Le TAG Teach c’est quoi?

Tag

Une précision d’emblée : le TAG Teach (« Teaching by Acoustical Guidance » ou, en français, enseignement par guide acoustique) est une manière d’aborder l’apprentissage pour les humains.

Logique qu’elle interpelle en priorité ceux qui travaillent à éduquer des animaux car, la première chose que tu intègres – une fois que tu as métabolisé les principes du clicker training et donc les lois de l’apprentissage (et non pas quand on active de temps en temps un clicker, ce qui est très différent), c’est que rien de constructif ne se concrétise sans

  • un plan d’apprentissage individualisé
  • souvent reconsidéré dans sa progression
  • inscrit dans la créativité 
  • et qui capitalise, forcément toujours, sur un premier succès qui amène le suivant. 

creativity

L’acquisition d’une quelconque compétence, sous forme de voyage rassurant d’un succès à un autre succès, est également celui d’une émotion incroyablement rassurante – celui du sentiment de sa compétence personnelle (sans plus avoir à redouter l’échec). 

Je crois fermement que tout individu ne demande qu’à se sentir compétent – non pas « pour faire plaisir » (même si c’est parfois le cas) mais parce qu’il n’existe pas de renforçateur plus puissant que le sentiment de sa compétence personnelle (qui a envie d’être l’incompétent de service?)

Ce que bon nombre d’employeurs semblent totalement ignorer…. 

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Petit exercice de visualisation personnelle à insérer ici :

Vous débutez un quelconque apprentissage (tricot, danse, instrument de musique, nouveau sport… la liste est infinie) et, tout au long de l’acquisition de ces nouvelles compétences, vous voyez votre progression « validée ». En clair, vous avancez, à votre rythme, mais vous avancez toujours, votre compétence se construit.

La même visualisation et on vous informe de manière répétée que vous faites « faux » et encore faux (normal, vous débutez) et encore faux…. et, quand vous faites quelque chose de juste, c’est « oui mais…. » c’est bien, certes, mais pas encore assez bien (normal, vous débutez bis). 

Vous choisissez quelle option?  😉

goodenough

 

La principale révolution de l’enseignement de toute compétence que nous propose le TAG Teach c’est qu’il nous incite à

  • à formuler nos attentes par l’affirmation claire (et concise) de ce que nous aimerions voir se concrétiser plutôt que de nous déprimer (et déprimer notre apprenant) par la répétition constate et improductive de ce que nous aimerions voir cesser (exemple : le point TAG serait « lumière éteinte » plutôt que « j’en ai marre que tu laisses tout le temps la lumière allumée, c’est moi qui paie les factures, tu n’as aucune considération pour moi, ça m’énerveeeeuh ») => renforçateur à déterminer.
  • provoquer / rendre possible un premier succès (par une gestion de l’environnement en adéquation à notre apprenant : on travaille avec cet individu dans cet environnement et c’est une configuration par définition unique )
  • à identifier le renforçateur pour notre apprenant (si on se réfère à l’exemple ci-dessus, le renforçateur peut-être tangible et extrinsèque : une récompense pour un certain nombre de répétitions appropriées mais également le bonheur d’échapper à ces confrontations verbales épuisantes et irritantes aussi bien pour celui qui exprime sa frustration que pour la « victime » de notre irritation). 

Tout coach, enseignant, parent, formateur, éducateur – toute personne qui essaie de transmettre une compétence à une autre personne souhaite voir cette autre personne y arriver – sa réussite valide notre propre compétence (si j’enseigne bien, la compétence est transmise, si elle n’est pas transmise, c’est que j’enseigne mal).

Accepter de remettre en question notre capacité à transmettre n’est pas chose facile (ni confortable) : pour nous défendre, nous avons, à disposition, des « étiquettes » qu’on n’hésite pas à coller sur celui qui nous « agresse » de ne pas « vouloir » (pouvoir?) comprendre : « stupide », « démotivé », « fainéant », « pas sérieux », « pas fait pour ça « ,  « nul » (ici aussi, la liste est infinie).

