« J’ai lu que… »

inspiration

… ou encore, « mais quelqu’un m’a dit que… » 😎

Entre les forums canins (un peu très passés de mode désormais), les infinis groupes canins Facebook, les sites d’éleveurs, d’éducateurs, chuchoteurs, comportementalistes vrais et présumés, spécialistes véritables ou auto-proclamés, etc. etc. – les conseils en éducation canine vont du pire au meilleur (si, si 😀 ) – en passant par le comique et le ridicule, sans oublier l’inacceptable et le dangereux (hélas).

Tourne, en ce moment même sur FB, l’extrait d’un site canin (dont vous me pardonnerez de ne pas vous donner le lien d’ailleurs) qui vous met en garde contre la « morsure de votre chien au sortir de la douche – parce qu vous auriez perdu momentanément votre odeur corporelle (?!?) ». A moins de vous doucher 2 fois dans l’année, on en déduit que vivre avec un chien est une aventure périlleuse au quotidien 😉 (aux profanes absolus qui passeraient par là : c’est une affirmation aussi grotesque que farfelue – continuez donc à vous laver sans crainte).

Quand j’attendais mon premier enfant (avant l’avènement du web, heureusement ou malheureusement) – j’ai ingurgité une littérature impressionnante tournant autour de la grossesse, de l’allaitement et du nourrisson (sous forme de livres que j’ai souvent fait laborieusement arriver de l’étranger – pas d’Amazon en ces temps reculés) dont je soumettais ensuite la substantifique moelle à mon obstétricien (fort patient avec moi, quoi que souvent médusé par mon insatiable curiosité) à chaque consultation mensuelle. Bien que sûrement lourdingue pour mon gentil médecin, c’était ma manière d’aborder cette nouvelle étape dans ma vie : lire, digérer, réfléchir et discuter avec l’autorité établie (que je n’ai jamais hésité à remettre en question d’ailleurs).

Certains livres ont été rapidement parcourus et immédiatement relégués derrière les « romans de gare » dans ma bibliothèque, d’autres sont devenus des presque « bibles » pour moi. Certains ont même été fondamentaux : issue d’une famille où l’allaitement n’était pas franchement une tradition, le gros pavé en anglais de la « Leche League » (ligue internationale pro allaitement maternel) – un bouquin qui frise le lavage de cerveau (et qui, parfois, me faisait sourire par la vigueur de certaines affirmations forcenées) m’a donné la force et la conviction nécessaires pour affirmer que « le lait vient à la mère comme le soleil se lève le matin » – alors que j’ai grandi bercée par des affirmations telles que « on peut pas toujours allaiter même quand on le voudrait », « parfois le lait de la mère est toxique / pas assez riche / ne suffit pas ». En définitive – et malgré quelques embûches de la première heure, j’ai allaité mes cinq enfants (y compris deux jumelles) pendant très longtemps, sous l’œil médusé, voir un brin vexé, de ma mère 😉 

Quel rapport me direz-vous? Le livre de la Leche League (et d’autres bien évidemment), bien qu’exposant des idées complètement nouvelles pour moi (je n’y connaissais absolument rien en nourrissons), répondait finalement à quelque chose qui était déjà en moi : le désir profond d’allaiter mes enfants; il a donc trouvé une « résonance » dans mon esprit et a répondu à des questions que je ne savais même pas me poser 😉 Il m’a révélé une aspiration que je ne savais même pas vraiment avoir en moi.

De la même identique manière, je pense que les conseils en éducation canine qui « résonnent » en nous, répondent à certains de nos besoins, désirs conscients ou non d’être ou de devenir. J’ai récemment parlé avec une personne qui force son chien à se mettre sur le dos et s’est fait finalement mordre dans la foulée : cette personne n’était pas mon « client » et n’étais pas en consultation de comportement – toutefois, mon conseil dans l’urgence a, évidemment, été de cesser immédiatement cette pratique et j’en ai expliqué succinctement les raisons. Pendant mon petit exposé , j’ai pu voir mon interlocuteur physiquement se « fermer » à chaque mot prononcé : mes paroles ne résonnaient pas en lui et, dès lors, il rejetait le tout — en bloc. Je suis prête à parier qu’il continuera sa pratique malgré son effet contre-productif évident, parce que « quelqu’un lui a dit que…. ». Ce quelqu’un, pourtant sans formation ni diplômes particuliers, pour des raisons que je ne connais pas, a pesé plus lourd que mon petit discours pourtant bien ficelé (du moins j’espère), et, si c’est un peu irritant, voir un brin vexant — finalement, je n’y peux pas grand-chose 😕

