Les chiens ne sont pas des enfants…

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Le monde canin est émaillé de phrases passe-partout auxquelles il est généralement préférable d’acquiescer mollement si vous voulez vivre tranquille  😉

Par exemple « il n’y a pas de mauvais chiens, que des mauvais maîtres » – que je reformulerais volontiers en « il n’y pas de mauvais chiens que des mauvais comportements et des éducateurs qui manquent cruellement d’information et de connaissances ».

Un autre grand classique très prisé étant « le chien n’est pas un enfant » – là aussi consensus quasiment garanti puisque se profile rapidement dans notre imaginaire l’image déprimante du « chien-chien » de mini taille habillé en fillette ou garçonnet dont les pattes ne touchent plus terre car il vit dans les bras de ses propriétaires en mal de progéniture.

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Pourtant, si le chien n’est pas un enfant et l’enfant n’est pas un chien, nous partageons avec les animaux bien plus de manières de fonctionner que nous ne le savons souvent.

L’autre jour, j’ai visionné l’apprentissage du brossage des dents chez un gorille – un bon gros mâle impressionnant (précisons, d’emblée, que je suis la plus farouche adversaire qui soit au sujet de la captivité des animaux sauvages mais le propos n’est pas celui là dans l’immédiat) à qui sa soigneuse demandait poliment d’ouvrir la bouche par le signal de la brosse à dents : le gorille ouvrait la bouche, elle brossait et ensuite récompensait (comportement évidemment appris au clicker). L’animal, coopératif et participatif, avait l’air de trouver toute la chose fort agréable et en redemandait. Tant et si bien qu’il était souvent l’initiateur du signal, c’est lui qui ouvrait la bouche déclenchant ainsi le brossage des dents et non la soigneuse qui le demandait la première (un très joli « dialogue » entre les deux d’ailleurs).

Un peu après, j’ai visionné un petit film, tiré d’une émission s’adressant aux jeunes mamans, où une ravissante petite fille d’environ 18 mois subissait le même brossage de dents mais, cette fois, avec force cris et larmes, en se débattant sauvagement : la maman expliquait doctement à la caméra que l’intérêt de la chaise haute était que la petite ne pouvait ainsi pas se soustraire au brossage recommandé et recommandable et qu’il fallait procéder sans trop d’états d’âme, parce que, après tout « c’est pour son bien ».

Il est bien évident que d’attacher un gorille pour lui brosser les dents est une entreprise plus périlleuse et hasardeuse que celle d’attacher une blondinette humaine qui pèse une poignée de kilos… La soigneuse du gorille doit impérativement chercher des informations et faire appel à son intelligence, elle 😉

La base de la base de l’analyse du comportement est de considérer ceux-ci (les comportements) comme utiles à celui qui les produit et influencés par leurs conséquences. En clair, l’antécédent cause le comportement (dans le cas de mon gorille et de la petite fille, la brosse à dents, signal appris au clicker en R+ pour le gorille, appris dans la contrainte physique pour l’enfant) – le comportement c’est ouvrir la bouche et la conséquence est plaisante pour l’un, déplaisante pour l’autre. On peut aisément parier que le gorille continuera à produire ce comportement qui lui vaut quelque chose d’agréable.

Dans le cas de la blondinette, l’antécédent est la brosse à dents qui déclenche une bataille rangée avec la mère (comportement) et la conséquence sont les larmes…. On peut tout aussi aisément parier que, si cela continue, cette petite aura une réelle aversion à la brosse à dents (dommage).

En clair, si nous ne pouvons pas changer ce qui doit se faire, pas plus que de changer les êtres vivants, nous pouvons manipuler l’environnement (notamment les conséquences du comportement) qui vont faire que le comportement augmente ou diminue, selon s’il est perçu comme agréable ou désagréable. C’est la base de la base et, si on n’a pas compris ça, si on ne maîtrise pas du tout ces concepts, difficile de comprendre quoi que ce soit à l’apprentissage (hormis à s’engouffrer sans remords dans le flou culturel de ce qui nous est « familier » et donc confortable – une espèce de pensée paresseuse comme une vieille pantoufle héritée de notre arrière-grand-mère).

Quand un enfant (le fameux enfant roi si souvent au centre des préoccupations des uns et des autres) fait un scandale dans un magasin pour obtenir un bonbon ou un jouet, que tout le monde regarde, nous sommes en plein renforcement négatif (négatif, rappelez-vous, étant une notion mathématique et non affective)celui des parents bien évidemment: le bruit produit par l’enfant est un élément désagréable (pour les parents) – le bonbon ou jouet est accordé, l’enfant se tait enfin, le comportement du « je donne le bonbon ou jouet » du parent est donc renforcé (et va donc augmenter). Dans ce cas, de quel confort se soucie-t-on, de celui de l’enfant ? J’en doute. Triste royauté finalement.

