Jargon d’éducation…

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Je travaille essentiellement avec des chiens craintifs à très craintifs et, surtout, craintifs agressifs : spécifiquement parce que le propriétaire lambda se décide à consulter quand les choses deviennent « chaudes » ou (très) problématiques ; le spectre d’une dénonciation aux autorités (en Suisse) se profile et ce sont essentiellement des propriétaires préoccupés qui viennent me voir (j’en profite pour glisser un petit plaidoyer sur l’immense utilité d’investir dans une consultation au moindre soupçon de problème voir même, soyons fous, dès l’arrivée du nouveau chien, pour une petite visite guidée des apprentissages à venir).

Une consultation ou deux, à 2 ou 3 mois d’intervalle, vous éviteront un suivi de plusieurs semaines (mois) quand la situation vous échappe et qu’il n’y a plus le choix (et que l’urgence rend souvent une rééducation difficile voir impossible – les comportements ne sont pas installés en un jour ou deux, ils ne peuvent pas se modifier en un jour ou deux). Le club canin est un club, les adhérents sont nombreux, l’apprentissage – par définition – collectif et commun à tous : si cela peut allègrement suffire pour un chien sans problème particulier, non seulement cela ne suffira pas pour un chien très craintif mais il fera, presque à coup sûr, plus de mal que de bien, quelle que soient la bonne volonté et les compétences de votre moniteur de club, qui ne peut pas individualiser son approche à l’extrême.

Il est bien évident que ces propriétaires n’ont à la base aucune ambition de devenir des éducateurs canins et, encore moins, de faire un grand plongeon dans la science du comportement ; ils souhaitent – plus modestement et tout simplement – pouvoir gérer leur chien. Hélas, avec ce type de chien – et dans ce contexte d’urgence – on ne peut plus s’en sortir avec 2 ou 3 bons conseils glanés sur le net ou balancés par un ami, fussent-ils appropriés. En gros, ce type de chien vous oblige à être perpétuellement en mode « éducatif » : le chien apprend constamment quelque chose et, vu l’urgence, il est impératif qu’il apprenne « juste » et cesse de mettre en pratique les comportements inappropriés que sont les siens. On n’a plus la latitude et le luxe de se dire « essayons le conseil de ma meilleure copine et, ensuite, celui d’une autre, on verra bien si ça marche ». Le « on verra bien » peut aisément se transformer en une expérience complètement délétère pour le chien, pour vous et se solder en une agression.

Le comportement répond invariablement à des lois : les lois de l’apprentissage. Quoi que vous racontent certains kamikazes de l’éducation canine qui, pour masquer leur propre ignorance, vont vous balancer des concepts fumigènes tels que la « dominance » – le « leadership », un présumé « chuchotement » et même un petit échange par télépathie, intuition ou que sais-je. Ces interventions non ciblées, fantaisistes et qui ne se fondent sur aucune notion scientifique ne sont pas uniquement inutiles mais elles sont contre productives : elles aggravent le problème et/ou vous feront perdre un temps précieux.

La base de la base chez un chien craintif / réactif est de faire en sorte (par un aménagement de l’environnement dans un premier temps) qu’il ne puisse plus (jamais) mettre en pratique ses comportements inappropriés, de mettre en place une désensibilisation et un contre conditionnement par le renforcement positif (voir plus bas).

Je vous vois froncer les sourcils…. 😉 Détendez-vous, je vais vous accompagner dans un petit tour d’horizon de ce jargon qui vous semble hermétique, celui des lois de l’apprentissage (petite séance d’initiation évidemment non exhaustive mais qui vous aidera, je l’espère, dans un premier temps à comprendre ce que vous raconte votre éducateur).

Le renforcement positif (R +) c’est ajouter une conséquence au comportement du chien qui fera augmenter celui-ci. C’est précisément cette conséquence qui définit ce qui est un renforcement positif (en clair, si le comportement n’augmente pas, ce n’est pas un renforcement positif). Comprenez, dès lors, l’absurdité de la phrase « j’ai essayé le renforcement positif mais ça ne marche pas ». C’est le comportement qui définit le renforcement, pas les croyances de l’éducateur.

Au chapitre des dadas favoris des donneurs de conseils « il ne faut pas travailler à la friandise, la caresse suffit » ou encore « il vaut mieux travailler au jouet ». Ce que vous définissez être une récompense n’est pas, automatiquement, un renforcement – c’est, encore une fois et j’insiste – le comportement de votre « apprenant » qui déterminera ce qui et ce qui n’est pas un renforcement positif. Il est par contre, et par conséquence, tout à fait juste de considérer que votre bout de saucisse ou de fromage n’est pas l’unique réponse possible.

Le renforcement négatif (R-) c’est enlever quelque chose en conséquence du comportement du chien qui fera que le comportement en question diminue. Contraindre un chien physiquement par exemple : le chien cesse de gigoter, tirer et la contrainte physique disparaît. Le collier étrangleur également : le chien cesse de tirer, l’inconfort (suffocation) disparaît. C’est le fondement de la technique de « pressure release » de certains « chuchoteurs de chevaux » – on inflige au cheval un inconfort physique ou émotionnel que l’on retire quand ses comportement de fuite ou d’évitement cessent. Inutile de dire que c’est une manière de faire qui provoque du stress par définition et, pour moi, à proscrire absolument.

