

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On a débuté par décortiquer les origines du concept de la dominance si présent encore dans le domaine vétérinaire (et comportemental) et son origine culturelle, sociale et politique dès les années ’40 (une époque colonialiste et profondément patriarcale) et comment certains comportements sexuels, de distribution et nécessité des ressources, d’organisation sociale et de sociobiologie ont contribué à créer le massacre que nous connaissons tous (celui de la hiérarchie).

Même si ces mécanismes ne nous sont pas étrangers, c’était passionnant de décortiquer les phénomènes de mises en scène opportunistes pour « prouver » ce qui, au final, n’a jamais eu le moindre fondement scientifique (mais un très lourd passif social). Je ne suis pas loin de penser que, si certains d’entre nous se passionnent tellement pour le comportement du chien, c’est bien parce qu’il nous catapulte directement à des méditations plus universelles  ;-)

Chez l’animal (tout comme chez l’animal humain d’ailleurs), les conflits arrivent dès lors que la structure sociale n’est pas (ou plus) comprise, admise, maintenue, alimentée.

Les conflits sont donc parfois, hors pathologie, révélateurs de besoins non reconnus, assouvis et, parfois, d’un système social pernicieux.

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L’importance de la terminologie : si, par « dominant » certains entendent dire « plus fort » «plus grand », « celui qui se reproduit » ou autre chose, tenons-nous en à ces mots très précis sans en faire une étiquette universelle qui fausse considérablement la communication et donc la perception collective.

La terminologie que nous choisissons d’employer devrait nous amener, de manière systématique, vers le choix de comportements moins brutaux, moins injustes et plus empreints de considération, pas le contraire (nous voilà prêts à abandonner le mot « ordre » au profit d’un autre qui donne au chien l’information dont il a impérativement besoin).

Là où la science du comportement et la médecine vétérinaire se rejoignent complètement c’est dans une description précise du comportement sans interprétation : ces comportements (observés et minutieusement décrits pour être répertoriés) sont, précisément, les données des futures études : à nous de savoir si nous voulons vivre de psychologie de bistrot ou contribuer à favoriser un savoir structuré (je sais, la science a mauvaise presse de nos jours mais, au final, si on réfute la science, il ne nous reste pas grand chose finalement, même ou parce que nous vivons une période post hippies et donc new age qui fait la part belle à l’ésotérisme).

Nous avons ensuite passé aux effets, évidemment délétères, du stress et de la peur dans l’apprentissage et surtout du stress précoce (in utero, période néonatale) et comment ces facteurs peuvent impacter de manière parfois définitive, notre perception de l’apprentissage. Comment une mère (étude chez les rats dans ce cas précis) stressée perd ses comportements maternels productifs et adopte des comportements pathologiques qui, évidemment, impactent ensuite le comportements des ratons (qui, à leur tour, mettront au monde une progéniture dont les facultés d’apprentissage sont altérées au niveau de la structure même du cerveau)  :roll:

Bref, des considérations qui dépassent très (très) largement la simple « éducation canine » et la thématique du chien pour englober tout le fonctionnement d’une société qui favorise rarement le respect par rapport au simple rapport de forces (hélas).

La « co-évolution » dont parle le Dr. Karen Overall de manière répétée me tient particulièrement à cœur, tant il est vrai que notre comportement – et notre vision du monde – sont profondément modifiés quand on commence à comprendre que l’information est indispensable au bien-être global (quel que soit le sujet qui la reçoit) et que l’apprentissage, au final, EST et représente précisément cette information, indispensable.

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Quand on se retrouve à une conférence et qu’on boit les paroles d’un(e) intervenant(e) on est précisément à la recherche de plus d’information et de compréhension de notre société et donc de tout ce qui nous entoure.

Cette personne n’est pas « dominante » dans une perception menaçante ou inquiétante mais par le pouvoir que nous lui accordons et conférons, de manière spontanée et volontaire, de nous transmettre ce à quoi nous accordons de l’importance.

La notion de « deference » (en anglais), si délicate à traduire en français, en lieu et place d’une hiérarchie.

