La « relation »

La relation et l'apprentissage ou la relation ou l'apprentissage?
synchronisation interspécifique ?

La relation et l’apprentissage ou la relation versus l’apprentissage?

Une thématique qui revient de manière incessante quand on parle d’apprentissage, c’est la place de la « relation ».  

Mais de quoi parle-t-on au juste ? 

Dans des temps très anciens, le chien avait surtout et avant tout une utilité (guerre, chasse et essentiellement) et les très anciens proverbes sur les chiens le décrivant comme vicieux et dangereux et peu fiable sont plutôt nombreux 🙂



Si on a découvert des ossements d’humains enterrés avec leur chien dans l’ancien Egypte, on a également trouvé des inscriptions sur des stèles qui nous donnaient leurs noms : « Courageux » « Fiable » «Bon Berger », «Antilope » et on aurait même trouvé une stèle qui nomme un chien «Inutile » (le pauvre).

La relation se fondait plus sur les qualités du chien que sur l’affectivité pure et les allusions  à leur état de « serviteurs » de l’humain étaient claires. On définissait d’ailleurs les prisonniers de guerre comme « les chiens du roi », c’est parlant

Depuis le 18e, encore plus au 19eet infiniment ensuite jusqu’à nos jours, la terminologie humaine a incroyablement évolué vers l’affectif (l’apparition du vaccin de la rage, en 1869, n’étant pas complètement étrangère à cette évolution de la perception sociale). 

C’est Frédéric de Prusse (1740-1786) qui aurait créé le célèbre adage « le chien est le meilleur ami de l’homme»en définissant son lévrier comme son meilleur ami. 

(fin du préambule)

La dite « relation » avec un animal débute aussitôt qu’il perçoit votre présence dans son environnement. 

Votre première apparition, le fait de passer devant lui, votre odeur sont, précisément, le début de la dite « relation ».



On n’a pas deux fois la chance de faire une première bonne impression.

Arriver avec un cadeau, quand on est invité à une quelconque réunion festive, est une relation sociale complètement acquise d’ailleurs. 



En faire autant avec un animal est, parfois, considéré comme un «chantage» alors que, finalement, on ne demande aucune conséquence particulière (ce qui est le propre d’un chantage, les conséquences) mais on cherche à faire « bonne impression » (à savoir, en comportement, à créer de bonnes associations).

Elle est encore plus acquise quand on souhaite, précisément, faire TRES bonne impression (quand on rencontre, pour la première fois, les parents de la personne aimée, quand on est invité chez son patron, etc. – il ne nous viendrait tout simplement pas à l’esprit d’arriver les mains vides et, si vous arrivez les mains vides, soyez à peu près certains que ce sera noté).

Notre exigence vis-à-vis du chien est qu’il nous aime « sans conditions » (et, donc, qu’il nous obéisse par une notion très romantique de l’attachement).

Citations typiques : 

  • « Le chien est le seul être au monde qui vous aime plus que vous vous aimez vous-mêmes »  (acteur américain)
  • « Le chien vous enseignera l’amour inconditionnel » (Wagner)
  • « Un chien ne vous juge pas »  (Tolle)
    « Si vous voulez trouver un vrai ami, achetez un chien » (O’Leary)

Etc. etc. 

Alors, est-ce que les chiens nous aiment «inconditionnellement » ? 

A mon sens, les chiens, comme tout ce qui vit, ont leurs besoins spécifiques et vont donner cette affection à ceux qui comblent ces besoins.

En termes crus, les chiens nous aiment parce qu’on leur apporte ce dont ils ont besoin.  La même raison qui fait que certaines espèces sauvages vivent en groupe, parce que leurs chances de survie sont augmentées par la force et dynamique du groupe, versus errer seul. 

Les chiens ont généralement peu d’options : c’est nous ou rien, donc ils s’adaptent et montrent de l’attachement à des propriétaires parfois loin d’être parfaits – mais, laissez-les donc (hypothétiquement) choisir entre un foyer où on reçoit plus de gratifications et celui où on en reçoit moins et regardez-les déménager très rapidement 🙂

Dans mon option hypothétique, le propriétaire décidément maltraitant donnerait du filet mignon 3 fois par jour et le propriétaire bien traitant une alimentation moins alléchante… mais alimentation quand même.  

