WOOF2017 – 3ème épisode

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Début du 2ème jour de WOOF2017 (j’ai un peu zappé le reste du 1er jour dans ma détermination à me focaliser sur ce qui m’intéresse plutôt que d’activer un quelconque « cadre » de ce que je déplore fortement).

J’avale donc en presque solitaire mon (quadruple) espresso du matin dans la salle de conférence, en attendant les copines (qui s’empiffrent de saucisses et « beans on toast » britanniques en salle de petit déjeuner : mon incapacité naturelle à avaler quoi que ce soit avant midi aura servi à quelque chose pour une fois) quand, sur une page « Kong » projetée sur l’écran, je vois apparaître une graaande photo de ZoukBébéChien (oui, « the one and only ») : ça m’a fait tout drôle de voir apparaître mon chien (bon, en photo) dans ce contexte :-D  (activation immédiate de ma fierté maternelle forcenée).

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du coup, la chance, vous y avez droit aussi   ;-)

Nous avions la possibilité, en effet, d’envoyer des photos de nos chiens sur un Dropbox, la beauté de mon Kornichon d’Amour a du frapper les publicistes de Kong, (c’était pas possible autrement d’ailleurs quand on y pense)  :-D 

(Fierté maternelle difficilement jugulée, après l’avoir raconté à qui voulait l’entendre et, très probablement, à qui ne voulait pas spécialement l’entendre aussi)  :lol:

C’est donc le tour de Kay Laurence – une des mes « trainers » favorites depuis toujours (ou, en tous cas, depuis très longtemps)  :-D

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« Microshaping » par Kay Laurence

Le sujet de microshaping est un sujet qui me tient particulièrement à cœur, tant je déplore qu’on mette encore en avant des séances de « free shaping » qui balancent l’animal dans un doute perpétuel, avec tellement de possibilités d’erreurs que ça en fait frémir mon cœur de « clicker trainer ».

Cela me rappelle, d’ailleurs, ces séances de « clicker entre humains » d’il y a dix ou quinze ans, où une personne quittait la pièce pendant que le reste du groupe décidait d’un comportement (généralement farfelu et improbable) à lui faire faire.

A son retour, « l’apprenant » était confronté à un potentiel de 3 milliards de comportements possibles et finissait systématiquement soit dans la frustration, la gêne (pour certains), l’irritation (qui découle de la frustration) ou devenait complètement inopérant sous les rires du groupe (ce qui peut se révéler très aversif pour certains d’ailleurs). Les plus « costauds » émotionnellement adoptaient systématiquement le costume de « clown » du moment, cumulant les erreurs et oubliant carrément d’écouter le marqueur. 

Ce qui a ensuite permis aux gens d’affirmer que le « clicker training, c’est comme le jeu du chaud-froid » (une des affirmations en clicker training qui me fait plus saigner les yeux d’ailleurs – le clicker training c’est tout SAUF le jeu du chaud-froid).

PATRONATO DE TURISMO DE GRAN CANARIA

« Avoir trop de choix est presque aussi punitif que pas de choix du tout » (Kay Laurence)  ;-)

Plus tard, Susan Friedman dira que

« il n’y a pas de médaille de mérite à gagner par l’enseignement d’un comportement de la manière la plus complexe possible »

excellente formule (que je retiens). 

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Le microshaping c’est offrir un choix et limiter les choix en même temps – c’est rendre le succès plus que probable, c’est considérer que l’extinction n’est pas le chemin le plus confortable pour arriver à un résultat (qui dit extinction dit forcément frustration). 

Petit parallèle que nous propose Kay : nos propres apprentissages.

Bon nombre d’entre nous avons été complètement traumatisés par la manière qu’on aura eu de nous transmettre une quelconque compétence : si son exemple s’est focalisé sur la littérature et les maths, je sais que, pour ma part, si je refuse de prendre une aiguille, des aiguilles à tricoter ou un crochet en main (malgré un penchant pas mal artistique), c’est clairement à attribuer à une série de « maîtresses de couture » les unes les plus sadiques que les autres qui transmettaient par la punition, les remarques acides et destructrices et n’avaient jamais un seul mot positif à offrir devant mes vaillants efforts.