Le parallèle avec l’information que nous transmettons à nos chiens, à travers des apprentissages et des signaux compris et renforcés, est, tout simplement, limpide.

 …et, parce que la théorie c’est bien mais que mes chiens ont du se passer de moi pendant 2 jours encore une fois, la suite au prochain numéro car je dois aller répondre à leur besoins impérieux de mouvement phyisque – see you later  :-D

« motive-le »….oui, mais

 

…..méééé motive-le !!!

S’il y a une leçon que mes chiens m’auront bien appris au fil du temps (et de mes multiples erreurs), c’est la contre productivité absolue de la supplique « travaille avec moi ».

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Pendant des années j’ai trimbalé avec moi un chien qui souffrait considérablement de «travailler » en présence de chiens et de personnes inconnues et j’ai plongé, tête baissée, dans les conseils amicaux du «….. motive-le!! » (sors le jouet  précieux, la friandise hors du commun, transforme-toi en majorette sautillante et glapissante, cours, enfuis-toi, vocalise, etc.) – tout ça, sous l’œil perplexe, voir tout à fait inquiet de ton chien.

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Je me rappelle également très bien de la première fois où un formateur, pas forcément très amical avec les chiens d’ailleurs, m’a dit « je ne supplie pas mes chiens de bosser avec moi». Non, pas qu’il ait été dans une démarche de respect émotionnel à vrai dire, plutôt dans une démarche égocentrique, mais ses mots m’ont fait prendre conscience que c’était, précisément, ce que je faisais moi-même : je suppliais mon chien de bien vouloir interagir avec moi dans certains contextes – alors même que tout, dans son langage non verbal, m’indiquait que ça n’allait pas être possible (là, maintenant, aujourd’hui, dans ce contexte ou ce que tu me demandes, non merci, vraiment pas – et j’ai mes raisons que tu ferais bien de considérer).

Puisque j’étais résolument axée positif (pensais-je), je sortais mes friandises de la mort (avec plus ou moins de succès), je tablais sur notre relation (si, si, tu as envie d’interagir avec moi sinon je pars) mais, dans tous les cas de figure, j’étais là pour imposer ma volonté et ignorer la sienne (en toute prétendue « amitié »).

Si on transpose toute la séquence à un analyse du style « antécédent - comportement-conséquence prévision » - ça donnerait à peu près ce qui suit (pour rappel : l’antécédent est ce qui précède le comportement et la conséquence ce qui arrive après – la prévision est ce qui est susceptible d’arriver à l’avenir). La fonction du comportement est sa finalité : tout comportement sert une finalité. 

  • Antécédent : je demande au chien d’effectuer quelque chose dans un contexte précis
  • Comportement : il se met à renifler le sol ou s’éloigne (ou tout autre comportement d’évitement)
  • Conséquence : il échappe à la chose que je lui demande de faire
  • (Fonction du comportement : échapper à ma demande) 
  • Prévision : (à voir selon notre réponse à ce comportement)

(Panique à bord : ce chien on l’a pris pour faire cette activité qui nous plaît tellement donc ça ne va pas être possible. Là intervient le coach « motive-le »).

La séquence peut donc devenir :

  • Antécédent : « je supplie »  (jouet, relation, hyper friandise)
  • Comportement : le chien consent à interagir avec moi
  • Conséquence : il est renforcé plus qu’en temps normal
  • Prévision : il va falloir supplier de plus en plus souvent car cet antécédent là est devenu le signal d’un renforcement majeur

Ou alors :

  • Antécédent : « je supplie »
  • Comportement : le chien refuse malgré tout
  • Conséquence : il échappe à l’interaction (comportement renforcé)
  • Antécédent 2 : supplique de plus en plus énergique (syndrome de la majorette hystérique)
  • Conséquence 2 : le chien interagit avec vous 
  • Prévision : vous devrez passer systématiquement à la vitesse supérieure pour obtenir une réponse appropriée

Votre énergie à « motiver » dégénère souvent et rapidement dans une certaine irritation ou irritation certaine : qui, elle-même, devient un nouvel antécédent inquiétant : « supplique = irritation = stress du chien ». 

