… et l’humain alors?

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Pour une fois, on ne va pas parler que de chiens – toutefois, on reste dans l’apprentissage (what else ?)

Si la thématique de l’éducation est immense, l’apprentissage se fait par le biais des conséquences de nos comportements : la mise en relation entre un stimulus extérieur et une réaction du sujet, qui cause un changement de comportement qui est persistant, mesurable et spécifique. Nous expérimentons des comportements et nous les modifions selon si l’issue est favorable au but à atteindre ou pas (sauf que notre environnement est évidemment moins contrôlé que celui d’un rat de laboratoire, évidemment ça complique les choses).

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Même si je fais une claire distinction entre éducation et apprentissage, s’il y a une différence fondamentale qui devrait toujours séparer un éducateur dit «en positif » de ceux qui professent une approche en punitif – c’est bien la façon de considérer son apprenant humain, en gros, celui qui vient prendre des cours chez nous avec son chien.

Je suis parfois interpellée par la généreuse distribution – sans arrière pensée – de commentaires allègrement punitifs à des apprenants humains, qui nient complètement l’approche empreinte de considération que nous sommes présumés véhiculer. Ce qui nous tient tant à cœur avec les animaux, nous élude parfois quand, en face de nous, il y a nos semblables. Au delà des concepts de respect, le problème est que cette manière de faire est — avant tout — inefficace. 

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L’acquisition de toute nouvelle compétence nécessite, chez l’humain comme chez le chien, une distribution massive de renforcement positif, surtout à ses débuts et s’associe, comme chez l’animal, à une émotion – agréable ou désagréable (et, comme la vie est bien faite, elle restera plus facilement gravée en nous quand elle est désagréable d’ailleurs, ce qui nous sert à nous mettre à l’abri).

Pour eux aussi, comme pour nos chiens, il s’agit de créer un environnement propice au succès avant tout. Il y a quelques temps, j’ai pu observer une classe chiots où une propriétaire complètement novice galérait considérablement avec un chiot survolté pendant le processus d’inscription. L’éducateur responsable n’a pas pensé utile de suggérer à cette personne de s’éloigner, de remettre son chiot en voiture éventuellement (vu qu’impossible de gérer un groupe et un cas individuel en même temps), de travailler sur une approche plus calme des autres chiots et des gens.

Pourtant, la pauvre dame ne s’en sortait vraiment pas et a finalement débuté le cours dans un état de stress et de frustration qui n’aurait échappé à aucun éducateur soucieux du bien-être animal si elle avait été un chien

Les fameux « signaux d’apaisement » – j’utilise ce terme pour une compréhension commune mais, pour moi, ils ne sont pas forcément des signaux mais des simples comportements de stress qui n’apaisent — hélas — personne : ni les congénères, ni la personne en tumulte émotionnel (que ce soit chez le chien que chez l’humain d’ailleurs). La dame à laquelle je fais référence en présentait une panoplie complète (quiconque a joué à PORTL – des activités de shaping à la table entre humains – a pu aisément observer le moindre signal d’une émotion agréable ou désagréable lors d’un processus d’apprentissage et, s’il était un bon « coach » – aura su en tenir compte en modifiant son plan d’apprentissage).

Dans la transmission des compétences, il s’agit avant tout de capitaliser sur le succès et, donc, de le rendre possible : ce qui relève de notre responsabilité, pas de celle de l’apprenant. Se résoudre à décréter « il est nul » – s’apparente à toute mise d’étiquette que beaucoup collent au chien, faute de mieux (« il est têtu, démotivé, pas capable, etc. etc. »).

Et les étiquettes sont une manière très confortable au fond de mettre une distance émotionnelle entre nous et l’apprenant (« s’il est nul, je ne le suis pas – c’est de sa faute donc pas la mienne »).

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Parce que, d’une certaine manière, le manque de progrès de notre élève chien ou humain, nous met confusément mal à l’aise, nous de-sécurise voir, carrément, nous vexe  😆

Pourtant, aucune acquisition de compétences efficace ne saurait se faire dans une répétition déprimante d’échecs successifs. A nous de nous montrer suffisamment créatifs pour rendre ces premiers succès possibles, d’une manière ou d’une autre.

Aucun propriétaire, tout comme aucun chien, ne « fait faux » parce qu’il s’amuse à systématiquement galérer ou à endurer le regard navré ou moqueur des autres sur soi… toute impossibilité de réussir devrait nous pousser à redoubler d’attention, à une révision de nos critères spécifiques à ce binôme unique, à augmenter notre perception du positif (et à le souligner sans cesse aussitôt qu’il se produit, même de manière fugitive – d’autant plus s’il se produit de manière fugitive).

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Tout apprenant en difficulté doit constituer un « challenge » pour l’éducateur et pas uniquement quand il s’agit du chien – se dire confortablement « j’ai toujours enseigné comme ça et ça a toujours marché »devrait nous alerter sur notre propre perception de nous-mêmes en tant qu’enseignant : nous ne sommes pas là pour transmettre une recette immuable et généraliste mais bel et bien pour manier des ingrédients et réaliser des créations personnalisées.

Cela n’a rien d’inné – surtout que nous-mêmes avons très souvent été élevés dans le contrôle et le jugement – c’est parfois le résultat d’une réflexion consciente ET de techniques apprises (voir le TAG Teach qui nous apprend à ne pas inonder notre apprenant de paroles alors que le stress – et la gestion compliquée du chien parfois – font qu’il ne va intégrer qu’une part infinitésimale de l’information transmise).

Le TAG Teach nous apprend également que toute tâche ardue peut être décomposée en des séquences plus courtes et donc plus accessibles et à transformer les directives en point de succès individualisés – ce que nous faisons aisément avec nos chiens, nous le nions parfois à nos élèves humains.

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Tout cela revient à se préoccuper du bien-être émotionnel de l’autre : qu’il soit humain ou qu’il soit animal non humain – c’est dans la confiance (en soi et en son environnement) et le plaisir qu’on devient compétent, encore quelque chose que nous avons en commun avec nos animaux et un concept difficile à mettre systématiquement en pratique : mais, si c’est difficile, c’est que c’est forcément mieux que l’option toute simple de catégoriser et se déresponsabiliser.

Happy Training ☺

août 10, 2016

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