Le signal de libération

Si culturellement nécessaire pour vous, remplacez le mot « signal » par le mot « ordre » (mais je vous invite à méditer sur ce point précis, vu que nous fournissons avant tout des informations passionnantes à nos chienstoujours porteuses d’une opportunité de récompense – rien à voir avec un ordre qui, lui, est surtout porteur de l’opportunité d’éviter des conséquences fâcheuses).

Obéir ou choisir le comportement le plus gratifiant?  😉

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Facile à enseigner au chien et, pour un chiot débutant, un apprentissage simultané du toute position stationnaire (assis, couché ou debout).

Pendant que l’on construit – et renforce par la distribution de friandises – le comportement stationnaire, on continue à distribuer des friandises jusqu’au signal de libération (qui, chez moi, est « okay »).

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Notez bien que mon choix du mot « okay » est plus que discutable : il serait bien plus intéressant de jeter son dévolu sur un mot qui ne ferait pas partie du langage courant et qui ne sera pas prononcé par votre pote qui parle au téléphone à côté de votre chien; quelque chose comme « libre » ou « break » ou « free » en anglais (ou toute autre idée qui vous conviendrait).

Sauf que, voilà, je me suis habituée à ce fameux « okay » depuis des décennies et je suis trop paresseuse pour en changer (mais songez-y si vous n’êtes pas encore conditionnés comme je le suis).

Aussitôt que mon signal de libération est prononcé, j’incite mon chiot à bouger : ensuite, il ne reste qu’à espacer le rythme de distribution des friandises.

Le chiot apprend vite que, en maintenant sa position, il voit arriver des friandises à un intervalle plus ou moins aléatoire jusqu’au signal de libération…. à ce moment là, la généreuse distribution s’arrête mais il est libre de faire ce que bon lui semble (on verra plus bas la suite encore plus heureuse qu’il est possible de donner à ce signal).

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Dès que le chiot maîtrise sa position stationnaire une grosse poignée de secondes, je commence à bouger – imperceptiblement d’abord (simple passage du poids du corps d’une jambe à l’autre pour certains chiots, début de mouvement pour d’autres).

Dès qu’on introduit le mouvement, on clique la position stationnaire et on revient très rapidement au chiot pour la distribution de la friandise (cliquer le mouvement – récompenser en position, une des règles de base du clicker training par le très grand Bob Bailey).

Ne soyez pas inutilement ambitieux : la durée du comportement est travaillée en augmentant très graduellement le temps qui s’écoule entre une friandise et l’autre (il vaut largement mieux se montrer modeste et pouvoir continuellement renforcer le succès que de tomber dans le piège du chiot qui se relève et auquel on va être tenté d’assener un « non » plus ou moins tonitruant alors que nous sommes coupables d’avoir voulu aller trop vite).

Reste à introduire la distance en augmentant celle qui nous sépare du chiot stationnaire – aussitôt introduite cette dimension de distance, on baisse l’exigence de la durée (en clair, si votre chiot sait se tenir stationnaire 15 secondes à un pas, dès que vous serez à deux pas, vous allez réduire votre exigence de durée drastiquement).

Au fil des répétitions, les deux dimensions de durée et de distance se fondent l’une dans l’autre et on obtient et la durée et la distance.

Un travail simple qui permet de ne pas tomber dans le piège classique du propriétaire qui s’éloigne de son chien en le bassinant de « reste-reste-reste-reste » frénétiques pendant qu’il recule d’un air mal assuré et qui, faute d’un apprentissage bien construit, finit généralement par mettre le chien – qui bouge – en échec (et retour du « non » courroucé alors que nous sommes responsables de l’échec). Ce qui répond également à une question récurrente : « faut-il dire non ou pas? » – en apprentissage, si je me mets ou me retrouve en position de devoir « corriger » – je ME considère en échec, pas le chien.

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Certains vous diront qu’il ne faut pas avoir peur de l’erreur, car elle permet d’affirmer et définir le succès, je n’adhère pas trop au concept puisque je suis une grande adepte de «l’apprentissage sans erreurs » qui génère des émotions autrement plus intéressantes et une grande confiance en soi. 

L’erreur est une information pour nous avant tout…. nous avons bâclé quelque chose et trop exigé (entre en jeu le troisième D comme « distraction » : si votre chiot sait tenir sa position stationnaire 15 secondes à 3 pas de vous et qu’on introduit une distraction, les deux D précédents – durée et distance – vont devoir être revus à la baisse).

Le quatrième D – de « diversification » implique le fait de généraliser le comportement à toutes sortes d’environnements (si votre chiot sait tenir son comportement stationnaire 15 secondes à 2 pas de vous avec une distraction, cet apprentissage qui semble acquis ne le sera pas forcément dans un autre environnement).

Un concept intéressant à transmettre sur tous les comportements car le chiot-chien conceptualise que toute information donnée reste valable jusqu’à nouvelle information (signal de libération ou le signal d’un nouveau comportement).

Au delà des friandises distribuées, le signal de libération renforce la position stationnaire car il incarne la parfaite application du principe de Premack : quand on souhaite faire simple, on peut l’appeler également « loi de grand-maman » (le célèbre « mange tes légumes si tu veux ton dessert » ou, en version plus moderne « range ta chambre si tu veux jouer à l’ordinateur »).

En plus détaillé, David Premack (1925-2015) (professeur émérite de psychologie à l’université de Pennsylvanie) a défini, suite à plusieurs expériences sur les rats, que l’apparition de comportements préférés (hautement probables) – quand ils sont contingents à des comportements moins préférés (improbables), fait que les comportements improbables devenaient plus probables (augmentent).

On en parle moins souvent, mais ce principe s’applique également du côté de la punition d’ailleurs – si un comportement moins préféré découle d’un comportement préféré, le comportement préféré diminue.

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Revenons à notre chiot qui garde vaillamment sa position stationnaire (parce que renforcée)le signal de libération va lui donner accès au mouvement – donc à la liberté d’aller jouer, renifler.

Question d’ultérieurement et plus efficacement renforcer le comportement stationnaire – le signal de libération peut donner accès à une zone de renforcement où on aura pris soin de disséminer des friandises de haute valeur que le chiot va s’occuper à chercher et à trouver, satisfaisant ainsi son enthousiasme à chercher et son plaisir à manger.

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Bonus : ce signal de libération devient un signal « précieux » (hautement renforcé) et peut donc allègrement servir pour stopper un comportement…. quand je dis « okay » à mes propres chiens, ils arrivent comme des boulets de canon pour vérifier à quelle espèce d’activité magique je vais leur donner accès (et je tiens mes promesses en renforçant clairement l’attention qu’ils me portent).

Happy Training

novembre 30, 2016

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