L’instinct de prédation

chez le chien domestique...

 

Avant de parler de l’instinct de prédation chez le chien, comme toujours, il faut définir ce dont on parle… question qu’on parle tous de la même chose.

Un comportement agressif de manière générale est un comportement qui menace et/ou inflige un dommage à un autre organisme.

Ce n’est pas un phénomène unitaire dans la mesure où il reflète un nombre considérable de comportements différents, tous logés sous l’ombrelle de « l’agression ». L’agression par peur, maternelle, d’irritation, territoriale ont un dénominateur commun : la perception (réelle ou imaginée) d’une menace, de quelque chose de délétère pour l’individu concerné et sont, par définition, des comportements défensifs. On peut les définir d’évènements affectifs-défensifs.

On confond, souvent, l’instinct de prédation avec d’autres comportements comme l’agression territoriale et l’agression de distancement (autres manœuvres défensives).

Une agression défensive est provoquée par l’entrée d’un individu dans l’espace du chien concerné et qui semble vouloir interagir ou interagit avec l’animal (chien, humain qui approche ou qui, directement, manipule) et qui provoque de l’anxiété.

Le but d’une agression défensive est d’augmenter la distance entre le chien et ce qu’il considère être une menace. Quand le comportement se révèle efficace, celui-ci est renforcé (renforcement négatif = soustraction d’un aversif).

La dynamique d’une prédation est toute autre vu qu’elle fait appel à une stratégie et renforce positivement l’individu.  

Au niveau émotionnel, la prédation ne comporte pas de composante émotionnelle affective (telles que la colère ou la peur) c’est un comportement de survie et non un comportement de conflit. 

N’importe quelle race de chien ou individu au sein d’une race peut avoir cet instinct de prédation mais, sans entrer dans l’inutile débat « inné versus acquis » (parce qu’il s’agit toujours des deux), il est absolument évident pour quiconque que les chiens sélectionnés à certaines aptitudes sur des décennies sont de meilleurs candidats  à certains comportements dits «foetalisés » d’une séquence complète de chasse (de petits « morceaux » individuels de la chasse).  La prédation est innée, n’est pas apprise mais a besoin de s’exprimer pour se perfectionner et elle auto-renforcée.  Non seulement le chien apprend à devenir chasseur en chassant mais il développe une envie impérieuse d’y retourner.

Notre sélection canine pointue dans certaines races fait que certains individus vont, également, partir très loin « à la chasse » mais le nez au sol – leur but n’est pas d’attraper (même si cela arrive) mais de suivre une piste… ils peuvent se perdre ou il peut leur arriver malheur à l’identique.

 

La règle de Hebb (Donald Hebb, 1949), souvent résumée par la formule «neurons that wire together, fire together » dit, en substance, qu’un comportement persistant et répété provoque un changement cellulaire qui augmente sa récurrence (c’est ce qu’on appelle l’apprentissage hebbien). 

A cette théorie de neurosciences, s’ajoute un simple apprentissage par association : un stimulus spécifique (gibier, chat, etc.) évoque l’apparition d’un gigantesque renforçateur (hello Pavlov).

Vous voulez une version plus simple ? Plus votre chien chasse, plus il chassera.

Ma propre chienne grande chasseuse m’a donné de magnifiques illustrations de cette théorie car, si par malheur, elle chassait deux fois d’affilée dans la semaine, je me retrouvais avec une espèce de fauve en folie dès que nous passions le seuil de la maison et il devenait impératif d’intercaler de grandes périodes de balade en longe.

Petit chiot affectueux et intelligent, quand elle a débuté sa carrière de chasseuse à sept mois, elle avait déjà à son actif bon nombre d’apprentissages plutôt solides, notamment un très joli rappel pour son jeune âge, un excellent lien avec moi et une écoute plutôt au-dessus de la moyenne sur certains signaux. J’ai pu apprécier à quel point ces apprentissages ne faisaient tout simplement pas le poids face à son impérieux besoin de prédation.