Dans tous les cas, vous venez de vous créer un problème. 

En gros, nous sommes en face de deux volontés opposées qui s’affrontent : je veux que tu fasses / je ne veux pas faire. Et même (voir surtout) si nous sortons la friandises du siècle – car nous travaillons en « positif » (sinon vous ne seriez pas en train de lire cet article), il n’est au fond pas question de donner le choix au chien, ce qui n’a pas grand chose d’amical et positif, ni de bienveillant en définitive.

Alors on fait quoi ? On laisse tomber ?

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Outre au fait que tout renforcement est circonstanciel et subjectif et qu’il convient toujours de se poser la question de comment se porte le chien (j’adore les sushis : la semaine dernière, j’ai été malade à en mourir post repas de sushis à gogo – le lendemain — voir les jours suivants — vous ne m’auriez pas fait avaler un sushi même pas en vous roulant par terre) la vraie question est une autre, à savoir que se passe-t-il dans l’environnement qui fait que mon chien n’a plus envie d’interagir ? (sans occulter que nous faisons partie de l’environnement en question, bien évidemment).

Le renforcement ne doit pas se positionner comme conséquence d’un comportement de refus (et je parle bien d’un quelconque renforçateur, qu’il se présente sous forme de lardon ou de joyeuse interaction) il doit le précéder : nous devons faire entrevoir au chien, à travers une succession de demandes facilement accessibles, à travers un environnement approprié que le renforçateur est de taille (quel qu’il soit : jouet, interaction joyeuse ou friandise, peu importe et, surtout, important ce qui a de la valeur pour ce chien là, à ce moment là). 

Souvent, en cours d’éducation – on voit clairement un chien dépassé par les demandes de son propriétaire mais l’éducateur responsable – au lieu de baisser le critère (en langage clair : plutôt que de rendre le succès accessible à ce chien là, ce jour là), pris par un souci de « performance » (parce que, si le chien apprend, le propriétaire est content et si le propriétaire est content, il revient) – suggère, dès que la difficulté s’installe, une dynamique de « supplique » (que beaucoup appellent « motiver le chien »). 

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Avoir des critères plus modestes afin de ne pas se trouver nez à nez avec le refus, permet au chien d’entrevoir ce monde merveilleux de la collaboration avec vous. La « motivation » se construit, elle est la conséquence de ses choix personnels qui sont systématiquement favorables et payants.   

L’autre jour, je suis tombée sur l’annonce d’une compétition « amicale » (donc destinée, a priori, aux très débutants) où on annonçait un « parcours entièrement clôturé, pour les chiens qui quittent encore le terrain » : heureuse clôture mise à part, j’en serais plutôt non seulement à me demander pourquoi ils quittent le terrain mais, surtout et avant tout, que font-ils donc sur un terrain qu’ils ne rêvent que de quitter ?

Il y a là un problème qu’on choisit tout simplement de ne pas résoudre.

Je conclus avec une phrase d’Alexandra Kurland : « ce n’est pas parce qu’on travaille avec des friandises que l’animal vit obligatoirement une expérience positive ». 

Happy training  :-D

 

 

Conditionnement ou apprentissage?

Parce que, dans mes cours, j’affirme haut et fort me focaliser sur le comportement, on me pose souvent la question si cela ne me dérange pas que mes chiens, et les chiens dont je m’occupe en tant qu’éducatrice de canins, soient « conditionnés »  :lol:

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Plane sur cette question le spectre du chien robotisé et la méfiance de l’emprisonnement d’un être libre par une vilaine manipulation qui nierait l’existence même de l’émotion (alors que, justement, le comportement est issu de l’émotion, j’évite simplement d’interpréter à outrance vu que l’émotion reste un événement privé, alors que le comportement est un événement public : nous « voyons » le comportement, nous pouvons le mesurer, le quantifier alors nous interprétons l’émotion…. on peut tomber juste ou complètement à côté, ayons l’honnêteté de l’avouer).

