WOOF2017 – premier épisode….

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WOOF2017– c’était la conférence européenne sur le comportement et l’apprentissage qui s’est tenue du 10 au 12 février 2017 à l’Université de Nottingham, en Angleterre  😀

Le genre de truc qu’une « geek du comportement » comme moi ne pouvait, évidemment pas, manquer – donc départ pour une Birmingham glaciale où j’ai quand même pu admirer, comme souvent en Angleterre, des imperturbables Britons pieds nus dans leurs sandales et en manches courtes comme si nous étions en plein été  😆 😆 😆

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image Google parce que j’ai pas osé dégainer mon i-phone pour prendre les pieds des gens en photo  😆

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Saluons d’emblée l’excellente organisation de l’événement – un accueil tout à fait chaleureux dans un lieu magnifique (aussi bien l’hôtel que le centre de conférence), des repas appétissants – qu’il fallait néanmoins mériter post queues interminables dont seuls les anglais ont le secret – une excellente ambiance entre les participants de tous pays, des intervenants d’un calibre indéniable et un « team WOOF » qui s’est donné sans relâche pour le bien-être de tous, à tous les niveaux (merci à eux au passage ains qu’à tous les participants qui ont égayé mon séjour sur place, ils se reconnaîtront sans peine).

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On débute en force avec l’intervention de Sean Pogson, (« The science of fairytale » – la science d’un conte de fées). 

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Ne cherchez pas son nom dans votre liste des éducateurs ou dresseurs d’animaux célèbres, vous ne le trouverez pas  😀

Sean, au delà d’être propriétaire d’un chien, était là en qualité de papa d’une petite fille née avec une maladie génétique rare et autiste non verbale de surcroît, presque perpétuellement aux prises avec des manifestations de profonde anxiété (balancement perpétuel), de frustration intense (se tapait violemment la tête contre les murs entre autres comportements dangereux).

On (tout le corps médical au grand complet) lui a donc conseillé de la « restreindre » et de la «contraindre à l’immobilité » afin de préserver sa propre intégrité physique et, pour l’inciter à toucher un objet, à se saisir de sa main et à forcer le contact.

Rapidement, le peu d’apprentissages d’Eryn, dite Tink, se sont complètement perdus. Zéro contact visuel, zéro interaction, même un simple échange visuel fugitif est rapidement devenu impensable 😥 

Sean travaillait son chien (un imposant molosse issu d’un refuge et avec un passé à son actif) en clicker training (notamment pour les manipulations) et savait donc déjà que tout est possible sans jamais contraindre, même quand la situation est réputée « difficile » : il n’a pas tardé à en conclure que, ce qu’il était possible de faire avec un autre être vivant, devait être possible avec sa petite fille.

Le son du clicker a fait le reste – Eryn, profondément non verbale, réagissait très mal aux flots de paroles dont on la submergeait. Abandonner cette communication verbale (même extrêmement bienveillante) pour la remplacer par un marqueur, a été un pas significatif dans l’évolution d’une communication enfin efficace (ou d’une communication tout court).

A travers la compréhension de l’apprentissage opérant — et donc du clicker training — il est allé chercher sa petite fille (« qui ne ferait jamais rien » lui asséné la faculté au grand complet), dans sa réalité d’anxiété, d’angoisse, de frustration et de solitude émotionnelle pour la faire entrer en contact avec lui et avec la vie, à travers un parcours d’observation minutieuse de ses besoins et expressions non verbales, de ses rares renforçateurs identifiés à force de tâtonnements (le plaisir qu’elle avait à toucher les sourcils de son père et toute surface « poilue », la couleur jaune qui l’attirait, les bulles de savon, etc.). 

Emouvant d’apprendre que Sean a inventé son chemin tout seul, en glanant des informations sur internet et les réseaux sociaux – le ABA (Applied Behavior Analysis / analyse appliquée du comportement, cliquer sur le lien pour en savoir plus) n’est pas reconnu ni accessible en Angleterre et il suivi son premier séminaire TAG Teach seulement très récemment.