A l’identique, sur les terrains d’entraînement des chiens, on voit des propriétaires dire de leur chien qu’il est « têtu », « démotivé », « il s’en fout », « il se moque de moi », etc. etc. Ces étiquettes, qu’elles soient utilisées chez l’apprenant animal non-humain ou humain nous « protègent », elles nous évitent de devoir nous remettre en question, elles mettent une distance émotionnelle entre celui qui enseigne et celui qui devrait apprendre : « s’il est stupide, c’est sa faute et, si c’est sa faute, ce n’est pas de la mienne«  (c’est confortable, avouons-le). 

J’ai eu le plaisir et le privilège d’assister Patrice Robert (membre de la faculté TAG Teach, venu pour nous de son froid Québec et qu’on aura veillé à ne pas trop dépayser vu que la salle de cours était glaciale une bonne partie de la journée 😆 ) ce dernier week end – c’était ma première formation francophone vu que j’ai obtenu ma certification Niveau 2 avec Theresa McKeon (une des fondatrices du TAG Teach et autre formidable formatrice, tout comme Patrice) lors de plusieurs cours anglophones : une merveilleuse opportunité d’uniformiser ce langage TAG Teach en français et de voir des participants débutants à l’oeuvre.

Patrice a mentionné un dicton fort célèbre (que voici) :

responsable

Au delà de la mauvaise foi (qui n’est pas le propos du jour), en enseignement ou formation, ce dicton est une manière assez malhonnête de se défaire de notre responsabilité, très précise, à identifier d’abord et mettre en oeuvre, ensuite, les moyens qui permettront une adéquation de ces deux faits  😉

folie

Nous avons eu des démos aussi diverses que variées (liste non exhaustive, vu que j’étais dans l’instant et ne prenais pas de notes), telles que :

  • une manoeuvre de défense au krav maga (intéressant car défensif)
  • le « widget » au frisbee (je vais me pencher là dessus avec un espoir soudain renouvelé)
  • une prise de judo (enfin, les prémisses de on va dire…)
  • un point de tricot complexe (pour moi, il l’était, ne riez pas)
  • un autre au crochet (comme ci-dessus pour moi)
  • la confection d’un bracelet brésilien (ma position m’a empêché de voir les étapes hélas)
  • la prise sécuritaire d’un chat nécessitant des soins vétérinaires urgents (compétence indispensable pour les soignants)
  • l’art de faire des pompes correctement (euh, j’avoue que j’ai lâchement décidé de me passer de cette compétence spécifique)
  • l’art de ne pas avoir une main « parasite » au clicker training (une compétence qui fait grandement défaut à bon nombre de « clicker trainers » souvent)
  • une magnifique décomposition du « kechke » par le biais de cibles de couleurs différentes (non agilitistes, laissez tomber, coaches d’agility : vous devriez y penser sérieusement)
  • l’art d’éplucher des poivrons (ça, je maîtrise)
  • la respiration profonde (j’ai bien écouté, j’en ai grandement besoin)
  • l’art de désinfecter ses mains de manière professionnelle (ce que je faisais moi de manière complètement farfelue, j’ai retenu)

AudreyL’apprentissage passe par la « décomposition » d’une compétence : sur un comportement ultra rapide tel que le « widget » au frisbee, Audrey, de formation scientifique et donc de nature rigoureuse,  a trouvé presque une dizaine de « points TAG » 🙂 

alineAline, amie (et prof) venue de Belgique pour le cours, qui enseigne les débuts du « kechke » en agility, à Flo (également prof) qui n’en perd pas une miette 🙂 (ah, si on m’avait décomposé ça comme ça)

Michel Michel (éducateur canins), qui apprend à Ouarda (également éducatrice canins) comment se libérer de la prise d’un potentiel agresseur physiquement plus fort que nous (krav maga) 🙂

laetitiaLaetitia (soigneur animalier et éducatrice canins) et Déborah (éducatrice canins en formation) sur l’apprentissage de la contention d’un chat nécessitant des soins vétérinaires urgents (bon, le chat était un coussin poilu, rassurez-vous) 🙂