Lors d’un cours récent, au cours d’une séance clicker qui semblait se passer plutôt sans heurts, le chien s’est soudainement éloigné de sa propriétaire…. queue sur l’abdomen, position basse, oreilles plaquées en arrière. Que s’est-il passé ?

Black ChihuahuaLe rythme de renforcement de la propriétaire était adéquat, les conditions de travail ne nous sont pas apparues (à nous) comme aversives, le lien entre le chien et sa propriétaire était clairement existant (nous avions déjà travaillé ensemble), les chiens présents étaient connus et appréciés. Quelle association ce chien a-t-il faite dans ce contexte précis ? Sincèrement, je n’en sais absolument rien. Et, à ce jour, je dois encore rencontrer qui que ce soit qui saurait lire dans la tête d’un chien

Quiconque a entendu parler de l’expérience dite du « petit Albert » sait qu’un conditionnement simple (ou pavlovien) n’apprend pas de nouveaux comportements mais de nouveaux déclencheurs uniquement (le petit lapin blanc associé à un bruit effrayant est devenu un déclencheur des pleurs de ce pauvre enfant qui a, ensuite, étendu sa peur à tout ce qui était de couleur banche dans son entourage).

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De cette manière, un chien qui a très peur de la poubelle verte peut ensuite étendre cette crainte à quelque chose qu’il aura associé à cette forme ou cette couleur ou à ce contexte – sa peur se déclenchera dans un contexte qui nous apparaîtra comme non menaçant, anodin (pas de poubelle verte en vue). Ce qui donne souvent des propriétaires qui vous affirment « il a peur sans raison ».

Pourtant si, « le rat a toujours raison » : en clair, tout organisme fait ce qu’il fait dans un contexte donné pour des raisons qui lui sont propres, que nous les comprenions, identifions ou pas du tout. Puisqu’on ne peut guère envoyer nos chiens en psychanalyse, soit nous admettons que nous ne savons pas identifier tous les déclencheurs et nous nous focalisons sur la modification du comportement (ou la gestion des accès, soit celle de l’environnement) soit nous nous perdons dans des conjectures qui, en définitive, n’apportent strictement aucune aide à personne (le célèbre « il a été battu » qui peut être vrai mais également complètement faux, difficile à dire). Le « petit Albert » a tristement évolué dans une anxiété généralisée mais n’a jamais été « battu », on a « juste » associé un lapin blanc à un bruit qui déclenchait ses pleurs.

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Avec le chien soudainement craintif de notre séance clicker, nous avons changé d’environnement et l’apprentissage a été rendu possible (sans avoir pu, pour autant, identifier le déclencheur de cette crainte soudaine qui est restée un mystère entier).

Quant au « conditionnement opérant », si cet ancien terme est encore largement usité dans à peu près toutes les formations canines que j’ai pu côtoyer, je préfère pour ma part l’appeler « apprentissage opérant » (comme nous le suggère l’excellente Dr. Susan Friedman).

En effet, on ne travaille absolument pas sur une « réponse conditionnée » mais sur le fait d’apprendre via les conséquences de nos comportements.

Le chien apprend que revenir vers moi quand je l’appelle, lui vaut soit une friandise, soit rien du tout, soit un coup de laisse (car il n’est pas revenu assez vite à mon goût) – à partir de ces conséquences agréables ou non, il fera le choix d’adopter un comportement plutôt qu’un autre – pour sa propre gratification.

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Quand j’apprends à mon chien que se mettre assis et attendre mon signal de libération lui vaut d’accéder à la ressource qu’il souhaite obtenir (liberté, jeu, ami chien), son comportement lui apparaîtra comme efficace et il l’adoptera pour obtenir ce qu’il souhaite (le comportement a toujours un but spécifique, à nous de faire en sorte que le renforcement corresponde précisément aux attentes du chien dans un contexte donné).

