Le plan de shaping

Photo by Toomas Tartes on Unsplash

 

Établir un plan de shaping (plan d’apprentissage si vous préférez la version française)équivaut à préparer une randonnée ou un voyage : réfléchir et établir l’information indispensable à vous faire arriver de votre point de départ à votre point d’arrivée de la meilleure manière possible et en ayant apprécié le voyage (surtout)

Vous allez réfléchir au chemin le plus rapide, le plus sécurisé ou le plus sympathique selon vos capacités physiques, les lieux de halte, votre progression personnelle, le nombre de kilomètres que vous comptez avaler chaque jour et ce que vous allez faire si quelque chose devait ne pas se passer comme prévu, surtout si vous prenez la responsabilité de quelqu’un qui compte sur vous 🙂 

Photo by Element5 Digital on Unsplash

 

Un chemin ou un col de montagne fermé, une cheville douloureuse et tout pourrait être à revoir.

Il ne vous viendrait pas à l’esprit de partir pour une longue randonnée en montagne en tongs et sans avoir la moindre idée si partir à gauche ou à droite après la station-service 🙂 

Pourtant, c’est souvent ainsi qu’on aborde un apprentissage avec nos chiens: on empoigne son clicker, ses friandises, sans trop savoir pour quel voyage on embarque, sans visualiser de vrai but et en croisant les doigts.

Un plan de shaping est rarement « général » – plus il sera individualisé et personnalisé et plus il sera efficace : il se doit d’être moins ambitieux quand on ne connaît pas l’individu. 

Par exemple, si je ne garde pas mon Australienne dans une stratégie d’apprentissage sans erreurs, elle va se soustraire à la plus petite frustration assez rapidement (après tout, elle ne meurt pas de faim et sait parfaitement que les occasions d’obtenir des renforçateurs dans cette maison sont fréquentes et multiples).

Nos chiens ne vivent pas dans des laboratoires et les stimuli «concurrents » sont toujours très largement disponibles – ce qui fonctionne avec un rat dans une cage vide ne fonctionnera pas forcément avec votre chien qui, lui ou elle, a tout loisir de faire des choix (travailler avec vous ou peut-être pas).

Autre exemple : avec mon Border, les séances doivent se limiter à dix tentatives ou moins. Si, en effet, il n’arrêtera jamais d’essayer quel que soit le nombre de ses erreurs (qui seraient de ma responsabilité), son comportement se dégrade systématiquement sans cette pause (qui me permet, par ailleurs, de prendre des notes car, pour nous aussi, garder notre concentration aussi longtemps n’est pas toujours facile). 

 

Acceptons donc également nos limites : on arrive à rester vraiment focalisé sur notre apprenant sur trois répétitions, tenons-nous à trois répétitions.  

Les prérequis du « shaping »

Avant tout, connaître l’espèce avec laquelle on souhaite travailler en shaping.

Les animaux communiquent des signaux de stress, de frustration ou, au contraire, de bien-être et de confiance : ne pas savoir les reconnaître c’est ne pas tenir le dialogue que représente une séance de shaping (en effet, vous n’êtes pas seul à donner de signaux – quand l’animal produit un comportement souhaité, c’est le signal qu’il vous donne de le renforcer et vous vous exécutez poliment).

Impossible d’opter pour un monologue, il ne va générer que frustration et ratages.

Une connaissance approfondie de l’espèce est évidemment indispensable mais, par la suite, c’est votre apprenant qui est votre interlocuteur : la science du comportement est celle de l’individu.

La connaissance des processus d’apprentissage : tout comportement est soit en train de se renforcer, soit en train de s’éteindre – toujours et tout le temps, le vôtre comme celui de votre animal.

La technique : quel marqueur, quand, comment, avec quoi (est-ce que je galère à distribuer la friandise correctement?). Choix et distribution du renforçateur : où vais-je renforcer et pourquoi ?

Quel chemin choisir : leurre, capture, cible, environnement (oui, le leurre fait bel et bien partie du shaping).

Si je reprends mon analogie avec la randonnée, avant d’envisager mon itinéraire, je me pose la question si je suis en forme, si je possède l’équipement indispensable – inutile d’envisager un trek si j’ai une jambe cassée 🙂 

Un plan de shaping se doit d’être

  • Clair  : plus votre itinéraire est clairement défini, mieux vous allez y arriver
  • Flexible : il va devoir se décomposer en des étapes plus nombreuses selon votre apprenant ou, au contraire, devoir sauter un certain nombre d’étapes initialement prévues
  • Progressif : même si on décompose encore et encore, on avance dans le sens du but final programmé.
Comment débuter ?

