hiérarchie ou pas hiérarchie alors?

hierarchie

Article essentiellement dédié à mes élèves du MEC (cours Monitorat Éducation Canine)… mais qui peut en intéresser d’autres (enfin j’espère) 😎

man and boxerUne question qui est revenue à des nombreuses reprises au cours de cette formation (qui, soit dit en passant, ne cesse de s’améliorer : j’ai pu voir un début d’initiation à l’agility où la jeune intervenante a parlé essentiellement de proprioception et de préparation du chien de sport, wow wow…. décidément je suis née trop tôt), était « mais, si pas de hiérarchie interspécifique (entre des espèces différentes et donc,  dans notre cas précis, entre l’humain et le chien) comment peut-on parler de troubles hiérarchiques ? ».

Le terme de « troubles hiérarchiques » est dans leurs supports de cours   😉

L’avantage d’une formation où les intervenants sont multiples, même si parfois un brin déstabilisant pour des candidats qui (je les comprends) sont souvent focalisés sur l’évènement « examen à réussir » c’est qu’on bénéficie de différentes visions, expériences et conclusions : l’éducation canine (et l’éducation tout court) est un de ces domaines où on n’aura jamais fini de débattre, d’apprendre, d’évoluer et de ne pas être d’accord…

C’est dans cette diversité que chaque apprenti éducateur doit trouver – et activer – sa réflexion personnelle sur la base de l’information reçue, même si contradictoire – surtout si contradictoire (par ailleurs, chers candidats, tout ce que vous citez en examen peut, et doit, être attribué à un auteur et personne ne pourra vous reprocher d’avoir mis le doigt sur des sons de cloches dissonants et d’avoir agité vos propres neurones en définitive – bien au contraire)

La hiérarchie est un de ce thèmes qui passionnent les foules et, la plupart du temps, les différents interlocuteurs écoutent distraitement ce que l’autre avance dans le but exclusif de démolir la théorie contradictoire au profit de la sienne et beaucoup moins dans le but de comprendre ce que l’autre cherche à démontrer ou dire du temps où moi j’ai fait le MEC, peu de place était laissée à ce type de débat mais les temps changent et je trouve les éducateurs actuels plus avides de savoir (en grande partie) que ceux qui les ont précédés (et tant mieux).

Dans le monde qui est le nôtre on n’échappe pas – et de moins en moins – à une hiérarchie assez brutale – soutenue par une virulente hiérarchie sociale. On est parfois victime de mobbing, harcelé, émotionnellement malmené…. Difficile, mais « l’autre » a le pouvoir de nous virer de notre poste dont nous avons cruellement besoin, alors on se soumet (même si cela nous rend systématiquement malades : voir les épisodes d’absentéisme, de présentéisme maladif, les burn outs, dépressions, etc.). On n’est plus du tout dans un discours éthologique mais sociologique… néanmoins, cette construction de notre esprit pèse de tout son poids dans notre vision de l’animal. Il est également déconcertant de voir comme de jeunes parents perpétuent encore le modèle « spectre de la fessée (voir baffe) punitive »

Soumis à toutes les autorités quelles qu’elles soient, on ne va pas, encore, se soumettre au chien. En effet, à nos yeux Youki ne peut être que soumis ou dominant… soit c’est lui le plus fort, soit c’est vous et, si Youki décide et dispose, vous ne commandez plus – donc, selon le modèle hiérarchique, vous subissez. Effectivement, vu sous cet angle c’est inquiétant… surtout quand Youki fait 50 kilos de muscles 😕

Quand on me dit « oui, mais Youki est sur le lit et il grogne son propriétaire qui ne peut plus s’étendre », la plupart de mes élèves (oui, je sais, pas tous) y voient un affrontement inévitable entre deux volontés opposées. Moi je vois un comportement inapproprié que je peux aisément (a) éviter (fermez donc la porte de la chambre) et, ensuite, (b) remplacer par un autre comportement approprié (monter sur le lit est mis sur signal, pas de récompense puisque c’est, en soi, quelque chose que le chien semble apprécier, descendre du lit est au contraire amplement récompensé avec largesse). En quelques répétitions, je modifie le comportement de Youki, ma manière fonctionne, le conflit est désamorcé : mieux encore — il est inutile et vidé de tout sens.

Bien évidemment, je pourrais enfiler mon armure, me munir d’une batte de baseball et agresser Youki afin qu’il descende de mon lit – si je suis assez costaud (pas mon cas, ce qui aide à entamer une réflexion) le résultat observable sera le même : Youki sera descendu du lit.