A mon grand âge, je me rappelle encore d’un effroyable pull vert fluo que je devais tricoter, enfant, et qui était rageusement et systématiquement défait par la dame en question avec un regard fou :roll:  Ma grand-mère, ayant pris pitié de moi, l’avait finalement terminé à ma place et je n’ai plus jamais voulu tricoter de toute ma vie.

A contrario, j’adorais le dessin était constamment renforcée par mes professeurs successifs qui m’avaient étiquetée comme « douée »  ;-) (à ce jour, j’adore encore dessiner)

Bref, l’émotion qui accompagne un quelconque apprentissage reste souvent avec nous pour le restant de nos jours.

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Toute approche qui exclut l’empathie avec l’apprenant, qu’il soit animal humain ou non humain, même quand on arrive « malgré tout » à obtenir un comportement, donnera une exécution au mieux frénétique et anxieuse et, fatalement, au rendu moins performant qu’un apprentissage obtenu par un voyage qui se construit d’un succès à un autre succès.

En microshaping, le but est un chemin construit sur une base de 95-100% de réussites et en se demandant, avant de débuter, quelles pourraient être les possibles interactions de l’animal avec un quelconque objet, dans un environnement spécifique.

Exemple pratique : si le chien doit tourner autour du cône et que, une fois aperçu le cône, il vous « propose » d’ores-et-déjà un « touche » avec son nez ou avec sa patte, vous voilà embarqués dans un processus d’extinction du comportement avant même d’avoir fait quoi que ce soit (ou comment se construire un problème avant même votre premier click).

Kay introduit le cône comme élément extérieur — et peu significatif au départ — à intégrer à un comportement de base, connu, maîtrisé et hautement renforcé (monter sur la plateforme au petit trot).

En clair, on débute par un comportement de base et on construit A PARTIR de cette base, en adaptant au fur et à mesure. En cas d’échec — de critère trop haut — ou de fatigue chez l’apprenant, il est dès lors très facile de pouvoir revenir au comportement de base pour renforcer (et éviter que votre apprenant se décompose devant vos yeux). 

Elle nous a également incités à ne pas nous mettre en position de « réparer » un comportement flingué mais à le remplacer par autre chose (un autre objet, un autre plan, un autre signal) – encore cette vilaine extinction  ;-) 

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J’ai aussi aimé sa figuration du « shaping » comme une activité créative : mettez une personne qui n’a aucune technique de dessin ni de peinture devant une toile vierge et des couleurs de toutes sortes : au mieux, il ne fera rien, au pire, il fera n’importe quoi (un exemple que je donne également dans mes cours de shaping et, comme Sean – voir premier article – moi aussi j’étais fière d’avoir trouvé ça « toute seule » ah ah ah)  :-D 

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Il est plus constructif de s’exercer avec une technique (le fusain, par exemple) et d’ajouter la complexité d’autres techniques ensuite, un élément à la fois.

Kay nous a incités à considérer que si apprendre un comportement au chien n’a souvent rien de « vital » – lui apprendre à « aimer apprendre » est, par contre, une compétence indispensable à la qualité de notre future relation (n’en déplaise aux adorateurs des « chiens libres » – l’apprentissage, la découverte sont des générateurs de dopamine). 

« Ne nous demandons pas comment transmettre la passion d’apprendre, demandons-nous — plutôt — comment avons-nous pu perdre – ou ne pas avoir su transmettre – la passion d’apprendre ? »

(Kay Laurence) 

« Quand on construit un comportement, on construit la relation » (en bien si possible mais assurément en mal – un apprentissage qui suscite le doute, la peur, la douleur ou l’anxiété restera rattaché à cette émotion spécifique ad vitam aeternam).

Les erreurs ne sont rien d’autre qu’une information pour l’enseignant – il va falloir revoir rapidement le « shaping plan ».

Construire le succès implique la maîtrise de techniques telles que le leurre (si si), les cibles, le micro-shaping et des acquisitions « de base »qui font défaut à bien des chiens (et font parfois le désespoir des débutants qui voudraient obtenir des « tricks » coûte que coûte et bien avant que leur chien n’ait maîtrisé ses « gammes »).

Rappelez-vous que votre apprenant ne désire qu’un chose : y arriver  :-D    (ce qui vaut également pour les humains, on l’oublie un peu trop souvent).