Le tout étant de débuter justement.

 

Un voyage s’envisage et se prépare. Commencez quelque part et vous affinerez votre capacité à établir des plans d’apprentissage avec l’expérience.

Ses grandes lignes

Le but final, décrit avec le plus de précision possible (un chien qui cible avec son nez est-il couché, débout, assis, en mouvement, vous fait-il face ou non, quel sera l’environnement, humain compris évidemment, etc. etc.).

Comment le rendre possible ? Le chien connaît-il déjà un comportement qui peut servir à débuter ce nouveau comportement, comment l’environnement peut-il m’aider, aurai-je besoin d’une cible et comment vais-je la présenter (et la faire disparaître), comment la distribution d’une friandise à tel endroit va rendre ma boucle d’apprentissage plus ou moins fluide ?

Que fait l’animal entre une répétition et la suivante ? Un apprentissage forme une « boucle » qui débute par un comportement (ou un signal) et se termine au début du comportement suivant (donc comprend la consommation de la friandise et le retour à la tentative suivante).

Établir mon critère (ce qui déclenche mon marqueur) : plus vous serez précis et plus il sera facile pour l’animal de vous comprendre.

Introduire le contrôle du stimulus : l’animal donne le comportement sur un signal précis et ne le donne pas quand on ne le lui demande pas. 

Post séance, il est impératif de garder des notes (rythme de succès, émotionnel du chien, problèmes encourus, progression) : c’est ce qui vous permettra de déterminer le critère de la séance suivante.

Supposons que vous souhaitiez établir un plan de shaping pour le rappel de votre chiot (ou de votre chien adulte qui ne revient plus).

Vous mettre à rappeler votre chien quand il est en train de se remplir la truffe d’odeurs de gibier ou de jouer énergiquement avec un congénère, c’est un peu débuter sa randonnée en montagne avec des tongs (ennuis garantis).

Le début de mon plan de shaping serait, par exemple, de (re)prendre la réponse du chien à son nom (critère = chien qui me regarde quand le nom est prononcé).

On ne compte plus les chiens qui ne prêtent plus la moindre attention à leur nom car il est répété, sans conséquence agréable (voir avec une conséquence désagréable parfois) encore et encore.

Note : ne plus utiliser ce nom autrement que dans vos séances de travail (se rabattre sur un nom affectueux quand on interpelle son chien sans attendre de réaction).

But : le chien me regarde dès que son nom est prononcé, dans tout environnement

Critère séance 1 : le chien me regarde = click & renforçateur

  • Répond à son nom à 50 cm de distance, pas de distractions
  • Répond à son nom à 50 cm de distance, petite distraction
  • Répond à son nom à 1 m de distance, sans distractions
  • Répond à son nom à 1 m de distance, petite distraction
  • Répond à son nom, à 2 m de distance, sans distraction
  • etc. 

Augmentation du critère : tous les 3 succès.

Séance : 3 x par jour, 4 répétitions.

Garder des notes 

Par exemple : rappel à 4 mètres ==> quand le chat passe, Youki me regarde après 3 secondes (si vous marquez et renforcez malgré tout, vous aurez créé une chaîne ==> je dis « Youki », Youki regarde le chat 3 secondes, puis me regarde ==> je marque et je renforce (vous avez renforcé l’intervalle d’observation du chat dans la foulée).

Troubleshooting (résolution de problème) : Youki regarde le chat, vous bougez, changez d’endroit et recommencez.

Ces notes sont ce qui va vous permettre d’établir la suite de votre plan (sortir le chat pour l’instant ?).

Un apprentissage en shaping doit vous permettre de voir défiler le paysage mais pas de vous attarder à regarder un détail pendant des plombes… il se pourrait que votre animal ne sache plus se sortir de cette contemplation à rallonge 🙂 (en moins imagé, ne renforcez pas outre mesure une même répétition). 

Surtout et avant tout, prendre conscience qu’écrire un plan d’apprentissage est rendre service à notre apprenant, diminuer son stress, aplanir les difficultés, diminuer nos erreurs qui le plongent dans la confusion et, donc, partie intégrante d’un coaching respectueux parce que efficace et efficace parce que respectueux. 

« A goal without a plan is just a wish”

(un but, sans un plan, n’est rien d’autre qu’un voeu).

 

mars 19, 2020

0 réponses sur "Le plan de shaping"

Laisser un message

©Magic Clicker. Tous droits réservés. Conception AlaiseNet
X