Pas de chance (mon point de vue, pas le sien évidemment), nous vivons en pleine nature, dans un milieu extrêmement riche en gibier (et en chasseurs la saison venue). Les renards jouent jusque devant notre porte d’entrée, souvent avec nos jouets « chiens » oubliés d’ailleurs, voir avec mes « Croks » que j’oublie régulièrement dehors et que je retrouve dans le champ voisin 🙂 

Les chevreuils abondent et ils sont relativement peu farouches : j’ai pu observer de longs regards entre eux, immobiles, et ma chienne, tendue comme un arc où seul le mouvement de l’un ou de l’autre était le signal de départ de la chasse (inutile de préciser que, dans ces là, elle est rattachée rapidement).

Évidemment, si elle avait été une chienne « urbaine » qui n’est lâchée que dans des parcs à chiens, cet instinct aurait eu plus de difficultés à s’exprimer.

Elle m’a appris à détecter ces infimes changements dans sa posture qui annoncent la chasse et me préviennent qu’il est temps de limiter sa liberté.

D’ailleurs, nos « ratés » sont pratiquement toujours à imputer à ma déconnexion (si je balade avec quelqu’un d’autre et que la conversation s’anime par exemple ou si je suis préoccupée et je mes pensées prennent le dessus).

La gestion de l’environnement
  • Quand vous êtes fatigué, préoccupé, occupé à autre chose : mettez votre chien en longe.
  • Méfiez-vous fortement de l’aube et du crépuscule quand le petit gibier est encore en vadrouille : je promène souvent mon Border à l’aube, ma chasseuse attend la pause de la mi-journée.
  • Ne laissez jamais votre chien au jardin s’exciter devant le passage d’enfants qui courent, ou font de la planche à roulette ou le passage incessant des voitures. Installez un « brise-vue » opaque ou renoncez à laisser votre chien seul au jardin.
Les apprentissages

Le rappel évidemment qui doit être porteur d’un historique de renforcement très puissant (ce qui en fera un « signal précieux »).

Le mot de rappel ne doit jamais avoir été empoisonné si vous voulez le voir se transformer en renforçateur secondaire. Si votre mot de rappel est tombé dans la catégorie « information négligeable » (c’est souvent le cas), si le nom de votre chien n’évoque même pas chez lui, un frémissement d’oreilles, il est temps de retravailler ces compétences-là, en utilisant de nouveaux signaux (un nouveau signal de rappel, voir un nouveau nom).

Évidemment, le rappel sera votre allié tant que le chien ne s’est pas « lancé» dans sa chasse, soyez vigilant (comme dit plus haut, je sais détecter, chez la mienne, tous les signes d’une soudaine focalisation sur l’environnement).

Je vois trop souvent les propriétaires avancer dans la direction de leur chien quand ils le rappellent, adoptant en simultané un ton de plus en plus menaçant ou anxieux (voir, carrément, courir vers le chien) : il est pourtant évident que ce type d’approche menaçante va suggérer au chien de s’éloigner. Dès le plus jeune âge, pensez à rappeler en courant dans le sens contraire et, quand il arrive à votre hauteur, ne vous penchez pas sur le chien : distribuez des friandises ou débutez une folle partie de jeu.

Faites-le souvent et hors situation d’urgence évidemment… si vous voulez avoir la moindre chance que le comportement perdure quand le besoin s’en fait sentir.

Le couché en mouvement, tout aussi solidement appris, est souvent une meilleure option, plus facile pour le chien car elle lui permet de garder sa «proie » en vue, contrairement au rappel qui demande de lui tourner le dos. Inutile de considérer cette stratégie si vous avez, à 50 cm du chien, un couché hésitant, faiblard et avec des ratés. Là aussi, posez-vous les bonnes questions sur la valeur du signal et la construction de votre apprentissage. Inutile de lancer ce type de signal en « priant pour que cela marche »,  parce que ça ne marchera pas 🙂 

L’apprentissage d’un comportement incompatible avec la chasse : on ne peut pas être à la fois couché et être en train de chasser. L’apparition du gibier est le signal du comportement incompatible. Avec mon Border, quelque peu préoccupée par l’idée qu’il suive sa frangine, dès qu’il voyait un chevreuil, on débutait une bonne partie de « tug » (exercice qui a une valeur immense à ses yeux). Encore à ce jour, cinq ans plus tard, dès qu’il voit un animal sauvage, il arrive vers moi plein d’espoir.