Il ne s’agit pas de réponses conditionnées mais d’apprentissages : le chien appréhende son environnement, le comprend, fait des choix éclairés afin d’obtenir, de préférence, des issues agréables plutôt que désagréables (tout comme nous le faisons d’ailleurs). Comprendre son environnement c’est sécurisant à souhait. 

On peut travailler un clicker à la main et une sacoche pleine de friandises et ne pas procurer pour autant une expérience positive au chien (rappelez-vous « le rat a toujours raison », c’est lui qui détermine ce qui le gratifie, pas nous). Si dans votre séance clicker, le chien entre en frustration, dépit, confusion, crainte de l’échec, ennui (car pas assez de renforcement), toute l’expérience se sera révélée contre productrice à souhait.

Il ne suffit pas de balancer des bonbons pour se dire en « positif »

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Pour qu’une séance clicker training soit efficace, certains critères sont incontournables : limiter le spectre des erreurs possibles, garder un rythme de renforcement en tête, déterminer des critères qui peuvent concrètement être renforcés, etc. etc.

Ce n’est pas, non plus, parce qu’on travaille en apprentissage opérant qu’on n’a pas à cœur de créer un environnement émotionnellement propice à l’apprentissage et à un bien-être général chez l’animal – bien au contraire, tout le contraire

Happy training ☺

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Clicker ou clicker training?

 

Le clicker, dans toutes mes formations locales « diplômantes », a toujours été présenté comme un « moyen auxiliaire » – d’ailleurs, au cours des mes trois (longues) années d’ATC (formation d’auxiliaire en thérapie comportementale), il était poliment classé avec toute une panoplie d’objets comme les harnais d’éducation, les disques de Fisher (!!), la muselière, etc. etc.

Bref, un ustensile et, effectivement, le clicker n’est rien d’autre qu’une petite boîte plastique contenant une languette métallique qui émet un son distinctif – un petit objet qui rappelle un jouet d’enfant, un simple marqueur auditif <== ce qu’il est d’ailleurs. Il est vendu dans les animaleries et, le commerce étant ce qu’il est, il en existe des versions à son variable, double son, etc. etc. (variations toutes aussi inutiles les unes que les autres, vive le commerce).

MagicClicker - copie

Ainsi relégué au rang d’accessoire, il n’est jamais (ou si rarement) présenté comme une approche éducative globale : on le vide ainsi de sa cohérence, de sa portée et de sa signification.

Il en va tout autrement pour le clicker training : opter pour une formation clicker training, la comprendre, l’appliquer, y revenir car le sujet est vaste, va bien au delà du fait d’apprendre quelques tours à son chien (ou son cheval, furet ou poisson rouge).

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Il s’agit de comprendre, non pas pour les ânonner mais pour les appliquer, les lois de l’apprentissage avant tout, celles qui régissent toute forme d’apprentissage, que nous le sachions ou pas, que nous l’acceptions ou pas. Il s’agit de constater que l’approche usuelle en éducation (et non pas en éducation canine uniquement) du « tu fais juste, tu es récompensé / tu fais faux tu es puni » si chère à notre culture, produit des comportements ralentis, inquiets, des apprenants parfois anxieux (même si parfois performants au final)c’est donc se préoccuper aussi ou avant tout, de l’état émotionnel de notre élève, de considérer son bien-être, avant d’envisager le résultat et la performance mais sans la sacrifier, bien au contraire.

LellaBlog

C’est aussi comprendre que si l’émotion existe sans l’ombre d’un doute, il nous est infiniment difficile de l’identifier avec précision, que ce soit chez notre animal que chez l’humain… Considérez un instant le nombre de vexations, d’incompréhensions dans nos échanges humains parce que nous avons « cru/imaginé » que telle ou telle personne faisait ce qu’elle faisait pour une raison que nous lui avons attribué, souvent complètement à tort. Nous ne lisons pas dans l’émotionnel d’autrui, nous nous construisons des idées qui peuvent être justes… ou complètement fausses et vont nous emmener dans des chemins tortueux qui nous éloignent de l’efficacité.

