Facile mais pas simple…

Le conditionnement classique...

 

On explique souvent (et on devrait expliquer toujours) qu’un chien craintif ou anxieux doit former de nouvelles associations – et donc construire des réponses émotionnelles conditionnées agréables – avec le déclencheur (ce qui lui fait peur).

Jusque-là, tout va bien 🙂 ♥

En simplifié : le déclencheur apparaît – vous distribuez de la nourriture de très haute valeur, en rafale, jusqu’à la disparition du déclencheur.

C’est une opération très facile à comprendre : nous avons tous des animaux qui, quand ils vous voient prendre la laisse, ou manier les gamelles ou ouvrir la bouteille de shampooing ont une réaction immédiate (une réponse émotionnelle conditionnée, bonne ou mauvaise) – soit ils sont tous contents, soit ils s’éclipsent prudemment. 

C’est ce qu’on appelle du conditionnement classique, rien de nouveau sous le soleil.

Je vis dans un lieu passablement désertique et, quand je travaillais ma chienne réactive dans ce sens (diminuer sa réactivité aux congénères), il y avait de nombreuses balades où ne croisions aucun chien et, pas mal de potes éducateurs, m’encourageaient à les rejoindre en balade, question de «pouvoir travailler ».

Pourtant, l’absence de renforçateur (et, non et non, pas d’une « récompense » vu qu’on ne « récompense » rien du tout, on ne fait qu’associer – un simple « ça =ça »), est au moins aussi intéressante que la distribution de celui-ci.

Ne « rien faire », l’absence de renforçateur lors de ces balades où ne voyions pas d’autre chien arriver, n’était absolument pas du « temps perdu », bien au contraire.

Le conditionnement classique opère allègrement avec peu de répétitions puissamment renforcées (friandise fabuleuse)

(ou puissamment punies d'ailleurs : j'ai mis, une seule fois, de la pommade sur le haut de la truffe de mon chien - micro bobo, pommade qui ne pique pas, sans trop me soucier de savoir comment il vivait la chose, puisque JE considérais la chose comme un non-évènement chez un chien qui est totalement tranquille lors des soins. Un mois plus tard, j'ai ouvert un tube de pommade pour panser mes millions de piqûres de moustiques et j'ai vu mon chien prestement quitter son dodo où il dormait tranquille pour s'en aller dans une autre pièce. J'ai mis plusieurs heures à faire la relation  - lui n'a mis qu'une demi seconde) :) 

Quand on est propriétaire d’un chien dit « réactif » (à savoir que sa réponse comportementale à un stimulus, ou plusieurs, est excessive), on voudrait que ça bouge, que ça « avance » et donc, on veut « travailler » (enfin, quand on est un humain plein de bonne volonté en tous cas). 

Certains de mes clients se cherchent donc des endroits riches en stimuli déclencheurs, pour pouvoir mettre en pratique et, parfois, me disent dépités « mince, on n’a pas croisé de chien / cycliste / jogger, aujourd’hui», légèrement dépités.

Ne « pas faire » nous donne l’impression d’avoir perdu notre temps, il faut donc « faire » . Travailler plus, en faire plus nous semble toujours préférable (c’est ce qu’on nous répète depuis la petite enfance : peut faire plus, peut faire mieux).

Le conditionnement, ce n’est pas que pour les chiens 🙂 

… donc, parce qu’on ne croise aucun chien (jogger, vélo, autre), on se met à travailler la position « entre les jambes », « touche ma main » ou un autre de ces innombrables jeux qu’on peut voir partout sur internet. On aura, au moins, « fait quelque chose », on n’aura pas perdu notre temps. 

En agissant ainsi, il devient très compliqué pour le chien de comprendre que, ce qui fait arriver vos fabuleuses friandises, c’est le déclencheur… si les friandises pleuvent pendant toutes les balades, les chances qu’a votre chien de comprendre cette association diminuent vertigineusement.

Pas de déclencheur = pas de friandises, point.

Vous mettre à bosser le « assis, couché » et autres comportements en balade, est totalement contre-productif (tout ça, vous pourrez le faire à un autre moment, évidemment).

Dans une procédure de CC – le déclencheur est là, ou alors, il n’est pas là, c’est clair, net et précis et les deux parties de l’exercice sont cruciales.

Distribuer des friandises quand le chien a vu le déclencheur et ne PAS en donner quand pas de déclencheur permet au chien de comprendre que c’est bel et bien ce stimulus-là qui donne accès aux friandises et nul autre. Il devient premier et prépondérant dans la hiérarchie des informations.