MagalieMagalie, tricoteuse plus qu’expérimentée et prof de français à Lyon, qui transmet à Caroline (éducatrice spécialisée en formation) un « point TAG » 🙂

(vous pardonnerez la piètre qualité – habituelle – de mes photos, je prends des photos souvenir avec mon téléphone et n’ai aucune ambition dans ce domaine)

Comme chacun d’entre nous, je maîtrisais la compétence proposée par certaines démos, d’autres pas du tout et certaines m’intéressaient clairement moins que d’autres : toutefois, même celles qui me rebutaient d’emblée (probablement parce que mon apprentissage spécifique a été complètement traumatisant : voir les travaux d’aiguilles « courtesy of » des maîtresses de couture parfaitement sadiques ah ah ah), se présentaient sur un jour nouveau : suffisamment « décomposées », tout premier objectif apparaît comme atteignable (et, si je devais m’adresser à un de ces « formateurs » du jour, il décomposerait selon mes acquis, mes compétences et mes limitations personnelles et non pas en me forçant à « gober » la version consacrée et universelle qui peut parfaitement ne pas me convenir : à lui ou elle de se montrer créatif). 

La mort des « protocoles » consacrés 😉    

Ne me dites pas : « quoi, vous voulez enseigner aux gens comme aux animaux? » – il s’agit d’enseigner en considérant – et en respectant – les lois immuables de l’apprentissage qui nous régissent TOUS : le comportement est toujours légitime et donc (ma citation favorite entre toutes), « le rat a toujours raison » (B.F. Skinner).

Tout organisme vivant a ses raisons de faire ce qu’il fait quand il le fait : nous pouvons influencer les antécédents (ce qui vient avant le comportement)  et les conséquences (ce qui vient après le comportement). 

skinner

Citation que je trimballe désormais toujours avec moi   😉 

Certaines compétences peuvent apparaître comme excessivement simples (fermer une porte, tenir un animal d’une certaine manière, etc.) mais quand l’environnement s’en mêle (contexte d’urgence, de stress qu’il soit joyeux ou aversif), seule une mémorisation profonde nous fera retenir ces compétences comme comportement « par défaut ».

La mémorisation vient par la répétition et le marqueur acoustique nous aide à intérioriser un comportement, nous donne une mémoire musculaire et une précision dans le mouvement comme aucune autre approche. Sans oublier ce que je transmets à mes « clicker trainers » : à savoir que l’apprentissage se fait toujours dans une émotion spécifique (Pavlov est toujours sur notre épaule) : ce qui est appris dans le bien-être restera relié à cette sensation de bien-être et le contraire est, hélas, encore plus vrai.

Bref, pour bien « apprendre », il faut avant tout REUSSIR…. sinon sur quoi fonder la suite? sur quelles bases construirions-nous?

La salle était remplie d’éducateurs canins (dont on oublie souvent qu’ils doivent surtout transmettre des compétences aux humains, un grand oublié de l’éducation canine l’humain), de parents, professeurs, éducateurs spécialisés expérimentés ou en formation et je regardais tous ces gens qui allaient repartir avec une autre vision du monde, plus créative, plus bienveillante, plus scientifique : leurs futurs patients, élèves, enfants, conjoints, etc. sont de grands chanceux 🙂

(N.B : cet article, comme tous mes articles n’a pas d’autre vocation que de vous faire envie d’en savoir plus, n’est pas un article « how to » car je crois fermement à la nécessité absolue d’une vraie formation : si le TAG Teach vous intéresse, il est indispensable de suivre un cours avant de vous lancer). 

http://www.tagteach.com

(si vous ne parlez pas anglais, ne désespérez pas : beaucoup de matériel est en cours de traduction en français) 

Happy teaching  😀

janvier 23, 2017

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