Auto-contrôles, contrôle du stimulus – on parle de quoi?

Les « auto-contrôles »

Avaler ce gâteau alors qu’on n’a même pas vraiment faim, faire un doigt d’honneur à celui qui nous coupe la priorité de trop, glandouiller sur les réseaux sociaux alors qu’on aurait dix mille choses à faire : cela s’appelle, aussi, céder à la tentation, craquer, s’énerver ou procrastiner…  Je ne sais pas vous mais, personnellement, je manque parfois d’auto-contrôles.

Toutes nos ressources mentales ont leurs limites et « l’épuisement du moi » (ce que les anglophones appellent « ego depletion ») est une théorie sociale qui s’applique aussi bien aux humains qu’aux chiens. Elle suggère que ce fameux contrôle sur nos impulsions est une ressource limitée et qui s’épuiserait au fil des heures ou des tâches stressantes (testées sur les humains et sur les chiens d’ailleurs). 

Le « self-control » ou auto-contrôle m’apparaît avant tout comme la capacité humaine ou non humaine d’inhiber un comportement initial et impulsif mais qui, en finalité, est contre-productif (pour le sujet concerné).

Au sens du bien-être de l’individu 🙂 

Si j’insulte un humain énervé qui fait deux fois ma corpulence et la moitié de mon âge, c’est un comportement qui, potentiellement, n’est pas du tout bon pour ma survie, je vais peut-être donc moduler ma communication en conséquence (n’en déduisez pas que je passe mon temps à insulter les gringalets hein ?).

Ce qui me fait penser à feu notre Coton de Tuléar Joy qui pouvait se révéler particulièrement mal aimable avec les chiens de sa taille ou plus petits qu’elle, mais qui était d’une tolérance exquise, voire carrément capable de « flirt » avec des congénères qui faisaient 3 ou 4 fois sa taille. Plus le chien était grand et plus elle se montrait affable (non pas apeurée, affable).

Certains chiens poussent toutefois ce comportement de « flirt » au-delà du raisonnable, comme ces chiens adultes qui lèchent les babines de congénères de façon compulsive, ignorant les grognements et allant droit à la morsure de l’autre, excédé – c’est ce que je qualifie de manque d’auto-contrôle, à savoir l’incapacité de réguler son émotionnel.

Des comportements qui ne s’inhibent pas de manière appropriée et adaptative et qui finissent par se révéler néfastes pour celui qui les produit.

Certains chiens ont naturellement de meilleurs autocontrôles que d’autres, certains humains aussi : tout le monde connaît le test du « marshmallow » chez les enfants ( Walter Mischel & Ebbe B. Ebbesen, université de Stanford, 1970) – qui visait à tester leur capacité à retarder une gratification immédiate au profit d’une autre, plus grande (deux friandises plutôt qu’une seule).

Là aussi, manger le bonbon allait à l’encontre des intérêts de l’individu vu que, par ce comportement, les enfants renonçaient à en obtenir un deuxième.  Notre capacité à réguler notre émotionnel est-elle génétique ? En partie génétique, pas du tout ? Les études sont plus que nombreuses et, évidemment, souvent complètement contradictoires.

 

 

 

Parce que, à mes yeux, le chien qui vous saute dessus pour obtenir sa gamelle, qui bondit hors de sa cage où il vient de s’ennuyer des heures durant ou vole le rôti du dimanche parle plus du manque de compétences acquises que d’un quelconque manque de « self-control » (à qui la faute alors?).

 

En effet, manger (surtout quand on ne mange qu’une fois par jour), bouger ou déguster quelque chose de plus excitant que des croquettes me semblent des comportements parfaitement en harmonie avec l’intérêt de l’individu et pas le moins du monde « contre productifs » pour le sujet concerné. 

Le chien manque d’apprentissages pour une vie partagée avec des humains mais sûrement pas d’auto-contrôle.

L'expression du chien en dit long sur son émotionnel lors cet exercice de prétendu "auto-contrôle"... 