Souvent, je vois des clients qui, après la disparition du déclencheur, parce que le chien « s’est bien comporté », se mettent à donner des friandises pour le « récompenser » (« il a été sage », me disent-ils, tous contents).

Oui mais non, l’absence de déclencheur et l’absence de friandises font partie intégrante du processus. Seul le déclencheur fait arriver les friandises.

Notre tâche est, vraiment et uniquement, de faciliter cette association pour le chien réactif.

Prenons, par exemple, la pochette à friandises… l’association se fait très, très vite « wow, elle/il a sa pochette, youpiiie » – la pochette devient l’information première et au revoir le déclencheur.

Sans parler des jolis sacs plastique que beaucoup mettent dans leur pochette pour ne pas la salir… le bruit du plastique est puissamment annonciateur : si vous farfouillez avec votre sac plastique à l’apparition du déclencheur, vous avez toutes les chances de voir l’association « bruit-friandises » se faire au détriment de celle que vous voudriez voir arriver.

Ou alors, vous avez vos bonbons dans vos poches (pour contourner la problématique de ladite pochette) : très vite votre chien sait que « main dans la poche » est égal à friandise.

La simple odeur (car une friandise appétissante a, par définition, une odeur et votre chien a un nez bionique) de vos « munitions » est une information claire pour le chien.

Le monde de nos chiens pullule de signaux parfaitement interprétés et reconnus : la pochette, le bruit du sac plastique, le fait que nous nous éloignons souvent du déclencheur (pour donner de l’espace à nos chiens), tous, sont des stimuli compétiteurs avec l’association que vous cherchez à construire : déclencheur=bonbons.

Notre mécanique, nos habitudes peuvent œuvrer méchamment en défaveur de ce que nous cherchons à faire.

Alors, la balade « sans déclencheurs » , est une excellente chose car elle nous permet de faire comprendre à notre chien ce qui est « pertinent » et ce qui ne l’est pas du tout.

Si pas de déclencheur, votre chien apprend quand même, il apprend que : «pas de déclencheur, pas de bonbons » … et c’est précieux.

Faire comprendre à un chien ce qui a un sens (pour lui) et ce qui n’en a pas, c’est un travail qui nous incombe.

Portez  votre pochette à la maison (avant de faire le ménage, le repassage, du bricolage, jardinage ou de sécher vos cheveux) et ne donnez aucune friandise, faites-le souvent – le chien comprendra que la pochette, en soi, ne veut pas dire pluie de bonbons. Enlevez-la, remettez-la, plusieurs fois, sans rien donner.

Mettez votre main à la poche et contemplez votre friandise, puis rangez la, sans la donner, souvent, partout. 

Portez sur vous (dans votre poche, un tablier) ces friandises qui sentent si bon, n’en donnez pas – l’odeur alléchante du poulet revenu au beurre ne veut pas dire distribution de poulet au beurre 🙂 

Maniez votre sac plastique, fourragez dans vos friandises, n’en donnez pas. Ce bruit ne veut pas dire distribution.

« Mettez de l’espace », comme si un déclencheur arrivait (en l’absence de déclencheur), changez de trottoir souvent… ne donnez rien. S’éloigner du chemin, donner de l’espace devient quelque chose de neutre, qui n’apporte pas une information significative, pertinente.

Toutes ces informations perdront leur pouvoir informatif si elles ne donnent pas lieu à un renforcement.

Si vous avez des réflexes conditionnés, comme raccourcir la laisse à l’apparition d’un déclencheur (quand le chien est en laisse évidemment), faites-le régulièrement, puis relâchez-la, ne donnez rien.

Mon Border, quand il était un bébé chien, devenait littéralement dingue dès que je m’approchais de la porte d’entrée (parce que on sort, on va jouer, on va bosser, on va balader, etc.). J’ai ouvert et fermé ma porte dix mille fois par jour, sans rien dire. Maintenant, il sait que « ouvrir la porte », ne signifie pas « on va dehors», il me regarde attendant une vraie information.

Les  exemples sont infinis et inhérents à chacun d’entre nous… réfléchissez à vo petites habitudes 🙂 

Parce que cette foule d’informations peut, vraiment, interférer avec la création d’une vraie association « déclencheur-friandises ».

Rendre ces informations de l’environnement vides de sens va puissamment aider votre chien à reconnaître celle qui A DU SENS et, donc, accélérer votre travail de contre conditionnement. 

Happy Training…

 

0 réponses sur "Facile mais pas simple..."

Laisser un message

©Magic Clicker. Tous droits réservés. Conception AlaiseNet
X