L’association « apparition du gibier » et apparition de choses intéressantes (j’ai la « chance » de pouvoir souvent observer chevreuils et renards depuis chez moi, dès que ma chienne les regarde, une pluie de bonbons arrive, en rafale, le plus longtemps possible. Inutile de préciser qu’en bonne Australienne, manger est sa deuxième grande passion après la chasse).

Si vous êtes l’heureux « parent » d’un chien avec un très fort instinct de prédation, l’empêcher purement et simplement (notamment en ne le détachant jamais), ne peut pas être une solution pérenne. En effet, ce besoin continuellement contrecarré pourrait résulter en d’autres comportements plus ou moins compulsifs. Certes, certains chiens sont génétiquement prédisposés à ces comportements compulsifs (léchage de pattes, tourner en rond pour attraper sa queue, etc. etc.) mais ils sont souvent, justement, déclenchés par le stress que cause, justement, une contrainte excessive.

On vous dira souvent que “lancer la balle” ou le jouet favorisent la prédation : je ne le pense pas du tout (je passe les pieds joint sur le « lancé de balle » non réfléchi, avec un chien à froid, systématique et qui remplace toute autre forme d’exercice, le sujet n’est pas celui-là).

Au contraire, le fait d’intégrer du renforcement structuré dans ce type de jeu favorise l’écoute du chien. Apprendre au chien le début, les règles et la fin du jeu, vous aidera, au contraire, à satisfaire ce besoin du chien à «courir derrière » dans un cadre clair pour les deux participants et renforce le concept que le fun n’est pas que dans l’environnement.

Apprenez à connaître votre chien et ne cédez pas aux « modes » d’internet : si je fais ce qu’il est devenu à la mode d’appeler « une balade silencieuse », sans interagir avec mes chiens, le gibier devient soudainement beaucoup plus attractif pour eux.  Il ne s’agit évidemment pas de les rappeler sans cesse, de les harceler constamment mais d’intercaler judicieusement quelques rappels, quelques séances de jeux ou distribution de friandises, dans une balade en libre.

Je me rappelle à leur « bon souvenir» et l’environnement devient légèrement moins prépondérant.

 

Un mot malgré tout si cette prédation s’exerce sur les enfants : il est impératif, dans ce type de cas, de contacter un éducateur comportementaliste expérimenté qui vous accompagnera pas à pas dans ce contre conditionnement, ça ne s’improvise pas et la situation est évidemment  dangereuse. Il faudra aussi envisager rapidement le port de la muselière si votre chien est détaché, ce qui est un autre apprentissage.

Ne vous improvisez pas spécialiste, l’enjeu est trop important, faites-vous aider.

 

Pour conclure : j’ai croisé, dans mon (long) parcours cynophile, un nombre affolant de « gourous » qui m’ont affirmé pouvoir résoudre définitivement le problème que pose aux humains la prédation chez le chien.

Ce que ces gens ignorent, et qui disqualifie leur discours d’emblée, c’est que la science du comportement est la science de l’individu : aucun protocole ne saurait être le protocole universel et la réponse ultime à un comportement inné.

Ce protocole n’existe tout simplement pas, tout comme n’existent pas les « chuchoteurs » et la magie (allez, je vous laisse la magie question de ne pas faire de peine aux copines) 🙂 

 

Non seulement il faudra panacher plusieurs approches, apprendre à décoder votre chien, à penser environnement à chaque balade ou randonnée mais ce sera à recommencer pratiquement toute la vie du chien parfois (souvent).

Un comportement est constamment en train d’augmenter ou de diminuer –  à vous de faire en sorte que tout aille dans le sens d’un quotidien plus tranquille pour vous, pour les « proies » sans complètement contraindre « vilain chasseur » (adoré malgré tout).

Happy Training

 

 

 

 

 

 

 

 

mai 1, 2020

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