Le chien introverti, ça existe?

Dans mon « ping pong » perpétuel dans mes considérations sur l’apprentissage chez l’humain et chez l’animal non humain – hier, j’ai lu un article qui m’a profondément interpellée.

L’auteure était une personne étiquetée comme « introvertie » et elle racontait ses années d’école où, bonne élève, avec d’excellents résultats, sans (à l’origine) de souffrance particulière, on n’a pas cessé d’exiger d’elle «qu’elle participe plus en classe ».

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Dès le cycle primaire, cette personne a interiorisé un étrange message : elle était « trop » réservée (par rapport à quoi ?).

S’en suit une longue description du calvaire absolu de ses années d’études où, de la maternelle à la fin de l’école supérieure, on n’a pas cessé de lui reprocher son manque d’interaction avec les autres et avec les professeurs.

Son apothéose était atteinte lors de « séminaires socratiques » où les participants – assis en cercle – participaient à des joutes verbales et dont le temps de parole individuel était soigneusement « monitoré » par les enseignants et déterminait, entre autre, la note finale.

Avec, évidemment, des résultats médiocres dans cet exercice très précis et une hantise de plus en plus affirmée vis-à-vis de l’expression orale en public.

Une petite souffrance construite de manière très artificielle, à mon sens, car il me semble tout à fait possible de réussir sans vie sans devenir un orateur pétillant  😉

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Ce que dénonçait cette personne c’est l’idée hasardeuse – et pourtant bien généralisée – qu’être « extraverti » c’est paraître plus intelligent et plus engagé dans une quelconque activité, plus présent.

Pire encore, que le fait d’être extraverti, volubile et très interactif avec les autres est mis en avant comme concept « normatif » : ceux qui correspondent à cette description sont ceux qui « vont bien », les autres doivent changer ou, en tous cas, travailler à devenir « moins introvertis ».

J’ai immédiatement fait le parallèle avec une balade faite avec une connaissance il y a quelques temps qui m’a dit, avec un peu de commisération que c’était « dommage » (?) que mon chien n’interagisse pas avec les autres chiens (bref, il ne joue pas avec les autres chiens).

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Si, en réalité, aucun de mes chiens ne joue beaucoup avec les chiens inconnus : mes deux Bergers Australiens jouent entre elles (elles sont sœurs et très proches) Zouk, s’il supporte avec patience leurs jeux, ne joue avec absolument personne (pas même avec elles).

Totalement non conflictuel, les autres chiens ne l’intéressent absolument pas.

Les autres gens non plus d’ailleurs  😉

Il est habitué à ses « frangines » et il aime, encore mieux, moi ou plutôt l’accès que je lui donne à ce qui a de la valeur pour lui.

Bref, ce qui lui procure du bien-être et donc une émotion agréable pour lui et selon ses critères personnels – je n’ai pas appris à Zouk cette intensité qu’il met dans toute chose, elle fait partie de lui (au mieux, je l’ai encadrée).

Il est très avare en « manifestations festives » même avec les personnes qu’il connaît bien (mes proches) et se contente d’un petit remuage de queue très minimaliste – genre « ouais, je te connais, c’est bon »  😆

Les personnes inconnues n’existent même pas et il très parcimonieux dans toute forme d’interaction, un petit salut, ça va… plus, c’est l’envahir  😆

Bref, on pourrait dire qu’il est introverti

Il ne correspond absolument pas au chien ultra-jovial, pote universel, et adorateur de tous les humains, curieux des congénères et joueur impénitent…. il a ses centres d’intérêt, ses (rares) humains rangés dans une catégorie « amis » et il s’y tient avec un certain acharnement.

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Impossible toutefois de le ranger dans le chien « à problèmes de comportement » vu qu’il a l’air parfaitement satisfait, parfaitement posé et que tout son physique et ses comportements affichent que sa vie lui convient parfaitement bien telle qu’elle est.

Il n’a pas « peur » des gens, il n’est pas intéressé, c’est très différent. Il n’a pas peur des chiens non plus, après une vague reconnaissance par l’arrière, il n’a juste plus rien à leur dire  😆

Quand quelqu’un insiste pour le papouiller, il prend une attitude légèrement agacée – gentiment agacée, il remue la queue et se détourne clairement – bref, on l’ennuie (ce qui vexe considérablement certains humains).

Presque pareil avec ses congénères, on voit qu’il y met des trésors de patience mais que, en gros, tout ça ne l’amuse aucunement  😆

Mon accompagnatrice de l’autre jour trouvait ça « dommage » et je me suis demandée pourquoi – avons-nous à ce point intégré la norme de l’extraverti comme étant la voie royale, demandons-nous à nos chiens d’être les enfants « participatifs » dont parlait la personne mentionnée au-dessus ?

Une cliente me disait, au sujet de son chiot qui préfère observer les autres chiens que d’aller jouer avec eux, que ça lui faisait de la peine… mais pourquoi, vu que son chiot semble tout à fait à l’aise entre ses jambes et préfère, clairement, ce poste d’observateur que celui de participant ?

Peut-être que l’animal observateur, qui sait se rendre invisible et éviter les conflits est le plus susceptible d’adaptation dans une logique de survie ?

…et que cela confirme que, chez l’animal humain ou non humain, les différentes personnalités constituent des variations tout aussi valables les unes que les autres au sein d’une espèce ?

En définitive, la véritable souffrance, n’est-elle pas d’avoir un idéal en tête, une description rigide de ce qu’un être vivant devrait être ou ne pas être (hors pathologie) alors que, au fond, accueillir un être dans sa vie (quel qu’il soit) c’est s’ouvrir à la surprise d’une personnalité spécifique.

Nous avons, parfois, du mal

janvier 25, 2019

1 réponses sur "Le chien introverti, ça existe?"

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