A contrario (heureusement), j’ai vu des personnes se détendre complètement, s’ouvrir et boire littéralement mes paroles quand je les ai « autorisées » (au sens émotionnel du terme, bien évidemment) à renoncer à des pratiques barbares déjà en place et à cesser de s’infliger des « règles de vie » contraignantes et inutiles avec leur chien, parce que, là aussi, je répondais à leur besoin profond d’un autre type de relation avec leur compagnon-chien. J’ai mis en paroles – et donné une structure et un fondement scientifique – à leurs besoins et aspirations personnelles.

Notre manière d’être et de vivre est la somme d’infiniment de facteurs multiples et complexes et, ce que je mets en avant : « une éducation sans contrainte » va éveiller une réaction fondamentale en vous : « intéressant, à explorer/découvrir, passionnant, j’adhère, j’adore » ou alors « absurde, « truc de fille » (si, si on me l’a souvent faite celle là), je vais me faire danser sur le ventre, le chien n’a qu’à obéir, je vais le mater moi » qui dépasse allègrement la thématique du chien mais englobe toute notre vision du monde.

Quand j’écris des articles ou que je donne des cours, je ne pense jamais convaincre ceux en qui mes paroles n’éveillent rien — ou braquent carrément — mais ceux qui cherchent ce qu’ils ne savent pas encore chercher… et qui, pourtant, trouvent toujours et inévitablement.

On devient ce qu’on veut devenir au final.

Donc, quand vous lisez – ou quand « quelqu’un vous dit… » – écoutez ce que cela fait résonner en vous et faites-vous confiance. Si vous êtes de ceux qui vont faire de l’éducation de votre chien un partenariat, un cheminement à deux – avec des erreurs ou des « rechutes » probablement mais dans une direction que vous pressentez malgré tout, faites-le. Si ce que vous lisez – ou ce qu’on vous dit – vous hérisse, choque, bloque, tournez les talons et allez donc voir ailleurs.

Quelque part, que vous ayez les connaissances ou pas encore, que tout aille bien ou moins bien avec votre chien, que vous soyez engagé sur un chemin de traverse – vous êtes malgré tout en voyage vers une éducation empreinte de considération ou pas du tout 🙂

 

août 9, 2014

4 réponses sur ""J'ai lu que...""

  1. Toujours tellement évidents de logique et de psychologie tes textes !!! … Merci !!!!

    … J’ai adoré imaginer le résultat de  » je vais me faire danser sur le ventre » … Pas sur que j’y arrive !!! lol !

  2. Bonjour,

    ce que vous dites est l’évidence même, on est ce que l’on veut devenir et les gens trouvent un écho selon leur propre conception de leur monde…. je vis les mêmes choses que vous et même avec un bon discours on ne peut pas convaincre celui qui ne veut pas …..

  3. Et voilà !!!!! Ce que tu dis raisonne en moi. Je n’ai pas encore assez de recul pour ne pas m’irriter quand je n’arrive pas à convaincre quelqu’un qu’il avance dans la mauvaise direction avec son chien. Je voudrais convaincre même quand il n’y a aucun espoir. LOL
    J’ai encore du travail avant de pouvoir passer à côté de quelqu’un qui fait fausse route avec son chien dans la rue. Mon mari me tire en râlant « qu’est-ce que tu veux leur expliquer??? ». Il a raison et moi mal au ventre. Mais j’y arriverai !!!!!
    Ça parait tellement logique avec tes mots.

  4. encore un article parfait…enfin pour moi….encore un article qui raisonne en moi devrais-je plutôt dire 😉

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