Une approche clicker training se focalise — et nous re-centre — sur ce qui est visible et observable et nous ramène à une plus grande rigueur, nous éloignant de nos interprétations parfois si créatives : on en revient à constater la seule chose qui est évidente – que FAIT le chien ?

… et la question successive, si ce que fait le chien n’est pas approprié, que voudrais-je que le chien fasse ?

Il n’y a plus jamais de « je veux que mon chien arrête de me sauter dessus, tirer sur la laisse, aboyer, etc. » mais « je veux que mon chien garde ses quatre pattes au sol, je veux que mon chien marche laisse détendue, je veux que mon chien réponde au signal « silence ».

Au delà de ça, on prend conscience que tout est comportement : le chien qui agresse ses congénères, qui a peur des enfants, qui pourchasse les voitures… et le clicker training nous apprend que tout comportement peut être modifié.

Est-ce que le cognitif, le conditionnement opérant a ses limites ? Certainement avec certains sujets, certaines situations mais elles sont infiniment plus vastes que vous le soupçonnez, surtout si on intervient rapidement, avant que le comportement ne se soit vidé de son sens premier et soit instrumentalisé par l’animal. Encore mieux, quand on débute avec un jeune chien, on peut tout simplement éviter que les comportements gênants apparaissent en aidant le chiot à choisir les plus appropriés dès le départ.

Un chien éduqué au clicker training, c’est un chien qui reconnaît les « signaux » (ce que l’immense majorité des gens appelle ordres) comme autant d’excellentes occasions de recevoir des récompenses, alimentaires et autres (car tout comportement qui s’intensifie est récompensé d’une manière ou d’une autre). Ces comportements, mis sur signal, deviennent alors des feux verts sur des conséquences positives, des opportunités d’obtenir quelque chose que le chien souhaite obtenir : ils ne sont jamais porteurs de doute… vais-je être puni ? Un doute qui rend le signal (ou ordre) potentiellement porteur de menace (« si tu n’exécutes pas – punition) qui engendre lenteur, démotivation, stress, anxiété, etc.

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Le clicker training est un puissant générateur de confiance (en soi et en celui qui enseigne), de joyeuseté au travail et de précision… car aucun autre moyen ne vous donnera la précision « chirurgicale » du clicker et surtout pas votre voix, toujours et inévitablement teintée de votre humeur du jour, que vous en soyez conscient ou pas (j’entends souvent des « bravo » ou « yes » chez certains éducateurs qui me donnent envie de me jeter par la fenêtre) ;-)

Une approche clicker training donne TOUJOURS le choix au chien et tout psychologue vous confirmera que, plus nous avons le choix, plus nous nous sentons à l’aise – en effet, quelle autre définition du « mobbing » que le manque de choix, la sensation de se sentir emprisonné dans une situation à laquelle nous ne pouvons nous soustraire ?

Éduquer au clicker c’est choisir à la fois l’efficacité et la considération de l’animal que nous avons l’ambition d’éduquer, sérieusement, que demander de plus ? :-D

happyDog

On se lance…

 

ouvertureblogDepuis le lancement très récent de ma page Facebook « The Magic Clicker », j’ai eu le plaisir de la voir rapidement peuplée de commentaires et de nombreux partages. Oui, le plaisir, car si je propose évidemment des services dans l’éducation animale, je reste avant tout une passionnée du clicker training et de toute approche intelligente de l’apprentissage et j’aime partager mon enthousiasme ;-) .

… mais, puisque les réseaux sociaux vivent allègrement leur vie (et il est parfaitement inutile de se lamenter à ce sujet : ils ont leur côtés très positifs – sinon nous n’y serions pas – comme leurs écueils incontournables tels que le plagiat, une interprétation erronée de nos dires, etc.) – j’ai déjà vu des partages qui aboutissent – dans leurs commentaires – à la conclusion que « le clicker ça ne marche pas toujours et, parfois, il faut punir » 8-O

Je vais donc étrenner mon blog pour aborder un point fondamental en clicker training : la punition dite « positive » (le mot « positive », en science de l’apprentissage, n’a aucun sens philosophique mais mathématique : on ajoute quelque chose de désagréable – comme, par exemple, une secousse sur la laisse quand le chien n’exécute par un comportement suite à un « ordre »).