A nous de lui apprendre à obtenir ce qu’il est en droit obtenir par des comportements mutuellement acceptables (et, non, je ne pense pas que retirer la gamelle ou la main, fermer la porte de la cage sur le nez du chien soient des solutions idéales mais ce n’est pas le sujet du jour). 

Bien évidemment que « ça marche » (le grand cri de guerre des partisans de ce type d’approche) mais, si l’efficacité devait être notre unique paramètre en quoi nous prétendrions-nous d’une approche dite « bienveillante » ?

Que faisons-nous de l’émotionnel rattaché à tout apprentissage? 

On peut apprendre à un chien qu’il est inutile de se jeter sur une ressource sans devoir compromettre son opinion sur la fiabilité de nos actes. 

Il s’agit beaucoup moins de rendre le chien « obéissant » mais compétent 🙂 

 

Le contrôle du stimulus

Autre confusion fréquente, le chien qui vous balance des montagnes de comportements quand vous sortez votre pochette ou qui produit des comportements que vous considérez inadaptés dans un contexte précis.

On parle de contrôle du stimulus quand un signal dans l’environnement fait apparaître un comportement spécifique sans confusion possible.

En plus clair : quand le téléphone sonne, vous répondez (vous ne vous mettez pas à répondre au téléphone quand il ne sonne pas et que personne n’est au bout du fil).

Quand on frappe à la porte, vous allez ouvrir…

Quand le téléphone sonne, vous n’allez pas ouvrir la porte ou ouvrir le four… 

Qu’est-ce qui vous fait agir ? Le signal (sonnerie, coups sur la porte) ?

Pas du tout, ce qui vous fait faire ce que vous faites c’est la conséquence : le signal vous informe, tout simplement, de l’arrivée d’une future conséquence. 

Quand votre chien vous débite sa collection de comportements dès que vous empoignez votre clicker, on vous dira (peut-être) que ses comportements ne sont pas sous contrôle du stimulus : or, techniquement, c’est faux.

Tout comportement est inhérent à un stimulus quel qu’il soit (inévitablement et même si ce stimulus est interne et invisible pour les observateurs)le problème est que celui du chien et le vôtre ne sont pas toujours les mêmes… 

Le clicker, les friandises, le lieu où vous bossez votre chien, le terrain – sont autant de stimuli qui signalent au chien de produire un ou des comportements et, donc, il le fait.

C’est ce qu’il a appris, ce qu’il a compris.

Parce que l’apprentissage c’est tout le temps, pas quand on a décrété qu’on va « éduquer » le chien une fois par semaine dans un club.

Pas forcément ce que vous avez cru lui apprendre, ce que vous pensez qu’il a compris 🙂 

Alors que, pour vous, le comportement s’appelle « assis » « couché » ou «donne la patte», pour lui, le stimulus est totalement autre chose (votre manière de vous tenir devant lui, la pochette de friandise, le terrain, votre ton de voix quel que soit le mot, votre geste, l’heure qu’il est, etc. etc. etc.).

Votre mot, est souvent la dernière information pertinente pour le chien, parce que ce n’est pas un être verbal… parce que nous, nous le sommes, nous sommes très enclins à imaginer que le mot est son information principale (d’où l’acharnement de certains à répéter le mot, « l’ordre » d’un ton de moins en moins aimable, jusqu’à ce que le chien produise un truc quelconque, ne serait-ce que pour échapper à l’aversif de votre émotion colérique qu’il perçoit très bien). 

Il n’est toujours pas « désobéissant » mais il ne voit pas les choses comme vous : parce que son apprentissage n’est pas fini, pas discriminé, pas généralisé et pas rattaché au signal que vous aviez prévu par un phénomène « d’overshadowing » (présentation involontaire mais bien réelle de nombreux stimuli en début d’apprentissage).

Quand vous vous retrouvez à dire ou penser « il n’a toujours rien compris », celui qui apprend lentement n’est peut-être pas celui qu’on croit 🙂 

Happy Training 🙂 

 

 

 

 

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