Bref, le clicker trainer ne chercher pas à changer les chiens mais à changer le monde dans lequel ils évoluent….

Merci Kay  :-D

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Je choisis de ne pas résumer les deux interventions successives de la Dr. Susan Schneider (mode « groupie » activé, j’ai fait dédicacer mon livre – « to happy consequences », j’ai adoré) – non pas que celles-cis ne m’aient pas passionné, tout le contraire – c’était une de mes favorites mais la thématique est si vaste que je me sens incapable de la résumer sans écrire dix pages (voir plus)  ;-) 

Du simple renforçateur jusqu’à des relations ultra complexes, la science des conséquences  est désormais intégrée à la psychologie, la biologie, la médecine, l’éducation  évidemment mais également… l’économie.

On savait déjà que les conséquences de nos actes façonnent nos choix futurs (et que nos choix déterminent ce que nous devenons et, à leur tour, transforment la société) – on découvre une autre dimension en passant par l’éthologie et le « behaviorisme », les connexions entre la génétique (et épigénétique), les neurosciences, la biologie, la psychologie cognitive, la psychiatrie et la gestion des émotions.

Je me limiterai donc à vous conseiller son fabuleux livre « The Science of Consequences »  :lol:  (complètement accessible à tous, si on parle anglais évidemment)

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En tous cas, une révélation que cette intervenante que je croisais pour la première fois : être humain accessible et cordial, avec une petite dimension de « savant fou » tout à fait attachante (je prends l’entière responsabilité de cette étiquette), elle était excitée comme une petite fille quand nous avons discuté de son livre – alors que, n’étant pas une «sciencey person», j’ai très probablement du lui dire quelques sottises (avec un peu de chance).

Bref, lisez son livre, c’est un must absolu (ne me remerciez pas)  ;-)

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Chirag Patel – « La gestion du client difficile »

Chirag nous a incités à considérer l’humain comme nous considérons l’animal – en évitant de l’affliger de notre propre perception personnelle.

Peu d’entre nous qualifieraient un chien de « méchant », « difficile », « agressif » et nous serions clairement plus focalisés sur les circonstances, l’environnement – bref, une approche systémique (en tous cas, quand on fonctionne sur un modèle de « parent nourricier » – voir épisode 2 de ma prose WOOF2017). 

Nous serions immédiatement enclins à envisager une modification de l’environnement plutôt qu’à une condamnation pure et simple de l’animal en question. Pourtant, ce que nous reconnaissons aux animaux, nous le reconnaissons assez mal aux humains et avec difficulté souvent.

Je suis moi-même étonnée, quand je prends la défense de certains de mes clients en rupture avec leur chien, de voir la réaction de (certains de) mes collègues qui sont très vite dans le jugement absolu et la critique lapidaire.

Quand on recourt au concept du « c’est du simple bon sens », en réalité, on veut dire «c’est que MOI j’aurais fait » (et que toi, tu n’as pas fait, donc tu as tort). Or, si on accepte le concept que tout organisme fait ce qu’il croit devoir faire dans un contexte spécifique, on devrait avoir pour ces personnes la même empathie.

Pour les humains aussi – il est utile de considérer notre très célèbre « WTF » (what is the function – quelle est la fonction du comportement ? quand cette personne acquiesce à mes paroles, est-elle d’accord ou essaie-t-elle, tout simplement, de se débarrasser de mon raisonnement et donc de moi ?).

Quand nous étiquetons une personne – que ce soit en positif ou en négatif – notre comportement change (quand il change irrémédiablement, ça peut arriver, il vaut peut-être mieux changer d’intervenant, ndlr).

Chez l’humain aussi, on peut appliquer des techniques d’approche scientifique : le client qui est pendu à son smartphone, manifeste peut-être un comportement d’évitement (pourquoi, que puis-je / dois-je changer dans l’environnement?), la personne qui finit vos phrases à votre place cherche à obtenir de l’attention (dès lors que nous en prenons conscience, pourquoi ne pas lui fournir de l’attention avant la manifestation de ce comportement inapproprié ?).

Pas des révélations cosmiques mais une excellente piqûre de rappel, jamais inutile  ;-)

Comme je vais passer sur quelques interventions qui ne m’ont pas passionnée, mon prochain article devrait être le dernier – stay tuned  :-D

Happy reading  :-D

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