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Je me rappelle, quand mes enfants étaient très petits et que nous allions rentrer dans un magasin de jouets, de bonbons ou de quelconque nature à éveiller leur vif intérêt, je prenais soin de définir AVANT ce qu’était un comportement « acceptable » – si celui-ci était au rendez-vous, le renforcement positif arrivait toujours, sous forme d’une petite récompense parfois, d’un petit speech de validation, toujours («c’était vraiment bien comment tu t’es comporté dans ce magasin, merci »).

Si au contraire, ils ne se comportaient pas comme je le voulais, nous partions… (la vie de la mère n’est pas un long fleuve tranquille), parfois à leur grand dam et je leur rappelais, en sortant, le comportement acceptable (punition négative : on soustrait quelque chose que l’apprenant désire) – tout en leur faisant savoir que nous pourrions refaire une tentative un autre jour ou plus tard (les enfants sont des êtres de langage dès la naissance, rappelons-le et, en ça, ils sont drôlement plus accessibles que l’animal à qui je dois donner la capacité de me comprendre… via mon clicker par exemple).

Le comportement, que ce soit celui d’un animal ou d’un être humain est toujours et invariablement causé par un antécédent et influencé par ses conséquences d’une manière ou d’une autre. Au final, on peut assez aisément définir si le dit comportement va augmenter ou, au contraire, diminuer.

Si un click-bonbon suffira avec l’animal, puisque nos enfants sont des êtres de langage, au lieu de balancer un vague « bravo », utilisez-les donc ces mots qui renforcent et spécifiez « les couleurs de ton dessin sont très belles » ou « tu as été super silencieux pendant mon coup de fil, merci à toi ».

Le cumul, au fil du temps, des jours, des années d’interactions agréables et positives (cette fois dans le sens affectif du terme) fait que nous construisons un « compte en banque » dans nos relations avec l’autre… qu’il soit humain ou animal. Quand celui-ci est bien fourni, constamment alimenté, il supportera quelques retraits occasionnels (erreurs, maladresses) sans jamais finir dans le « rouge ». Quand il est très mince au contraire…. les choses deviennent tout de suite plus délicates.

Se focaliser sur le comportement « le chien a grogné » – plutôt que de coller une étiquette de « chien agressif » – a également son pendant chez l’enfant : dire un mensonge ne fait pas d’un enfant un « menteur ». Là aussi, cherchez donc ce qui a causé le comportement plutôt que de vous engouffrer dans une étiquette aussi commode que parfaitement inefficace.

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Si un chien ou un gorille n’est pas un enfant (et étant nantie d’un nombre supérieur à la moyenne aussi bien en chiens qu’en enfants – pas de gorilles à l’horizon – j’ai eu tout loisir de faire la différence), les lois de l’apprentissage sont les mêmes pour tous.

La punition positive (on en revient aux mathématiques) non seulement n’apprend rien à l’apprenant mais elle est un renforçateur pour celui qui l’inflige (« j’ai fait cesser le comportement ») et elle révèle cruellement un manque préoccupant de la mécanique des apprentissages, de ses règles – si on punit, si on inflige la contrainte, la douleur, le mal être physique ou émotionnel, c’est qu’on ne sait pas « mieux » faire, qu’on manque de formation, d’information, de savoir faire et de savoir être. Nous n’avons pas su prévoir, anticiper pour une issue finalement désastreuse (en effet, à moins d’être un sadique, quel plaisir à punir ?). La justification : « c’est pour son bien » – en êtes-vous si sûrs ? N’est-ce pas parfois pour le vôtre ? ou parce que c’est « facile » ? plus facile que d’apprendre à faire mieux ?

Je pense que les éducateurs – qu’ils soient aux prises avec les enfants ou les animaux – qui font large usage de la punition comme méthode éducative sont inconsciemment mal à l’aise avec leurs choix et, dès lors, ressentent un besoin spasmodique et virulent de la défendre pour, peut-être, « se » défendre soi-même : je l’ai frappé, secoué parce que c’était nécessaire et thérapeutique, pas parce que je suis brutal (ou complètement incompétent).

Lors d’une de mes formations en coaching, notre coach (Dr. Joël Dehasse) me disait que c’est souvent en abordant les lois de l’apprentissage en éducation canine que bien des éducateurs canins également parents, revoyaient leur manière de faire avec leurs enfants 😀

POUR RAPPEL
Punition positive P+ On ajoute quelque chose de désagréable
Punition négative P- On enlève quelque chose d’agréable
Renforcement positif R+ On ajoute quelque chose d’agréable
Renforcement négatif R- On enlève quelque chose de désagréable
Les + visent à augmenter le comportement, les à le diminuer.

 

septembre 24, 2014

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