Avec une candeur complètement déconcertante et un grand sourire, Sean nous dit – « qu’il n’en revient pas d’avoir été aussi intelligent d’avoir trouvé ça tout seul » (nous aussi n’en revenons pas et nous sommes tous éperdus d’admiration)  😆

Cet exceptionnel papa a fait preuve d’une créativité sans limites dans sa quête de moyens divers et variés pour offrir à Tink les moyens d’en faire toujours plus : on parle là d’une enfant dont on avait scellé le destin « sanglée à sa chaise » et que l’on voit, en fin de présentation faire des pas en intérieur, en extérieur et même danser avec son incroyable papa (à ce stade, on est un peu submergé par l’émotion, indéniablement – les héros du quotidien sont rarement célèbres mais devraient l’être).

Si vous voulez en apprendre plus sur le TAG Teach – cliquez sur le lien.

Il existe un cours spécifique pour les enfants autistes (en anglais toutefois), pensé par Martha Gabler, elle-même maman d’un enfant autiste non verbal et auteure du livre « from Chaos to Calm » que je vous recommande vivement si vous êtes concernés par l’autisme (ou pas d’ailleurs).

Une fois Sean remis du tonnerre d’applaudissements suscité et nous mêmes remis de notre émotion suite à cette première intervention (qui aura profondément marqué le reste de la conférence), on a accueilli l’intervenant suivant : Mike Simmons – un homme et son aigle (« One man and his eagle ») de « A world of wings ». 

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Je fais malgré tout déjà la moue, en apercevant un magnifique volatile exotique arpenter la salle (peut-être un Calao d’Abyssinie ?), accompagné de très jeunes chouettes (diurnes semble-t-il, ma culture ornithologique étant assez faiblarde, je passe sur l’espèce) qui, après avoir voleté dans l’immensité de la salle, semblaient peu enclines à revenir dans leur cage de transport à la demande de leur « trainer » (son de clochette).

Curieux de constater que le public a poliment réfréné ses applaudissements – pour ne pas effrayer les volatiles – pendant que ceux-ci étaient en liberté, pour se lâcher dans un immense plébiscite bien bruyant aussitôt qu’ils ont été en cage…. me suis quand même fait la réflexion que si le bruit était effrayant en liberté, il ne l’était pas moins (voir plus), une fois détenus en cage  🙄

La présentation de Mike Simmons (A World of Wings, lien plus haut, en vert) était à la fois pernicieusement émouvante et attachante et son amour infini, voir complètement fou, pour « Georgia », son «aigle à tête blanche » (« bald eagle » en anglais) – plus précisément Pygargue à tête blanche (l’aigle qui représente l’emblème des USA pour situer)très clairement perceptible (et même carrément contagieux, dans une certaine mesure).

Additionné à la sympathie naturelle dégagée par cet intervenant à l’exquis humour britannique, cela m’aurait (presque) fait oublier à quel point je trouve dérangeant – encore et toujours – de voir des animaux sauvages réduits à des animaux de compagnie et des objets de divertissement et/ou de gratification personnelle.

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Indéniablement, tout est mis en œuvre pour que cette captivité se passe le moins mal possible mais parler de « donner le pouvoir » à l’animal quand on lui nie la première des libertés fondamentales – vivre libre et mener la vie qui correspond à cette espèce – je n’adhère toujours pas et n’adhérerai jamais. Aussi attrayant et sympathique le contenant, il ne peut pas occulter le contenu – qui est la captivité chez une espèce sauvage – je n’ai pas été « contagiée » par l’admiration et l’enthousiasme ambiants.

Je n’ai pas, non plus, raté la phrase de Simmons, qui nous dit que « voir voler ses oiseaux est profondément gratifiant » (pour lui évidemment).

Il également parlé de « partenariat » entre lui et ses oiseaux ce qui, quand on considère que ceux-ci sont essentiellement des EAM (élevés à la main par l’humain), rend le concept passablement douteux. Georgia, est apostrophée de « amazing creature » (créature extraordinaire) alors que cette intervention humaine – qui tend à s’approprier de cette dimension d’extraordinaire, l’annule largement.

Est-ce que « l’amour » d’une espèce doit (peut ?) obligatoirement passer par le concept de possession, de détention, d’asservissement ?