Je parierais gros sur l’option du deuxième, donc, effectivement, les chiens ont des conditions, elles ne sont pas exclusivement fondées sur la nourriture mais elles existent bel et bien. 

J’ai un Border qui considère les humains autres que moi comme des trucs complètement inintéressants qui peuplent son univers sans véritablement l’impacter… laissez-le jouer au frisbee avec un inconnu et, la prochaine fois qu’il va croiser le dit inconnu, une petite lumière va s’allumer dans ses beaux yeux d’amour : l’association a été faite et elle est toujours là.  

Pour lui, parce qu’il est magistralement bien nourri, le jeu sera plus percutant que si vous lui donnez 3 friandises, indiscutablement (ce serait tout à fait différent s’il mourait de faim évidemment). 

Toute interaction est une forme d’apprentissage (répondant et opérant, qui sont en général indissociables bien que présentés comme 2 phénomènes distincts) et toute forme d’apprentissage vient façonner la dite relation. 



Quand votre mère vous mettait au sein (ou vous donnait le biberon) et apaisait ainsi votre sensation de faim (renforcement positif ou même renforcement négatif), qu’elle vous prenait chaleureusement dans ses bras (comblant ainsi votre besoin de mammifère de contact, renforcement positif ou vous soustrayant à une solitude douloureuse, renforcement négatif), vous débutiez, dès le jour 1, votre « historique de renforcement » avec cette figure maternelle.



Quand vous partagez des souvenirs Facebook avec votre meilleure amie (ou ami), de ce magnifique concert, de cette soirée mémorable, de ce fou rire homérique, de ces vacances idylliques – c’est votre historique de renforcement que vous activez.  

Elle n’est pas votre « meilleure amie » pour rien : toutes ces agréables substances comme la dopamine, la sérotonine et l’ocytocine sont mobilisées quand nous vivons une quelconque expérience qui nous fait «nous sentir bien ».  Si l’interaction avec un autre humain nous fait sentir « bien », nous allons répéter ce comportement. 



On sait pertinemment que les personnes complètement isolées sont plus exposées au risque de problèmes de santé (cardiaques notamment) et voient leur durée de vie potentiellement diminuée. 

De là à imaginer que notre besoin d’amitié (ou de renforcement positif?) est une nécessité biologique, il n’y a qu’un pas.

Imaginez que, dès demain, elle ne le comble plus (elle ne répond plus au téléphone alors qu’elle est disponible, elle ne sort plus avec vous, elle ne rit pas à vos blagues, elle ne vous console plus en cas de coup dur, elle vous inflige des vexations multiples et variées),  elle vous met sous « extinction opérante »– ce qui est à la fois frustrant et douloureux. 

Si renforcement aléatoire, vous allez résister (plus ou moins longtemps)à cette modification de la relation, si extinction totale… la relation va, inévitablement, se dégrader et, au bout du compte, être détruite dans la souffrance. 

Plus votre historique de renforcement aura été fort et solide, plus longue sera l’extinction, évidemment, on perd plus facilement une relation jeune et instable qu’une amitié de 20 ans. 

L’apprentissage est un outil de l’adaptation à l’environnement de tout organisme vivant. 

Il se fait donc quoi que vous fassiez (ou que vous ne fassiez pas) : votre chien va appréhender son environnement selon son propre curriculum  si vous n’intervenez en rien.  Ses besoins sociaux étant importants, il va s’attacher à vous à chaque fois que vous comblez ces besoin (même effet sur le cerveau que dans mon exemple humain). 

C’est ainsi que, dans certains pays, on se fiche royalement de savoir ce qu’apprend le chien de ferme et, quand il vous pince les mollets, personne ne s’en émeut… cela fait partie de son job et vous n’aviez qu’à ne pas vous approcher. Certains vont lui filer un coup de pied d’ailleurs, et, ça aussi, ça n’émeut personnes dans ces mêmes contrées, c’est de bonne guerre (et le chien apprend que cet humain là, je vais désormais l’éviter ou le pincer plus subrepticement la prochaine fois). 

Comme peu d’entre nous (surtout en Suisse)peuvent allègrement adopter cette manière de fonctionner, on est bien obligés de donner un minimum d’apprentissages dirigés à nos chiens, sinon on va au devant d’un certain nombre d’ennuis qu’on préfère éviter.  

