La socialisation, encore elle…

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Quand je me positionne, en tant qu’éducatrice, comme une grande sceptique de la dite « socialisation » – j’ai systématiquement droit à des yeux ronds voir profondément désapprobateurs.

Non mais, comment ça « oui mais… » ?   😯

Sauf que ce n’est pas la socialisation en soi l’objet de mon scepticisme mais l’application quelque peu hasardeuse de certains dans le but de « socialiser » leur chiot ou chien adulte.

Si on ne comprend pas que « socialiser » n’est, en aucun cas « exposer » – mais faire en sorte que l’expérience se révèle agréable pour l’animal – on risque de faire infiniment plus de mal que de bien…

Il n’est pas inhabituel de voir, dans un cours chiot, des séances de dites « manipulations » : le chiot est tenu et on lui bidouille les oreilles, les coussinets, on le met sur le dos. Si cela ne pose aucun souci à certains, d’autres vont se rebiffer avec plus ou moins de véhémence et, dès lors, on contraint d’autant plus (« il doit apprendre à obéir » m’a-t-on dit, tant il est vrai que tout le monde semble continuer à confondre allègrement éducation respectueuse de l’animal et éducation permissive).

Il me vient systématiquement à l’esprit la vidéo de Susan Friedman où elle « oppose » un gorille qui se laisse allègrement brosser les dents (comportement appris au clicker) et une petite humaine blonde de 18 mois attachée à sa chaise haute qui hurle et se débat férocement pendant que sa maman affirme (en hurlant) que « il faut bien qu’elle s’y habitue »… la contrainte est souvent une incompétence qui ne sait pas mieux faire.

Quand un chiot n’a pas d’échappatoire, n’a pas de possibilité de se soustraire à une expérience, on ne « socialise » en aucun cas – au contraire : on se construit allègrement un chien qui va réagir fortement à ces manipulations à l’avenir.

On voit également des chiots attirés sur des obstacles, sur des surfaces inhabituelles, appâtés vers ce qui leur fait peur soit en laisse (donc, à nouveau, sans possibilité de fuir) soit avec une friandise sous la truffe : ce n’est pas « socialiser »…. Laissez votre chiot libre d’appréhender les choses à son rythme et selon ses possibilités et redonnez à la friandise son rôle de récompense et non de chantage au comportement. Le chiot ne va pas s’approcher de lui-même ? C’est que le défi est résolument trop important pour lui/elle…. révisez vos attentes à la baisse.

Votre chiot est craintif / réactif ? On voit les propriétaires rechercher et provoquer l’exposition et donc les rencontres avec des congénères afin de « socialiser »… ce qui est non seulement contre productif pour votre chiot mais également pour tous les autres présents car ses réactions vont devenir les mauvaises expériences des autres.

La non compréhension de ce qu’est un processus de socialisation pousse certains propriétaires à se construire avec bonne volonté des scénarios aussi délétères que, parfois, dangereux (notamment quand il s’agit de « socialiser » aux enfants).

Il n’est pas rare qu’un propriétaire me dise, dépité, que « malgré des mois de socialisation » son jeune (ou plus si jeune) chien ne gère pas du tout les cours collectifs, les balades avec d’autres chiens, etc.

Exposer un chien réactif et/ou craintif à un cours collectif, c’est augmenter presque à coup sûr ses réactions peu souhaitables et donc consolider et augmenter sa réactivité… Il est impératif donner des « outils » à ces chiens, de prévoir des cours individuels, de revenir à des attentes moindres, de déterminer un seuil de réactivité et de s’attacher à travailler des comportements acceptables en dessous de celui-ci…. bref, à travailler avec une éducatrice professionnelle (allez, je ne mets que le féminin, une fois n’est pas coutume) 😉

Bonne, vraie, socialisation… 😀

avril 20, 2015

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