Sauf que, dans ma vision des choses et mon approche sur le comportement débarrassé de constructions mentales psychorigides héritées, votre relation est saine et sauve, voir puissamment renforcée parce que vous aurez respecté l’intégrité émotionnelle (et physique) de votre chien, investi dans une communication intelligible et compréhensible, renforcé la confiance et donné le choix à l’animal (tout en mettant tout en œuvre pour que son choix aille dans le sens de votre objectif).

Dans la version « armure et batte de baseball », la peur sera installée et Youki peut-être ne montera plus sur votre lit (en tous cas en votre présence) mais le prix à payer arrivera sans aucun doute (perte de confiance, peur, agression, autre comportement inapproprié peut-être pire que le premier, etc.) Si ma motivation à dominer mon chien est assez forte et constante, elle peut produire ce qu’on appelle une « détresse acquise » à savoir un animal qui n’entreprend plus rien (ce que bien des éducateurs casseurs de chiens brandissent fièrement en définissant cet état comme un « succès »).

La guerre ne se déclare pas entre deux êtres qui souhaitent vivre en bonne harmonie sur plus de dix ans, la guerre ne se déclare pas entre un animal que vous appelez le meilleur ami de l’homme, voir pour certains « votre bébé chéri »

Le deal n’est pas « c’est lui ou moi » et on ne peut pas construire une relation avec son chien dans une optique de « il perd parce que je dois gagner et je dois gagner pace que je redoute de perdre ».

Le modèle hiérarchique ne nous apporte pas grand-chose en définitive et même, il nous enlève beaucoup. En définitive, le modèle hiérarchique est une belle pensée paresseuse car, en imputant la dominance à mon chien, j’évite de remettre en cause mon incompétence à l’éduquer voir même à communiquer avec lui. J’ai vu passer un panneau sur les réseaux sociaux l’autre jour qui disait grosso modo « ce n’est pas parce que mon chien est facile que je peux l’éduquer au clicker, il est facile PARCE QUE je l’ai éduqué au clicker » – nuance

Par ailleurs, ces lunettes hiérarchiques nous empêchent d’imaginer que Youki installe confortablement son popotin sur votre lit parce qu’il le trouve éminemment confortable : perdus dans notre rapport de force, nous attribuons au chien des desseins, des intentions qui sont les nôtres exclusivement (« il est sur mon lit, il veut prendre le pouvoir, il me domine »). C’est notre vision même de ce comportement (et nos interprétations personnelles parfois abracadabrantes) qui crée le problème et non le comportement en lui-même (et encore moins le chien).

On vous parlera d’enlever des privilèges et/ou de régression sociale (de roi, tu finis valet et, par définition, moi humain je reprends ma place de monarque) et, presque à coup sûr ensuite, du NILIF (« Nothing in Life is Free » — rien n’est gratuit dans la vie) système qui, s’il produit souvent des changements positifs, c’est uniquement parce que le chien, par ce biais, comprend enfin comment nos fonctionnons « tu fais un truc, tu es récompensé ». Le propriétaire devient (enfin) prévisible…ce qui valide le concept de la dominance aux yeux de certains éducateurs (il a repris sa place de soumis, tout va bien) alors que, le chien, est tout un peu moins anxieux ou en colère qu’avant. Cette méthode aussi contraignante que déprimante (pour le propriétaire qui se robotise dans un diktat tueur de joie) est généralement parfaitement excessive et ne contribue certainement pas à construire une entente active et productive entre le chien et l’humain.

La science du comportement nous apprend que le renforcement positif est l’outil le plus puissant que nous avons à disposition pour modifier un comportement – des décennies d’études scientifiques à l’appui – revenons à une simple disposition « que voudrais-je que le chien fasse ? ». En termes de comportement observable, quantifiable.

Si on décidait de nous donner les moyens de comprendre que certains comportements du chien ne visent au fond qu’à satisfaire des besoins qui sont les siens, à occuper un temps souvent sous occupé, on pourrait se dire que nous sommes suffisamment intelligents pour inventer des solutions, manipuler un environnement, obtenir un autre comportement renforcé et arriver par la science et l’intelligence (la nôtre) à un équilibre coopératif qui ne s’embarrassera plus de hiérarchie.

juin 17, 2015

3 réponses sur "hiérarchie ou pas hiérarchie alors? "

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