La punition positive (P+) c’est ajouter une conséquence au comportement du chien qui fera que celui-ci diminue (hurler, frapper, provoquer la peur et/ou la douleur). A éviter impérativement avec n’importe quel chien ou n’importe quel être vivant en ce qui me concerne mais dramatique (et dangereux) sur un chien craintif, réactif et/ou agressif. Même si le comportement diminue (confirmant que la conséquence était bel et bien une punition), les problèmes ressurgiront ailleurs et sous une autre forme tout à fait inattendue, soyez-en certains. La relation entre l’animal et vous sera définitivement modifiée pour le pire et c’est à peu près le contraire de ce que nous cherchons à faire avec un chien en rééducation.

La punition négative (P-) c’est enlever quelque chose qui a une valeur pour le chien en conséquence immédiate de son comportement et qui fera diminuer celui-ci. L’exemple le plus classique : le chien vous saute dessus et l’humain lui tourne le dos ou s’éloigne. A considérer : il est impératif de penser à anticiper par le renforcement positif d’un comportement alternatif. Demandez un assis au chien avant qu’il ne vous saute dessus (pour autant que ce comportement soit connu et ait été abondamment récompensé évidemment). Évitez de créer une chaîne de comportements : je saute sur la personne ==> je m’assieds ==> je suis récompensé.

La réponse émotionnelle conditionnée (REC) : en travaillant avec un chien craintif et/ou réactif nous visons à transformer une REC négative en une REC positive. Cliquer (et donc distribuer un renforcement) dès l’apparition du déclencheur crée chez le chien une association positive et va, par conséquence, créer un nouveau comportement : en exemple pratique, si je vous donne un billet de cent francs à chaque fois que je vous croise, même si au départ vous ne me trouviez pas excessivement sympathique, fera que vous allez rapidement être absolument ravi de tomber sur moi 😎

Le « flooding » (immersion) : exposer un chien à ce qui le déclenche ou lui fait peur sans qu’il ait la moindre possibilité de s’y soustraire. Outre à être une méthode très cruelle (si vous êtes arachnophobe, imaginez-vous enfermé dans une pièce remplie de mygales), si vous interrompez cette immersion avant que le sujet soit revenu à un état d’équilibre, vous aurez « sensibilisé » le chien (en clair : vous aurez augmenté sa peur et, la prochaine exposition au déclencheur, votre chien sera en panique plus vite et plus fort). A éviter absolument.

La résignation apprise : elle peut se produire quand un chien a essayé de se soustraire à quelque chose d’insoutenable. Dans l’impossibilité de le faire, il arrête toute tentative. Ce « calme » est parfois salué comme un succès de l’éducateur (ce sont ces chiens agressifs avec lesquels on entre en confrontation directe – souvent muselés évidemment – et qu’on secoue, étouffe, étrangle, malmène et qui, finissent par se « calmer » l’air hagard, la langue pendante, le souffle court). Ils ne tentent plus rien vu que rien ne fonctionne. Cette résignation est observable chez l’humain également quand il se trouve enfermé, réellement ou par sa conviction personnelle, dans une situation sans issue.

La désensibilisation : c’est l’exposition graduelle à un déclencheur par paliers successifs — et l’observation attentive du chien — qui nous informe qu’il a pris conscience de la présence du déclencheur mais n’est pas encore dans un état d’agitation. Elle est généralement mise en œuvre en parallèle à un contre conditionnement (voir plus bas).

L’habituation : l’exposition constante à un stimulus qui fait que le chien n’y réagit plus. Absolument non conseillée en cas de peurs.

Le conditionnement classique (ou Pavlovien ou simple) : l’apprentissage, par association, de ce qui « bon » ou « mauvais », « agréable » ou « désagréable ». C’est « les vélos font apparaître la friandise» mais peut aussi être « la friandise fait apparaître ce qui fait peur »… d’où la nécessité de travailler en coopération avec un éducateur.

Le contre conditionnement (CC) : changer l’association faite par le chien avec un quelconque stimulus – passer de « j’ai peur des enfants » à « dès qu’arrivent les enfants on me lance ma balle et on joue».

Le contre conditionnement opérant (CCO) : le processus de changer un comportement inapproprié par un autre, plus approprié (par le renforcement positif dans notre cas mais peut également se vérifier par l’extinction – voir plus bas).

L’extinction d’un comportement s’observe aussi bien en conditionnement opérant (apprentissage acquis par les conséquences agréables ou désagréables qui en découlent) qu’en conditionnement classique (associations) : quand un comportement du chien ne produit plus de conséquences qui le renforcent, le comportement finit par disparaître. Pas toujours facile à mettre en place dans un quotidien d’humain mais à connaître malgré tout.

Petit tour d’horizon de très (très) loin non exhaustif mais qui vous permettra, je l’espère, de mieux comprendre ce qui se passe dans la rééducation de votre chien dans laquelle vous êtes, avec votre chien, le principal acteur et le principal facteur de progrès et réussite 😀

p.s. aucune rééducation ne devrait débuter sans consultation vétérinaire (check up complet) et, parfois, sans consultation auprès du vétérinaire comportementaliste si la souffrance psychologique du chien est suffisamment importante et peut justifier une médication adéquate.

octobre 14, 2014

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