Autant le dire clairement et tout de suite : si vous voulez faire du clicker training (opposé à utiliser un clicker accessoirement), vous oubliez, une fois pour toutes, la punition positive (appelée scientifiquement P+).  C’est là que réside aussi toute la différence entre le mot « ordre » si communément utilisé (l’ordre implique une menace même pas voilée « tu fais ce que je dis, sinon… ») et le mot « signal » qui ne représente rien d’autre qu’un feu vert, une opportunité bienvenue d’obtenir une récompense. La distinction n’est pas anodine.

En clicker training, nous développons dans un premier temps un comportement via un « marqueur » (le click) inéluctablement suivi d’une récompense.  Ce comportement est ensuite librement produit par le chien pour obtenir celle-ci. Dans un deuxième temps, nous rattachons ce comportement à un « signal » (verbal, gestuel, olfactif). Ce signal est donc annonciateur de bonnes nouvelles, toujours. Il ouvre systématiquement la porte à une issue agréable et plaisante pour l’animal. Si l’animal ne produit pas le comportement demandé (les raisons sont multiples, nous y reviendrons), la récompense n’arrive pas, s’il le produit, elle arrive TOUJOURS.

Une fois que l’animal a parfaitement intégré l’issue de ce signal, celui-ci devient, en soi, un renforçateur conditionné au même titre que le « click », ce qui est absolument précieux. Dans une chaîne de comportements, par exemple (une suite de comportements qui s’enchaînent, comme en obé-ryhtmée par exemple), le signal donné à la fin d’un comportement, riche de son historique de récompenses, devient le renforçateur du comportement précédent.

Toutefois, quand ce signal a, parfois (et même très occasionnellement) provoqué la survenue d’une issue désagréable pour le chien (réprimande, secousse sur la laisse, etc.), sa signification et son issue deviennent incertaines : il peut effectivement donner lieu à une récompense mais également, parfois, à une punition (notamment quand le chien n’exécute pas assez vite : il est ultra-commun de voir des propriétaires demander un « assis », le chien hésite et le propriétaire administre une « correction » via la laisse attachée au collier).

Le chien peut, effectivement, exécuter pour échapper au désagrément de la punition mais votre signal aura définitivement perdu sa « valeur » de renforçateur conditionné, il devient ambigu et donc vaguement inquiétant.

Vous ne pourrez plus utiliser ce signal comme le renforçateur d’un autre comportement par exemple et vous aurez ainsi « gaspillé » l’immense valeur d’un historique 100% positif. C’est très clairement visible sur les chiens qui prennent souvent un air vaguement préoccupé à l’arrivée du signal au lieu de s’en réjouir (un signal qui donne lieu à 100% d’issue heureuse ne peut qu’enthousiasmer, non?).

C’est ce qu’on appelle un « signal (ou ordre) empoisonné ». Même si, par la suite, le signal est renforcé de manière répétée, l’animal n’aura plus cette certitude absolue et inéluctable d’une issue agréable qui est fondamentale en clicker training.

Pourquoi pensez-vous qu’on « s’amuse » à clicker des poules par exemple? Parce que le chien, qui est fondamentalement un « brave type », peut penser « ouch, tu m’as fait mal là » revient malgré tout souvent, refait quand même, nous pardonne énormément. Allez donc « punir » un animal qui n’a aucune relation affective avec vous et vous verrez ce que ça donne… :cry:

Nous profitons souvent de la gentillesse de nos chiens et nos signaux (ou ordres) sont souvent « empoisonnés » par ce double sens, cette incertitude…. voilà pourquoi ils ne sont pas toujours accueillis avec tout l’enthousiasme que portent des signaux 100% positifs ;-)

Conclusion : si vous voulez faire du clicker training, acceptez l’idée que l’issue d’un signal ne peut JAMAIS être une « correction » ou « punition ».