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La captivité reste la captivité

Est-ce que d’excellentes conditions de captivité et l’éternelle ritournelle de «l’enrichment» (enrichissement) du milieu de captivité justifient celle-ci ? Je ne le pense vraiment pas et je continue de penser que ce ne sont que de jolis pansements colorés que nous appliquons sur une blessure profonde (mais je me savais passablement solitaire dans mon point de vue, je ne l’ai donc pas forcément partagé très largement sur place).

“Le jour où l’on comprendra qu’une pensée sans langage existe chez les animaux, nous mourrons de honte de les avoir enfermés dans des zoos et de les avoir humiliés par nos rires”

Boris Cyrulnik

(cette phrase n’aura pas fini de me revenir en tête pendant toute la durée de la conférence)

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On revient à l’animal de compagnie (ouf), avec l’intervention de Sarah Whitehead, fort connue en Angleterre («Barking up at the wrong tree ? ») qui s’attaque aux « idées reçues» en éducation canine.

Amusant de constater qu’un des signes qu’elle indique d’emblée comme un indicateur de bien-être chez le chien (queue qui tourne en mode « hélicoptère ») est, précisément, celui que manifeste ma chienne qui, au retour d’une chasse, se réjouit de me revoir (car ma chienne ne fugue pas, elle chasse et, une fois sa besogne terminée, me cherche immédiatement) mais doit gérer l’ambivalence stratosphérique que lui cause ma communication non verbale (vu que je deviens un énorme signal d’une contrariété géante, fut-elle silencieuse) qu’elle perçoit très clairement même quand je ne prononce pas un seul mot. Pas, du tout, un signe de bien-être chez mon chien  😉

Comme quoi, débutant une conférence sur la mise en question de certaines interprétations « acquises », elle m’a immédiatement donné du « grain à moudre » sur la spécificité de certains signaux qui, considérés, comme signaux isolés et sortis d’un contexte, ne sont pas aussi indéniables que nous aimerions le croire.

Sarah Whitehead nous a invités à considérer ces expressions canines dans leur contexte – tout comme un sourire humain (dont on dit qu’il n’est sincère qu’à environ 7%) peut véhiculer une myriade d’émotions, pas forcément toujours amicales d’ailleurs  😉

La queue qui bouge pourrait être un moyen de disséminer des odeurs notamment, les queues rabattues sous le ventre, éviter de disséminer son odeur ou l’impossibilité – pour un autre chien – d’accéder à une identité olfactive.

Elle nous a invités à considérer la FONCTION d’un quelconque comportement et non pas la « raison » par l’exemple du bâillement : pourquoi le chien baille-t-il ? L’assistance fournit un certain nombre de raisons – alors que la fonction première d’un bâillement est d’accéder à un surcroît d’oxygène (quelle que soit la raison de ce bâillement, fatigue réelle ou émotion).

La FONCTION de la dite « position de jeu » (appellation que j’ai souvent considérée comme très simpliste)créer une distance ou du mouvement (parfois, effectivement pour initier le jeu, parfois pas du tout). Ne faudrait-il pas, en conséquence, l’appeler autrement?

La FONCTION des petites dents pointues des chiots : le sevrage – dès que ça commence à faire mal, la maman chien commence à sevrer ses petits et, sur cette ligne de réflexion, l’inhibition à la morsure – comment cela se fait-il que personne n’apprend celle-ci aux chatons alors qu’ils y arrivent également à l’âge adulte ?

Je note que je n’ai JAMAIS travaillé l’inhibition à la morsure de mes chiots et que tous ont une prise en gueule très délicate à terme (je travaille, par contre, le contrôle de l’impulsion).

L’intervention suivante, celle d’Alexandra Kurland, ayant été probablement ma préférée entre toutes, je la garde pour le prochain numéro – à la fois pour vous tenir en haleine (ah ah ah) et parce que, sinon, mon article deviendrait kilométrique (plusieurs numéros à suivre, parce que, avec tout ça, on n’a même pas couvert le premier jour encore, même si certaines présentations seront moins largement relatées).

Happy reading  😀

février 14, 2017

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