D’où le « rappel », un comportement stationnaire quelconque, ad minima. 

… et là, on va me demander si le chien revient pour mon bout de fromage ou « pour moi », inévitablement : ce que les gens appellent « distractions » ne sont que des « stimuli compétiteurs » au stimulus que je représente.

Le chien fera son choix selon la manière dont j’aurai mené cet apprentissage, tout simplement .

Tout ce qu’on apprend en plus à nos chiens, ce qu’on appelle communément des « tricks » (qui ne sont que des comportements pour un chien, c’est nous qui leur affublons une dimension ludique en comparaison au « assis, couché reste » rituels), des activités canines diverses et variées (la liste est longue),est un choix non seulement personnel mais également une réponse à notre choix de race de chiens, les races étant des sélections humaines, ne l’oublions pas (et, au delà des races définies, au tempérament de notre individu d’ailleurs). 

Offrir des « balades silencieuses » à un Border Collie (et rien d’autre!!), c’est presque à coup sûr rencontrer, tôt ou tard, ce qu’on va appeler « problèmes de comportement » mais prendre une race génétiquement hyper craintive (certains « loups » très à la mode) et vouloir faire de l’obé-rythmée est, à mes yeux, tout aussi aberrant. 

En clair, travailler à donner des apprentissages à vos chiens ne vous exonère absolument pas de vous poser des questions fondamentales : 

  • Pourquoi je lui apprends ça ?
  • Est-ce que cela lui correspond ? 
  • Est-ce que cela comble un besoin chez mon chien ? 
  • Est-ce que ça lui apportera un plus dans son existence ? 

Comme le dit Kay Laurence, « ce n’est pas parce que vous pouvez le faire que vous devriez le faire »

Une fois ces étapes franchies, le « comment »je vais apprendre à mon chien ce que je vais lui apprendre relève pas mal de la technicité mais également de nos croyances(coercition, intimidation ou renforcement) : les chiens initiés au clicker training par des débutants sont souvent bruyants, frénétiques et exagérément demandeurs – ce n’est pas la faute du « clicker » mais d’un manque de compétences du « trainer », tout simplement (mais ça se soigne). 

Quand on fait du « shaping » avec un chien, on ne lui apprend pas juste le «rouler-bouler » ou le « couché » : on construit son opinion sur l’apprentissage avant tout : est-ce fun pour moi de faire ça avec toi ou non ? 

Est-ce que tu es un renforçateur par définition ou non?

Tout ce qui l’est, va construire la relation et le contraire aussi, évidemment.



Si on active chez le chien les circuits de la curiosité et du jeu, couplés au renforcement positif, ces mêmes comportements deviendront des renforçateurs secondaires qui nous seront d’une immense utilité pour faire ressurgir certaines émotions.  

Quand un chien craintif peut se « réfugier » dans un comportement connu et hautement renforcé, celui-ci suffira souvent à le faire basculer de l’incertitude au bien-être.  

Les chiens dits « réactifs » ont souvent un répertoire comportemental très pauvre parce que leurs propriétaires sont, avant tout, préoccupés par les «problèmes de comportement ». 

L’utilisation que l’on va faire de ces apprentissages et de compétences, qu’elle soit adaptée, raisonnée ou excessive (pour un contrôle trop zélé par exemple), nous appartient également…  

Je me rappelle d’avoir vu passer un article (désolée, je ne sais plus de qui), sur la « désobéissance heureuse » (ou quelque chose comme ça) : outre au fait que nos chiens ne sont pas des robots et que JAMAIS nous n’obtiendrons une fiabilité à 100% dans nos demandes, je ne demande jamais rien à mes chiens qu’ils ne soient pas, parfaitement, capables d’exécuter dans la joie et la bonne humeur dans un contexte spécifique– parce qu’ils en ont les compétences. 

C’est une réflexion qui va bien au delà de nos convictions personnelles sur le « chien obéissant » (que j’appellerais plus volontiers « chien compétent » pour ma part) ou chien « qui vit sa vie »… et très peu importe ce que vous apprendrez à votre chien (il apprendra tout seul de toute façon) mais plutôt de s’interroger sur « pourquoi je le fais » et « comment je le fais » 🙂

Happy training…



mai 8, 2019

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