Obéir ou ne pas obéir…

Quand des amis constatent que mes mini-pigs font « assis » et « couché » (et autres comportements) sur demande, ils sont généralement au bord de l’extase – « oh wow, mais c’est génial, comment tu leur apprends ça ? ».

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Le sentiment de « mignonnitude » est presque à coup sûr à son comble

Si, parfois, elle n’exécutent pas (ça arrive), parce que trop d’inconnus dans leur enclos ou parce qu’un inconnu spécifique les laisse un peu perplexes (elles ne sont pas ultra sociables mais c’est une autre compétence que personne ne demande aux cochons), personne ne s’en offusque moindrement et accepte, sans rechigner, qu’elles puissent avoir peur, être intimidées ou mal à l’aise « ah ben oui, elle ne me connaît pas après tout » me disent-ils avec beaucoup d’empathie pour l’état émotionnel de mes deux animaux.

empathy

Personne ne s’attend à ce que je sorte un index menaçant ou que je répète ma demande sur un ton dont l’exaspération augmenterait de manière exponentielle « assis-assis-assis » ou que j’entreprenne une quelconque action coercitive à leur encontre. Et, surtout, personne ne soupçonne une quelconque « mutinerie » par rapport à mon autorité sur elles, en fait, personne ne s’attend que j’aie la moindre autorité sur elles.

boss

Pourtant, quand il s’agit d’un chien, c’est précisément ce qui arrive.

Je me souviens d’un monsieur ayant réceptionné un chien qu’il venait de décider d’adopter qui, 10 secondes après avoir pris le chien en laisse, lui claironnait un « au pied » très décidé. Le chien, soit complètement vierge de tout apprentissage (probablement), soit complètement déboussolé par des circonstances émotionnellement pas faciles n’a pas donné le moindre signe de savoir faire quoi que ce soit qui ressemble, même vaguement, à un «au pied». Immédiatement, le monsieur a élevé la voix et produit un «AU PIED» tonitruant (tout aussi inefficace que le premier).

A ce moment là, il se tourne vers l’employé du refuge et décrète, un peu dépité «dommage, il n’est pas très obéissant »…..  😯 😯 😯

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Cette étrange conviction que nos chiens comprennent notre langage humain est probablement le résultat d’une connivence très spéciale avec cet animal qui est si incroyablement proche de nous.

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Elle est à la fois fascinante (d’un point de vue sociologique) et légèrement inquiétante (pour le chien).

Car, si personne ne s’attend à voir un chat « obéir » ni un cochon, c’est souvent précisément ce qu’on attend du chien, comme s’il venait au monde avec cet unique désir de combler toutes nos attentes et exigences (aussi peu adaptées qu’elles soient à un individu spécifique d’ailleurs : difficile parfois de faire le deuil du chien d’assistance, sportif ou – tout simplement – ultra sociable). 

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J’ai des propriétaires qui, parfois, me disent « je lui dis de ne pas toucher mais il ne m’écoute pas » (quand je leur demande comment ils ont enseigné le « ne pas toucher » au chien, ils sont un peu perplexes, en réalité, ce mot spécifique n’a fait l’objet d’aucun apprentissage particulier).

Et, dès lors qu’on est complètement dans l’idée que le « chien comprend », s’il comprend et ne fait pas, c’est donc qu’il désobéit (il fait passer sa volonté propre de « ne pas faire » au dessus de la notre qui lui demande, justement, de « faire »).

Pour en revenir à mes petites cochonnes, personne ne s’attend, non plus, qu’elles soient cordiales avec le monde entier et 100% des personnes qui les rencontrent me demandent, prudemment, si « on peut les toucher ? »

(d’ailleurs oui, on « peut » et elles ne mordent personne, ensuite, elles n’y tiennent pas outre mesure comme mon Border qui ne grognera et encore moins mordra personne mais, si vous lui fichez la paix il préfère, alors que mon Australienne apprécierait très certainement les câlins d’un cambrioleur qui m’aurait, au préalable, égorgée).

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Avoir été élevé au rang de « meilleur ami de l’homme » semble avoir généré par rapport au chien des attentes qui dépassent celles que nous avons pour tout autre animal…. l’obéissance de nos chiens étant pour certains la mesure de la dévotion qu’ils devraient ressentir à notre égard (l’éternel « il le fait pour moi » ou « pour me faire plaisir »).

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En gros, il m’aime s’il m’obéit et s’il m’obéit, il m’aime (ce qui est très loin d’être sûr).

Je surprends souvent mes clients quand je leur dis que, pour moi, « l’obéissance » n’existe pas : il y a des apprentissages, compris ou non, complets ou incomplets, généralisés ou non, flexibles ou non, des contextes propices ou pas du tout…. et le chien nous le confirme continuellement en n’exécutant pas ce malheureux « assis-assis-assis-assis » que vous répétez avec une exaspération grandissante alors qu’il est à 2 mètres d’un chien qui le préoccupe, alors que d’autres chiens font les fous devant lui ou parce que, tout simplement, vous lui avez appris ce comportement en lui faisant face et en utilisant un geste de la main alors que là, vous êtes à côté de lui et vous utilisez uniquement le mot qui n’a strictement aucun sens pour lui (quoi que vous en pensiez).

Sans oublier évidemment que notre brave Pavlov étant toujours sur notre épaule (même et surtout quand on n’y pense pas), votre petit coup sur la laisse (pas trop « méchant ») ou votre voix sévère (pas trop effrayante) deviennent précisément ce qui annonce l’opportunité d’un renforçateur si, après avoir exécuté, vous récompensez le chien : dans ce cas précis, le coup sur la laisse devient le signal conditionné et le chien l’accepte plutôt vaillamment puisqu’il annonce l’arrivée d’une friandise – en fait, il n’exécutera son comportement qu’en présence de ce signal spécifique.

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Si, quand le chien « n’obéit pas » nous nous posions la question de son apprentissage (ce qui devrait plutôt vous inciter à NOUS remettre en question plutôt que de remettre le chien en question), de son état émotionnel dans l’instant, de l’environnement immédiat – nous nous éviterions de plonger dans cette vision douloureuse pour lui et pour nous de l’obéissance absolue en toutes circonstances qui complique et dégrade la relation.

Nous avons, en grand nombre, réfuté la théorie de la dominance mais nous parlons, encore (presque) tous, d’obéissance et d’ordres qui nous ramènent pourtant tout droit à un concept de domination  😆 😆 😆

Happy training ☺☺☺

janvier 25, 2019

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